Roxana Iordache CDU 807.1 Universite de Bucarest LE COMPLEMENT HYPOTHETIQUE EN LATIN Le complement du verbe asens conditionnel n'est pas presente, il n'est meme pas mentionne dans la quasi-totalite des grammaires de la langue latine. Certains diction­naires (en premier lieu Thesaurus linguae Latinae) et la Grammaire de R. Kiihner-C. Stegmann-A. Thierfelder traitent de l'emploi des adverbes ita et aliter, ainsi que de la preposition in asens conditionnel et egalement de l 'usage de la formule ea condicione, tout en negligeant d'autres aspects du complement du verbe hypothetique. Nous nous proposons, dans le present article, de donner une vue d'ensemble du complement hypothetique (nomme, parfois, aussi «circonstant» hypothetique 1), vue qui pourra etre utile al'approche theorique du complement hypothetique, en premier lieu des langues romanes, ensuite des autres idiomes indo-europeens. Nous allons presenter le complement conditionnel en suivant son evolution historique. En latin, le complement hypothetique apparait autant dans les textes influences par le latin populaire, que chez les auteurs cultives. II y ena deux categories: I. Le complement de maniere-conditionnel (a sens assez general, sans marques parti­culieres) et II. Le complement hypothetique proprement dit. I. Le complement de maniere-conditionnel Le complement de maniere-conditionnel est d'un usage plus ancien que le comple­ment hypothetique proprement dit. II est exprime par des adverbes, ou par des sub­stantifs et des gerondifs aI'Ablatif, accompagnes ou non-accompagnes de la preposi­tion in; le complement hypothetique est rarement rendu par des pronoms precedes de in. Souvent le complement est rendu par des substantifs ou des pronoms accompagnes de la preposition sine. a) Les adverbes ont les sens: ainsi, alors, autrement (d'une autre maniere), au con­ traire. Ces adverbes peuvent resumer le sens d'une proposition conditionnelle, ou temporelle-conditionnelle, placees d'habitude avant la proposition contenant l'ad­verbe qui adquiert le sens conditionnel. Parfois, la proposition renfermant I'adverbe de maniere-conditionnel se trouve devant la subordonnee; ou devant la fausse prin­cipale asens conditionnel, ou temporel-conditionnel. Les adverbes latins qui peuvent recevoir le sens conditionnel sont: ita, tum, aliter, contra. /ta, au sens de ainsi, rend, sous une forme concentree, le sens d'une proposition conditionnelle. !ta est souvent employe, acette valeur, aux epoques preclassique, clas­ sique et postclassique; ala basse epoque, ce sont surtout les auteurs cultives qui l'u­tilisent. En voici quelques exemples; dans les propositions associees on trouve: l. le temps present (de l'indicatif, du subjonctif-optatit), ou le futur simple, ou bien le futur anterieur (de l'indicatif ou de l'imperatit): -«postea scrobes facito ...et facito de scrobe aqua in sulcum defluat: ita oleas seri­to! », Caton, Agr., 43, l. -«boues uti ualeant p abulum ...amurca s pargito .. . : i ta ... morbus a berit.», Caton, Agr., 103. -Voir egalement Ciceron, Diu., 2, 60 etc. -Voici un passage de Tite-Live: «auxilio uos, Campani, dignos censet senatus; sed ita uobiscum amicitiam institui par est, ne qua uetustior amicitia ac societas uioletur.», 7, 31, 22 . On remarque, dans cette demiere citation, que ita est suivi d'une proposition en appo­sition («e qua amicitia ...violetur>>). Pour d'autres occurrences de ita en contexte conditionnel, voir Columelle, 2, 10, 16; Gaudentius, Serm., 9, 38 etc.3 2. des temps du passe (indicatif, subjonctif-optatit), par exemple: -«dominum iugulauit et ita discessit.», Bellom Hispaniense, 18, 4. A voiraussi Plaute, Stich., 209-10; Tite-Live, 22, 61, 5; Gregoire de Tours, Glor. Mart., 5, p. 489, 31 4. Ainsi comme on le constate, dans les passages cites, ita resume le plus souvent les propositions exprimant une condition possible, ou une condition consideree comme realisee. Tum, au sens de alors, apparait egalement dans un contexte conditionnel. Tum est, al'origine, un adverbe asens instrumental-de maniere5; parfois il est employe en tant que correlatif des propositions hypothetiques6; Souvent il se substitue aune proposi­tion conditionnelle. Voici quelques exemples (dans l'ordre chronologique de l'apparition des textes): -«Qui mihi, ubi ad uxores uentumst, tumfiunt senes!», Terence, Phorm., 1010. -«Tihi si recta probanti placebis, tum non modo tete uiceris, sed omnes et omnia.», Ciceron, Tusc., 2, 63. -«Si sciens fallo, tum me luppiter Optimus Maximus ...pessimo leto afficias!», Tite-Live, 22, 53, 111. Aliter, au sens autrement, est lui aussi beaucoup utilise en qualite de circonstant de maniere-conditionnel. Les exemples peuvent etre groupes selon les temps et les modes employes dans les propositions associees (voir le propos supra, dans le cas de l'ad­verbe ita). Les occurrences renfermant l'adverbe aliter sont presentes tout le long de la latinite vivante. Aux epoques postclassique et tardive, ce sont surtout les auteurs cultives qui emploient l'adverbe aliter. Voici