s/4/ /.s». ABREGE CHRONOLOGIQUE HIS T6IRE DES DÉCOUVERTES Faites par les Européens dans les différentes parties du Monde , Extrait des Relations les plus exactes & des Voyageurs Us plus véridiques , Par M. Jean Barrow , Auteur du Diûionnairt Géographique. Traduit de VAngloïs par M. Ta r Ç j?,1 .TOME QUATR.EM/^ A PARIS, . ÎSaillant , rue S. Jean-de-Beauvais^ Delormel, rue du Foin. Desaint , rue du Foin. Panckoucke , rue de la Comédie FrançoSfig M. D C C. L X V I. btvtc Appwbat'wn & Privilège du Roi. HISTOIRE DES DÉCOUVERTES Faites parles Européens dans les différentes parties du monde. Suite des Découvertes DE SIR FRANÇOIS DRAKE. CHAPITRE V. Le Roi de Ternate invite Drake à de-fcendre , & lui fait une vifite à bord; Ils je traitent mutuellement avec magnificence : Il ejl attffî vifïté par un voyageur Chinois : Ijle que les vers luifants rendent lumineufe : Defcrip-tion des écrevijjes de terre: Drakc Jom. IV. A An. 1579. D r a k e e? m ^anëer de perdre jbn vaijjeau *, Chap. v. * 11 jette l'ancre à Cifle de Baratena .* Caractère & ingénuité des habitants ; II ejl bien reçu par les cinq Rois de Java ; Grande unanimité des peuples de cette ijle : Façon curieufe de faire bouillir le ris , £• de traiter les maladies fecrettes : Il double le Cap de Bonne-Efpérance ; Fait de leau à Sierra Leona , & arrive à Ply~> mouth. vfaux'îîiL E z4 de Novembre les Angloîs lucques. Rc-arrivèrent aux Molucques, leur def* rabiTduRoïiQm étoit d'aller à Tydore; mais ils de Xcrnape. en furent détournés par le Viceroi de Ternate, qui vint hardiment à bord pour leur dire, que le Roi de cette ifle vouloit commercer librement 6c cordialement avec eux, 6c devenir leur ami, pourvu qu'ils n'alla fient point à Tydore, parce que les Por-> tugais y habitoient; qu'il les haiflbit exceffivement, 6c qu'il ne pouvoir fe réfoudre avoir aucun commerce avec ceux qui entretenoient quelque îiaifon avec eux. Cette déclaration fit changer à l'Amiral fa première résolution, 6c le détermina à s'arrêter à Ternate : il envoya un manteau de des Européens, y Velours en préfent au Roi, en le fai- D R A " J fant affurer qu'il venoit avec des in- chap. v. tentions pacifiques, fans autre del- An. 157». fein que de fe procurer des provi-fions,' 6c quelques commodités en échange pour des marchandilés. En rcponfe à ce meffage, le Roi le fit affiuer qu'il lui procureroit tout ce qui lui feroit néceffaire : il lui envoya fon cachet par un député particulier, en lui fanant dire folemnel-lement, que non-feulement il étoit difpofé à lui rendre fervice en toute choie, mais même à foumettre fon Royaume 6c fa Couronne à les or* ures, 6c à ceux de fon Souverain , prévenant en même-temps qu'il avoit deflein de lui faire une vifite à bord. Conformément à cette déclaration , on vit bientôt paroître quatre grands canots , avec quatre - vingt rameurs de chaque côté , placés fous des galleries bien pratiquées : à côté d'eux étoit un rang de foldats qui paroiffoient bien disciplinés, 6c ensuite un autre rang de valets habillés de blanc, qui accompagnoient quelques-uns des Seigneurs les plus qualifiés de la Cour, vêtus de linon A ij 4 DÉCOUVERTES ) r a k E ^'anC » °U ^e t0^e ^e COt°n : ^S rem* chap. v.5Pu^°^ent tout l'intérieur de chaque An tiifi canot » cîlu étoit couvert de la proue à la poupe avec des nattes très fines & parfumées, pour le garantir de l'ardeur du Soleil, tk. chacun y étoit placé fui-vant fon rang. Ils etoient tous bien fournis de munitions de guerre, & les foldats avoient de toutes fortes d'armes, tant offenfives que défen» fives. Ils s'avancèrent à force de rames en grand ordre jusqu'auprès de l'A* mirai, que chaque canot falua à fon tour, & ils lui dirent qu'ils etoient envoyés par le Roi pour le conduire dans une rade fure. Après cette efpece de parade, le Roi qui étoit grand & bien fait parut lui-même, accompagné de fix, hommes avancés en âge, d'un af* pe£f grave & réfervé : l'Amiral lui fit quelques beaux préfents : il fut très fatisfait d'entendre la musique du vaiffeau, & à fon départ marqua fon contentement de la façon dont les Anglois l'avoient reçîi, II leur promit de revenir le lendemain, & de leur envoyer toutes les proviiions dont ils pourroient avoir befoin. I) des Européens. 5 ..... tint exactement cette dernière pro-p R A KE nielle, & le même foir ils reçurent eh*p, v. Une grande quantité de poules, de a... i5?y. clous de girofles, de ris, de lucre liquide , de plantain (a), 6c de fago, végétal, qui fe fond dans la bouche comme du fucre, mais dont le goût a quelque acrété: cependant on le met dans des barils, où il fe peut conferver huit ou dix ans. Le lendemain le Roi envoya fon frère à bord, prier l'Amiral de le dif-penfer de lui faire une vilite pour ce jour , 6c l'inviter à defcendre hu-mê* me à terre, pendant que le député reiteroit fur le vaiffeau pour fervir d'otage. Drake ne crut pas devoir accepter l'invitation : il envoya quelques perfonnes de fa fuite avec le frère du Roi, 6c garda fon ami le Viceroi pour fureté de leur retour. Ils furent reçus fur le rivage par un autre frère du Roi, 6c par plu-fieurs des principaux de la Noblefle, cjui les conduifirent avec grande lo-lernnité à la Cour, où ils trouvèrent environ mille perfonnes aifemblées Le Plantain des Indes eft un arbre <]ui porte un fruit très nourriflant. DiHion-fiaire de John fort, A iij 6 DÉCOUVERTES >R AKE pour les recevoir. Il y en avoit foi-Chap. v. * xante qui formoient le Confeil du An4 Monarque, 6c dont la vue impri-moit le refpect ; ils y virent airiîi quatre envoyés Turcs habillés d'é-carlate, chargés de régler les conditions du commerce entre les Cours de Confianîinopie 6c de Ternate. Le Roi parut bientôt dans la faîle d'Audience avec une large robe d'étoffe d'or, qui pendoit de fes épaules , des anneaux d'or attachés en forme d'ornement en différents endroits de fes cheveux: une chaîne de même métal autour de fon col, 6c quelques joyaux de prix à fes doigts. Il avoit les jambes nues, 6c des fouliers ou pabouches du plus beau cordouan : la garde étoit corn-pofée de douze hommes armés de lances, qu'ils tenoient la pointe ren-verfée, 6c fur fa tête on portoit un magnifique fiais, richement brodé en or. A la droite de fon fiége étoit tou-jours un page avec un éventail attaché ii un bâton de trois pieds de long, bien orné de faphirs , pour diminuer la chaleur occafionnée par la quantité de perfonnes qui etoient préfentes, 6i par l'ardeur du Soleil. des Européens. 7 Il reçut avec beaucoup d'égard les p R AK£j envoyés de l'Amiral, écouta leur chap. v. meffage, leur répondit très gracieu- An. 1579. fement , & envoya une perfonne de fon Confeil pour les conduire à leur vaiffeau. Le Roi de Ternate ert un Monarque très puhTant, qui a fous fa domination foixante Si dix ifles, grandes & petites : ce Prince fuit la religion de Mahomet, de même que fes Sujets. Pendant le féjour que l'Amiral rît Ucftvtâtl en cet endroit, il fut vifité par un!E£"BC' Seigneur bien accompagné , & habillé à la manière d'Europe : c'étoit un Prince du fan g Royal de la Chine : mais qui fur le foupçon de quelques crimes d'Etat avoit été exilé pour un certain nombre d'années , durant lefquelles il avoit réfolu de voyager, dans Fefpérance de retirer par ce moyen quelque avantage dé ton infortune. Il parut un homme de très bon fens, d'un grand jugement , d'une mémoire excellente, d'une converfation fort agréable, par l'ordre qu'il favoit mettre en parlant des différentes chofes qu'il avoit vues. 11 fut très fatisfait de la réception que A iv D r a k e ^ l'Amiral, & n'oublia rien pour chap. v.' l'engager de relâcher à la Chine r An. IJ7J). mais ce nlt inutilement, parce que Drake ayant réufîi dans ce qui l'a-voit d'abord déterminé à entreprendre fon voyage, tontes fes penfées ne tendoienr plus qu'à retourner en Angleterre. l! arrive Après avoir terminé toutes fes af-*!* il eft *ln faires à Ternate , l'Amiral mit à la danger excellent : font un très bonreffaurant, ChaP. v. & elles fe font des trous dans la terre An. ii79, comme les Lapins. Cette Ifle fournit aux Anglois tout ce qu'ils purent défirer, à l'exception de l'eau qu'ils furent obligés d'aller chercher dans une autre un peu plus loin du côté du Midi. Après y être demeurés vingt-fix jours,ils en partirent avec un vent peu favorable, & fe trouvant embaraffés entre plufieurs ïfles , ils jugèrent qu'il leur ieroit très difficile de fortir des Célèbes. Ils furent obligés à caufe du vent qui les traverfoit de changer leur cours de l'Oucft au Sud, ce qui fut bien près de leur devenir fatal, car le 9 de Janvier 1580 ils touchèrent fur un roc An. xsi« °u ils demeurèrent attachés pendant feize heures : enfin après avoir foulage le vaiffeau de huit pièces de canon , de trois tonneaux de doux de piroffie, & de quelques provifions, ils furent heureufement enlevés par un coup de vent favorable. Le H de Février, après avoir encore beaucoup fouffert des vents contraires & des bas-fonds, ils jetterenr l'ancre dans rifle de Baratene , ou ils Av 10 découvertes ) R AKE trouvèrent une grande abondance de Chap. v. toutes fortes de provifions, des épices, An. 1580. excellentes, des limons, des oranges, des cocos , du plantain , du fago , d'un fruit, à peu près de la groïfeiir d'une baye de laurier , qu'on fait bouillir &c qui devient très doux & très agréable. Cette Ifle produit aum* du fouffre, du cuivre , de l'argent Se de l'or, que les naturels du pays ont l'art de façonner de différentes manières. M arrive à Ces peuples n'ont rien de barbare , au contraire, leur humanité, leur douceur & leur bonne foi les rendent d'un commerce très agréable, Ils font affables aux étrangers, & trafiquent avec une exactitude & une droiture qui devroit faire honte aux Chrétiens. Les hommes ne couvrent que leur tête , & ce que la pudeur ordonne de cacher, avec des toiles qui font pré-cieufes en ce pays. Les femmes portent une efpece de jupon, qui leur defeend depuis la ceinture jufqu'aux pieds, 6c leurs bras font chargés de huit o .1 dix bracelets en même temps, d*os, de cuivre, ou de corne, qui péfenr bien chacun deux onces. Les, $#|fo:s panèrent de celte lue à la ©es Européens, fi grande Java où ils arrivèrent le 9 deDRA KE Mars : ils y furent reçus avec beau- chap- v. coup d'affabilité par les cinq Rois qui An, ism» y gouvernoient, dont quatre vinrent enfemble à bord du vaiiTeau, & d'autres fois deux ou trois en même temps. Us etoient généreux, fans foupçons, & aimoient à fe communiquer. Ils offroient librement aux étrangers des compagnes pour partager leur lit, vivoient gayement «nfemble , & pa-roiilbient ignorer totalement les dif-putes & les diffentions domeffiques. Ils etoient armés d'épées, de boucliers , & de poignards qu'ils fa vent très bien tremper : ils etoient palîio-nés pour les habillements colorés, foit verds, foit rouges, foit d'autres couleurs. Ils portoient un turban autour de la tête prefque femblable à ceux des Turcs, & autour des reins tin habillement de foye de couleur, Cfuitraînoit à terre. Ils mettoient leur riz dans un vaiffeau de terre percé de plufieurs trous , de forme conique , ouvert à la baze qu'on pofoit dans un yafe plein d'eau, lequel fe mettoit uir le feu : comme il n'entroàt que peu d'eau par les ouvertures , le Hz en s'enflant prenoit une conûf- A yj i2 Découverte* D r a k e rance folide, dont ils failbient dim> Chap. v. ' rents plats, en l'affaifonnant avec du An, 1580. heure, de l'huile, des épices, dufucre, ou d'autres ingrédiens, dont le goût leur étoit agréable. Les maladies honteufes y etoient fort communes , tk ils les guérinbient en s'expofant le corps pendant quel-ques heures à la chaleur du foleil ah*k ardente pour leur enlever la peau : par cette opération leurs pores de-venoient aftés ouverts pour que les particules venirneufes s'échapanent par une tranfpiration naturelle. Tous* les Rois de cette Ifle vivoient dans la plus parfaite unanimité : ils parurent très contents de la conduite de l'Amiral : marquèrent la plus grande fatisfaftion à entendre la mufique angloife, & lui fournirent abondamment toutes les. provilions qui lui furent néceflaires. Par reconnoiflance il leurrkpréfent de quelques riches étot->i double le fes de foye, quils regardèrent comme €aP<1.' Bon. , VJ ' 1 . a? u1 »c.ifpaancc. étant dun pnxineltimable. Après avoirnettoyéle vaifleau de toates les immondices qui avoient pu s'y amafler pendant un aufîi long voyage, & en avoir renouvelle le fonds 3, les Anglois mirent à la voile des Européens. 13_ le 16 de Mars pour le Cap de Bonne-Dr A KE^ ^Ipérance, qu'ils doublèrent le 18 Chap.Y. de Juin, auiïï près de terre qu'il leur An. is»». fiu poffible. Le peu d'obitacles qu'ils avoient rencontrés dans cette partie de leur voyage, les convainquit que les Portugais avoient exagéré de beaucoup les difficultés de cette traveriee, & tous les dangers dont ils dilbient qu'elle étoit accompagnée. Le ii de Juillet ils arrivèrent à Sierra - Leona , où ils demeurèrent deux jours à faire de l'eau : ils y trouvèrent un grand rafraichiffement dans les limons & les huîtres qu'on trouve attachées aux arbres, où elles fe nou - il *tirn * riffent & fe multiplient, (b) AngiaaK. Le z6 d'Août ils furent à la vue des Canaries, qu'ils panèrent fans s'y arrêter parce qu'ils etoient fufHfamment 1 ïyuinis de toutes les provisions nécef-laires pour le refte de leur voyage : €r*fin ils arrivèrent a Plymouth le lundi i<$ de Septembre 1580 : mais, . (^) Ces arbres font près de la mer, & rs hanches en atteignent la furface ; on-«» trouve également qui font chargés d'huiles "-ins la nouvelle france, comme on le-peut voir dans l'Hiftoire de ce pays, en quatre Volumes in-douze.. 14 DÉCOUVERTES D r a k e~ uuvant ^eur calcul ils n'étoient encore Chap. v. qu'au dimanche, ayant perdu un jour An. 15S0. dans leur journal, le voyage entier fut de deux ans, dix mois tk quelques jours, (c) ( c ) Ce jour que les Anglois crurent avoir perdu n'étoit point une erreur du Journal, mais une fuite néceffaire du cours qu'ils» avoient fait en parcourant tous les dégrés de longitude de l'Eft à rOueft. La plus légère connoiffance de la Géographie phyfi-que fuffit pour comprendre qu'en avançant toujours à l'Oueft on perd 15 minutes de temps à chaque degré qu'on parcourt, ce qui fait 24 heures pour les 360 dégrés : le contraire arriveroit fi l'on faifoit route en allant toujours à l'Orient. des Européens. 15 ^^^^^^^^^^^^ Drake, —Chap. VI. CHAPITRE VI. Remarques fur le voyage de Drake autour du monde : La Reine Elifobetk dîne à bord de fon vaiffeau & le fait Chevalier : On fait un fauteuil des débris de ce vaiffeau : Drake efl envoyé avec vingt-cinq navires contre les Efpagnols : Il pille Vigo : Ilfait une entreprifefur llfle de Fer, pille •S. Jago, & ravage tout le pays, pour venger la mort de M. Hawkins : Il fait voile pour les Indes occidentales : H perd beaucoup de fes gens par les maladies : // fait rafraîchir fon monde à Saint-Chriflophe , fe rend à la Dominique , qu'il prend d\ifjaut, & rançonne la ville : Il furprend Car-thagcne, & brûle plu fleur s Etabliffe-ments tfpagnols : Il touche à la Virginie, & arrive à Pofmouth richement chargé\ Il défait la Flotte ef-pagnole , en faifant ufagi des brûlots : Abrégé de fon expédition em Portugal : Dernier voyage de Drake aux Indes occidentales : Il fait une defeente à Rio-de-la-Hacha x & faù- 16 Découvertes •D r a k e~ ^C Nombre-de-Dios : Expéditions ifl-Chap, vi. ' fruclueujés contre Panama : Mort de An. iju. Français Drake : Son corps eji jette dans la mer : 6e>«/> d? œil furfon caractère , defcription de fa perjbnne. Remarques A Ucun fujet n'a jamais reçu plus fcfcS2T A d'applaudiffements-, & plus de marques d'honneur pour fes exploits qu'il en fut accordé à François Drake pour ce voyage : en effet s'il efl vrai que les découvertes qui tendent à l'avantage du commerce méritent la re-connoiffance d'une nation qui en fait fon objet principal, aucun homme n'a mérité de plus grands éloges que celui qui a procuré à l'Angleterre la gloire d'avoir en un Navigateur, qui le premier a fait le tour du monde : qui par fa valeur a fait refpecler les Anglois ; qui les a fait chérir par fon humanité, & qui par fa magnificence les a fait révérer & admirer dans tous les pays où il a eu q.ueiqu'accès. La découverte &C la prife de poffefîion du pays qu'il a nommé Nouvelle - Albion fut de la plus grande importance pour la nation Britannique , puif-que les Efpagnols fuivant leurs propres principes, ne peuvent contefter des Européens. 17_ aux Anglois la légitimité des droits D RA K Erf qu'ils y ont acquis. Chap.vi. Le 4 d'Avril 1581 , la Reine Elifa- An. IjSt. keth fut traitée magnifiquement par Sir François Drake à bord de ton Vaifleau à Deptford, oc en même beth fur f«n temps Elle l'honora de la dignité devalflhu* Chevalier. Plus de deux cents perfonnes tombèrent ce même jour dans la Tamife par la chute d'un pont de planchts , qu'on avoit conftruit du rivage au vaifleau pour le pafiage de la Reine, fans qu'il y eut un feul hom-me de blelfé ou de noyé. On conferva Ce même vahTeau à Deptford pendant phificurs années, & quand il fut totalement caduc, on fit de fes débris un fauteuil, qu'on envoya en préfent à l'Univerfté d'Oxford, où on le con-ferve encore avec vénération. En 1585 la Cour réfolut de faire neRchtngë une expédition contre les Indes ocr ,jon con„c cidentales efpagnoles, & l'on en char-lcjEfPagn°is« gea François Drake , avec le titre An. 1515. d'Amiral 6c de Commandant en chef ^*nt par mer que par terre. Il partit de Plymouth avec vingt-cinq vailléaux k 11 de Septembre : pilla Vigo où les 4ngtais firent un butin immenfe, particulièrement dans l'E-liiê Cathedra- Dr a k e ^c ' ^'ou HS en^eVerent ime grande chap. vi.'Croix d'argent relevée en boiTe Se ar ms ^0r^e » aPfês quoi ils continuèrent leur cours jufquà l'Ifle de Palma. Leur intention étoit de s'y rafraîchir : mais comme l'entrée en étoit très dange-reufe & qu'on avoit placé du canon deiaçoni pouvoir beaucoup incommoder leurs barques & leurs pinafTes, ils ne s'y arrêtèrent point. Ils efpé-roient plus de fiiccès à Pille de Fer, & y débarquèrent mille hommes fous le couvert d'une hauteur qui les ca-choir: cependant il eurent ordre le lendemain de fe rembarquer, parce qu'on rencontra un matelot Anglois, qui avoit été laine par hazard dans cette Iiîe , tk. qui les affura qu'elle étoit fi peu fertile que lés habitants y mou-roient prefque de faim, il brûle us fîreilt voile pour Saint-Jago, & le 16 us jetterent 1 ancre devant la ville qu'ils trouvèrent entièrement abandonnée. On n'y avoit rien laiffé qui eût quelque valeur , exepté du vin, des olives, & quelques provi-fions, que les habitans n'avoient pas eu le temps d'emporter. L'armée de terre y demeura plufieurs jours, &C le 24 elle marcha à San-Domingo, des Européens. 19 Ville coniidérable dans les terres, mais p R a r il que le Gouverneur, l'Evêque & tous cbap, vi. les habitants avoient abandonnée, & ou les Anglois trouvèrent très peu de butin. Le 26 l'Amiral fit rembarquer fes troupes, après avoir brûlé la ville de Saint-Jago, & détruit ou ravagé tout le pays des environs, à caufe de la cruauté des habitants , qui cinq ans auparavant avoient tué en trahi-fon M. William Hawkins dePlimouth & les gens, après avoir commencé a traiter avec eux. Il vengea encore en cette occafion la barbarie qu'ils avoient fait paroître envers un mouûe de la flotte quis'étoit écarté de fes camarades ck étoit tombé entre les mains des Efpagnols. On prétend qu'ils lui coupèrent la tête, lui arrachèrent le cœur, le démembrèrent pièce à pièce, &c expoferent fon corps ainfi partagé à la voracité des bêtes féroces & des oifeaux de proye. Les Anglois pourfuivirent leur cours aux Indes occidentales, 6c perdirent en route un grand nombre de leurs gens par des fièvres ardentes qui fe répandirent parmi eux. En dix-huit jours ils arrivèrent à la Dominique , où ils firent proviûon d'eau ? de ïô découvertes jpR AKE pain de caffave , & de tabac : ils don* chap. vi. ' nerent en retour aux habitants des a» » bagatelles de verre , & des grains An. 1585. ,,P M , , 5 m r b d email colores, dont ils Furent très fatisfaits. Ces peuples ont beaucoup de penchant à la trahiibn & haiffent exceffivement les Efpagnols. il prend & Drake & fes gens panèrent lesfêtes SoEgue. ' de Noël à Saint-Chriftophe, qui étoit alors inhabitée ; ils y nétoyerent leurs vairfeaux, ôt y rafraîchirent leurs malades. Enfiiite ils dirigèrent leur cours à Saint-Domingue, ville très riche de rifle efpagnole, & l'une des places les plus considérables de tout le pays. On débarqua à neuf ou dix milles de difïanceun corps de troupes, qui s'en empara d'emblée : elle demeura plus d'un mois en la poffeffion des Anglois, après quoi les Efpagnols la rachetèrent par une rançon de vingt-cinq mille ducats. Tien fait de En partant de Saint-Domingue ils *?ême à Cai-firent voile pour Carthagene, dont le port eft excellent & très bien An. ijsâ. fortifié. Ils s'en emparèrent après une vigoureufe réûftance, & la rendirent pour une rançon de cent dix mille ducats. Le deflèin de Drake étoit de gagner Nombre-de-DioSjpour fe ren* des Européens. 11 dre par terre à Panama : mais les ma- R " Z E ladies qui étendoient de plus en plus ciwp. vi. leurs ravages dans les troupes rcndi- An i$u, rent ce grand projet impraticable, &C il fut oligé de reprendre la route d'Angleterre. 11 fit démolir en chemin le Fort Saint-Jean, & brûler deux villes espagnoles , nommées Saint-Auguftin 6c Sainte-Hélène , fur la côte de la Floride : il toucha enfuite à la Virginie , 6c prit fur fes vaiffeaux une Colonie angloife , qui avoit été laiifée dans ce pays l'année précédente par Sir AValter Raleigh, fous le commandement de M. Lane. On prétend qu'ils furent les premiers qui introduifirent en Angleterre l'ufage du tabac, qui a donné depuis une fi forte augmentation aux revenus de la Couronne. La flotte arriva à Porfmouth le 28 de Juillet 1586 , après avoir été un peu plus de dix mois en mer. On dit que les intérelfés retirèrent net quarante mille livres fleriing de ce voyage , 6c ^ue les moindres hommes de la frotte eurent pour leur part fix livres fter-îingdu produit des prifes. On en rapporta aufîi plus de deux cents pièces de canon de bronze, 6c quarante de fer. On perdit par les maladies 6c par Drake ^es acc^ents niut Capitaines, quatre Cbap. vi.'Lieutenants , huitGentilhommes, & ^ en tout fept cens cinquante hommes, n. ifsô. QLloiqu'en fuivant le plan de cet ouvrage, on ne puîné exiger de nous autre choie que le récit des découvertes faites par les plus illuftres voyageurs , & des actions des plus célèbres avanturiers ; cependant nous croyons que ce feroit manquer à fatisfaire la curiofiré du Lecfeur, & faire injure à la mémoire d un homme que les an-ciensRomains auroient mis au nombre des demi-dieux ,li nous omettions de parler de l'aclion glorieufe ou Drake défit la flotte que les Efpagnols avoient équipée , dans la vue de détruire totalement la Nation angloife. il Aétruit En 1587, l'Amiral Drake fit voile ronvor'L'ns pour Cadix, & il entra dans le port j*P°ndcCa-de cette ville le 19 d'Avril avant le A* g lever du foleil. Avant la nuit il fe ren-«. 1537- £lt majtre ^e trente - huit vaiffeaux qui etoient clans ce port pour aider à rranfporter les proviiions & les munitions néceflaires à la grande flotte. Il y en avoit vingt de Hollandois , dont plufieurs avoient une charge 00nfidérable, 8c il en détruifit ou brûla la plus grande partie. Il fit voile en- des Européens. 23 fuite à la rivière de Lisbonne, où ilDR A R J ' caufa aiuTi beaucoup de dommage : 6c chap. vi. à fon retour il fit une très riche priie , An, lj87. d'un vaiffeau nommé le SaintPh'lippe, qu'on prétend être la première ca-raque qui ait été amenée en Angleterre. Ce coup fervit en grande partie à abbattre le courage des Efpagnols, malgré les forces incroyables qu'ils avoient fur pied. L'année fuivante la Pleine nomma li&mrito* Drake Vice-Amiral de la flotte delti-£erfu ^ née pour s'oppofer à celle d'Efpagnei|? Medin* que commandoit le Duc de Medina- 0 Sidonia, qu'on prétend qui étoit com-pofée de plufieurs centaines de vaif-feaux, 6c qui coûtoit au Monarque Efpagnol trente-deux mille ducats par jour. Jamais Drake ne fit paroître tant de prudence ni tant de courage que dans ce combat, au commencement duquel il prit deux des plus gros vaif-ftaux de la flotte des ennemis, dont l'un étoit Vice-Amiral, 6c l'autre étoit commandé parDom Pedro deValdez, Seigneur Efpagnol , qui fit la plus belle réliffance. Il déclara en fe rendant qu'il fe foumettoit à la. fortune de Drake, dont les ennemis les plus Drake mvé*érés ne pouvoient s'empêcher chap. vu'de reconnoître le courage 6c lagéné-. routé, & ajouta que lui 6c les eens etoient reiolus de mourir 1 epee a la main, s'ils n'avoient eu pour vainqueur un homme également favorifé de Mars 6c de Neptune. Le butin qu'on fit dans ce feul vaifTeau fut très confidérablc, puifqu'il avoit à bord cinquante mille ducats d'or. Le Vice-Amiral répondit à la politeflë de PEf-pagnol en l'admettant à l'a table , 6c en le logeant dans fa propre chambre, où il fut traité avec autant de refpecf que de magnificence. Nous nous écarterions de notre objet li nous entrions dans le détail des particularités de cette bataille navale : il nous fufrit d'obferver que ce prodigieux armement fut entièrement détruit : que le Commandant après avoir eu beaucoup de difficulté à s'écha-per fut difgracié 6c banni de Madrid : que plus de quatre-vingt vaiffeaux furent pris, coulés à fonds ou brûlés : qu'un grand nombre d'autres furent endommagés de manière à ne pouvoir être rétablis : enfin qu'il y eût de taillés en pièces treize mille foldats, Si qu'à peine fe trouva-t-il une Maifon nobl§ des Européens. 25_ ftol »le enEipagne qui n'eût à regretter, r>RAKEj| un frère, un fils ou un parent. chap.vi. Les Anglois ne perdirent qu'un pe- An. 1527. tit vaifleau, ce environ cent hommes. Dans cette bataille , l'Amiral le fervit de brûlots , qui lui furent d'un grand ufage : mais nous ne pom OnS allurer s'il en fut le premier inventeur, comme quelques-uns lui en donnent la gloire Nous ne nous étendrons pas fur fex- w523«& pédition que fit Drake en Portugal, Duke, conjointement avec Sir Jean Non is, An. 1595, pour mettre la couronne de ceRoyau-me fur la tête de Dom Antoine : entre-priie qui eût peu de fuccès, &z qui appartient plus à ion collègue qu'à notre héros yîk nous allons parler de ion dernier voyage. Illefiten 1595 en vertu d'une commiiîion qui lui donnoit pour adjoint Sir Jean Hawkins, oc ils mirent à la voile de Plymouîh le 28 d'Août, ayant environ deux mille cinq cents hommes fur leur ilotre, eompofée de iix vaiffeaux de la Rfeine, 6c de vingt autres bâtiments. Cette expédition fut d'abord retardée par la malignité de Sir Jean Hawkins : mais il mourut à la hauteur de Saint-Jean de Porto-Rico le 12 de Novembre, Tom. ir. R Drake ^e m^me Jour ^ir Nicolas ClifTord . ch.i[.. vi. ' avec plufieurs autres Gentilshommes *An. is9s. mrent bleffés pendant qu'ils etoient à fouperavecDrake,dont le fiége fut emporté fous lui par un boulet de canon, que les ennemis tirèrent du Fort : cependant les Anglois brûlèrent dans le port cinq gros vairfeaux efpagnols, dont l'un etoit de quatre cents tonneaux. Le 15, les corps de Sir Jean Hawkins, & de Sir Nicolas ClifTord , mort le 1 1 de fes bleffures furent jettes dans la mer, avec les cérémonies ordinaires. Tl brû Itr Rio Les Anglois quittèrent Porto-Rico acia Hacha,je I0 1 de Décembre ils firent & Nombre «.c " . ^ Dios. une defcente a Rio-de-la-Hacha , ville flu Continent, qu'ils trouvèrent totalement déferre. Les Efpagnols offrirent pour la rançon de cette place vingt-quatre mille ducats en perles : mais ils ne tinrent pas leur parole : voulurent eflimer leurs perles a un prix excefïïf, & l'on jugea par cette conduite qu'ils ne cherchoient qu'A gagner du temps , ce qui détermina l'Amiral à faire mettre le feu à la ville. Il en fit aufii brûler plufieurs autres fur cette côre, particulièrement Nom* bre-de-Dios, d'où il emporta une df. s Européens. 27 grande quantité de perles, Si d'autres p R A K E L tréfors confidérables. Le 29 SîrTho- chap. vi. masBaskcrwill, Lieutenant-Général, An. im% fut envoyé par terre avec fept cents cinquante hommes à Panama. Ils fouf-frirent excefîivcment dans cette marche par les difficultés de la route, par les cmbufeades que les Efpagnols leur drefferent dans les bois , où ils eurent pluîicurs hommes de tués , Si par le manque des chofesles plus né-ceflaires, une paire de fouliers s'étant vendue jufqu'à trente fchellings, Se un petit bifeuit dix fchellings. Enfin ils arrivèrent à un étroit partage , fi bien fortifié Si fi bien détendu qu'ils furent obliges de fe retirer, après a voir éprouvé les plus grandes fatigues dans cette route, dont ils auroient été bien dédommagés s'ils avoient pu la continuer jufqu'à Panama. ^ort Ie • Le 5 ce Janvier, ils parurent-pour Drake l'IAe d'Elcudo, où ils $*arièterent juf- An. xv**. qu'au 23 , Si après y avoir faitprovi-fion d'eau, Si donné le rafraichiffe-ment néceffaire à leurs malades , ils firent voile pour Porto-Bello, qu'ils découvrirent le 28 : mais le même jour Sir François Drake mourût d'une dylîènterie à l'âge de cinquante-cinq 2.8 découvertes -ans, ail chagrin inexprimable , non- ; Chàp. vj. ' feulement de la flotte , mais encore An. 1595. de tous ceux qui le connoiffbient. Sa mort fut la ruine de cette expédition : il ne laiifa point d'enfants , & par fon teiïarnent fon bien pafla à un fils de fon frère Thomas Drake. On mit fon corps dans un coffre de bois, & il fut jette en mer avec tous les honneurs qu'on peut rendre en pareille occafion : on fit une décharge générale de tout le canon de la flotte, pendanr que les trompettes retentirent des ions les plus lugubres. Le Commandement paffa par fon décès à Sir Thomas Baskerwille, qui donna auffi-tôt des ordres pour retourner en Europe. Dans la traverfée il rencontra une flotte efpagnolede vingt vaif-feaux : ils combattirent pendant trois heures fans aucun avantage confidé-rable de part ni d'autre , après quoi les Anglois continuèrent leur route, &: arrivèrent à Plymouth au mois d'avril 1586. Swpomait. Jlyapeud'hommesquiaientfaitau-' tant d'honneur au nom Anglois que Sir François Drake. Il étoit naturellement éloquent, clair dans fes exprefîions, & parloit toujours avec grâce. Il avoit; des Européens. 19 des connoiffances très étendues dans R A K E toutes les feiences qui ont rapport ;\ chap. vi. la Marine, même dans la Chirurgie. An. itfi. Il étoit craint & refpefté de Tes ennemis , qu'il traita toujours avec bonté & humanité. Il fut chéri & eitimé de rous les intéreiiès dans Tes entreprifes, parce qu'il fe conduiiit toujours avec juilice &C intégrité : enfin il fut honoré ol protégé par fa Souveraine qu'il fervit avec autant de courage que de fidélité. Egalement ferme & actif* il ecoutoit avec patience ceux qui lui donnoient des avis, &: il en profitent avec jugement: d'un accès facile, il étoit adoré des foldats : libéral & exact à remplir fes promeffes ^ ami fo-lide & ennemi irréconciliable : mais il écoutoit avec trop de plaifir l'adulation la plus outrée. Enfin les vues particulières cédèrent toujours en lut au bien public , & de même qu'il fut généralement aimé pendant fa vie , il rut univerfellcment regretté après fa mort. Sa taille étoit petite , mais bien prife : il avoit les cheveux d'un brun clair : fon teint étoit affés coloré : fes yeux grands & vifs: l'air ouvert & engageant qui fembiok promettre une Biij 30 DÉCOUVERTES rv„ ; „ „ vie plus longue. Il ert certain que les chap. vi. deiagrements de ion dernier voyage, An. U96. dont il s'imagina que fa gloire feroit diminuée, touchèrent fortement fon cœur enflé par les fuccès précédents, &C contribuèrent à racourcir fes jours. ABRÉGÉ De la Vie , des Expéditions, & des Découvertes Z>£ J7/t WALTER RALEIGH, Et de pltifieurs Avanturiers ions fes ordres. CHAPITRE PREMIER. NaifJ'ance & portrait de Sir Walter Ra-Icigh : // eji engagé dans une expédi* tien pour faire de nouvelles découvertes aux Indes Occidentales : Première découverte de la Virginie : Def-cription des Peuples de ce pays : Sir Richard Gréenville efl envoyé pour y former un Etabliffement : Ses gens font attaqués par les Indiens , & ramenés en Europe par Sir François Drake. cha?. i. \V Alter Raleigh, ce brave Commence- Avanturier qui mérite autant d'ad- meï' Uc^h'1 m;*ratiGn Polir ^on habileté que de tu a cigh. COinp.1^011 pOU1-fesmalheurs, naquit en 1552 au Comté de Devon, dans un village nommé Budley, fitué près de la mer. Il étoit le fécond des fifs que Jean Raleigh de Fardel Ecuyefr eût de fa troifieme femme. II fût quelque temps au Collège d'Oriel à Oxford , d'où il fortit pour fervir dans l'armée des Huguenots fous le fameux Coligni contre le Roi de France. Il y acquit beaucoup de réputation , tant pour fa prudence que pour fa valeur. Nous trouvons qu'il fût enfuite en qualité de volontaire dans les guerres de Flandres fous le Prince d'Orange, qu'il eût alors une Co m million de Capitaine au fèrvice de la Couronne contre les rebelles d'Irlande en 1 580 , & qu'il fût un des Juges, qui préiide-rent à la condamnation de Sir Jean Defmond, dont le corps fut expofé en quartiers fur les portes de la ville de Corck. An. ij8i. En 1 5 81, il fut nommé un des Gouverneurs de Munfter, conjointement avec Sir Guillaume Morgan & le Ca- des Européens. 33 pitaine Pier.s : peu de temps avant, Raleigh le Comte d'Ormond , M. \Valter Ra- chap. 1. leigh, & deux autres Gentilshommes AOi Ij8li de l'armée royale défièrent quatre des rebelles d'Irlande en combat fingulier: mais leur invitation ne fut pas acceptée. Lorfque les troubles de ce Royaume furent un peu appaifés par la réduction du Comte de Defmond tk par la foumifïïon de David Lord Barry de Barry-court,Raleigh quitta le commandement qu'il avoit en Irlande, 6c retourna en Angleterre , où une gal-lanterie le fit connoître de la Reine Elifabeth. Il la rencontra par hazard dans un paffage peu net : ôta fon habit de pîuche, & 1 étendit fur l'endroit fale par où la Reine devoit paffer, politeffe qu'Elifabeth n'oublia jamais. Il écrivit un jour fur un careau de vitre dans le palais avec un diamant : « Je » voudrois monter : mais je crains de » tomber, » & l'on dit que la Reine elle-même écrivit au-defïbus : « Si le » cœur te manque , il ne faut pas en-» treprendre de monter. » Raleigh étoit un homme formé pour avancer à la Cour : d'une belle figure, bien proportionné, d'un af- ô-~~T pecT: agréable - & d'une adrefle îali- KALtlGH ,1 O > . . . . chap j. nuante; il avoit 1 eiprit vit, le juge-A». 1581. ment excellent, & parloit avec autant de grâce que de force de rai-fonnement, comme on le vit dans une difpute qu'il eut avec le Lord Grey, député d'Irlande, devant le .Confeil-privé, où il fe comporta fi bien , que depuis ce temps il fut dans une très haute eftime a la Cour. Il avoit donc les plus grandes efpéran-ces de s'élever fur terre, quand il tourna fes vues du côté de la mer y par un mouvement naturel de fon efprit actif II y fut encouragé par ce qu'il avoit lu des luccès des avantu-riers Efpagnols en Amérique , & il jugea avec railon qu'il rcfloit encore à trouver des pays très étendus, qui pourroient rapporter des avantages confidérables à quiconque en feroit la découverte, a». ïi«j. En 1583, il mit à la voile de Ply-mouth fur un vaiffeau de deux cents tonneaux qu'il avoit fait conflruire, pour aller de conferve avec trois autres vaifîèaux defhnés pour Terre-neuve, fous le commandement de Sir Humphroy Gilbert, dont il étoit très proche parent; mais il s?enfépara? des Européens. 3 ? & rentra peu de jours après dans le KaI£1gh> port, à caufe d'une maladie conta- chap. 1. * gieufe qui fe mit dans fon équipage. a„. u** Au commencement de l'année La luinc 1584, il fit des repréfentations anEIifabeth lui Confeil-privé, fur la probabilité de "icmel- p*. découvrir en Amérique de nouvel- *™"dP°.JJ les Terres inconnues jufqu'alors ; en couvcmi, obfervant que ces découvertes fe-roient aufîi avantageufes à la Couronne , que le Pérou & le Mexique le pouvoient être à l'Efpagne. Il fut écouté favorablement, Si la Reine par fes Lettres-patentes de la même année, accorda à Walter Raleigh, Ecuyer, Si à fes héritiers, » le droit » de découvrir & de s'emparer de » tous les Pays Si Terres qui n'e-» toi eut pas encore fous la domina-» tion d'aucun Prince Chrétien , ni » habités par aucune nation Chré-» tienne, avec réfervé pour la Cou-» ronne du cinquième de totil i'or » Si de tout l'argent brute, oui pour* » roit être trouvé dans aucuns des » fufdits pays. » En conféquence de cette concef- Ti >-enroy* fion, on équippa pour une expédi- ^"V*1" * tion dans les Indes Occidenta les deux ' " barcrues, dont une fut confie aux 15*î* Bvj 36 Découvertes ït"~™" foins de Philippe Amidas , &: l'autre1 chap. i. a Arthur Bdrlow. Ils partirent d Angleterre le Z7 d'Avril: le 10 de Juin ils trouvèrent les nies cl Amérique ; & le 4 de Juillet ils découvrirent, ou au moins crurent avoir découvert le Continent : après avoir été frappés pendant deux jours de l'odeur déli-cieufe d'un air parfumé, ilsfuivirent la côte plus de quarante milles ; 6c le 14 ils jetterent l'ancre dans une belle rivière. Quand ils eurent débarqué , ils prirent poffciîion du pays au nom de la Reine, 6c au profit des intéreffés : mais ils trouvèrent enfuite que c'étoit une ifle nommée Woko-ken, qui n'avoit que vingt milles de long, 6c lix de large. Le terrein en eft excellent, il produit des raifins délicieux, une grande quantité de cèdres, de pins, de cyprès , 6c d'arbres de mafric : on y voit aufîi des oifeaux de toute efpece, des daims, des lièvres, des lapins, 6c beaucoup d'autres animaux. Us font bien Le troifieme jour, un des habitants «■çus des In- > 1 ,m tiens* s avança clans un canot, quoiqu il ne parut pas exempt de méfiance : mais on l'engagea aifément à venir à bord, 011 on lui donna quelques habille- des Européens. 37_ rnents, Se on le régala de viande Se raleigh • de vin, ce qui lui parut fort agréa- Chap. 1. ble. Il retourna dans fon canot, le An. jjgs. chargea de pohTon, revint trouver les Anglois une demi-heure après , Se partagea la petite cargaifon en deux parts, une pour chaque vaif-feau. Les naturels du Continent vinrent enfuite fréquemment trafiquer avec les Européens, Se ils échangèrent des peaux, du corail, Se des perles pour quelques vafes d'étaim , Se pour d'autres bagatelles qui n'é-toient prefque d'aucune valeur. Les Anglois furent un jour vifités par le frère du Roi, accompagné d'une fuite de plus de quarante perfonnes, Se on lui fit divers préfents. Ce qui parut le flatter davantage , fut un plat d'étaim qu'il pendit à fon col, pour qu'il lui fervît de bouclier contre les flèches des ennemis, Se il donna en échange vingt peaux de daims. Ce Prince vint voir depuis plusieurs fois les Anglois, Se leur amena fa femme. Elle leur parut modefte, Se ils ne remarquèrent rien de défa-gréable dans fa figure. Elle portoit une efpece de manteau de peau de 3 8 découvertes ;~7~7~~~ daim , doublée d'une fburure , & un iAL£IGH , 7 , " , chap. i. tablier de même. Elle avoit un ban-An ^ â deau de corail blanc fur le front, &c . 1585* ^ ^ orejj[es c[e iQugg gJs de perles dont quelques-unes etoient aufîi gro£ fes que des pois. Cette Princeffe traita très bien les Européens qui débarquèrent enfuite. Il paroît qu'une plaque de cuivre attachée au front étoit la marque d'une diflincrion éminente entre ces peuples, puifque tous ceux qui ac-compagnoient le Prince en etoient ornés. On remarqua qu'aucun d'entre eux n'ofoit trafiquer, ni même examiner ce qui étoif devant lui „ jufqu'à ce que le Prince eût choifl ce qui lui plaifoit, après quoi tous avoient la liberté d'agir comme ils le jugeaient à propos. Ils etoient particulièrement paf-fionnés pour les armes défenfives, & auroient donné toutes chofes pour des couteaux, des haches, 6c d'autres instruments tranchants: mais on jugea qu'il convenoit de ne leur en point donner, & même un des mariniers refiifa une boette pleine de perles qu'on lui of&oit pour une épee, des Européens. 39 On appelloit ce pays Wingandac- RaL£1gh; ca, le Roi le nommoit \vingina, Ôc chap. 1. les Anglois apprirent que le lieu de An> IJ8J> la réiidence étoit à fix journées de marche dans le Continent: ccpen-j^JSJJ"* dant ils ne firent pas de découvertes Honneleneni au-delà de la côte, Se ils retourne- BJ rent en Angleterre au mois de Sep- av«it décou* remhre très fatistàits de ce qu'ilsvcrt* avoient vus. Us emmenèrent avec eux deux naturels du pays, afin de leur apprendre l'Angîois. Le récit qu'on fit de ce pays à la Reine, lui fut fi agréable qu'elle lui donna le nom de Virginie ; offrit à M. Raleigh toutes fortes d'encouragements pour l'engager à en poursuivre la découverte, Se quelque temps après la Patente fut confirmée par un acte du Parlement. Suivant le rapport du Capitaine Barlow : le climat en est tempéré, l'air très fain» Se le terroir fertile , produisant tout ce qui eff néceffaire à la vie humaine, 11 abonde en gibier de toute efpece,. Se le caractère humain des habitants fembloit le rendre le pays le plus for-luné de PUnîvers. L'année suivante, Sir Richard Gré- S« Richard ... . . Oreenvillc enviile, qui avoit eu part avec M. t0iumaod»: 40 DÉCOUVERTES Raleigh" R'^igh dans *e précédent voyage^ Chap. i. 'encouragé par le su ccès, équipa fept feptvwfTeaux vahTeaux bien fournis de provisions pour y faire & de munitions, fe chargea du prin-menfc8• , Cïpal commandement, & réfolut de An 15Z6 f°rmer lin établiffement à la Virginie. M. Raleigh, qui venoit d'être élevé à la dignité de Chevalier, fut très fa-tisfait d'avoir un pareil repréfentant. Les noms des vaiffeaux employés k cette expédition etoient le Tigre, de cent quarante tonneaux : le Chevreuil aulfi de cent quarante : le Lion de cent : l'Elifabeth de cinquante : une petite barque nommée la Dorothée , & deux pinaffes. Il y avoit fur cette Efcadre plufieurs perfonnes de nom , qui parlèrent enfuite dans la Marine Royale, entre autres M.Ralph Lane, M. Thomas Cavendish , M. Jean Àrundel, M. Stukely, M. Bre-mige, M. Vincent, M. Heriot, & M. Jean Clark : ainfi fécondé Sir Richard GréenviUe partit de Ply-mouth le 9 d'Avril. Le 7 de Mai ils arrivèrent à la Dominique , après quoi ils descendirent à Porro-Rico, où le Commandant fît construire une nouvelle Pinaffe, &c élever un Fort : il fe rendit maître do t) F. s Européens. 41 deux riches vahTeaux, dans l'un del- ]^ALEIGH~ quels etoient pluiieurs pafiagers; eau- chap. 1. fa divers autres dommages aux Ef- An. ijStf» pagnols , & fe rendit enfuit e à Ifabel-îa, ville de l'ille Saint Domingue, ou on lui permit de trafiquer pendant quelque temps, plutôt par la crainte du mal qu'il y pouvoit faire, fi on lui en reftifoit la liberté, que par aucune autre considération. Il pana enfuite à la côte de la Floride , & fut en quelque danger à la hauteur du Cap-far: cependant il jetta l'ancre le 26 de Juin dans l'ille de Wokoken , où il perdit fon vaif-feau. Il aborda au Continent, & fut très bien reçu des habitants, particulièrement du frère du Roi, ce que Gréenville & fes gens durent en grande partie aux Indiens, que les premiers avanturiers avoient emmenés en Angleterre , & qu'ils ramenèrent alors dans leur pays. La relation que nous avons de ce Son retour voyage n'entre point dans les dé-^r[."l.^'ir tails; mais il paroît que l'on conçut Uiffé une to«. de fi belles efpérances d'y former un omc* établiffement, qu'on y laiffa cent huit hommes fous les ordres de M. Ralph Lane, ôc" du Capitaine Amy- 4± DÉCOUVERTES ■ H das, avec tout ce qui étoit nécerTaî-Chap. !■ * re pour établir une Colonie : que Sir Richard remit enfuite à la Voile An. r$u» r revemr en Europe : qu'il prit en route un vailfeau Efpagnol de trois cents tonneaux , eftimé cinquante mille livres Sterling : qu'il arriva à Plymouth le 18 d'O&obre i ^86 , & que la cargaifon compofée de peaux, de fourures, & de perles , fut vendue à leur avantage particulier. Proçrèsde Lorfque Sir Richard fut parti, eolome, ceux qu'il avoit laines dans le pays , s'établirent dans une ifle nommée Rannoak, oîi tout leur réuflit au gré de leurs délirs. Le terroir y étoit excellent , & ils y plantèrent des pois & des fèves, qui réuffirent parfaitement. Ils tournèrent alors leurs vues vers de nouvelles découvertes en Terre-ferme, & pénétrèrent à plus de quatre-vingt milles au Sud de Rannoak, & à cent trente milles dit côté du Nord: mais ils donnèrent trop de confiance aux indiens, & perdirent plusieurs de leurs gens, qui s'écartèrent vraifemblablement à quelque difhnce du gros des Anglois, furent furpris & taillés en des Européens. 43 pièces. Lorfque ces peuples eurent ral£i<5 commencé à commettre de fembla- Chap. i bles infultes contre les Européens, An> IJM ils devinrent bien-tôt leurs implacables ennemis, &c faifirent toutes les occalions de leur nuire. Quelques - uns d'entre eux déclarèrent qu'ils croyoient cette conduite absolument néceffaire, parce que jugeant des dilpofitions des Anglois par les leurs, ils ne penfoient pas qu'ils puf-fent jamais pardonner une offenfe. En effet quoique ces Indiens paruf-fent fimples, honnêtes, & fans aucune dissimulation, ils étoicru réellement traîtres , hardis, ôc inSatia-bles dans leur vengeance. De plus ils etoient très mécontents de ce que les Anglois pénétroient fi avant dans le pays, & ils avoient formé un complot pour les détruire totalement : mais on eut le bonheur d'en être instruit, & de pouvoir le prévenir. Les approches de fhyver arrête- Dn*f . i-,1 / 1 Jm 11 donne du rent les Européens dans leurs dccou-courj4 vertes, &c ne connoiflant pas affez la nature du climat pour amaffer des provisions, ils furent réduits à une extrémité d'autant plus grande, qu'ils n'étoient pas en bonne intelligence 44 DÉCOUVERTES Raleigh avcc ^es habitants. Ils manquèrent Chap. i. 'de tout ce qui leur étoit néceffaire , An. 1585. & fe trouvèrent expofés aux plus grands dangers, de la part des Indiens, qui paroiffoicnt difpofés à faifir toutes 1rs occasions de les faire périr. Ils etoient dans cette facheufe îituation quand ils furent joints par Sir François Drake, qui leur fournit des vivres, des munitions, des hommes, & tout ce qui étoit néceffaire pour continuer leur entreprife. Il leur donna aufîi une barque dont ils avoient le plus grand befoin, (fautant que Sir Richard Gréenville quoiqu'il eût laiffé le Capitaine Amydas avec le nom d'Amiral, fembloit avoir oublié la figniiication de ce titre 5 puifqu'il ne lui avoit pas laiffé le plus petit bâtiment. La Colonie fembloit alors avoir de nouvelles efpérances de réuflir; mais un furieux ouragan qui s'éleva renverfa encore tous fes projets, &C quelques - uns des avanturiers qui etoient montés k bord de la barque , furent jettes fi avant en mer, qu'ils furent obligés de reprendre la route d'Angleterre. iJaÎJJoîÎ Cet accident jetta ceux qui etoient en Europe. des Européens. 45 reliés, dans un il grand décourage- raleigi^" ment, qu'ils prièrent unanimement <ïhap. 1. Drake de les prendre à bord. ïl y . . 1 • 1 A J An. 1586, confentit, oc quitta la cote avec eux le 18 de Juin. Ils débarquèrent à Plymouth le 27 de Juillet 1586 au nombre de cent trois hommes ; 6c fui-vant ce compte ils n'en auroicnt perdu que cinq , ce qui ne s'accorde pas avec ce qu'ils dirent eux-mêmes de l'état fâcheux 011 ils le trouvèrent : mais je crois que leur perte fut beaucoup plus considérable , tk je trouve que pîuficurs Auteurs qui ont parlé de ce voyage, font du même îenti-ment. (a) (.t) Peut-être comprenoit-on dans ces cent trois hommes ceux que Drake avoit fournis à la Colonie, avant de la ramener en Angleterre. 46 DÉCOUVERTES Raleigh , |mmmummmmmmsBmmmmssmmmmy I5M> CHAPITRE II. Second voyage de Sir Richard Greèn-ville tn Virginie : 77 établit une nouvelle Colonie , & donne fes ordres pour bâtir un Fort ; mais fes gens font taillés en pièces par les habitants : AI. Jean White bâtit la ville de Raleigh, & fe rend en Angleterre pour y demander du fecours : // perd fes gens au retour, & met à la voile pour revenir en Europe : Expédition de Raleigh aux Açores, Arrivée ^TP R^s peu de temps après le dé-, *Cs recourt j[_ part de Drake, il arriva fur la Anciens aprei \ ./v- / . / t>» ïe départ tic cote un vaiileau equippe partir Drake. "Walter Raleigh pour le fecours de la Colonie. Il étoit chargé de provisions, de munitions, d'hommes de recrues, ôc de toutes les autres cho« fes nécetlaires : mais trouvant que les Anglois en etoient partis, il revint en Europe après s'être arrêté quelque temps. Il y avoit environ quinze jours que ce vaiileau avoit mis à la voile, des Européens. 47 quand Sir Richard Gréenville arrivaRAL£lGH pour la féconde fois avec trois bâti- chap. 11. ments, bien munis pour l'encoura- An. IJ$$. gement de la Colonie, 6c il trouva à fon grand regret, qu'elle avoit abandonne le pays. Cependant il ne fut pas découragé, & il rélblut de former un nouvel établiffement, il laifla cinquante hommes avec des inftruètions pour élever un Fort ; leur donna tout ce qui étoit néceflai-re pour deux ans, 6c les affura qu'ils feroient puiffamment Soutenus : mais ils furent tous furpris &: maffacrés par les habitants, qui déiruifirent le Fort. On apprit ces facheufes nouvelles*,^^^ par Maniéo , l'un des Indiens qu'on M. Wbiw. avoit amenés en Angleterre, 6c re- An. conduit dans fa patrie. Il fut toujours très attaché aux intérêts des Anglois , 6c rendit de grands fervices à la petite Efcadre de trois vaiffeaux, qui arriva à Rannoak le zi de Juin Ï587. Elle étoit chargée de beaucoup de chofes utiles, 6c commandée par M. Jean White , homme de courage 6c de réfolution, en qui Sir Waiter avoit ia plus grande confiait' te, 6c auquel il avoit donné le litre 48 DÉCOUVERTES »• , ''"''OC la commiffion de Gouverneur de lALEIOH , , , chap. il. la Virginie. An. 1587. NvTiite travailla aufîî-tôt à établir de nouvelles habitations fur le même tcrrein où avoient été les anciennes , & il falloir qu'il eût de très fortes rai-fons pour faire choix de cet endroit, directement contre fes instructions. Il choiiït aufîi onze des plus habiles de fes gens, pour en former un Confeil, avec le titre de Gouverneur 6c d'Affeffeurs - affiliants de la ville de Raleigh, lui ayant donné ce nom en l'honneur du chef de l'entrepriiè. En tenant une telle conduite, il y avoit tout lieu de croire que le temps étoit enfin venu, où la découverte de ce pays tourneroit à l'avantage des in-réreffés, 6c à l'accroiffement du commerce d'Angleterre. La vigilance &c l'industrie du Gouverneur le rendirent formidable aux Indiens, qui recherchèrent fon amitié, & firent des traités avec lui. Cependant ils ne faifbicnt aucun feru-pule de les rompre quand ils cro-yoient y trouver le plus léger avantage , 6c ils devinrent fi fâcheux qu'il falloit une réfolution extraordinaire pour pouvoir tenir contre eux. Le des Européens. 49 ï 3 d'Août Manteo fe déclara Chré- rale1gh tien, fut baptifé, 6c nommé par le çhap. 11. Gouverneur, Seigneur de Daffamon- a0< iSg7, peak, nation voiline d'Indiens, titre qui lui fut conféré en considération des fervices qu'il avoit rendus aux Anglois. Miftrifs Dare fille du Gouverneur, accoucha d'une fille le 18 du même mois : on lui donna au baptême le nom de Virginie, à caufe du pays de la nailfance, ck ce fut le premier enfant qui nacquit de parents Chrétiens , dans les établiffements Anglois de cette partie. Les affaires de la Colonie paroif-foient alors dans un état à efpérer une grande réuiiite, 6c le Gouverneur White fut choili unanimement comme le fujet le plus propre à paf-fer en Angleterre, pour folliciier des fecours d'hommes 6c de proviiions. Sur la prière générale qui lui en fut faite, il entreprit le voyage , 6c après une traveriée très dangereufe , il arriva fans accident en Cornouaille au mois de Novembre 15 87. Il vit de grandes difficultés à faire réuffir fa commiffion, à caufe de la consternation où les Anglois etoient plon-Tom, IV. C Raleigh } Par *a cramte ou ^s etoient de Chap. IL ' la flotte Efpagnole, qui menaçoit de-^ puis fi long-temps l'Angleterre de fa *' h*7' ruine totale. Cependant White réufïït enfin à avoir trois vaiffeaux bien équippés, avec lefquels il mit à la voile , & arriva à Rannoak après un voyage des plus heureux. Il eut le chagrin de trouver que fes gens avoient changé de demeure ; mais le mot Çroatan qu'il vit gravé fur une 4es paliffades du Fort, lui fit juger avec raifon qu'ils etoient allés dans une ifle de ce nom, environ à vingt lieues au Sud de Rannoak. Mauvais lj ^e détermina donc à faire voile liiccès de la pour cet endroit, ex dans ce deffein iq cm . £t rembarquer tous fes gens : mais il s'éleva tout-à-coup une tempête fi violente, qu'elle les chaffa de leurs ancres, fépara leurs vaiffeaux, & les pouffa très loin en mer, ce qui les obligea de regagner l'Angleterre dans un état beaucoup plus fâcheux, que lorfqu'ils y etoient déjà retournés. Ce dernier coup parut détruire totalement toutes les efpérances qu'on avoit conçues d'une expédition, d'où l'on attendoit d'abord des richefiès immenfes. des Européens. p_ Les défordres qui accompagne-raleigh> rent les dernières années du régne chap. n. d'Elifabeth , ck les grandes dépenlès ^ . que Sir Walter Raleigh avoit faites pour établir une Colonie en Amérique , fans en avoir retiré aucun profit , ni aucun avantage, furent caufes que pendant quelque temps on lem-bla perdre de vue la Virginie. Raleigh en avoit confié le foin à une compagnie d'avanturiers marchands, établie par Lettres - patentes, ck il leur avoit accordé tant d'immunités, qu'on voyoit évidemment qu'il avoit plus en vue les intérêts du commerce de fa patrie, que fon avantage particulier. Enfin il penfa avec rai-fon qu'il aureit dû en retirer plus de profit, ck en même-temps que fa vanité fut piquée de leur indolence, elle excita fon reffentiment, ck le détermina à abandonner tous les projets qu'il avoit formés fur ce pays. Nous aurions dû commencer par ^ Exj^-ditio» rapporter lefuccès d'une expédirion wxA$Sâ concertée par Raleigh contre les Açores, avant qu'il renonçât à fes vues fur la Virginie : mais comme ce récit auroit rompu le fil de notre narration, nous avons remis à en Cij )2 DÉCOUVERTES Ialeigh Par^er 9 après avoir dit de fuite les chap. il.'premiers efforts qui furent faits pour An 1587 ce£ établiffement. Le 10 de Juin 1586, Sir "Waltcr Raleigh avoit fait partir deux pinaf-lès , la Marie Spark, de cinquante tonneaux , commandée par Jean Evesham; 6c le Serpent, de trente-cinq tonneaux, fous les ordres de Jacob Whiddon, pour croifer contre les Efpagnols des Açores. Dans leur courfe ils prirent un petit vaiileau chargé de Summack ( b ), 6c d'autres riches marchandées, avec plusieurs paffagers de diflincîion , dont la rançon monta très haut ; on trouva dans le nombre des prifonniers un Gentilhomme Portugais, qui avoit été Gouverneur de Saint Michel. Peu de temps après, comme ils croi-foient à la hauteur de fille Graciofa, à la vue de Tercere, ils virent un vaiffeau Efpagnol, mirent un pavillon blanc, 6c s'approchèrent de lui :' mais quand il fut à la portée de leur canon , ils ôterent ce premier pavillon , mirent le pavillon Anglois, 6c (£) On donne ce nom à un arbriffeau , dont les feuilles fervent à la teinture, & les branches pour les tanneries. des Européens. 53_ lui envoyèrent une bordée qui 10- RALEUiYî bligea bien-tôt de fe rendre, après chàp< 11. avoir jette dans la mer fes inftruc- An. 15*7. tions, Tes lettres, oc" une carte des détroits de Magellan. Les Anglois firent prifonnier dans ce vaifTeau Dom Pedro de Sarmiento, qui avoit été Gouverneur des détroits de Magellan , 6c étoit reconnu pour un des meilleurs marins qui fut alors dans toute l'Efpagne. Ce Gentilhomme fut depuis préfenté à la Reine Elifabeth, 6c contracTa une intime amitié avec Sir Walter Raleigh. Ils prirent enfuite un vaifTeau chargé de poiffon, qui venoit du Cap-blanc, 6c le lendemain une de leurs barques avec feulement neuf hommes , s'empara d'un autre, fous la protection d'un Fort de l'ifle Gracio-fa, quoiqu'il y eût un grand nombre d'hommes avec des armes à feu, qui viffent cette aclion du rivage : mais ils ne firent autre chofe que de jet-ter des pierres aux Anglois, qui n'eurent pas un feul homme de tué, ni de bleffé. En revenant en Angleterre, ils rencontrèrent une flotte marchande Espagnole, très richement chargée C iij Uu-igh ^or' a'argent ck d'épiceries, contre chap. il. ' laquelle ils entretinrent un feu rou-m IJ87, lant de trente-deux heures, qui fatigua exceHivernent les ennemis. Les Anglois n'auroient pas celle le combat fans être payés chèrement de leurs peines, fi la poudre ne leur eût manqué; mais cet inconvénient les obligea de fe retirer, ck de gagner Plymouth, où leurs prifes n'é-toient arrivées que peu d'heures avant eux. Après quelques jours de repos ils gagnèrent Southamplon , où ils trouvèrent Raleigh, qui fit au/îi-tôt délivrer à chaque homme ce qui lui appartenoit dans la charge des prifes, compofée de dents d'E-lephants, de bois de brefil, de fu-cre, de cuirs, de cires, 6k d'autres marchandifes de prix, indépendenr-ment defquelles il les récompenfa encore très libéralement. dès Européens. $5 Ralkigm , Clup. m. CHAPITRE III. An. 159** Sir Walur Raleigh part pour une nouvelle expédition aux Indes Occidentales : // ejl rappelle & le commandement paffe à Sir Martin Frohisher & Sir Jean Burrough : Sir Walter ejl en danger de fa perte'. Il fait plujieurs prifes confidérables qu'il amené en Angleterre : Quelques doutes au fujet de ce Commandant. AU commencement de l'année Nouvelle 1592, Sir "Walter Raleigh pi^iScigtu * jetta une nouvelle courfe contre les Efpagnols dans les Indes occidentales, Se forma particulièrement le projet de faire une defeente à Panama, il équipa treize vaiffeaux, bien pourvus d'hommes, de provifions Se de munitions de toutes fortes. La Reine y en ajouta deux des fiens, & donna à Raleigh le titre Se l'autorité de Général des troupes envoyées pour cette expédition. Il paroît que cette dif-tindtion détruit ce qui elt avancé par 6ir Guillaume Monfon dans ce qu'il a Civ *j6 Découvertes Raleigh mr *es événements maritimes, chap. ni.' où il prétend que Raleigh fît ce voya-A«. 1392. ge, parce qu'il avoit perdulafaveurde la Reine, fans marquer la caufe de fa difgrace. Cette flotte fut retenue plus de trois mois dans le port par les vents contraires; ce qui donna le temps aux Efpagnols d'être fuffifamment inf-truits de fa deffination, & de prendre toutes les mefures poifibles pour en empêcher le fuccès. Elle mit en mer le 6 de Mai &c le 7 du même mois elle fut jointe par le Dédain , pinaffe du Lord Grand-Amiral, montée par Sir Martin Frobisher. Cet Officier étoit chargé d'une lettre de la Reine adrefiée à Sir Walter Raleigh , pour lui ôter ion commandement, & pour lui ordonner de remettre fa commifïion, ainfi que la conduite de l'expédition au porteur de la lettre & à Sir Jean Burrough. Sir Walter jugeant que fon honneur étoit trop engagé s'il fe retiroit, fe détermina à demeurer fur la flotte, quoique M. NevilDavies , qu'il rencontra en mer dans un vaifTeau appartenant à M. Gourdon Gouverneur de Calais , l'affurât que les Efpagnols des Européens. 57 etoient partout fur leurs gardes con- RALE1GH tre les Anglois, Se qu'il n'y avoit au- ciwp. m.' cun lieu d'efpérer de faire des prifes xn. 159s. en mer, puifque le Roi d'Efpagne avoit donné ordre dans tous les ports d'Amérique de ne faire fortir aucun vaifTeau, Se de n'embarquer aucun tréfor cette année. Cette nouvelle ne put décourager Raleigh, non plus qu'une horrible tempête qu'il effuya le n. Cependant elle difperfa toute la flotte, Se emporta les grandes barques : il fut lui-même en grand danger de périr à, bord du Garland, l'un des vaiffeaux. de la Reine. Quoiqu'il vît évidemment que fon 11 parngtfo projet ne produirait aucun effet ,& !Je0^c gjj^ quoique fes provif ons fulTent déjà mandants, confulérabiement diminuées, il réfo-lut de ne pas retourner en Angleterre fans avoir fait quelqu'attion remarquable. Il partagea la flotte en deux ekadres, dont l'une , fous les ordres de Sir Martin Frobisher croifa fur les côtes d'Efpagne pour les tenir en reipecl;pendant que l'autre commna-dée par Sir Jean Burough eût ordre de croifer à la hauteur des Açores, Se de taire fes efforts pour s'emparer de 58 Découvertes Raleigh quelques-uns c'es vaiffeaux des cara-cinp. m.'ques. Cettedifpofition réufîit fuivant a", isfi. fes vues : quand les Efpagnols furent qu'une flotte angloife croifoit fur leurs côtes méridionales, ils nefon-gerent qu'à les mettre en fureté , ôc les caraques demeurèrent expofées auxentreprifes de Jean Burough,dont il parut même que les ennemis n'a-voient aucune idée. Avant que les ef-cadres fe féparaffent, elles envoyèrent en Angleterre une prife de fix cents tonneaux chargée de fer travaillé de toutes fortes , qui fut efti-•mée près de fept mille livres fterling. Peu de tems après-Sir Jean Burough. prit au Sud du roc de Lisbonne , un Jlybot dont les gens d'équipage lui apprirent, qu'on avoit affemblé une ■flotte formidable à Cadix & àSan-Lucar, & qu'elle avoit ordre de poursuivre celle de Raleigh jufqu'aux Indes occidentales, ou en quelqu'autre endroit que ce pût être.Burough auroir immanquablement rencontré cette flotte prefqu'auffi-tôt qu'il eût appris cette nouvelle; mais comme il étoit un excellent marin il fut éviter les Efpagnols & pourfuivit fon voyage aux Açores, où il prit quelques petits ii e s Européens, 59 bâtiments, dont on ne retira pref- ralhigh qu'aucun profit. Chap. in. Le 11 de Juin ils arrivèrent à Flo- An> IJJ>Z< fes, oc après avoir mis pavillon blanc, les provifions qui leur etoient les plus nécefTaires leur furent fournies par les habitants d'une petite ville nommée Santa-cruz. Ils y furent joints par trois vaiffeaux de la flotte du Comte de Cumberland, & donnèrent la chaffe à une groffe caraque qui gagna le rivage; les Efpagnols enlevèrent tout ce qu'ils purent ôter de la cargaison , ck mirent enfuite le feu au bâtiment: mais un corps de cent hommes de la flotte angloife defcendit des vaiffeaux, & réuffit à fauver des flammes plufieurs effets d'aifés grande valeur. Les Anglois apprirent en cet en- les Anglois j D , ,l 1 . fontpluMHtl droit que depuis quinze jours on prifes. avoit chargé trois autres caraques qui dévoient prendre la même route, & Sir Jean Burough diftribua fes vaiffeaux du Nord au Sud a deux lieues l'un de l'autre , ce qui leur donnoit la vue d'une étendue de deux dégrés. Dans cette fituation il établit fa croi-fiere fept lieues à l'Oueft de Flores jufqu'au 3 d'Août j en attendant les C vj Uleigh carac}ues- Le Capitaine Thomfon en ciup. m. découvrit une , d'une groffcur prodi-An. gicufe : il la joignit &: l'attaqua : mais après avoir beaucoup fouffcrt par la belle defenfe des Efpagnols, il fut forcé de l'abandonner. Burough tomba aunl fur cette caraque arec intrépidité & fut de même obligé de fe retirer , après avoir reçu un peu au-def-lus de l'eau un boulet de canon, qui lui fit craindre de couler à fonds. Alors Sir Robert Croff attaqua le bâtiment efpagnol par la poupe , nettoya l'avant tk l'arrière, & combattit fcul pendant trois heures : enfin il fut joint par les vaiffeaux- du Comte de Cumberland,quile fécondèrent fi bien ç{uor\ vint bientôt à l'abordage. Sir Robert Croff fut le premier qui monta fur le bâtiment ennemi, &ç en peu de temps on s'en rendit maître* Cette caraque fut amenée à Dan-* mouth le 7 de Septembre :on la nom-moitla Madre-de-Dios ,.elle étoit du port de feize cents tonneaux, tk porroit trente - deux canons, de fonte avec fix cents hommes. De la-proue à la poupe elle avoit cent foi-, xante-cinq pieds : quarante-fept d'un korÀ à l'autre §ç étoit garnie de fept • des Européens. 6r ponts. La cargaison étoit compolée r_aleigh d'épiceries , de drogueries, de foyes, chap. mu de tapis, de toiles de coton, de per- Al>> 1JM|. les, de mule, de civette, d'ambre gris, de porcelaine, d'yvoire, & de pluiieurs autres effets de prix. SiAVal-ter Raleigh & Sir Jean Hawkins fefti-moient cinq cents mille livres fter-ling : cependant le produit de la vente ne monta qu'à cent cinquante mille : mais la railbn en eft très évidente. Les matelots, les officiers & les fol— dats avoient confifqué à leur profit &Z caché plufieurs caifles de joyaux & d'autres riches marchandises, en fi grande quantité, que la prife tiroit cinq pieds d'eau de moins quand elle arriva en Angleterre, que lorsqu'on Favoit frétée aux Indes orientales.. Suivantle'récit de Cambdcn, ni ordres, ni ferments , ni proclamations ne purent empêcher les gens d'équipage de détourner ces eifers, & ils dirent hardiment qu'ils remettroient plutôt leurs ames à Dieu que leur fortune aux hommes. 11 eft vrai que leur conduite étoit en quelque forte excufable d'autant que tbus.ee régne la diftribu-tion de ce qui revenoit à chacun dans )gS prifes ne fe faifoit pas avec exaâf- Raleigh tu^e » Particwuerement quand la Reï-Clwp. III. * ne y avoit quelque part. En vertu de Am fon autorité royale elle forcoit le» înterenes a le contenter de la portion qu'il lui plaifoit de leur donner, elle étoit toujours beaucoup au-def-fous de ce qu'ils auroient dû recevoir : M. Lediard dans fon Hiftoire Navale d'Angleterre nous affure qu'on tint cette conduite dans le partage de la Mère-de-Dieu. ( c ) Quoique dans la vie de Sir Walter Raleigh il ne foit pas dit précifément en quel temps il quitta la flotte, nous penfons qu'il n'en iortit que lorfqu'il vit qu'il ne pouvoit plus faire aucune opération importante. Nous ne trouvons pas qu'il foit parlé de lui dans le combat contre la caraque , & l'Hif-toire dit qu'il fe rendit en A ngleterre après l'ouragan du 11 de Mai, quand il eût donné les ordres pour féparer la flotte de la façon dont nous l'avons rapporté. (c) M. Lediard eft un nom emprunté, & l'on doit à M. Hill cet Ouvrage , qui a eu beaucoup de critiques. Nous en avons, une traduftion Françoife en trois Volumes des Européens. 63 Raleigh 1 (^■■■^«■«■^■■iMMMMWMMMiMMM chap< lv> An. i>s--, CHAPITRE IV. Amours de Raleigh avec une Dame a" honneur de la Reine qu'il époufe : 77 ejl d if gracié & banni delà Courz Il prend la réfolution de faire un voyage pour découvrir la côte de la G uianeiSituatisn de ce pays : Raleigh attaque un Etabliffement efpagnol\ prend le Gouverneur p ri fon nier , & met en liberté cinq Rois Indiens qu'il tenoit dans les fers : Raleigh harangue les Chefs Indiens, 6c fc détermine à aller plus loin, PEndant que Sir Walter Raleigh Anww J* etoit occupe de les voyages, on Rjieigk avoit pour lui la plus grande eftime à la Cour. 11 contracta une liaifon des plus intimes avec MiffElifabeth , fille de Sir Nicolas Throgmorton, 6c Tune des filles d'honneur de Sa Majefté. Leur amour eut des fuites rrop vifi-bles : la Reine irritée fit mettre Raleigh en prifon pendant plufieurs-mois, 6c quand on lui rendit la liberté y il eut ordre de fe retirer de la 6*4 DÉCOUVERTES. Raleigh Cour: quoiqu'il eût fait toutes les chap. iv.'réparations néceflaires en époufant An. i59i. Elifabeth. Pendant que ce nuage obfcureif-foit fa fortune , il prit la réfolution de faire un voyage pour découvrir les parties de la côte de la Guiane qui etoient encore inconnues. 11 jugeoit par tous les rapports qu'on lui en avoit faits que fétabliffement d'une Colonie de fes compatriotes dans cet excellent pays, feroit un contrepoids à l'augmentation de puiffance que la Couronne d'Efpagne avoit reçue par la conquête du Pérou & du Mexique , puifqu'on croyoit en général que les richenes du pays qu'il ù. propofoit de découvrir égaloienr celles de ces deux fameux Empires y fi elles ne les furpafîbient pas. situation La Guiane eff fituée à l'Eft du Pé-«fc la Guiane, rOH 9 précifément fous l'Equateur, ôc l'on faifoit des récits étonnants des richeffes qui s'y trouvoienr. Guevara dans fon Hrftoire des Indes parle de la principale ville ,. nommée Manfa , comme d'une place où régnoit la magnificence la plus éclatante. Toute la vaiilèlle dans, le palais de l'Empereur étoit difbit-on3 d'or ou d'argent; les des Européens. 6) fiéges & les tables etoient des mêmes Raleigh j métaux, il polTédoit une quantité Chap. IV. prefque innombrable de curiofités An< IJpj<| d'un tel prix, qu'il n'y en avoit pas de femblables dans tout l'univers. On ajoutoit que la poudre d'or y étoit en ii grande abondance, que les habitants dans certaines fêtes folem-nelles , pareilles aux bachanales des Romains , s'en couvroient tout le corps, après l'avoir frotté d'un baume gluant auquel s'attache cette poudre. On équipa cinq vaiffeaux pour cette p^JS&j, expédition : mais Raleigh ne partit r« des déco»-qu'avec tm feul accompagné d'unevcrt"* •barque, & les autres eurent ordre An. H9U de le joindre à la hauteur des Canaries. Il mit à la voile de Plymouth le 6 de Février 1595 , & jetta l'ancre le 21 de Mars à la pointe de Curia-pan, que les Efpagnols appellent Punta-de-Gallo dans rifle de la Trinité. Quelques jours après il aborda à Puerto-de-los-Efpagnoles, un peu plus au Nord-Ert, où il y avoit un Etabliffement efpagnol, & une ville nouvellement bâtie , nommée Saint-Jofeph. Le Gouverneur Dom Antonio de Berreo étoit un homme hardi 66 Découvertes Raleigh, * courageux : mais cruel & fansédtt-€hap. iv. cation, très peu propre à faire des dé-- couvertes & connoirTant à peine la 4 l$9U différence de l'Eft à l'Oueft. Depuis onze ans qu'il occupoit cette place il avoit perdu plus de mille hommes &dépenfétrente mille ducats, quoiqu'il eût acquis moins de connoiifan» ces du pays 6c des productions que Raleigh n'en eût après y être demeuré quelques jours avec très peu de monde. Le Capitaine Whiddon envoyé l'année précédente par notre Avanturier pour examiner la côte, avoit eu quelque commerce avec ce Gouverneur : mais huit Anglois y avoient été maffacrés par la trahiforl d'Antonio, 6c le chef n'avoir éprouvé que des fraudes en traitant avec lui. Raleigh parcourut trois côtés de Tille : leva des plans des différents ports 6c des places remarquables qu'il y reconnut, & réfolut de pénétrer dans le pays : mais il jugea qu'il falloir commencer par attaquer 6c détruire l'Etabliffement efpagnol , pour ne pas laiffer derrière foi un ennemi puiffant qui ne cherchoit que les moyens de faire périr les Anglois, 61 des Européens. 67 qui par fa cruauté avoit attiré la haine rale1gh~ des habitants contre tous les Euro- chap. iv.* péens. Raleigh efpérok qu'en fe fai- 1S9t^ fant connoître pour ennemi des Efpagnols, il gagneroit la confiance des Indiens, & qu'il affureroit fes progrès dans le pays. Il étoit encore flatté de fe venger des Efpagnols qui avoient agi avec tant de perfidie contre les ^«ns du Capitaine Whiddon, & efperoit aufîi retirer de grands avantages de cette expédition, tant pour lui-même que pour ceux qui ï'accompagnoient. Déterminé par toures ces raifons, il MB52SE fit fes préparatifs pour attaquer l'cta- ment Etp*: bliffement à la fin du jour. Le Capi-snoU taine Calfield furprit la garde avancée avec foixante hommes, & Raleigh marcha lui-même avec un peu plus de quarante vers la ville, qui fe rendit fans beaucoup de rénftanceXe Gouverneur Dom Antonio Berreo fut fait prifonnier avec plulieurs autres Officiers : Raleigh fe conduifit envers eux avec autant d'humanité que de politeffe, & en apprit diverfes circonftances , qui lui furent d'un grand ufage pour la fuite de fon expédition. Il mit en liberté pluiieurô 68 DÉCOUVERTES Raleigh Captifs Indiens, entre lefquels il trou-chap. iv.'va cinq petits Rois, attachés â une A», I5PJ. même chaîne, & renfermés dans un endroit où ils mouroient prefque de faim. On leur avoit fait fournir plu-fieurs tourments qui révoltent l'humanité ; tel que celui de les arrofer avec du lard enflammé , & de les maltraiter par une infinité d'autres cruautés inconcevables, il lui arrive Le même jour arrivèrent pour j« ftcours foutenir Sir Walter Raleigh, le Ca-uropc* pitaine Keymis dans le Galego , Se le Capitaine George Clifford dans le Lionceau , qui appartenoit au Lord Amiral Howard, lequel avoit un fort intérêt dans cette entreprife , ainfi cjue Robert Cécil. Ce fecours fut d'autant plus agréable à l'Amiral qu'il y avoit à bord de ces vaiffeaux un grand nombre de Gentilshommes &e de foldats avec des provifions très utiles. Avant de pourfuivre fes découvertes , il voulut s'attacher les Indiens le plus qu'il lui feroit pofïï-ble , affembla leurs chefs, particulièrement ceux qui etoient ennemis des Efpagnols , & qui formoient le plus grand nombre , & leur fit par le fecours de fon interprète Indien, des Européens. 69 une harangue dans laquelle il leur rale1gh dit : » Qu'il étoit fujet d'une Reine çbap, iv.' i> Vierge la plus puLffanté de tous les A„( imm >> Caciques ou Souverains du Nord : » Qu'elle avoit plus de Caciques » fournis à elle qu'ils ne pouvoient »> compter d'arbres dans llfle de la >► Trinité : Qu'elle étoit le foutien » de la liberté , & l'ennemie des » Cafîillans ( nom fous lequel les In-» diens connoilfoicnt les Efpagnols >> en plufieurs endroits ) à caufe de » leur barbarie & de i'opprefîion » qu'ils faifoient fourfrir : Qu'elle » avoit délivré les parties fepten-* trionales du monde de leur fer-» vitude , & qu'elle étendoit fa clé-» mence fur la côte de Guiane , où » elle l'avoit envoyé pour en louf-» traire les habitants à leur tyrannie , >► & pour les garantir contre toute » invaiion à l avenir. » Enfuite il leur fit voir le portrait de la Reine qu'ils regardèrent avec admiration , .ck l'on eut beaucoup de peine a les empêcher de lui rendre les honneurs divins. Ces difcours &c d'autres fem-blables que Raleigh tint en plufieurs endroits dans fon pafiage a la Guiane, accoutumèrent les habitants au nom Raleigh & aux vertus de la Reine Elifabeth ^ ch»p. îv. ce qui contribua beaucoup à les at-Aa. i5j»5. tacher aux Anglois par les liens d'une forte amitié. Le Commandant faifoit rous ces préparatifs pour fe rendre à la Guiane, quoique Berreo employât toutes les raifons qu'il crut les plus fortes pour l'en détourner, & l'on vit par Ia fuite qu'il avoit été fincere dans fes avis. Il fit en vain tous fes efforts pour lui perfuader que ce pays étoit de plufieurs centaines de milles plus éloigné qu'on ne le lui avoit représenté : que la route en étoit longue & ennuyeufe , parce qu'il y avoit quantité de bas-fonds , fur lefquels il étoit impoffible de parler, même avec des barques très légères : qu'il ne pourroit tranfporter avec lui la moitié des provifions qui lui feroient néceffaires , & qu'il ne devoit attendre aucun fecours des habitants avec lefquels il ne pourroit jamais avoir d'entrevue : qu'ils brûleroient leur ville : & fe retireroient dans des lieux inaccefîibles , où ils trouvoient des afyles qu'eux feuls pouvoient pénétrer : que leurs Rois & lgurs chefs leur avoient expreffément défendu des Européens. 71 de faire aucun échange d'or avec lesp iT CT^„"" Chrétiens, o£ d avoir aucune com- chap. iv. munication avec eux , perfuadés que ce commerce les conduiroit infailli- "* 1J9Ï* blement à leur ruine : enfin que l'hiver dont on approchoit lui caufe-roit de nouvelles difficultés par l'abondance des pluyes, 6c par les débordements des rivières. Malgré toutes ces remontrances , n fait fa Raleigh fe détermina à pourfuivre SSî^ST fon entreprife : il donna ordre à fonaborJcr à. U Vice-Amiral Gifford 6c au Capitaine luane* Calfîeld de faire leurs efforts pendant la haute marée pour palier les bas-fonds à l'Efl de l'embouchure de la rivière Capuri. Ils exécutèrent fes ordres ; mais malgré toute leur expérience , l'eau baiiffa avant qu'ils euffent pu les remplir: le maître du Lionceau fut envoyé pour examiner fi un petit bâtiment pouvoit entrer à Amana ; mais il trouva auffi peu de fonds que dans les autres endroits : enfin Jean Douglas qui le fuivit dans la même recherche apperçut bien quatre entrées qui fembloient promettre un facile accès ; mais les ef-peces de canaux qui y conduifoient etoient également barrés par les fables. 72 DÉCOUVERTES Raleigh Raleigh n'oublioit rien pour ani- Cfaap. îv.'mer les gens, & pour les ençoura* ger autant qu'il ltii étoit pofîible, en au. 1**5. aflpe^ant toujours l'air le plus iatjts-fait: fonCharpentier coupa une vieille barque du Galego, & y fit des bancs pour des rameurs, de façon qu'elle ne tiroir que cinq pieds d'eau. Raleigh s'y embarqua avec foixante de fes gens, & fut lùivi par un bat-teau de Giiford, chargé de vingt hommes : par une de dix hommes du Capitaine Callield , ainli que par une barque de fon propre vaifTeau, qui n'en portoitaufTi que dix. Ils parlèrent d'abord environ vingt milles d'une mer fort agitée, &c furent forcés par le vent de relâcher dans la baye de Guanipa : ils y fouffrirent beaucoup des flèches empoifonnées des habitants, qui etoient des Cannibales très voraces; mais enfin ils trouvèrent un paffage pour entrer dans une des rivières que Douglas avoit reconnues. CHAP, .des Européens. ?f - -1 _Raleigh, ——BBOEB——BlWàIMU153— chap. V. An. IS9S> CHAPITRE V. Raleigh fouffre beaucoup de fatigues dans la fuite de fon voyage : // fait un prifonnier, & ejl en danger de perdre fon vieux Pilote'. Dejcription d'un peuple qui vit dans des arbres : Raleigh manque de provijions , & perd un jeune Nègre : Il trouve quelques indices d'or , & apprend d'où, on le tire : // entre dans la rivière Orenoque , 6* reçoit la vifite d'un Roi voijin. IA fituation de Raleigh &C de ceux situai* qui Faccompagnoient, étoit cer- Angïoij» tainement très facheufe : ils etoient expofés tout le jour à la pluye, ou a un foleil extrêmement ardent ; & la nuit ils n'avoient que des planches pour Fe repofer. La plus rude prit'on eut été moins facheufe, que de fe trouver tant de monde en un fi petit efpace, manquant du néceffaire pour la propreté ; & la mauvaife odeur feule qui fortoit de leurs habits, devoit être Tom. IV, D ; "~777~im Supplice infuportable. Leur nour- lALElGH, . vi r 11 • a ... chap. v. riture qu il talion apprêter au milieu . d'eux, & qui netoit pour l'ordinai- An. 1595. , 1 . -V re que de mauvais poiiion, augmcn-toit encore le déSagrément auquel ils etoient expoïes. L'avenir ne leur préSentoit rien que d'affreux : quoiqu'ils enflent Surmonté en quatre jours la force de la marée, ils avoient été tellement ballottés par les courants & par les fins & remis, qu'après avoir eu des peines incroyables, ils fe trouvèrent enfin rejettes à l'endroit qu'ils avoient voulu éviter, ou à celui d'où ils etoient partis. Il y avoit très peu d'efpérance de fe tirer de tant de détroits & d'illes, fi Semblables les unes aux autres, qu'il étoit prefque im-poffible de les diflinguer. Les bords en etoient couverts d'arbres épais, dont les branches touchoient preS-que la Surface de l'eau, ce qui ajou-toit une fombre horreur à l'afpefik folitaire de cet endroit; &c elle étoit encore augmentée par les changements des temps, ck par les dangers de la mer. Toutes ces cauSes réunies auroient pu jetter l'effroi dans le coeur le plus des Européens. 7^ hardi: mais les manières ailées, &rale|gh" l'humeur toujours égale de Raleigh chap. v.1 dans les plus grandes fatigues, cn- r y » 7 An. »«95« courageount les compagnons, qui les partageoient avec un Commandant accoutumé au luxe & aux plai-firs de la Cour. La gloire étoit leur objet, & ils ne firent point entendre leurs murmures, quoique le chemin pour y parvenir fut fi difficile 6c fi hazardeux. Enfin le 21 de Mai i , ils en- T,s entrent trerent dans une rivière qu ils nom-vicrc. merent la rivière de la Croix rouge , ne lui connoiffant pas alors d'autre nom. Ils gagnèrent une petite baye voifine d'une ville, & leur Pilote Fernando mit pied à terre : mais il s'en fallut peu qu'il ne fut dévoré par des chiens, que les féroces habitants lâchèrent fur lui. Il étoit naturellement agile, réufîît à fe fauver, & à fe jetter à la nage pour regagner la barge de Raleigh. Pendant fon abfen-ce le; Anglois fe faifirent d'un vieux Indien , dont ils menacèrent de couper la tête , s'il ne procuroit la liberté à leur Pilote : mais on eut depuis beaucoup d'attentions pour ce vieillard , ck il leur ftit d'un grand fervi- Dij <0P 76* DÉCOUVERTES RArl7ir„ ce pour les guider dans les détours chap. v. cle cette rivière, ou il lut louvent An. iisî. nu"m£me expofé à périr, quoiqu'il la connut très bien. Les peuples qui habitoient vers l'embouchure, fe nommoient Tivi-livas : ils etoient d'un caracfere très dur, connoiffant tout le prix de la liberté, & aifés courageux pour la défendre. Ils fe batiffent des cabanes pendant l'Eté: mais pour fe garantir des eaux dont la terre eft inondée FHyver, ils forment de petites huttes entre les branches des arbres, où ils vivent très contents. Ces fortes de retraites ne font pas particulières à cet endroit, & l'on en trouve de femblables dans tous ceux des Indes Orientales, où il tombe des pluyes abondantes, lu trouvent La barge de Raleigh s'engrava fi ruent», fortement dans cette rivière, quil délèfpéroit de l'en pouvoir retirer : cependant fes gens y réunirent après quatre jours de travail, & ils continuèrent leur voyage avec une fatigue prodigiewfc par l'Amana, l'une des branches de l'Orenoque. Ils n'é-toient qu'à cinq dégrés de la ligne ; & Raleigh faifoit tous fes efforts des européens. 77 pour les encourager, en leur faifantîT-1 j- r fo ' " Raleigh, dire louvent, comme en fecret par chaP. v. le Pilote, qu'ils feroient dans peu à An, t5My la fin de leurs travaux. Leurs provisions étant alors prcfque entièrement confommées, leur vieux guide Indien entreprit de les conduire en très peu de temps à une ville, où on leur en fourniroit abondamment. Il les amufa pendant tout le jour 6c toute la nuit Suivante, fans qu'ils vilfent la plus légère apparence de l'exécution de fa parole, 6c un chef moins prudent l'auroit certainement puni pour les avoir trompés : mais le jour d'après ils reconnurent la vérité de ce qu'il leur avoit dit, & il les fît tourner tout-à-coup vers un endroit, où ils trouvèrent tous les rafti aîehine-ments nécelfaires. Dans ce dernier voyage qui les conduisit à plus de quatre-vingt milles , ils trouvèrent des poiffons Singuliers , dont quelques-uns etoient d'une groffeur excefîive , particulièrement des crocodiles. Il y en eut un qui engloutit à la vue de tout l'équipage un jeune Nègre , de la Suite de Raleigh , qui s'étoit jette dans l'eau pour nager. Quelque temps après cet Diij Raleigh événement, les Anglois s'emparèrent chap. Y.'de deux canots chargés d'excellent An ^ pain, qui appartenoient à des gens *15?:" d'une nation nommée Arwaycas: les Indiens les abandonnèrent fur le rivage , 6k: prirent la fuite dans les bois, parce que les Efpagnols leur avoient perfuadé que Raleigh 6c fes gens etoient des Cannibales. Us cnrrcnt L'Amiral les fuivit dans le deffein tfjnsi'Oicno-^ £ajre fes informations, 6c après s'être gliffé entre quelques bluffons, il trouva une corbeille où il y avoit du vif argent, du falpêtre, 6c les autres ingrédients nécelfaires pour purifier les métaux, avec quelques lingots déjà rafinés. Il joignit bien-tôt les Anvaycas, qui lui dirent qu'ils avoient été accompagnés de deux autres canots chargés d'or brut, lefquels s'étoient échapés : Raleigh prit un de ces Indiens pour lui fervir de guide, 6c il apprit de fui dans quel endroit les Efpagnols trouvoient l'or, en quel temps, 6c comment ils le rahnoient. Il fit part de tout ce qu'il en apprit à fes gens, pour qu'ils en pufïent faire ufage quand Toccafion s'en préfenteroit. Il prit encore pour le conduire un Arwaycas, qui avoit des Européens. 79 déjà rendu le même Service aux El- raleich ' pagnols : 6c quand les Anglois eurent chap. v. refré en cet endroit le temps Suffi- An. 159*, Sant pour Se ralFraîchir, ils parurent aufîi contents que l'étoit Raleigh lui-même , 6c promirent de le luivre juSqu'aux dernières extrémités de l'Univers. Ce fut le 6 de Juin qu'ils entrèrent dans la rivière de l'Oreno-que, 6c ils y acquirent bien-tot des lumières Surfilantes Sur toutes les nations qui en habitent les bords, Cette rivière a Son cours de l'Eft à l'Oucft : elle eft une des plus grandes qu'on connoiiTe dans le monde, puisqu'elle a trois cents milles de largeur à Son embouchure, 6c elle s'étend depuis la mer jufqu'à Quito dans le Pérou. Elle efl navigable pour les vaiilèaux la longueur de mille milles, 6c pour de petits bâtiments le double du même eSpacc : elle Se décharge dans la mer par Seize embouchures, a en général vingt braffes de profondeur, 6c jamais moins de deux 6c demie. Le cinquième jour après que les r«l«gheft Anglois furent entrés dans cette rl»^» aJpayi! viere, ils jetterent l'ancre à More-quito, dans la Province d'Aruwaia , D iv " 77T & PUIS de trois cents milles cle la mer. iALEIGH y j i , • n 1 • l T Chap. v. -Le lendemain Raleigh reçut la viiite An. is9s. ^e cette Province , auquel il avoit envoyé un député. Quoique ce Monarque fut âgé de cent dix ans, il vint à pied aux quartiers des Anglois, tk retourna de même, ce qui lui fit un voyage de plus de vingt-huit milles. Il amena une fuite nombreufe d'hommes tk de femmes, avec des provifions en abondance , tk de routes fortes de fruits. Il fit un difcours très long, dans lequel il s'étendit fur la cruauté des Efpagnols; tk Raleigh lai répondit à peu près dans les mêmes ternies qu'il avoit déjà parlé aux habitants de la Trinité. Il lui fit principalement l'éloge des vertus de la Reine , & dit : » que la plus grande » ambition de Sa Majefté, étoit de » délivrer les nations opprimées, & » d'abattre l'orgueil tk le pouvoir » des Efpagnols , ou Cailillans,. &C » que c'étoit par cette raifon qu'elle >♦ l'avoit envoyé dans la Guiane. » Enfuite Raleigh s'informa des forces, de la politique, des alliances, & du gouvernement du pays : de fes di/poiitions envers fes \oiûn$} des Européens. 8i ce des moyens les plus faciles pour raleigh les foumettre. Le Roi répondit à et>ap. v. toutes fes queïtions avec tant de An. li9S qtK les vapeurs occaiionnées par cette chute reffembloient à une très grofTe pluye, ou plutôt à la fumée épaiffe qu'on remarque fur les villes très peuplées , avec un bruit prefque aufîi fort que celui du ton-nère. Aucun pays, n'offre à la vue dçs objets plus agréables, ôc plus engageants: les plaines en font unies Se fort étendues, couvertes d'une belle verdure, fans aucunes ronces , 6k agréablement arrofées. Le terrein eft un fable dur propre à marcher,, & commode pour les voitures : de temps en temps on y trouve des collines qui élèvent leurs têtes vertes , comme pour rendre le coup d'œil plus charmant. On n'entend nulle part de mufique plus agréable que celle des oifeaux qui fe perchent fur les branches des arbres aux approches du foir, & qui plaifent autant aux yeux par la variété de leurs plumages, qu'ils enchantent les oreilles par la diverfité délicieufe de leurs gîtants» Sur les bords de cette rivière cm trouve des Gruss Ôc des Hérons, des Européens. £y blancs, cramoifis, incarnats, tk cle nALF1G"]J" plufieurs autres couleurs agréables. Chap.vi.* L'air entretenu en mouvement par An. li9^ un vent frais cle l'Elt, eft chargé du parfum des fleurs, tk il n'y a peut-être dans tout l'Univers aucun pays» ou l'on voye l'apparence d'autant de richeflés, puifque chaque pierre que les Anglois touchèrent, portoit des marques d'or, ou d'argent mêlées avec fes autres particules. Cependant un Ejfpagnol bien expert dans la con-nouTance des métaux, ayant examiné quelques-unes de ces pierres, dit qu'elles etoient ce qu'on appelle matrices d'or, de peu de valeur en elles-mêmes : mais qu'elles donnoient lieu de croire qu'il y avoit des mines à peu d'éloignement. On trouve dans ce pays une rivie- H«»«" re nommée Caora, dont les bords eft ,ians fe» font habités par des gens qu'on pré- Pominc* tend avoir la tête fixée dans la poitrine , tk qui n'ont par conféquent point de cols. Raleigh ne dit pas qu'il ait vu lui - même aucun homme de cette nation; mais il affure qu'il en parle fur le rapport de témoins oculaires, dont l'amour pour la vérité ne peut être révoqué en doute. Si* $6 DÉCOUVERTES Rale1gh Jean Mandevile en parle aufîi dans Gnap. Vi.'fes voyages : mais il paroît qu'il a copié mot pour mot Ta defcriptioii dans les ouvrages de rime. Expiicatio ^ Théobald, dans fes Notes fur Jece phœno- la Tragédie d'Othello , avance au lu-jet de ces peuples, une conjecture qui paroît auffi Julie que probable, 11 dit que dans la Mofcovie Septentrionale , on trouve une Tribu de gens qui portent un habit, ou robe fermée avec de longues manches, ouverte feulement au col : que dans les temps froids ils ôtent leurs bras , &: fe couvrent la tête avec le haut de cette robe , de façon qu'on voie leurvifage par l'ouverture deftinée à être aj-uftée au col, tk que leurs larges manches reHemblent à des bras pendants, dont la naiffance feroit au-deflus des oreilles. Il eft très vrai-femblable que des gens ainfi équipés, &c vus de loin fans un mur examen, auront donné lieu à ce qu'on dit de ces efpeces de monftres. Le temps commencent à devenir très défagréable, tk les chemins très fatiguants, parce que les pluyes tom-boient en abondance , & que les eaux couloiçnt des montagnes e» d f. s Européens. 87 telle quantité, que le terrein où les ral£igh" Anglois s'étoient trouvés le matin à chap. vi.* pied iéc, étoit couvert de façon à An. jjsj* avoir de l'eau jufqu'au col avant la nuit. Les tempêtes devenoient auffi plus violentes de jour en jour, Oc Je danger de la navigation fur la rivière augmentoit dans la même proportion. Les gens de Raleigh s'en-nuyoient beaucoup de porter li longtemps les mêmes habits, èk le même linge, n'en ayant pas changé depuis plus d'un mois , fans qu'il eût été rat-fraîchi autrement que par les pluves» qui fouvent tomboient fur leurs corps jufqu'à dix fois par jour. Ces incommodités jointes à plufieurs autres, les déterminèrent à difeontinuer leur voyage, tk à retourner en arrière pour revenir à leurs vaiffeaux , qu'ils avoient quittés depuis ce temps» ayant parcouru quatre cent milles, &: fait plufieurs découvertes curieu-fes , fur la fituation, les richeffes, tk les mœurs des habitants de diverfes Provinces , par lefquelles ils avoient païfés. Quoique le vent leur fut contrai- Rai^,^ re, ils ne trouvèrent que très peu de JjjjJ! à difficulté dans le retour 3 d'autant que ' e*u * _ 88 Découvertes Ïialeigh ^a f°rce du courant leur faifoit faire , chap. vi. plus de cent milles par jour. Ils s'ar-An, ïj95, rêterent au port de Morequito , parce que Raleigh défiroit avoir encore une conférence avec le vieux Roi, Se il fît élever une tente., fur le rivage peur le recevoir. Ce Prince fe rendit bien-tôt auprès de lui, avec une; fuite nombreufe chargée de provisions &: de prélènts. Raleigh lui fit diverfes queftions fur les moyens les plus aifés de parvenir aux parties les plus riches, tk les plus civilifées de la Guiane, & les réponfes du Roi ftirent très fatisfaifantes. Il dit à Raleigh qu'il ne devoit pas longer à pénétrer jufqu'à Manoa la grande Capitale, tant parce qite la faifon de l'année ne le lui permettroit pas, que parce qu'il n'avoir pas de forces fufEfantes pour cette entreprife. II ajouta que dans les plaines de Mau-reguarai, la ville la plus civilifée de la Guiane, environ à quatre journées de Morequito, trois cents Efpagnols avoient été taillés en pièces depuis peu, pour y avoir fait une' invalion, fans avoir commencé par s'affurer de l'amitié des nations voi-fines. Il y en avoit cependant plu-j des Européens. neurs qui croient ennemies de celle n VI • o • Kaleigjt* qu ils attaquoient, 6c qui auroient chap. vi. vraisemblablement été difpofées à An unir leurs forces à celles des Chré- "*>5 * tiens, contre le Royaume de la Guiane , fi les Efpagnols avoient commencé par les gagner, comme ils auroient dû le faire. Le Roi dit encore à Raleigh , que c'étoit en cet endroit qu'on faifoit généralement les plaques d'or, 6c les autres uftenciles du même métal qui fe répandoient dans tout l'Empire. Raleigh lui demanda comment ils féparoient cet or de la pierre , 6c le Roi répondit qu'il étoit rare qu'on en tirât cle celui qui pouvoit y être mêlé : que pour l'ordinaire on le trouvoit en «rains d'un métal très pur dans le lac cle Manoa , ainli que dans plufieurs rivières : qu'on y joi-gnoit quelque portion de cuivre par forme d'alliage: qu'on mettoit le tout dans un grand pot de terre fur un feu très vif, rendu encore plus actif par le fourïle des hommes , qui à cet effet fe fervoient de longs ro féaux pour diriger le vent fur ce feu : que lorfque le métal étoit en fulion, on le verfoit dans des mou- Raleigh, Ies de Pierre ? ou 4e tenT Sra(re > & ciwp. vi.'qu'on formoit ainii des images, ou des plaques. Sir Walter Raleieh Pn An. ijjj, 1 1 h emporta des deux laçons en Angle, terre, moins pour leur valeur, que pour en faire des épreuves : il ne vouloit pas que ces peuples cruflent que l'amour de for attiroit les Anglois dans leur pays, 6c il leur donna en préfent vingt fchellings des espèces de la Reine, qui portoient fon image ; ces gens les pendirent à leur col , 6c les reçurent en échange des pièces d'or non travaillées, qui va-Ioient moins que ces vingt fchellings. Le Roi dit qu'il penfoit qu'avec fes forces actuelles, Raleigh pourroit fe rendre maître de la ville de Mau-reguarai, 6c il oifrit de l'aider de fes troupes, pourvu qu'il lui biffât cinquante Anglois pour fa garde: mais le Commandant ne jugea pas à propos d'entreprendre cette expédition, tant parce que la fùfon étoit avancée , que pour plufieurs autres rai-fons. Alors le Roi le pria de fortir de fes territoires le plutôt qu'il lui feroit pofîible , crainte que les Epu-remei ne vinffent venger fur lui le des Européens. 91 féjour qu'il y auroit fait, ou qu'il^77— ne reçut quelque infulte des Efpa- chap.vi.' gnols à ce fujet. Ils lui avoient déjà An. i$ss* fait fentir le poids de leur reffenti-ment, en le faifant prifonnier qucl-ue temps avant, & en le tenant ans les chaînes pendant dix - fept jours, après lefquels il avoit été obligé de leur donner pour fa rançon, cent plaques d'or, 6V plufieurs chaînes de pierres brillantes. Il le plaignoit amèrement des Epu-remei, qui avoient enlevé toutes fes femmes, & celles de fes fujets, en-forte que ceux qui avoient coutume d'en pcfféder dix ou douze, etoient alors réduits à fe contenter de trois ou quatre. Il affura Raleigh que fans aucunes autres vues, la feule ejfpé-rance de les recouvrer , lui allure-roit fon fecours, & celui de fes peuples, s'il retournoit dans une autre faifon : enfin il conclut en lui difant avec les marques de la douleur la plus profonde , qu'il favoit que les chefs des Epuremci poffédoient chacun depuis cinquante jufqu'à cent femmes, pendant que lui & fes gens etoient réduits à un fi petit nombre. Raleigh en partant lui fit de très for- 92. DÉCOUVERTES Raleigh tcs Prorneflès de revenir dans peu; chap. vi. A fon départ, un grand Cacique An. 1595. nommé Putijona promit de lui faire voir une mine d'or très riche , &: ils H éprouve y arrivèrent avec beaucoup de fa- j£R "ligues, mais fans en pouvoir tirer aucun avantage , parce qu'ils n'a~ voient pas d'inftruments pour l'exploiter, ni même pour creufer la terre. Raleigh dit lui-même, que d'avoir entrepris de le faire avec leurs ongles, marque bien une ardeur infatigable ; mais nullement leur bon fens ni leur jugement. Dans ce voyage un de ceux qui l'accompagnoient alluma du feu en frottant enfemble deux bâtons, ce qui fit le même effet qu'un briquet avec une pierre, èc ils s'en fervirent à fécher leurs chemifes, qui les fatiguoient beaucoup , étant trempées de fueur. Ils virent aufîi plufieurs rochers aufîi brillants que de l'or, une colline ronde de pierres minérales, & une montagne très haute, qui de loin paroifîoit comme la tour blanche d'une Eglife extrêmement élevée. Du haut de cette montagne tomboit un torrent confidérable, ce qui lui fît donner le nom de montagne dg des Européens. 93 cryflal: Berrco attira Raleigh qii'onBirr " ^ -i i- o b Kaleigh, y trouvoit des diamants , & d autres chaP. vi. pierres précieufes, qu'on voyoit fou- vent réluire de loin avec beaucoup d'éclat. Cette montagne eft fituée près de la rivière "NVinicapora , fur les bords de laquelle on trouve un village qui porte le même nom. Les habitants etoient rous occupés à boire pour célébrer quelque grande fête ; cependant ils fournirent abondamment des provifions à Raleigh, êk à fes compagnons, & leur donnèrent de très bon vin qu'ils tiroient des pommes de pin. On pourroit croire qu'ils avoient pris cetre coutume de célébrer les fêtes , par leur communication avec quelques peuples de l'Europe. En retournant à leurs vaiffeaux', 11 rejoint les Anglois Mirent furpris d'un fa^'™*** ricux ouragan , & furent près de périr fur les bas fonds. Raleigh fut obligé , ainfi que Gifford, Cal/ield & Grenvil, de quitter fa galère pour fe mettre dans une petite barque, & de s'abandonner aux fureurs d'une mer très orageufe : mais il eut le bonheur de gagner le lendemain Curia* 94 DÉCOUVERTES Haleigh Pan dans ^e ^e *a Trinité, où fes chap. vu.'vaiffeaux etoient à l'ancre, & fa ga- àa. 1,9,. lèrev les y rt:>JoiSait Peu de temps après. CHAPITRE VII. Raleigh ayant regagné fes vaiffeaux ± met à la voile pour l'Angleterre : // bride la ville de Cumana , qui lui avoit refufé des vivres , & détruit quelques autres établiffements Efpagnols. Obfervation fur fon voyage* Retour <^TT\ AnS t0Ut ^ COlirS ^ Ce dan- Raicigh e» _L/ gereux voyage , Raleigh ne A«g etetre. perci't ^UQ je Nègre, qui fut dévoré par le Crocodille, & les gens n'eurent aucunes atteintes, ni de fièvres, ni d'autres maladies, malgré les grandes fatigues auxquelles ils furent ex-polés. Cependant ils manquèrent fou-vent des chofes les plus nécelfaires, particulièrement de bonne nourriture , & furent contraints de maneer de toutes les efpeces de poÛTons, & de fruits qu'ils rencontrer' nr. Quand ils ne purent en trouver, ils furent réduits des Européens. 95 à la chair de Crocodille, d'Armadilla raleigh~" & de Vache marine ou Manari. Ce Chap vu.' dernier animal cil un poiffonplus gros An. is«. qu'un muid , dont on tire de très bonne huile : on prétend que fa chair rcffemble affés à celle du Bœuf, tk que le cuir quand il eft bien préparé, ell aulfi bon que celui du buffle pour faire de forts boucliers, tk d'autres armures. En revenant en Europe , Raleigh brûla la ville de Cumana, parce que les Efpagnols lui avoient ixfufé des vivres. Sainte Marie tk Rio de la Hacha curent le même fort : mais il n'efl pas vraifemblable qu'il ait trouvé beaucoup de butin dans ces places, quoique Cambden, tk quelques autres qui n'aimoient pas Raleigh l'af-furent, puifque les Efpagnols s'étoient retirés avec leurs richelfes dans des lieux inaccefïibles, &dans des montagnes efearpees. Quoiqu'il en foit, ce voyage augmenta confidérable-ment fa réputation, tk lui acquit beaucoup de gloire. Il fut reçu en Angleterre avec de grandes acclamations de joye: il y amena le fils du vieux Roi, dont nous avons parlé plufieurs fois : ÔC Raleigh ce jcilnc Prince qui fe convertit, fut Chip. vii.'baptifé fous le 'nom de Gualter , ou An. i5c j. Wa^er, qu'il paroît que Raleigh lui donna. Il biffa à fa place un jeune homme nommé Hughes Goodwin, qui avoit l'efprit très vif pour apprendre les langues Indiennes, avec François Sparrow, excellent defîina-teur, pour prendre des vues du pays ; ce furent eux-mêmes qui demandèrent à y refter, mais Goodwin eut le malheur d'être dévoré par une bête fauvage. Les louanges de Walter Raleigh au fujet de ce voyage, occupèrent les plumes de plufieurs écrivains de ce fiecle. Le Capitaine Keymis,rurt des avanturiers qui l'accompagnèrent , compofa un poème latin, dans lequel il donne la deicription des ri-cheffes, & de la fituation du pavs , & rapporte les principaux événements de cette expédition. M. Georges Chc.pman fit aufîi un poème héroïque de deux cents vers fur le même fujet, où il s'étend fur la prudence & l'intrépidité de Raleigh : enfin ce Commandant a lui-même public la relation de tout ce qui lui arriva dans le cours de cette expédition. On des Européens.' 97 On ne peut difconvenir que Ra- Raleigh^ leigh n'ait ouvert la communication chap. viij avec un pays des plus riches qui foit An. 150». dans le monde, & que fi la Reine Elifabeth eût encouragé des établie lements dans cette partie, la Cou-ge, ronne d'Angleterre auroit acquis des tréfors, qui auroient pu balancer ceux du Pérou, du Mexique, 6c des autres conquêtes faites par les Efpagnols dans le nouveau monde. Il y avoit alors dans l'adminiffration des affaires publiques, des hommes jaloux du mérite, & des grandes qualités de Sir Walter Raleigh : ils ne négligèrent aucune occafion de le ra-baïfler, & facrifierent les intérêts de leur patrie à leurs avantages particuliers. Pour faire valoir leurs infi-nuations artificieufes, quelques-uns eurent la baffeffe de dire, que l'or apporté en Angleterre par Raleigh , avoir été acheté en Barbarie, &. qu'il n'étoit pas le produit de la Guiane. On en rahna à Londres, &c il pro-duifit depuis douze mille livres ffer-lings, jufqu'à vingt-fept par tonneau de matière brute. Pourquoi ferions-nous furpris des objections qu'on fit contre Raleigh } TonulV. E 5 .^r-n Colomb ne fut-il pas traité de vifio- \aleioh, . i m \ , ch. Vin. -naire quand il commença a parler d'un nouveau monde ? Et Fauffin An. U5s. ne £ut_«j pas regarci^ comme un magicien , quand il enfeigna l'art de peindre ? CHAPITRE VIII. Le Capitaine Keymis eji envoyé avec deux vaiffeaux y pour une nouvelle expédition à la Guiane : il revient en Angleterre après avoir eu peu de fuccès : Raleigh ejl employé dans une aut re expédition contre CE [pagne , & ejl blejjé dangereufement, Dejlruclion de la ville de Caiixy & pillage de celle de Faro. Voyage de Léonard Bcrry à la Guiane : On prétend y avoir vu une race de Géants ; Doutes fur la ville de Manoa. Keymis part T^/T ALGRÉ tOUS les efforts qifon *Sfcï? V-* P-it frire pour décourager Ra-pouriaGuialeigh , & ,)Our l'empêcher de pourfui-vre fi s de Teins fur la Guiane, il équip-An, iS96. pa ^ ux nouveaux vaifîeauxjnommés des Européens. 99 le Favori & le Découvrais, dont il^-T~~ donna le commandement au Capital- ch. Vin. ne Keymis, en lui recommandant cle A„ ,rm, » 1 1 a Ail, I5>»« s attacher plutôt a entretenir l'amitié des Indiens , avec lefquels on avoit formé des liaifons fur cette côte, qu'à commettre des hoftilités avec des forces trop inégales. Keymis partit d'Angleterre à la fin de Janvier 1596, & fit un heureux voyage jufqu'au port de Morequito, oii il fut inftruit de la mort du vieux Roi Topiov/ary, & de la perte de François Sparrow, qui avoit été emmené en captivité par les Efpagnols. Ils avoient artificieufement répandu le bruit de la mort de Raleigh , en-forte que plufieurs chefs Indiens qui avoient déjà raffemblé leurs forces, 6c n'attendoient que fon arrivée pour attaquer ceux de la Guiane, s'étoient déterminés à congédier leurs gens, 6c à fe mettre en fureté. Les Efpagnols avoient autU formé un établiffement à l'embouchure de la rivière Caroli, où ils fe préparoient avec une batterie de canon à bien recevoir les Anglois, ce qui jetta ces derniers dans un grand embarras, d'autant qu'il falloit paflèr par cet en- Eij ÏOO DÉCOUVERTES R,r„„„ droit pour arriver aux mines , d'oir aleigh, . i » 7 ch. vin. Raleigh avoit apporte lor tannée An. i5s«$, précédente. Keymis, efpérant du fecours du Cacique Putijma, fe mit en marche pour les cantons élevés, ou ce Prince s'étoit retiré avec fes gens, & les Anglois comptoient au moins tirer d'eux des grains d'or en échange pour des couteaux, des canifs, &: d'autres bagatelles que les Indiens aiment avec paffion. Les Anglois fe propofoient même , s'ils etoient affés forts , de chaffer les Efpagnols: mais ils furent trompés une féconde fois, parce que Putijma & fes gens prirent la fuite à leur approche , croyant par erreur que c'é-toit leurs ennemis, eft bien Pendant que les Anglois demeure-£cn«. " rent fur la côte, Keymis eut plufieurs conférences avec des naturels du pays, qui lui firent les plus grands éloges de Raleigh, & marquèrent la plus forte inclination de prendre part à toutes les mefures de fes compatriotes, parce qu'il s'étoit comporté envers eux, avec autant de modération que de juffice. Le Cacique de Carapana, qui étoit très vieux, qui avoit beaucoup de pénétration j des Européens, ioi envoya une députation folemnelle à ralfigh Keymis pour Tamirer de ion amitié, ch. vni.' & pour s'exculer de ce qu'il ne pou- An voit lui faire vifite , comme il l'avoit d'abord promis, ce qu'il rejetta fur fon grand âge , fur lès infirmités , 6c fur les fatigues de la route. Keymis lui envoya un préfent de vieux fer, & quand il quitta la côte, il promit de revenir dans peu avec un puiflant fecours. II dit aulfi aux Indiens que s'ils lui préparoient beaucoup de caffave, dont la racine fert de pain, avec quelques petites plaques d'or, il leur donneroit en échange beaucoup de grains de verre, des haches, 6c des couteaux. On peut juger combien ils eftimoient tous ces effets, puifque François Sparrow avoit acheté au Sud de l'Orenoque, huit femmes très jolies, dont la plus âgée n'a voit que dix-huit ans, pour un couteau a manche rouge, qui n'au-roit pas coûté plus d'un demi fol en Angleterre. Le Capitaine Keymis arriva à Portland vers la fin de Juin, il n'a-voit été que cinq mois dans ce voyage, 6c il en publia depuis une relation circonflançiée, dédiée à Walter E iij An. 1596. 10 j. DÉCOUVERTES Raleigh Raleigh, dont il élevé particuliers-ch. vjij.* ment, & avec juftice , l'attachement pour le bien public. Dans le même-temps Raleigh com-Ra]eighcom. mandoit une Efcadre fous le Lord-nande une Amiral Howard, & fous le Comte nTittitoï. d'Effex : ils firent voile à Cadix avec gaoïs. des forces navales très confidérables, & y détruifirent entièrement une groffe flotte deftinée à foutenir le Comte de Tyrone, qui avoit pris les armes en Irlande contre la Reine Elifabeth. Dans cette expédition l'expérience & les avis cle Raleigh furent des plus utiles, & ce fut particulièrement à lui que les Anglois durent la vicfoire, fon vaifTeau ayant combattu à la tête de la flotte, & ayant toujours gardé le poffe le plus difficile. Il fe plaignit avec juffice de ce qu'ayant pris lui - même deux gal-lions, il n'avoit reçu aucune récom-penfe, & de ce qu'on l'avoit privé de fa part du butin, quoiqu'il eût été bleffé dangereufement à la jambe. La ville de Cadix fut prife d'affaut, ck: on la raza raiz-terre ; mais les Commandants donnèrent leurs foins à la confervation des Eglifes. Avant que la ville fût faccagée, on conduifit les des Européens, 103 femmes, les enfants, 6c les Eccléfiaf- RALE1GH tiques en fureté au port Sainte Marie, ch. v m. ' pour qu'ils ne fuffent pas expofés à la An. 155*, violence, 6c on leur donna la liberté d'emporter leurs habits, ou les autres effets qu'ils voudroient choifir. Une jeune femme Efpagnole, d'une grande beauté, fe fervit de cette per-miffion pour charger fon mari fur fon dos, ayant d'abord réufîi à le cacher, parce que fes infirmités l'a-voient privé de l'ufage des jambes. Les Efpagnols eux-mêmes, eurent 9aemporte rri îv • 1 • cnAngleterrc ailes d impartialité pour dire , » que la Biiïiothe-» quoique les Anglois fanent héréti- suod'ofon». >* ques, ils s'étoient conduits en cet-» te occafion , autant en gens d'hon-» neur, qu'en vaillants foldats. » En retournant dans leur pays., ils démolirent la ville de Faro , où ils trouvèrent un grand amas de provifions, quelque artillerie, 6c la belle collection des livres qui avoient appartenus à Oforio , Evêque de Sylves 6c des Algarves, homme illuftre pour fes connoiffances. Ils furent apportés en Angleterre, 6c mis dans la biblio-théque,dont Sir Thomas Bodley commença rétablilfement l'année fùivan-te. Quelques années après, Sir Walter E iv 104 DÉCOUVERTES Raleigh,^a^e^gn donna pour l'augmenter une ch. VUli fomme de cinquante livres lterling, Ab. 1596. quoique fa fortune fut alors beaucoup diminuée, tk cette générofité lui mérita des remerciments publics de l'Univerfité d'Oxford. Rtléighett- H paroît que Raleigh confervoit wll inty i.toujours de grandes efpérances fur la Guiane. les découvertes de la Guiane, puif-qiie peu de temps après fon retour de la démolition de Cadix, il équip-pa pour ce pays une très belle Pinaf-fe, nommée le Lièvre , dont il donna le commandement à Léonard Ber*-ry. Lorfqu'ellc fut pourvue de tout ce qui éroit néceffaire pour le commerce tk pour les découvertes, elle mit à la voile de Plymouth au mois de Décembre, tk vers le commen-j*n. 1597. cernent de Mars 1 597, elle arriva à l'embouchure de la rivière "Wiapou-ço , fur la côte de la Guiane. Elle commençoit à manquer de provi-fions, tk ne trouvant pas d'habitants en cet endroit, elle avança vers Arma tho , ville 011 l'équipage fut fourni abondamment de tout ce qui lui étoit néceffaire : les Anglois furent très bien traités par les Indiens, qui trafique-rem librement avec eux, tk leur mar< querent une grande hofpitalité* ©es Européens. 105 Le Capitaine Berry fît inviter avecRALE1GH'; beaucoup de poutefle un Cacique voi- ch vin. fin, nommé Ritimo , cle venir à bord Au. ^g-, de fon vaifTeau, ce qu'il accepta, tk il y fut reçu avec la plus grande magnificence. Les peuples des villes voi-fines, bien convaincus que le vaiffeau étoit Anglois, vinrent de toutes parts en foule fur le rivage, apportant une •grande quantité de provifions tk de tabac. IU parurent très fatisfaits de ce qu'on leur donna en échange, tk le plus grand nombre d'cntr'eux, autant qu'on le put comprendre, fojr-iicitereht vivement les Anglois de venir chaffcr les Efpagnols de leurs territoires. D'Armatto ils remontèrent la ri- Suït*&4fe| viere Maravin, jufqu'à Quiparia &*oyaec' Macirra, î'efpace de cinquante lieues. Ils eurent dans ce voyage la vue d'un pays délicieux, tk remarquèrent 'nues hommes d'une taille au-def-fus de l'ordinaire, qui portoient des arcs d'or. Les proyriîons manquant aux Anglois, ils furent ibreés de retourner fans avoir pouffé plus loin leurs découvertes. Le 19 d'Avril ils entrèrent dans la rivière Çariti ne 9 ou ps trouvèrent une barque .îomméç Raleigh" ^e ^ean ae Londres, commandée par ch. vin.'Leigh, dont Purchaff a eu occafion de parler. Ils remontèrent cette rivière envi- inuVhCrClie r0n cmcIuante ligues, jufqu'à ce qu'ils laviiiedeMa fulfent arrivés à une chute d'eaux, 6c noa' ils apprirent qu'il y en avoit encore une impolfible à paffer, cinq journées plus haut. Les habitants les im-portunoient continuellement, pour qu'ils les aidaffent contre une nation voifine, dont ils etoient ennemis : mais les Anglois ne voulurent point entrer dans cette entreprife, parce qu'ils n'y avoient aucuns intérêts , tk qu'ils jugeoient leurs forces infiltrantes. Ils furent donc obligés de retourner en arrière, fans avoir eu aucunes connohTances de la ville de Monoa qu'ils cherchoient, tk dont ils avoient entendu faire de fi grands récits. Il eft vrai que fuivant les relations les plus authentiques qu'on a pu avoir depuis, il y a tout lieu de croire que l'exiflence de cette ville eff entièrement chimérique. Nous ne trouvons aucuns avanruriers qui l'ait jamais vue, elle n'eft point dans les meilleures cartes modernes, tk l'hif-torien exacf Antonio de Herrera n'eu des Européens. 107 fait aucune mention. Peut-être que raleig— les Indiens fe font d'abord fervis du eh. v m.* nom de cette ville, comme d'un ap- As i6f)J pas pour avoir le fecours des Européens contre leurs ennemis; tk que les Efpagnols eux-mêmes n'ont pas voulu découvrir cette tromperie, afin que l'efpérance d'en envahir les richeffes, portât leurs compatriotes à pourfuivre leurs conquêtes dans ce pays avec plus d'ardeur. Le Capitaine Berry, après s'être s«« ret0Br procure les connoiiiances les plusrc. étendues qu'il lui fut poffible d'avoir, quitta ce climat tk revint à Plymouth, où il arriva le 28 de Juin 1597 : les intéreffés dans cette entreprife ne furent nullement mécontents de ce voyage, qui leur confirma de plus en plus ce qu'on leur avoit dit des richeffes de la Guiane. E vj Raleigh , _. An. 1597. CHAPITRE IX. Sir Walter Raleigh ejl nommé Contre* Amiral : Il ejl envoyé pour une nouvelle expédition contre Cannée navale d'Efpagne avec le Comte d'Ef. fex, le Lord Thomas Howard, .5? une flotte Holland.oife : Ils font voile aux A fores : Effex commet plufieurs fautes dans cette expédition : marques particulières de dif-tinctio.n données à Raleigh. Haicishcft X E Roi d'Efpagne ne fut pas dé-wïïïlmiSm" i-* courage par les pertes confidé-i'une iiotte râbles, que la valeur Angloife lui iescotestf&ïi avoit fait fouffrir en mer : il rétablit sag»e. fa flotte, & fe prépara à une nouvelle entreprife fur l'Irlande, oiile grand nombre de mécontents lui donnoit toujours efpérance de réuiîir. Le rendez-vous fut indiqué à Ferrol & à la Corogne: mais pour détruire cette flotte dans le port , on fit partir d'Angleterre une très forte Efcadre,. dont le Comte d'Effex fut nommé t&iniral en chef, à caufe de la mala^ de s Européens. 109 «fie du Lord-Amiral Howard: le Lord Ral£1gh Thomas Howard fut choifi pour vice- ■ chaque!* Amiral, tk Sir Walter Raleigh pour^ lS9Jt contre-Amiral. Les Etats Généraux '/oignirent à cet armement dix vaiffeaux de guerre, commandes par Van Duvenvord , 6c les. Eicadres combinées eurent ordre de s'emparer de fille de Tcrcére, ou de quelques autres des Açores , parce que la filiation de ces ifles étoit favorable pour attendre la flotte Efpagnole qui devoit venir des Indes. Ces projets furent renverfés par n fa;t un* une violente tempête, dans laquelle £eft™w A' Sir Walter Raleigh tk le Comte mê- aya * me, furent bien près de périr, & ne fe fauverent qu'avec beaucoup -de difficultés. Cet événement donna le temps aux Efpagnols d'être parfaitement infiruits des forces tk des dépeins des Anglois, tk ils prirent de fi juftes mefures pour leur défen-fe , que lorfque le Comte d'Eflex fut à leur vue, il jugea qu'il lui étoit impoftible de les attaquer,. A moins, qu'il n'eût l'adreffe de les attirer hors, de leur port ; mais tous fes efforts fu~ jrent inffuefueux. Alors les Anglois, jurent voile pour les Acores ; Sir. Wal~ 110 DÉCOUVERTES >.._'„ ter Raleigh y arriva avant le Comte: Chap, ix. ce ht une delcente a rayai, quoique An ^ l'Amiral fe fut réfervé cette expédi-' 597' tion : mais le Confeil où il s'en étoit déclaré, avoit été tenu en l'abfence de Raleigh, par quelque caufe imprévue , 6c il n'avoit eu aucune con-noiffance de la réfolution du Comte. Quoiqu'il n'y eut que très peu de butin à faire dans cette defcente, ce contre - temps occafionna entr'eux quelque froideur, mais elle fut bientôt dilÏÏpée quand ils en vinrent à l'explication. Toute la flotte s'étant réunie, les Anglois tombèrent fur rifle de Flores, dont les habitants fe fournirent, 6c furent traités avec bonté. L'intention du Comte d'Effex étoit d'y demeurer quelque temps: mais il en fut détourné par un de fes Pilotes, qui connoiffant peu cet endroit, l'affura que le terrein étoit mauvais pour l'ancrage, ce qui le détermina à faire voile à Saint Michel. Deux heures après fon départ arriva la flotte des Indes : mais les Efpagnols informés de la proximité des Anglois, ne s'ar-rcterent pas; ils continuèrent leurs cours jufqu'à Angra, dans l'ifle de des Européens, iii Tercère, & s'y trouvèrent garantis raleigh" par cle bonnes fortifications/&' par chap!ix.' une noinbreufe garnifon. An IJ97< Les Anglois firent cependant trois . . . • f , ° . >r r i Imprudence prîtes, dont les cargaïf ons furent eva- iu comte luées à quatre cents mille ducats :d>Eflrcx* deux de ces prifes furent faites par Raleigh, qui marqua la plus grande joye quand il vit tomber le vent, dans l'efpérance de pouvoir corriger en partie les fautes où tomboit fou-vent le Comte d'Effex, emporté par la chaleur de fon caractère. La préférence que ce Seigneur donnoit en toute occafion aux troupes de terre , décourageoit fouvent les gens de mer, tk les entraînoir à prendre des mefures très contraires au bien du fervice. Il fut propofé d'attaquer la ville de Saint Michel, 6c le Comte fe mit dans une barge pour recon-noître la place, accompagné de quelques Officiers de terre, dont les avis l'avoient jette fréquemment dans des erreurs conlidérables , & il renvoya Raleigh , qui avoit d'abord été commandé. Quand Effex fut prêt à de-feendre dans la barge, on lui conseilla de prendre fon armure, mais il refufa de fuivre cet avis, difanï m Découvertes Raleigh 4u'u ne vouloit pas avoir un avan-Chap. jx. tage , dont ne pourroient jouir ceux An. 1597. qui l'accompagnoient. Il y avoit beau-coup d'imprudence dans cet entêtement : tout homme doit fe garantir contre les dangers, autant qu'il lg peur, fans s'écarter des principes d* l'honneur; mais un Général doit particulièrement prendre foin de fa per-fonne , pour ne pas expofer le corps qu'il conduit aux fâcheux événements qui fui vent prefque toujours la mort du chef. Le Comte n'approcha pas affés près pour s'expofer au danger, Se à fon retour il déclara que le ter-rein étoit inaccefîible pour une descente : cependant elle étoit beaucoup plus aifée que celle de Fayal. 11 fe laiffa guider par des gens qui avoient d'autres vues, & il préféra -de faire fon débarquement environ fix milles plus loin, à Villa-franca, •dans une Pinaffe de Raleigh, nom-mee la Guyane, accompagné d'environ deux mille foldats. Ils dévoient revenir attaquer Saint Michel par les «v dérieres , pendant que Raleigh avec les grands vaiffeaux s'approcheroit •fie la place 3 autant cju'il lui ferojç des Européens. 113 poffible , pour détourner par de fré- ô—'--* quentes allarmes les Efpagnols, de chap ix. faire attention à ce qui le paflèroit An, du côté de terre. Toute l'activité du Contre-Amiral s»co»*»"« c r n- 1» 1 i- 1 cni',t:dK' «s rut lans eliet : 1 armée, au heu defaccè» de« fuivre le projet, conformément aux ansloi<< mefures dont on étoit convenu, employa cinq ou fix jours dans les amu-fements que pouvoit lui procurer le pays, oii Ton trovivoit une grande abondance de provifions fraîches de toutes fortes , & une grande quantité de fruits. Elle aida aufri quelques avanturiers, qui avoient fuivi la flotte uniquement dans l'intention de charger leurs vaiffeaux de différentes productions du pays. Enfin on vit avec la plus grande f urprife , qu'après ctre rcflé quelques jours à terre, Ef-fex revint de Villa-franca, fans avoir caufé aucun dommage aux ennemis, & donna ordre de remettre à la voile. Il n'eft pas aifé de décider quelles raifons purent le porter à tenir une telle conduite : mais on jugea que c'étoit la fuite de quelque convention particulière, dont les gens qui le fuivoient, etoient mieux inf-truits cpie lui-même» 114 DÉCOUVERTES 1aLEIGH Pendant fon abfence, un vaifTeau chap. ix.'chargé de bois de bréfil, de fucre , An i de fernambouc, 6c de plufieurs autres riches marchandifes, jetta l'ancre par erreur au milieu de la flotte Angloife : Raleigh s'en empara, 6c cette prife fut très confidérable. On en difpofa depuis avec beaucoup de fidélité en Angleterre, pour défrayer des dépenfes du vaiffeau du Contre-Amiral , qui avoit à bord quatre cents hommes, y compris les gens de mer. Peu de temps après on vit une Carraque de dix-huit cents tonneaux qu'on avoit chargée d$ richeffes immenfes aux Indes, pour l'envoyer en Efpagne. Prenant les navires Anglois pour ceux d'une Efca-dre Efpagnole, parce que Raleigh avoit défendu à tous les vaiffeaux de faire aucun mouvement, de déployer un feul pavillon, 6c de tirer un feul coup de canon, elle venoit directement fur eux à pleines voiles, quand un ignorant Hollandois, contre tout ordre , 6c contre toute régie de prudence , eût l'indifcrétion de lever l'ancre , de déployer un pavillon, 6c de tirer deux ou trois volées. La Carraque reconnut alors fon erreur, 6c des Européens. 115 fît fes efforts pour regagner la haute raleigh mer, mais le vent lui étant totale- ch"1?".' ment oppofé , plutôt que cle fe ren- An dre, elle alla échouer fur le rivage im% près du fort. Les hommes débarquèrent avec ce qu'ils purent fauver de leur tréfor, & mirent le feu au bâtiment , avant que Raleigh, qui le fuivit dans une barque à rames, eût pu le joindre. Il fut impoffible de le garentir des flammes, événement qui ne feroit pas arrivé, fi l'armée de terre avoit été près de Saint Michel, comme on en étoit convenu : elle auroit empêché les hommes de débarquer, & ils auroient été obligés de conferver leur vaifTeau, dont la prife auroit fiiffifammeat dédommagé des frais de l'expédition. Il n'eft pas pofhble d'exeufer les troupes de terre, de la faute qu'elles commirent en cette occafion, ainfi que de plufieurs autres négligences impardonnables, dont elles furent coupables pendant ce voyage. Le 9 d'Oètobre, les Anglois remi- La flotte eft rent à la voile pour l'Europe, $S2yg ils efluyerent une violente tempête, après laquelle Raleigh fe trouva dans une grande dilette d'eau. Plufieurs 116 Découvertes lALEiflw ^ôrtcs d'oifeaux demeurèrent fur les Chap. !a ' cordages de fon bâtiment, entre au» An. iW. très un pigeon, ce qui fut regardé non-feulement comme un ligne du calme qui fuivit bien-tôt, mais encore comme un heureux prélage. Arthur George , qui a écrit une excellente relation de toute cette expédition , & qui étoit Capitaine du vaif-feau de Raleigh, nommé le Warfpite dit, que le Comte d'Ellèx, après que la tempête fut appaifée les rejoignit avec deux ou trois petites barques, lui qui peu de temps avant étoit en-tourré de plus de quatre-vingt beaux vaiffeaux: image frappante, ajoute ce judicieux Auteur, d'un Grand tombé dans l'adverfité, & que le Comte auroit dû regarder comme un exemple de l'inhabilité de la fortune , mais il ne fit ces réflexions qu'après fa chu* te, ck: quand fon malheur fut devenu irréparable. Son mmir fis etoient alors près des Sorlin-& gues, comme le remarqua très bien le vieux M. Broadbent, Pilote du vaiffeau de Raleigh, qui fuivit ce que lui di&oient fes propres connoiffan--ces, plutôt que de fe fier à la conduite de l'Amiral, qui guidoiî tout des Européens. 117 le refte de la flotte. Le jour qui pa-R iTcl -rut , maigre un épais brouillard, ChaP. ix, prouva bien-tôt fon habileté, car il An< • paffa fans accident, quoique cle très près , l'endroit dangereux nommé l'Evêque tk les Clercs, pendant que le Comte, qui avoit trois lieues d'avance , continuoit la route à voiles déployées au Nord-Eft, ce qui l'au-roit jerté en peu d'heures, avec tous ceux qui faif oient le même cours fur les fables du pays de Galles, où ils auroient péri fans pouvoir s'en ga-rentir. Ce malheur feroit certainement arrivé, fi Arthur George, qui monroit la dernière garde , parce que Raleigh s'étoit retiré pour prendre quelque repos, n'eût ordonné de tirer un coup de canon d'avis, ce que le maître n'auroit pas fait fans y être forcé. Il étoit tellement irrité qu'il dit en jurant, que le Comte & ceux qui l'accompagnoient auroient mérité qu'on les abandonnât au péril où les entraînoit leur opiniâtreté ÔC leur ignorance. Sur cet avertiffement Effex changea fa route, voyant qu'il étoit très difficile de doubler le Cap de Scilly, ik d'entrer dans la Manche. Il con- Raleigh v*nt enuirte ae ^on erreiir* & recon-chap. ix. ' nut qu'il devoit fon falut à l'avis qu'il An. isvr. avoit reçu du vaifTeau de Raleigh. Le Contre-Amiral aborda à Saint Yves en Cornouailles , où le peuple étoit en grande confufion, à caufe de quelques flibots Efpagnols qui avoient fait une defcente fur la côte : mais la préfence de Raleigh difîîpa leurs craintes, & ils furent informés peu de jours après que l'Efcadre de Ferrol étoit hors d'état de fuivre l'expédition pour laquelle elle étoit deflinée, parce que le gros temps en avoit ditperfé les vaiffeaux, oc en avoit mis un grand nombre hors de fervice. Nous ne ferons aucunes réflexions fur l'expédition du Comte d'Effex, pour ne pas prévenir celles du Lecteur: nous remarquerons feulement que ce Seigneur fut reçu très froidement à la Cour, & qu'il fe retira peu de temps après dans fa maifon de Vanffead. Honneurs Raleigh à fon retour fut élu pour SESeigS"' *e Parlement, Se comme il étoit Lord Lieutenant du Comté de Cornouailles , Se Conlèrvateur des mines d'étaim, il rendit de grands fervices à des Européens. 119 cette Province, en diverfes contef- Raleigh tations qui la regardoienr. Peu de chap. ix.' temps après il fut nommé Vice-Amiral d'une flotte qu'on mit en mer An'ÏS97' pour garder les côtes , &: pour fe garentir d'une invafion , dont les hif-toriens difent que le Royaume étoit menacé, fans nous apprendre quelle puiffance il avoit à craindre. Le Lord Thomas Howard, commandoit en chef cette Efcadre , qui rentra dans les ports après un mois de croifiere, parce que l'orage qui menaçoit l'Angleterre étoit alors diffipé. Raleigh fut enfuite envoyé Ambaffadeur en Flandre, conjointement avec le Lord Cobham ; mais il ne fe paffa rien d'important dans leur négociation. Il fut depuis nommé Gouverneur de Jerfey, affilia en qualité cle Capitaine des Gardes à la mort du Comte d'Effex, & fut député, aufîi avec le Lord Cobham, pour recevoir le Marquis de Rofni, depuis Duc de Sully , qui fut envoyé en qualité d'Ambaffadeur de France à la Cour d'Angleterre. Raleigh, mm/m^^mmnmmt^mbgbgamaaumkm^^ CHAPITRE X. La mort de la Reine ejl Vorigine de la perte de Raleigh : Abrégé de fon jugement & de fa condamnation : II ejl mis en liberté: Son dernier voya* ge à la Guiane : Ses joins pour ne donner aucun Jujet de plainte aux Ejpagnols. „ , . , _ T A mort de la Reine Eliiabeth : eoodamné i JLj qui arriva peu de temps après , mon. priva Walter Raleigh d'une puiffante An i6v} protectrice, tk parut hâter fa ruine. Le Comte d'Effex, qui fut décapité dans la tour de Londres, l'avoit re-préfenté fous des couleurs peu favorables au Roi d'Ecoffe Jacques VI, avec lequel il enrretenoit correfpon-dance, tk ce Prince , qui parvint en-fuite à la Couronne d'Angleterre, fous le nom de Jacques I, avoit pris de très facheufes impreffions contre Raleigh. Eîies augmentèrent encore par les infimutions de Cécil, qui étoit ennemi du Chevalier, tk ces différentes caufes réunies contribuè- rent rce. des Européens, m rent à le faire traduire a la barre de raleigh~ la Cour, où il fin condamné à mort, chap, x.' pour avoir confpiré contre le Roi An< l603, ex: fes descendants ; tk pour avoir voulu faire parler la Couronne à Ifa-belle Stuart. Le principal témoin de ce crime fut le Lord Cobham, qui dépofa dans un temps où il étoit irrité contre Raleigh, tk qui retract a enfuite cette dépofition. On pourroit croire que le Roi lui- Son «écu« a i " 1 il tion eft difle- meme ne le jugeoit pas coupable,, puifqu'il ne fut délivré d'ordre pour fon exécution, que long-temps après la Sentence , tk que le Monarque eut fouvent recours à fon avis dans les affaires les plus importantes au bien du Royaume tk de l'Etat. On lui rendit même la liberté, tk on lui permit de fortir d'Angleterre, quoique la fentence fubfittât dans toute la force. Cependant elle fervit de prétexte à le faire périr, plufieurs années après, fans qu'il y eût de nouveaux crimes à fa chaige, que d'avoir agi contre les ennemis de l'Angleterre , tk. d'avoir augmenté fa gloire. Auffi eft-il évident que l'a mort de Rakigh , fut l'eff -r des^artifîces tk de la pullfance du Comte de Conde-Tom. IF. F 121 DÉCOUVERTES Raleigh mar , Ambaffadeur d'Efpagne à la chap. x.'Cour Britannique. An 1603 Tout le monde fut alors convaincu , qu'il avoit été facrifié â la vengeance des Efpagnols , qui ne pou-voient oublier toutes les pertes qu'ils avoient fouffertes, tant par fes con-fcils, que par fes propres expéditions. Sans l'animofité de cette nation, Raleigh n'auroit pas vu de fon vivant fes biens occupés par le nouveau favori Robert Carr, depuis Comte de Sommerfet, au préjudice cle fa femme & cle fes enfants, & il n'auroit pas été la victime des intrigues d'une infâme faction, ji fort de Notre objet étant uniquement de pnfon* parler des voyages & des découver-An'ï616' tes de Sir Walter Raleigh , nous avons paffé légèrement fur plufieurs événements de fa vie, qui n'ont point de rapport à ce que nous nous tommes propofés en entreprenant cet ouvrage. Nous remarquerons feulement qu'après avoir été renfermé pendant douze ans & quelques mois, il fut mis en liberté parla médiation de quelques perfonnes de la famille Royale, & de plufieurs Seigneurs de la Cour, mais particulièrement par des Européens. 113 le crédit de Sir George Villiers, dont ra'leig " la faveur commençoit alors, & au- chaP. x! ' quel il avoit promis pour récompen- An. s6i6. fe une part confidérable dans les profits du premier voyage qu'il entre-prendroit. Toutes les vues de Raleigh etoient 11 entreprend alors tournées du côté des mines dVi^ëSîrio» de la Guiane, tk auffi-tôt qu'il fut a la ciuianc. en liberté, il fit des préparatifs pour une expédition dans ce pays. Il forma pour cette entreprife un fonds de dix mille cinq cents livres flerlings , dont il y en eut deux mille cinq cents qui furent le produit de la vente d'une maifon tk de quelques terres , qui appartenoient à fa femme dans le Comté de Surry. D'abord que fon projet fut rendu public, il fut joint par plufieurs perfonnes très riches, qui firent de groffes avances pour les principales dépenfes, fous la condition d'être affociés dans cette entreprife , tk d'avoir part aux profits, à proportion des fommes que chacun y auroit mifes. Le Roi lui accorda une commifîion fpéciale pour ce voyage , le nomma Commandant en chef de toutes les troupes tk de tous les vaiffeaux qui y furent employés : lui Ialeigh aonna plein pouvoir de punir les chap. x. ' crimes capitaux , avec puiffance de An. 1616. vie & de mort fur tous ceux qui le fuivroient : enfin fon autorité eut toute l'étendue qu'il étoit pofîible de lui accorder. Cette commifîion fut fignée le 26 d'Août de l'an 1616 , qui étoit la quatorzième année du règne du Roi Jacques I, & le pouvoir dont Raleigh fut revêtu étoit fi ample, que fuivant l'opinion duGrandJurifcontulte François Bacon , il étoit équivalent à tout pardon formel que le Roi auroit pu lui accorder. Les vaiffeaux défîmes pour cette expédition furent: Le Deflin, de quatre cents quarante tonneaux, trente-fix canons & deux cents hommes , monté par Sir Walter Raleigh avec fon fils, aufîi nommé Walter Raleigh pour Capitaine. Le Jafon, de Londres, du port de deux cents quarante tonneaux avec vingt-cinq canons , & quatre-vingts hommes d'équipage , monté par le Vice-Amiral J. Pennington. La Rencontre, de cent tonneaux & de feize canons , aux ordres d'E- des Européens. 125 douard Haftings, qui mourut, & eut Raleig -pour iucceilèur le Capitaine Withney. chap. x! * Le Tonnère, de cinquante ton- An. un, neaiix, vingt canons , &c foixante 6c dix hommes d'équipage, commandés par le Capitaine Sir Warham-Saint-Léger. La Volante-Jeanne , de cent vingt tonneaux, quatorze canons, 6c vingt-cinq hommes , aux ordres du Capitaine Jean Chidley. Le Southampton, de quatre-vingt tonneaux , foixante canons 6c vingt-fept hommes, Capitaine Jean Bailey. LaPinalfe Le-Page , de vingt-cinq tonneaux, trois canons de bronze, 6c huit hommes , commandés par le Capitaine Jean Barker. La Converrine, commandée par le Capitaine Keymis. La Confiance , commandée par le Capitaine 'Woolaftom Le Cerf-volant chaloupe , commandée par Sir Jean Ferne. Deux Flibots , commandés par Samuel King 6c par P^obert Smith. Avec deux ou trois autres bâtiments. Raleigh efpéroit mettre à la voile ^ ?J met à 1» Vers la fin de Mars 1617 , mais plu-vo'c* F iij An* I6I?' ; ~1 fieurs inconvénients le retinrent iuf- tALEIGH , J chap. x. quau commencement cle Juillet. Il An. i6i6, partit alors du port de Plymouth, 6c fut obligé à caufe d'une tempête violente, de relâcher à Cork en Irlande , où les vents contraires le retinrent fept femaines. Il y acheta cinquante bœufs qu'il diftribua à fes gens, ce le vent étant devenu favorable , il fe remit en mer le 19 d'Août. Le 6 de Septembre, il arriva devant l'Ifle cle Lancerota, 6c fît demander au Gouverneurla permiffion de trafiquer pour des provifions. Celui-ci consentit d'abord à une entrevue , mais il la différa de jour à autre , ôc enfin refufa ouvertement d'avoir aucun commerce avec lui , difant que les bifilaires le craignoient tellement qu'il n'oioit lui tenir fa parole. Il le pria en môme temps de faire retirer les hommes qui avoient débarqué dans l'Ifle, à cjuoi Raleigh confentit ; mais maigre fa complaifance, les Infulaires tombèrent fur fes gens dans leur retraite , & lui tuèrent un homme, en criant que jamais il n'auroit rien d'eux , parce qu'ils le foupçonnoient lui 8c fes gens cle faire partie de la flotte Turque , qui peu de temps avant des Européens. 127 avoit détruit Puerto-Santo. Raleigh fe £~-- plaignit de cet outrage au Gouverneur chap. x. de la Grande Canarie, qui bien loin de lui répondre favorablement, fît 1 *7* une fortie fur les Anglois , defeendus pour faire de l'eau dans une partie déferte de l'Ifle. Le jeune Raleigh , ck quelques autres Officiers le re-poufferent courageufement, fans quoi ils auroient été taillés tous en pièces: cependant l'Amiral ne voulut pas tirer vengeance de ces hoftilités, pour que l'Efpagne n'eût pas lieu de fe plaindre de fa conduite. Il fit enfuite voile à Goméra, où II eft tien le port eft très bon ùc bien détendu, vmmir de Les Efpagnols formèrent une ligne Goméra. fur le rivage , avançant prefqu'en-tiérement dans l'eau , & lui firent un falut comme à un ennemi, mais ils furent bien-tôt difperfés par le canon de la florte. Raleigh fit def-cendre un député pour affurer le Gouverneur qu'il n'avoit aucunes mauvaifes intentions, tk pour lui dire qu'il avoir befoin de quelques pro-vifions , qu'il vouloir payer le prix convenable,ajoutant que li quelqu'un de fes gens faifoit quelque querelle, ou commettoit quelque fraude , il F iv 12$ DÉCOUVERTES Raleigh Promettoit de le faire pendre dans chap. x. la place du marché. Il tint fa parole An. X617. ^ exactement, que quand il quifta cette Ifle , le Gouverneur le chargea d'une lettre adrefîée à Dom Diego Sarmiento, Ambaffadeur à la Cour de Londres, tk depuis Comte de Gondemar,par laquelle ilreconnoif-foit la conduite polie de Raleigh , dont il faifoit les éloges que méri-toient fa droiture & fa juftice. Sa bonne L'Amiral reçut aufîi beaucoup de vcrstsEfpa: politcffes de la femme du Gouverneur, gnoh. qUi étoit de famille Angloifè , de la maifon de Horne, & parente des Staffords du côté de fa mère. Elle lui envoya des fruits , du gros pain , du fucre, tk quelques autres préfents très utiles, tk Raleigh par reconnoif-fance lui donna un très beau tableau de Sainte Marie Magdelaine, une fraife d'un travail tk d'une fineffe admirable , de l'extrait d'ambre tk de l'eau rofe, dont on faifoit une très grande eflime dans cette Ifle. Il mit en liberté une barque des Canaries qu'une de fes pinaffes avoit prife à la hauteur du Cap - Blanc, tk comme les hommes qui la montoient dirent que les Anglois avoient mangé de leur poil- des Européens. 129 fon pour la valeur de fix ducats , il -' leur en donna genereufement huit. chap. x. Après être parti de cette Ifle , Raleigh fut Couvent expofé par l'inconf- An'I6I;* tance de la faifon à des dangers très u tomb? prenants. En même temps que de 5^ fc violentes tempêtes endommagèrent fon vaiffeau , détruifirent fes cables &: carièrent fes ancres, les pluyes continuelles & la chaleur du climat occafiorinerent des maladies à bord, qui lui enlevèrent un grand nombre d'hommes. Enfin il en fut attaqué lui-même avec tant de violence qu'il fe parla vingt jours avant qu'on eût quelque efpérnnce de lui fauver la vie. Durant tout ce temps, il eut des fueurs fi abondantes qu'on fut obligé de le changer de linge au moins trois fois par jour , & il dit fou vent depuis que fans les rafraîchiffements qu'il avoit confervés foigneufement des préfents de la Gouvernante de Goméra, il croyoit qu'il lui auroit été impoffible d'échaper de cette maladie. Vers le 12 d'Octobre , pendant que les Anglois continuoient leur cours vers la Guiane, ils furent fur-pris du plus grand calme , quoiqu'il Fv 130 DÉCOUVERTES Ialeigh Parut c^ans toutes les parties de l'ho-chap. x. ' rifon des préfages d'un temps ora-An. 1617. geux- Enfin l'air devint fi épais tk fi l'ombre qu'on fut obligé de fe fervir de chandelles à midi dans la chambre de poupe ; autrement il auroit été impofîiblede commander la manœuvre. Ils virent aulîi des arc-en-ciels de couleur défagréable , qui fem-hloient les environner continuellement , tk Raleigh en obferva fouvent de femblables dans'les mers d'Amérique. U en compta un jour jufqu'à quinze , dont un formoit prefque un cercle entier, tk il remarqua qu'ils etoient toujours les avant-coureurs du fort temps. Vers la fin d'Ocfobre , les Anglois fe trouvèrent réduits à une fi petite quantité d'eau , qu'on fut obligé de retrancher la moitié de la portion à chaque homme d'équipage, mais ils furent foulages par une pluye abondante , dont ils remplirent plufieurs tonneaux, tk quoique cette eau fût très amère , elle fervit beaucoup à les rafraîchir. des Européens. 131 Raleigh , Chap. xi. CHAPITRE XI. Alt. KU7. Raleigh arrive à Caliana , & envoyé en Angleterre un récit de Cétat fâcheux où fes gens etoient réduits par les maladies : Ses vaiffeaux font en danger de périr : 77 fait une excur-Jion infructueufe pour trouver une mine a" or : Le jeune Raleigh ejl tué; Le pere ejl forcé de revenir en Angleterre , où il trouve que fa conduite avoit été peinte avec des couleurs odieufes : Il ejl trahi par Sir Louis Stuckeley : On rappelle fa première fntence , & il ejl décapite. LE 11 de Novembre , les Anglois arrfvaclc,f ^ arriverenr dans un état très fa-Guiane. cheux au Cap "Wiapoco , oii Raleigh efpéroit tirer du fecours de fon ancien domeffique Léonard , un Indien qui avoit vécu avec lui rrois ou quatre ans en Angleterre. Cetre reffour-ce lui ayant manqué, il fit voile à Caliana fur la côte de la Guiane , à cinq dégrés de latitude , oii il defeen-dit à terre, tk fit élever une tente ; F vj 131 Découvertes Raleigh ma*s cc ne ^lIt qu'après avoir recon-Chap Xi. ' nu le pays pendant un jour ou deux. An. i6t7. H y trouva des ArmadilU, des porcs, & plufieurs autres efpèces d'animaux. Accompagné de fon valet Indien Harry, il fut vifité par quelques Caciques , qui lui apportèrent du pain de Caffave , du plantain , des piftaches, du poilîbn rôti, des pommes de pin tk plufieurs autres denrées. Il fit débarquer tous fes malades qui furent bien-tôt rétablis parle bon air tk par les rafraîchiffements : il en mourut cependant quelques-uns, entr'aûtrés le Capitaine Haffings , frère du Lord Huntington. 11 donne Je Raleigh écrivit de cet endroit une eaJEurope. longue lettre à fa femme, tk la lui envoya par le Capitaine Pierre Allty, qui fe trouva tellement incommodé de vertiges , que l'Amiral lui permit de revenir en Europe par un vaiffeau Hollandois qu'il rencontra, Il mar-quoit dans cette lettre que les maladies lui avoient enlevé c Mirante-deux hommes , mais que Pair de la Guiane fortifioit de jour en jour ceux qui lui etoient reliés , au nombre de deux cents , tous très braves, tk qu'il étoit extrêmement fatisfak de Thu- des Européens. 133 manité des Indiens, qui fàifoient pa- ô-- roitre la plus grande ardeur à lui chap. xj. rendre fèrvice. La bonne conduite qu'il avoit tenue précédemment avec An* eux, avoit fait une fi forte imprefîion fur leurs eiprits, qu'ils le folliciterent vivement de demeurer dans leur pays, & s'il avoit voulu s'y prêter , il auroit régné fur ces peuples comme leur Prince fouverain. Après avoir bien nettoyé fes vaiffeaux , préparé fes barges tk fes chaloupes , fait rafraîchir fes gens autant qu'il lui fut porfible , tk s'être pourvu d'une quantité fuffifante d'eau tk de bois, il quitta cet endroit le 4 de Décembre. Le lendemain , ils furent tous bien près de périr, ayant touché fur des bas-fonds près des lues nommées le Triangle , d'où ils ne purent fe retirer qu'après un travail de vingt-quatre heures. Sir Walter Raleigh continuoit à 11 envoyé être malade, & il devint fi fbible qu'on étoit obligé de le porter fùrKevmis a la une chaife. Jugeant donc qu'il ne lui J^-^ dc étoit pas porTible d'entreprendre aucune expédition laborieufe , il réto-lut de demeurer avec cinq de fes plus grands vaiffeaux à Piinta de 134 DÉCOUVERTES --:-Gallo dans rifle de la Trinité , pen.- Raleigh , . . , v r Chap. xi. dant que les autres bâtiments com- An. i6i7. mandés par le Capitaine Keymis , par le fils de Raleigh, tk par quelques autres Gentilshommes, avec cinq ou fix compagnies d'infanterie , munis de provifions pour un mois , fe-roient voile vers la rivière OrenoqUe pour chercher la mine , qui étoit l'objet de leur voyage. Il ordonna que ceux qui partoient pour cette expédition , camperoient entre les vaiffeaux tk cette mine , jufqu'à ce qu'on en eût bien reconnu la largeur & la profondeur : qu'ils feroient leur delcentc avec les plus grandes précautions , crainte d'être repouffés par les Efpagnols s'ils etoient en force, ne voulant pas contribuer à caufer ce déshonneur à la nation Angloife. Enfin il conclut fes infiructions en difant que fi l'on ne trouvoit pas la mine affés confidérable pour être exploitée , on fe contentât d'en tirer une petite quantité de matière brute, uniquement pour convaincre le Roi que le projet n'étoit pas chimérique, ils brûlent Lorfqu'il eut fait toutes ces dif-wnc ville lt- p0fitions, Keymis tk le jeune Raleigh fasnot' partirent le 10 de Décembre pour des Européens. 135 la mine, mais ils trouvèrent une ville f;--- EV 1 ri 1 kaleigh. Espagnole compoiee de cent quaran- chap. xi. te maifons , nouvellement bâties fur le principal canal de l'Orenoque. An* 1ÛI7' Les Anglois drefferent leurs tentes entre cette ville tk l'endroit où ils penfoient qu'étoit la mine, de façon que leurs vaiffeaux n'étoicnt point expofés aux entreprises des ennemis. Les Eipagnols lurprirent leur camp pendant la nuit, Se les attaquèrent avec tant de fureur que tous les Anglois auroicnt été taillés en pièces fi le jeune Raleigh tk quelques autres Capitaines ne les euffent ralliés, lorsqu'ils etoient prêts à prendre la fuite. Ils les ramenèrent au combat avec tant de fuccès qu'ils repouffe-rent les Efpagnols jusqu'aux portes de leur ville, ou il fut renouvelle avec vigueur par le Gouverneur Dom Diego Palemeca , & par quelques autres chefs de cette nation. Le jeune Raleigh tua un de ces chefs : tomba fur un autre avec plus de valeur que de prudence : s'emporta trop loin devant fes gens : fut bleffé d'un premier coup de moufquet , tk en reçut bien-tôt un fécond, qui le renverfa mort fur la place. Il fut auffi - tôt 136 DÉCOUVERTES Raleigh,vcnSé Par, le Sergent Plefïïngton , chip. \ 1 lequel pana fa hallebarde au travers An# I(}17 dii corps de PEfoagnoI, qui avoir, tué Raleigh : la bataille devint encore plus fanglante à l'entrée de la ville : enfin le Gouverneur tomba accablé de bleffures, & mourut foulé aux pieds. Alors fes troupes fe difper-fercnt, mais il y en eut encore qui tinrent ferme dans la place du marché, tk les Anglois voyant qu'il étoit très difficile de les y forcer, mirent le feu à la ville , ce qui obligea les Efpagnols de prendre la fuite dans les montagnes. Keymis s'empara de quelques papiers , d'une petite quantité d'argent, tk de quelques curioûtés qui avoient appartenu au Gouverneur , après quoi il réfolut de marcher à la mine. Les paffages etoient trop bien défendus pour qu'il pût y réunir , & il tomba dans une embufcade, ou il eut deux hommes de tués & fix de bielles. Du nombre des derniers fut le Capitaine Thornhurff., qui languit trois mois dans de grandes douleurs. leCapitainc Cette furprife , jointe à plufieurs ;U en ^eur donnant toutes chap. xi. 'les richelTes qu'il avoit amaffées. II fe retira dans l'Ifle de Lundi, oit fon IûlS' efprit s'aliéna, & il y mourut dans une extrême pauvreté, "eftdéra. Le i8d'Oaobre 1618 , Sir Walter Raleigh fut conduit de IaTour à la cour du banc du Roi, en vertu de VHabeas I Corpus, & fa première fentence ayant été examinée de nouveau, on le renvoya à Gate-houfe pour être exécuté le lendemain. En conféquence, il eut la tête tranchée le matin du jour fui. vant dans la place du vieux palais, vis-à-vis la chambre du Parlement. II étoit âgé de foixante & fix ans , & quoiqu'il eût eu une longue maladie , il prononça avant de mourir une harangue très forte pour fe j unifier des reproches qu'on lui pouvoit faire. Il marqua le plus grand courage en montant fur l'échaffaud : toucha la hache de l'exécuteur , 6k dit, que cette médecine étoit bien aiguë, mais qu'elle le guériroit furement de tous fes ennemis. Son corps fut enterré dansl'Eglife deSainte Marguerite près de l'autel, mais fa veuve garda plufieurs années fa tête dans une cadette, qui paffa enfuite à fon fils, qu'on prétend des Européens. 143 qui la fit enterrer à Veft-Horfeley dans le Comte de Surry. ciup. xi. Rien ne prouve plus clairement An. ,6l<> qu'il fut la victime de la haine des Efpagnols, qu'une lettre écrite de la propre main du Roi Jacques I. à fon Miniftre h Madrid peu de temps après l'exécution. Le Monarque y dit, que les Efpagnols n'ont plus de raifon de fe conduire avec diiîimulation , puifqu'il leur a facrifié Sir Walter Raleigh , un des hommes les plus habiles qui fût à fon fervice. Il alla même encore plus loin, tk. ajouta que s'il l'avoit confervé, il auroit donné une grande fatisfacfion à toute l'Angleterre , en gardant un fujet aufîi capable de commander que tout autre Général qui fût en Europe. ( d ) ( ,/ ) M. SmolJett , clans fon Hiftoire d'Angleterre généralement efîimée pour fon exactitude & pour la jufreïïe de les portraits , nous préfente Raleigh fous un point cle vue un peu différent. Je crois qu'on verra avec plaiflr la peinture qu'il fait cle cet homme illuftre, Tome XII. de la Traduction Fran-çoife, pag. 112. » Raleigh étoit c.ertaine-» ment un homme rempli des plus grands » talents , mais turbulent, téméraire & pré-» fomptueux .... 11 avoit caufé de grands 144 DÉCOUVERTES « maux aux Efpagnols fous le régne d'Elî-lfEICx? ' " ^Detn » ^ depuis fon emprifonnement , p' ' » il ayoit ccmpofé différents mémoires poilr An. i6ti, 3j détourner Jacques de faire aucune allian-3? ce avec cette nation. Il n'eft donc pas j> étonnant que Gonclemar ait employé tout « fon crédit pour perdre un ennemi auffi » déclaré des Efpagnols". Mais d'un autre » côté il paroit certain que Raleigh avoit; » entreptis fon dernier voyage dans la vue v d'exercer la pyraterie, & l'on voit com-« bien il étoit capable d'impofture par fon v Traité , intitulé: Découverte du Grand, jj riche & magnifique Empire de la Guyane, » qui n'a jamais exifté que dans fon imagina-» tion & dans la defcription qu'il en a faite. » -*• -à- h' DÉCOUV. DÉCOUVERTES / faites par plufieurs Européens qui ont entrepris des voyages autour du inonde a la fin du feifieme fiecle , & au commencement du dix-feptieme. CHAPITRE PREMIER. Premier voyage de Cavendish : Il fait un armement de trois vaiffeaux : Il met à la voile de Plymouth : Il entre dans le détroit de Magellan : Il entre dans la mer de Sud: Ses gens font attaqués par les Efpagnols : Il s'empare de deux vaiffeaux ; Ses gens combattent les Efpagnols : Il prend un vaiffeau de la même nation, & en bride plufieurs autres. L A Reine Elifabeth pendant tout Premier le cours de fon régne, s'attacha à en- voyage enflammer de plus en plus l'ardeur pour UAve' ..' lotit. iy. g :aVendUh,le bien Pllbiic ' dont per un fort vaifeau, qu'il nomma le Tigre, du port de cent vingt tonneaux. Il s'en fervit pour accompagner Sir Richard Greenville à la Virginie en 1585, éprouva de grandes difficultés dans ce voyage, èk n'en retira aucun profit. De retour à Fal-mouth le 6 d'Ocfobre de la mème année , il fe détermina à une féconde entreprife, animé par l'efpérance d'une meilleure fortune. d f. s Européens, i 47 Dans fon premier voyage il avoit caven o . mouth. mois : Y demeura jiiiqu au 21 , & mit ce jour à la voile pour fon grand voyage. Le 5 d'Août il mouilla à l'ifle de Forteventura, d'où il pana au Cap-Blanc, & fe rendit enfuite à la côte de Guinée. Le 23 il jetta l'ancre à Sierra Leona , où il pilla une ville de Nègres, qui avoient tué un de fes hommes avec leurs flèches em-poiibnnées. Le 3 de Septembre, la barque entra dans un port de quatre milles de profondeur, où les Anglois péchèrent beaucoup de poiffon, de-feendirent à terre, tk en rapportèrent quelques limons. Le 6 ils quittèrent ce port, s'arrêtèrent à l'une des ifles du Cap-Verd, fituée à dix lieues de la pointe de Sierra Leona , tk jetterent l'ancre environ à deux milles du rivage. La partie Méridionale de cette ifle n'a-. voit point d'eau fraîche, mais ils en • trouvèrent abondamment en trois ou quatre endroits de la partie ses Européens. 149 Septentrionale. Ils en partirent le cavendi h 10 d'Octobre , dirigèrent leur cours chap. 1. ' pour le Bréfil, & le premier de No- An vembre ils jetterent l'ancre entre l'iile de Saint Sebaitien &c la Terre-ferme. Ils s'y arrêtèrent pour réparer leurs manœuvres , & conrtruire une Pi-naffe ; remirent enfuite à la voile , 6c le 27 ils abordèrent à un port, que l'Amiral nomma port Défiré. Pendant qu'ils y demeurèrent, les Sauvages blefferent deux de fes gens avec des flèches de rofeaux, garnies de pierres à feu pour leur fervir de pointe. Cavendish donna à ce pays le nom de Terre des Patagons , à caufe de la taille gigantefque des habitants. Ils partirent du port Défiré le 28 de Décembre, faifant route Sud-Sud-Oueft, & le 2 de Janvier 1587 ils doublèrent un gros Cap-blanc à 52 dégrés de latitude Méridionale , 011 ils trouvèrent fèpt bràfles d'eau à une lieue du rivage. Le 3 ils découvrirent un autre grand Cap , fous lequel ils jetterent l'ancre à 52 dégrés 45 minutes de latitude. Ils y effuyerent une furieufe tempête, qui dura trois jours, & furent chaffés en mer, après G iij i 50 D É COUVERTES -r~T avoir perdu une de leurs ancres. De- chap. 1. pins ce Cap, ils ne virent qu un ri-An. 15S7. vage découvert jufqu'à l'embouchure des détroits de Magellan, il entredans Le 6 de Janvier ils entrèrent dans uJSwi* deces fameux détroits, qui ont en quel-ques endroits cinq ou iix lieues de largeur, font très rellèrrés en d'autres. Dans la partie la plus étroite, ils prirent à bord vingt-quatre Efpagnols , refle de quatre cents hommes * qui y etoient demeurés depuis trois ans. La diftance de l'embouchure à l'endroit le plus refferré, efl de quatorze lieues, 6c dans la direction de l'Oueft-cjuart au Nord : de cet endroit jufqu'à l'ifle des Penguins, il y a environ dix lieues dans la direction de l'Oueft-'Siicl-Oueft. Le 8 ils jetterent l'ancre près de cette ifle, oc tuèrent un grand nombre des oifeaux qui lui ont donné le nom. Le 9 ils panèrent devant la ville du Roi Philippe, bâtie par les Efpagnols: elle étoit compofée de quatre forts, dont chacun n'avoit qu'une pièce de canon. La ville étoit affés belle, ainfi que les Eglifes, 6c très bien fituée, dans l'endroit de tous les détroits le plus convena- des Européens. 151 ble pour la commodité du bois & de „ ,„,„ ,. , -, leau, a 52 degrés de latitude Men- chap. 1. dionale: l'Amiral donna le nom de An. 1587, Port famine à l'endroit oit il jetta l'ancre. Ils remirent à la voile le 14, & firent cinq lieues Sud-Oueff jufqu'-au Cap - froward : cinq lieues plus loin à l'Ouefl ils trouvèrent une baye nommée Muffel Cove , à caufe de la grande quantité des poiffons nommés Muffels que les mariniers y p'echerent. Le 21 ils firent voile en iuivant leur cours au Nord-Ouefl, & rencontrèrent à dix lieues une autre baye, que l'Amiral nomma Eli-fabeth. Deux lieues plus loin, ils trouvèrent une grande rivière; &c le 22 Cavendish y fit remonter la barque environ trois miles. Les bords en etoient unis ôc agréables de part & d'autre, au contraire des autres parties des détroits qui font raboteux , pleins de montagnes, 6c habités par des Sauvages , très forts &£ très brutes. Après avoir paffé cette rivière , ils gagnèrent le canal de Saint Jacques, qui en eft à deux lieues , & trouvèrent enfuite un Cap quatre lieues plus loin ? du côté du Giv cavendish, N°rd- Depuis ce Cap jufqu'à l'em- Cbap» i. bouchure Occidentale des détroits, il y a trente-quatre lieues de di flan-An.. 1587. J c .r J > ce, en tailant cours a peu près au Nord - Oued , .enforte que toute la longueur des détroits, eft d'environ quatre-vingt-dix lieues. HentreJans Le 26 de Février, ils entrèrent flu dans la mer du Sud, 6c le premier de Mars ils elfuyerent une tempête, qui fépara le Haut-galant de FEfca-dre à 49 dégrés de latitude Méridionale, & a quarante-cinq lieues de terre. Cette tempête dura trois jours, & il fe fît une ouverture au bâtiment : mais après une peine ex-ceffive il eut le bonheur de gagner le canal, entre l'ifle Sainte Marie 6c la Terre-ferme, le matin du 15 où il joignit l'Amiral 6c le Content. Cette ifle eft fituée à 37 dégrés 30 mi-mîtes de latitude Méridionale : ils y firent provifion d'orge 6c de froment, auffi bon qu'on en puiffe trouver en Angleterre, 6c s'y munirent auffi de cochons, de volaille ordinaire, de pommes de terre , de chien de mer deflèché , 6c de maïs. Etant partis le 18 au matin de l'ifle Sainte Marie , ils firent cours des Européens. 153 Nord-Nord-Efl, environ dix lieues, caveftdbfi" oc jetterent l ancre fous l'ifle du Cru- chaP. 1. cifiment. Le 30 ils arrivèrent à la An i g baye de Quintero, firuée à 3 3 dé- ' 5 7* grés 50 minutes de latitude Méridionale , & le lendemain foixante hommes bien armés avancèrent fept ou huit miles dans le pays. Dans cette courfe ils rencontrèrent de grands troupeaux de belfiaux fauvages, des ch evaux , des chiens, des lièvres, des lapins, des perdrix, ôc" d'autres oifeaux de diverfesefpeces. / Le 5 d'Avril, quelques Anglois étant defeendus à terre, avec leurs par tesBfg»» barriques pour les remplir d'eau , fu- 5110 ' rent attaqués par deux cents Cavaliers Efpagnols, qui tombèrent fur eux des hauteurs , en tuèrent quelques-uns , & en firent d'autres pri-fonniers : mais un renfort de quinze Anglois, étant accouru au fecours de leurs compagnons, ils tuèrent vingt-quatre Efpagnols fur la place, & repoufferent les autres dans les montagnes. Après cette rencontre , ils demeurèrent dans la rade, & firent de l'eau fans aucun trouble. Ils partirent le 9 de cet endroit, gagnèrent une petite ifle, ou ils vi- Gv Cavendish,rent lUie grand^ ^ s_ tance, 6c le i 5 ils arrivèrent à Moro '15 Morino, fitué à 20 dégrés 30 minutes de latitude. L'Amiral defcendit à terre avec trente de fes gens, 6c ils y trouvèrent des Indiens, qvd portoient de l'eau fraîche 6c du bois fur leur dos. Les naturels de cet endroit font très fimples, 6c vivent en fauvages , dans une crainte continuelle des Efpagnols. H s>emPare Le 3 de Mai, ils jetterent l'ancre ie deux vaif- fans une baye , où il y a trois pe-tires villes nommées Parracca, Crîin-cha 6c Pifca, dont la dernière eft à 13 dégrés 20 minutes cle latitude Méridionale. Ils y dépendirent, 6c après avoir pris un peu de vin, dei figues, du pain, 6c quelques volailles dans les tnaifons, ils retournèrent à bord. Peu de temps après ils fe rendirent maîtres de deux vaiffeaux richement chargés, en enlevèrent tout ce qui put leur convenir, 6z brûlèrent le refle, ainfi que les vaiffeaux dont ils mirent les hommes à terre. s** gens ont Le 26 ils arrivèrent à la rade de quelques n . • n r i \ i / / . cour ats avec raita, qui eu litue a 5 degrés 4 mi-IfttfipagaoJf. bes Européens. 155 mites de latitude Méridionale. La ^v^ndllh ville eft proprement bâtie , 6c" con- chap. 1. ' tient à peu près deux cents maifons. ^n, L'Amiral à la tête d'environ foixan-te de les gens, eut une efearmouche avec les habitants, qu'il chaffa de leur ville, tk qu'il força de fe réfugier dans les montagnes. Les Anglois y trouvèrent beaucoup de meubles, tk environ cinquante marcs d'argent en pièces de huit. Quand ils eurent emporté à bord les effets les plus précieux, ils mirent le feu à la ville, qui fut réduite en cendres avec ce qu'elle contenoit, efhmé fix mille livres fterling, tk un vaiffeau qui étoit en racjp. Après cet exploit, ils dirigèrent leur cours à Puna, iitué à un degré de latitude Méridionale : ils trouvèrent dans le port un vaiffeau de cent cinquante tonneaux , qu'ils coulèrent à fonds , 6c ils débarquèrent enfuite. Le Seigneur de cette ifle étoit Indien de naiflance, mais ayant époufé une femme Eipa-gnole, il embraffa fa Religion, tk obligea tous fes Sujets de fuivre fon exemple. L'ifle de Puna eft à peu près de la grandeur de l'ifle de Wight, tk «il bien partagée de tous les préfents G vj ^cTdisT, de. la Nat"re. > mais *ï nV a point de Chap. i. mines d'or ni d'argent. Les pâturages An. ij«7. y font excellents, tk l'on y trouve en quantité des animaux d'un grand ufage, tels que des chevaux, des boeufs, des moutons & des chèvres, qui donnent du lait en -bondance. On y voit auffi des oifeaux très bons, entre autres des dindons, des canards tk des pigeons, tous de la plus grotte efpece. Les vergers font bien fournis d'arbres fruitiers, très utiles, tk de plufieurs plantes odoriférantes. Un de ces enclos étoit entouré de l'ef-pece d'arbre qui porte, le coton dont on fait le bazin : les colles qui le contiennent ibnt au fommetfcle l'arbre , tk dans chacune on trouve fept ou huit graines : mais fi on ne recueille pas le coton quand il elt mur, ces. graines en tombant prennent racine, tk produifent du nouveau plan. L'Amiral ayant appris que le Seigneur de cette ifîe, qu'on appelloit le Cacique de Puna, avoit tranfporté fes effets les plus précieux dans une autre petite ifle contigue ; il s'y rendit auliï-îôt, découvrit le tréfor , en prit ce qui lui convint, mit le feu à i'Egliie, tk emporta cinq cloches des Européens. 157 cru'il trouva clans la tour. Le 2 de Z tt" t • 1 a 1 • c 1 Cavendish, Juin les Anglois turent attaques par chap. 1. un corps de cent Efpagnols, qui tue- An. i5s7. rent ou firent prifonniers douze des gens de Cavendish, cx~ perdirent qua-rantc-fix hommes. Le même jour foi-xante & dix des gens de l'Efcadre, rencontrèrent un autre parti de cent Efpagnols, armés de moufquets, & de deux cents Indiens armés d'arcs tk de flèches. Les Anglois les attaquèrent fi vivement, qu'ils furent bien-tôt mis en déroute , & obligés de chercher leur falut. dans la fuite. Les vainqueurs ravagèrent enfuite les champs tk les vergers, brûlèrent quatre vaiffeaux fur le chantier , tk. mirent auffi le feu à la ville, compofée de trois cents maifons, ainfi qu'à deux autres villes du voifinage. Ces actes de cruauté fans aucun fujet, nuifirent beaucoup aux expéditions qu'on fît par la fuite dans la mer du Sud. Le •> de Juin ils quittèrent Puna, il pr^mî un a ~ ' ., > r> • r-v 1 v *1 v*. 1 fléau rfc la tk firent voile a Rio Dolce, ou us i^menation, s'arrêtèrent pour prendre de l'eau ; & 5" bll,k , ., À, 1 r t: • j'iulicurs au- le 12 ils panèrent la ligne Equino-tlcs„ xiale , tk continuèrent leur cours au Nord le refle du mois. Le premier 158 Découvertes cavendish,ae Juillet ils virent la nouvelle Ef-Chap. I. pagne ; & le 9 ils prirent un vaif-nn. i)i7. leau cle cent vingt tonneaux, dans lequel ils trouvèrent un nommé Michel Sancius, natif de Marfeilles, homme très habile dans la co'nnoif-fance des côtes de la mer du Sud. L'Amiral le retint pour fon Pilote, & il lui donna avis d'un gros vaif-feau nommé Anna - Maria , qui ve-noit des ifles Philippines, & que Cavendish prit quelque temps après. Le 10 ils s'emparèrent d'une barque envoyée pour informer de leur arrivée les différentes parties cle la côte. Le 26 ils jetterent l'ancre clans la rivière Copalita , la même nuit trente hommes fe rendirent dans la Pinalfe à Agatulco, qu'ils brillèrent, ainfi que la maifon de la Douane, où ils trouvèrent fix cents facs d'indigo pour les teintures, & quatre cents de cacao ; chaque fac des premiers fut ef-timé quarante écus, & chacun des derniers fiit priié à dix écus. Le cacao relfemble à l'amande , mais le goût n'en eft pas aufîi agréable : on en tire de la boiffon & de la nourriture , & il palfe clans le commerce pour argent comptant, cent cinquan- des evropéf. n S. i fj 9 te cacaos étant eftimés pour une réa- caVcndislr le de la Plata. Le lendemain l'Ami- chap. 1. ral descendit à terre avec trente An. 1587. hommes, s'avança dans les bois, prit un métif qui appartenoit à la Douane de cette ville, &: emmena l'homme avec fa charge aux vaiffeaux. Le 24 d'Août l'Amiral, avec trente hommes marcha à la Nativité, fituée à 19 dégrés de latitude Septentrionale. Il prit un mulâtre, envoyé pour donner l'alîarme à toute la côte de la nouvelle Galice, & brûla la ville avec deux vaiffeaux, chacun de deux cents tonneaux, qui etoient fur le chantier. Le 26 ils firent voile dans la baye de Saint Jago , où ils prirent de l'eau fraîche, une grande quantité de poiflons, & quelques perles. Ils y demeurèrent jufqu'au 2 de Septembre , qu'ils vinrent dans la baye de Malacca, à une lieue Ouefl de la Nativité. Cavendish, RH)pBHi^i „. 111. de François Drake , de Cavendish, An. 1518. & de quelques autres hardis Com-mandants , formèrent le projet d en- ci\ chargé voyer quelques vahTeaux de guerre £™7o«r?" dans la mer du Sud par les détroits lesEfpagnols» de Magellan , pour croifer contre les Efpagnols. Le fuccès de cette expédition importante dépendoit particulièrement de la capacité du Général, nom que les Hollandois , ainfi que H iii T74 DÉCOUVERTES J~n Ko0I£ \ phifieurs autres nations donnoient chap. III. alors à celui qui commandoiten chef, Au. 1598. foit fur mer, foit fur terre. Ils mollirent de charger de cette entreprife un Officier bien connu par fa capacité 6c par fon courage. Leur choix tomba fur Olivier Van - Noort , natif d'Utrecht, qui étcit dans la fleur de l'âge , & dont la gloire étoit la pafiion dominante. Il accepta cette commiffion avec joye , 6c quand les conditions en eurent été réglées , on équipa deux gros vaiffeaux, l'un nommé le Maurice r 6c l'autre le Henri-Frédéric. On y joignit deux Yachts , nommés la Concorde 6c l'Efpérance, 6c l'on mit fur cette eicadre deux cents quarante-huit hommes de tout rang. Olivier Van-Noort, en qualité d'Amiral monta le Maurice: Jacques Claafz de Ulpenda fut nommé Capi^ taine du Henri-Frédéric, avec le titre de Vice-Amiral ; Pierre Van-Lint eut le commandement.de la Concorde, 6c l'Efpérance fut confié aux foins de Jean Huidecoope, tous hommes expérimentés 6c intérefTés dans le voyage. Lorfque tout fut ainfi difpofé , les Armateurs préfenterent une requête des Européens. 175 a la cour cle TA mirante à Rotterdam, Vnn sioort, & toutes les parties intéreffées eurent ^faap, ni. ordre de s'y préfenter. Le 18 de Juin An. 1598, les règlements dreffés pour la conduite qu'on devoit tenir dans cette expédition furent approuvés par le Stadthouder, qui étoit alors le Prince Maurice ; on en fit publiquement la lecture, tk tous firent ferment de s'y conformer. Le 13 de Septembre, le Maurice tk. la Concorde firent voile du port de Gorée, le Henri-Frédéric tk l'Efpérance les joignirent d'Amfterdam , tk ils fe rendirent à Plymouth, où M. Mellish, leur pilote Anglois , qui avoit éié compagnon de fortune de Sir Thomas Cavendish , prit tout ce qui lui étoit néceffaire. Le 21 , ils partirent cle Plymouth avec le vent Nord - eft, tk il s'éleva bien-tôt quelques jalonnes au fujet de la conduite tk de la capacité du Vice-Amiral. Quelques jours après il perdit une chaloupe avec un homme, ce qui fut attribué à fa négligence ; les murmures fe répandirent dans tout l'équipage, tk ils augmentèrent encore par la conduite hautaine de cet Officier, qui mépri-foit tous les avis, quoiou'il fût un de H iv Van-Noort)ceux qui en avoient le plus de befoiri, ciwp. jii. Le 10 de Décembre, ils virent les An. isss, I^cs du Prince , qui font à un degré de latitude feptentrionale, ils en-fonc aSqués YOyereot devant eux une chaloupe dans une i ne avec le pavillon de trêve , &c elle par les Pcr . 1 xT, . . , nigais. rencontra un Nègre qui portoit le même figne de paix. Ils ne demandèrent autre choie que quelques provisions , ce qui leur fut accordé avec des marques d'amitié ; mais pendant qu'on étoit occupé à les transporter, un parti de Portugais qui s'étoit mis en embuleade, furpritles Hollandois, en tua plufieurs, du nombre defquels fut le brave pilote Anglois Melîish : pourliiivit les autres à leurs chaloupes que les Portugais attaquèrent vivement : tuèrent le frère cle l'Amiral, & furent prêts cle prendre tous les autres prifonniers. Pour tirer vengeance cle cet outrage, Van-Noort brûla toutes les fucreries, & après s'être pourvu d'eau fraîche , il mit à la voile le 17. Le 25 , il arriva au Cap Gonfalvo , où il rencontra deux vaiffeaux Hollandois, par lefquels il fut informé que le Capitaine Sleer-hagen avec une partie de fes gens avoient péri près de cette Ifle, ck que des Européens. 177 Pierre Verhagen, qui y avoit enterré "Van- nook, trente-huit cle l'es hommes, étoit allé ch:,p 111. îi Annobon. Le premier cle Janvier An. t 1599, Van-Noort gagna la même Ifle d'Annobon , iituée à deux dégrés de latitude méridionale. Le 28 du mêm mois , les Hollandois eurent le foleil au zénith : le 5 de Février, ils arrivèrent au Cap-Saint-Thomas fur la côte du Rrézil , a 22 dégrés de latitude méridionale : le 6 , ils gagnèrent le beau Cap, le foir ils paf-ferent le Cap-frio , 61 le 9 ils arrivèrent à Rio cle Janeiro. Après avoir perdu quelque temps par la trahifon des Portugais , ils mouillèrent à Saint SebaiUen j où ils eurent la fatisfaction de trouver un bon port , de feau fraîche & du bois , mais il n'y avoit aucuns fruits clans cette laiton. Le 14 de Mars , ils c-ffuyerent une horrible tempête , dans laquelle le Vice-Amiral &c l'Efpérance furent féparés de la flotte : mais ils eurent le bonheur de rejoindre les autres bâtiments le 17. Le fcorbut faifoit de grands-progrès dans l'équipage à mefure que l'hiver approchoit, ce qui les détermina à relâcher à Sainte Hélène. Ils manquèrent cette Ifle , & réfolurent H v TjS DÉCOUVERTES v3n. KÔoïr.de gagner celle cle l'Afcenfion, où chap. il i. ils eipéroient trouver du fecours, mais ad. i59s. ils eurent le malheur de tomber dans une Ifle flérile à 20 dégrés 30 minutes de latitude méridionale, où ils ne trouvèrent qu'un petit oifeau nommé Maîle-Mewen qu'ils tuèrent avec des barons. Le premier de Juin , lorf-qu'iîs croyoient toucher à l'Ifle de l'Afcenfion, ils fe trouvèrent fur la côte du Bréfil , mais les Portugais ne voulurent pas leur permettre de defcendre , & ils firent voile à l'Ifle de Sainte-Claire fituée à 21 dégrés 1 ç minutes de latitude. Ils n'y trouvèrent que quelques herbes, mais ils furent dédommagés du côté cle la fanté de ce qui leur manquoit pour la nourriture, & ils cueillirent une efpèce de prune aigre qui guérit tous leurs malades. Le 16 de Juin, ils firent voile pour le port Défiré, où ils arrivèrent le 20 de Septembre , & ils firent provifion de poiffon & de penguins dans une Ifle qui eft à trois milles au Sud de ce port. Le 5 d'Octobre , ils gagnèrent la rivière , defcen— dirent à terre , virent des bêtes fem-blables à des cerfs, 6c un grand nombre d'autruches, dont ils trouvèrent des Européen s. rje) quelques nids, oii ils prirent dix-neuf J an. N"0(l[t) oeufs. Le 20 , l'Amiral dcfcendit lui- chap- ni-même pour rcconnoître le pays, & AIU ,JP9< fit déferrfe qu'aucun de ceux qui gar-doient les chaloupes ne mît pied à terre : mais excités par la curiofité, ils parcoururent le rivage, tk tombèrent entre les Sauvages , qui en tuèrent trois, tk en blefTerent un quatrième. Ces Sauvages etoient grands, le corps peint , tk armés d'arcs tk de flèches garnies de pierre à feu. Les Hollandois quittèrent cet en- Difficultés ... . A 1 • y f ou il trouve » droit le 29 du même mois , très agréable , dont les bords etoient Chap. ni. garnis de beaux arbres, chargés d'un An. i5s** grand nombre de perroquets. Ils donnèrent le nom de Bave d'Ere à cet endroit délicieux. Le 29 , ils arrivèrent au Port-famine, mais ils ne trouvèrent aucuns relies de la ville de Philippcs , excepté un amas de pierres. Le 2 de Décembre , ils doublèrent le Cap Froward avec quelque danger, tk jetterent l'ancre dans une grande baye. Le 2 de Janvier 1600 , ils levèrent Le ^ Vice-l'ancre & dirigèrent leur cours à la 8bandonné baye de Maurice , oii ils trouvèrent for ta «été» une grande quantité de glaces qui An. îfioo. paroiflbient ne pas fondre de l'année, puifqu'elles etoient épaiilès de plus de dix braffes, quoiqu'on fût au commencement de l'Eté dans ce pays méridional. Ils y furent très fatigués par la faim ck. par les pluyes, dans une crainte continuelle d'être détruits parles Sauvages, qui tuèrent les Hollandois, pendant qu'ils etoient occupés à plumer des Muffels, qui etoient leur principale fubfiftance. Après avoir elfuy é plufieurs tempêtes dans la baye de Menifîe, ils mirent à la voile le iSl DÉCOUVERTES Van.NooFt, l71 & furent poulîés clans la baye chaj.. m. Pcnguins, où le Vice-Amiral par An. iâ o jugement cm conieil de guerre', fut condamné pour divers crimes à être mis à terre , ÔC abandonné aux bêtes farouches tk aux Sauvages , ce qui Mœurs des fit eXCCUté. kMocha de ^e Prerrner c'e Février , ils arrivèrent dans une autre baye , qu'ils nommèrent la Baye du Pape, & le il, ils virent à quelque éloignement une énorme montagne de glace, mais-le dernier jour du mois , ils parlèrent le Cap-Défiré, & entrèrent dans la mer du Sud. IL etoient alors réduits à cent quarante-fept hommes,. tk peu de temps après , le vaiffeau Vice-Amiral fut féparé des autres. Le 11 de Mars dans l'attente qu'il les rejoindroit, ils relâchèrent à l'Ifle de la Mocha , fituée à 38 degrés de latitude. Au centre de cette ifle eft une haute montagne fendue depuis Iefom-met jufqu'au pied , pour donner paf-fage à un torrent qui tombe dans la Vallée au - défions. Us y échangèrent des couteaux & des fourchettes pour des brebis , des poules, du rnaïz , & pour diverfes efpeces de fruits. Pendant le féjour qu'ils y firent, ils viftp des Européens, iffj terent la ville Indienne , composée Van". Noor; d'environ cinquante maiibns conf- Chap.m. truites en chaume , tk on les regala An. i & un ûgrand nombre de troupeaux qu'on en tue une quantité étonnante uniquement pour leurs peaux' Se leur fuif, dont on charge plufieurs vaiHeaux. CHAPITRE IV. Cruautés des Indiens révoltés contre les Efpagnols au Chili : Les Hollandais font privés d'un tréfoy confi-dérable : ils arrivent aux Ifles des Larons , & enfuite à celle de Borneoi Leur retour en Europe. SX*8?" A Saint-Jago les Hollandois ïnter-▼olt& contre j\ cepterent quelques lettres par !w CMu"°Llefquelles ils apprirent que les Indiens & les Efpagnols etoient en guerre au Chili, où les premiers avoient parle un grand nombre d'Européens au fil de l'épée , avoient brûlé les Eglifes & abbattu les îetes des figures dont elles etoient ornées. Quelques-uns avoient verfé .de l'or fondu dans la bouche de leurs ennemis en leur di-fent de fè raflafier de ce métal qui des Européens, i S 5 leur avoir fait commettre tant d'inhu- VSn K • inanités dans le pays. Us avoient auffi chap. îv. pillé la ville de Baldivia, tk affamé An. i*»*. la garnifon Efpagnole dans la Capitale. Les Indiens qui avoient entrepris cette expédition etoient au nombre d'environ cinq mille hommes, dont il y en avoit trois mille de cavalerie. Ils portoient une haine implacable aux Efpagnols; ouvroient le corps de cetix qu'ils tuoient ; leur dechiroient le cœur avec les dents, ck trouvoienr un goût plus délicieux aux liqueurs qu'ils buvoient quand le crâne d'un Efpagnol leur fervoit de coupe. Ces foldats intrépides étoient fournis à un Général auquel ils obeilfoient fans réferve, tk leur choix tomboit fur celui qui faifoit paroître le plus de force de corps, en portant une pièce de bois fort pefante à un plus grand éloignement fans marquer de laffitude. Le Chili, depuis Saint-JagO jufqu'à Baldivia eff le pais le plus fertile tk le plus agréable qui foit au monde : on y trouve des befliaux& des fruits de toute efpèce, avec des mines d'or en abondance, tk l'air y eft li dotix & fi falutaire que les habitants n'ont befoin d'aucun fecours de la médecine. 186 DÉCOUVERTES Van - Noort, Le premier d'Avril, les Hollandois chap. iv. entrèrent dans la baye de Guafco, An. isjo. d'où ils levèrent l'ancre le 7. L'air y LesHoiian- étoit obfcurci par un nuage de pouf-âo\s font pri- f1Cjre fi épais qu'on ne pouvoit dlltin- v es dan tré- *, ~L v « .r, for confiée- gucr un homme a la diltance d un jet nble' de pierre. Ce phénomène fi frappant pour un Européen eftrrès commun dans ce pays. Le 15 ils virent la fa-meufe ville de Lima , ôc furent alors informés de la valeur du tréfor qu'ils avoient perdu par l'artifice des Efpagnols , éc qu'ils auroient dû trouver dans les vaiffeaux qu'ils avoient pris à Saint-Jago. Le Capitaine de la prife qui fe nommoit Nicolas Peterfon, dit à l'Amiral qu'il avoit fu par un Nègre qu'il y avoit environ trois tonneaux d'or a bord, tk que ce Nègre lui-même avoit aidé à en embarquer une grande partie. Sur cet avis, l'Amiral commença à interroger le pilote Efpagnol, qui voulut d'abord paroî-tre ignorant de ce qu'on lui deman-doit, mais un autre Nègre ayant confirmé le rapport du premier, en y ajoutant quelques nouvelles circonf-tanccs, le pilote avoua qu'il y avoit à bord cinquante-deux caiffes, dont chacune contenoit quatre Arobes des Européens. ïSj d'or, outre cinq cents lingots duVan.Noo~ même métal pefant chacun de feize Chap. iv." à vingt-quatre marcs. Il ajouta eue . ttti> par ordre du Capitaine, toutes ces richeffes avec quelques autres effets particuliers avoient été jettes dans la mer, la nuit qui précéda celle où on leur donna la chaïTe, le tout montant à vingt mille quatre cents marcs d'or , dont la fïneffe en faifoit eftimer la valeur environ deux millions de pièces de huit. L'Amiral donna mifïi-tôt fes ordres pour faire des recherches dans le vaiffeau, mais elles furent inutiles, 6c on ne trouva qu'environ deux marcs de poudre d'or cachée dans les culottes du pilote Efpagnol. Les prifonniers dirent qu'on avoit emporté une quantité d'or immenfe de l'Ifle Sainte-Marie , où l'on avoit découvert des mines trois ans auparavant, & qu'il n'y avoit que trois ou quatre Efpagnols avec environ deux cents Indiens armés d'arcs oc de flèches dans toute l'Ifle. Le 5 de Septembre , ils arrivèrent H« arrivent à l'Ifle de Guam , qui eft une delarons?&* celles des Larons ; elle a vingt millescnfuuc',cellc / i y i • i i de Bornéo. d étendue , ce produit des cocos, des lS8 DÉCOUVERTES "an.Noôrr,ananas & des cannes de fucre. Les chap. iv. Indiens apportèrent de ces denrées An. i«o3. aux vaiffeaux dans deux cents canots, montés chacun de quatre ou cinq hommes , qui venoient en criant : Hiero, Hiero , qui veut dire , ter , fer. Ce peuple eft d'une adreife étonnante : ils échangoient des corbeilles pleines d'écaillés de cocos avec un peu de ris au-deifus pour des corbeilles de ris, & fautoient dans la mer après avoir fini leur marché. Les femmes avoient autant de fub-tilité dans le même commerce , vo-loient avec la même hardieffe , ôk pour cacher leur butin, fe plongeoient dans la mer auffi - bien que leurs maris. Le 17, les Hollandois firent voile pour les Ifles Philippines , ck le 16 d'Octobre, ils arrivèrent à la baye de Bayla , oit ils fe rirent palier pour Efpagnols, ck s'y munirent d'une grande quantité de provifions ; mais ils furent reconnus , & mirent à la voile pour le détroit cle Manille. Un coup de vent de Sud-eft caffa leurs mats en cet endroit, ck quelques-uns des gens d'équipage étant def-cendus à terre le 23 , furent faifis d'un flux de fang après avoir man^é des Européens. 189 des fruits de palmier , tk bu de l'eau Van Nor"t en trop grande quantité. Le 24 ils en- Chip. iv. Itèrent dans le détroit; le 7 de No- An. r*eW vembre ils prirent une Junque Chi-noife , dont le maître leur dit qu'il y avoit à Manille deux gros vailfeaux de la nouvelle Efpagne , avec un autre bâtiment Hollandois qu'ils avoienr acheté à Malaca : que la ville avoit des murs tk deux forts : qu'on y faifoit un très grand commerce avec la Chine : qu'il y venoit tous les ans environ quatre cents bâtimenrs de Chincheo chargés de foie tk d'airtres effets de prix : enfin il ajouta qu'on attendoit dans peu deux autres vaiffeaux du Japon avec des métaux 6c des provifions. Le 1 5 , les Hollandois prirent deux barques chargées de cochons tk de poules, & le 14 de Décembre , ils prirent aufii un des vaiffeaux du Japon à 15 dégrés de latitude fèptentrionale. 11 étoit du port de cinquante tonneaux, tk avoit employé vingt-cinq jours dans le paffage. La forme en étoit fmguliere, l'Avant reffembloit a une cheminée, les voiles etoient faites de joncs, les ancres de bois, 6c les cables de paille. jLe 9. , ils s'emparèrent de deux bar- 19O DÉCOUVERTES —1 No" ques , l'une chargée de vin de coco cLp. iv. & d'eau-de-vie, ck l'autre de pou-An. iûoq. les 6k de ris. Le 14, ils rencontrèrent les vaiffeaux Efpagnols qui revenoient de Manille, 6k auiîi-tôt ils engagèrent un combat très vif. Les ennemis très fupérieurs en nombre abordèrent l'Amiral , mais les Hollandois animés par la crainte, felpérance 6k le délèfpoir, dégagèrent leur bâtiment, abordèrent eux-mêmes l'Amiral Efpagnol , 6k réuffirent à le couler à fonds. Dans cette action, il y eut cinq hommes de tués, 6k ; vingt-fix bielles à mort, ce qui ré-duifît leur nombre à trente-cinq. Ils frent enfuite voile pour Bornéo , où ils arrivèrent le 16, 6k jetterent l'ancre dans une baye qui a trois milles de tour. L'Amiral envoya une dépuration au Roi pour demander la permifïïon de trafiquer , ce qui lui fut accordé avec affés de peine, 6k l'on ouvrit un grand commerce de poivre avec les Patanèfes, qui tire fon origine des Indes. Bornéo eft la plus grande Me des Indes orientales, 6k la principale ville contient trois mille maifons , mais elle eft fituée dans un marais, 6k les habitants, font des Européens. 191 obligés cle fe fervir de barques nom-1"" w—-mees Praws, pour palier d'une mai- Chap. iv. fon à l'autre. Ils font toujours armés, An> I6Mt depuis les gens les plus diltingués julqu'alix pêcheurs ; les femmes même y font très braves, ck fi on leur fait quelque infulte, elles fe vengent aufïï-tôt avec l'épée ou le javelot. Un Hollandois fut bien près d'en être la vief ime ; ayant voulu pouffer trop loin lebadinageavec une cle ces Amazones, elle tomba à Piuftant fur lui avec une javeline, ck Pauroit certainement tué fi on ne l'en avoit arraché par force. Us font tous Mahométans, perdroient plutôt la vie que de manger du pourceau, 6k même ne foulfrent chez eux aucun de ces animaux. Les gens diltingués portent une pièce de toile qui leur tombe de la ceinture, 6k un turban de coton ; mais ceux du commun font entièrement nuds. On mâche du Bétel 6k de l'Aracca dans cette ïlle, ce qui eft très en ufage dans tout l'Orient. Le 4 de Janvier , quelques Indiens Am* cle Bornéo vinrent au vaiffeau dans l'intention de couper les cables pour qu'il fut jette fur la côte , mais ils furent découverts , 6k on tira quel- 191 DÉCOUVERTES Van.NoQrt aùes coups iùr eux , ce qui les força chap. IV. d'abandonner leur projet. Ils laine-An. i62u rent leur Praw, que les Hollandois prirent à la place de la chaloupe qu'ils avoient perdue à Manille: Après être partis de Bornéo , ils parlèrent la ligne pour la troineme fois, mais ce ne fut pas fans danger, parce qu'ils manquoient d'un bon Pilote. Le 16 , ils prirent une Junque de Jor, montée par un habile Pilote, qui probablement les empêcha de faire naufrage , puifqu'ils n'avoient plus qu'une ancre, dont le cable étoit même en très mauvais état, ck qu'ils fe trouvoient entre tant d'Ifles tk de bas fonds, qu'il eft prefque im-poifible à un étranger d'y naviguer furement. Le 2.8, ils mouillèrent à Jortan dans l'Ifle de Java : cette ville eft compofée de mille mnifons bâties de bois. Le Roi commandoit dans une grande partie de Fifle , & en avoit fournis depuis peu une petite nommée Balambuan , au Sud-eft de celle de Jortan. La Religion dominante eft le Mahometifme ; mais comme il y a beaucoup de Pagodes, il paroît que la fuperftirion Indienne y eft jointe, ou au moins tolérée. Ils De s Européens. 193 Ils pafferent les détroits de Balam-Van Ncô~ boa le 5 de Février , le 11 ils fe CnaP- ïv. trouvèrent à 13 degrés de latitude An. ift*, méridionale, tk dirigèrent leur cours 1 s~i 1 r\~ -cr ' Leur retour pour le Cap de Bonne-Llperance. ctltur0pC, Le 24 d'Avril ayant été long-temps retardés par les vents contraires tk parles calmes , ce qui obligea de les réduire à une très petite portion , ils virent pendant la nuit une lumière éclatante femblable à un feu , envi- 1 ' ron à quatre milles au Nord-ouefL Le 27 étant à 34 dégrés 40 minutes de latitude , ils virent encore une efpècc de feu, ÔC peu de temps après ils apperetirent la terre au Nord-eft. Le 2 de Mai, ils obferverent environ à fix milles d'éloignement une terre qui paroiiToit être l'extrémité d'une Ifle , jugèrent que c'étoit le Cap de Bonne - Efpérance, tk dirigèrent leur cours pour Sainte-Hélène, oii ils arrivèrent le 26. Ils quittèrent cette Itle le 30 , Se le 14 de Juin , ils pafferent la ligne pour la quatrième fois. Le 18 de Juillet, après avoir beaucoup fouffert, ils rencontrèrent trois vaiffeaux d'Embden, avec lefquels ils échangèrent du ris tk du poive pour du pain tk du poiffon : Tom. IV, I 194 DÉCOUVERTES Van - Nocrt, enrm *e 16 d'Août, ils arrivèrent à chap, jv. Rotterdam, où ils furent reçus avec An. i«,4. grande i°ic' k- CHAPITRE V. Spilbergcn entreprend un voyage au-tour du monde : // entre dans U détroit de Magellan : Il ejl attaqué par une fiote Efpagnole, & remporte la vicloire: Il trouve des oifeaux d"une grandeur extraordinaire : // arrive à Manille; les Hollandois s'emparent d'une partie des Moluc-ques : Spilbergen fe rend a Batavia ; Son retour en Europe. Spilbergen T a Compagnie Hollandoife des vÔya|eCnlu" J-J Indes Orientales , qui défiroit jourdumon. arc[emment qU'on pût faire un voyage heureux par les détroits de Magellan aux Indes, donna une Com-miffion à George Spilbergen, homme très expérimenté dans la marine pour exécuter ce projet. On arma pour ce fervice fix vaiffeaux, nommés le Grand Soleil, la Fieine Lune, le Piqueur, la Mouette, l'Eole 6c des Européens. 195 l'Etoile du matin ; le 8 d'Août 1614 SftU>crB...n* cette Efcadre mit à la voile du Te- <~*iaP- v, xcl, tk continua fon cours fans au- An. 1*14. j cun incident remarquable, jufqu'au 20 de Décembre qu'ils jetterent l'ancre dans la rade de lias Grandes au Bréfil. Le 28 le Capitaine du Piqueur eut ordre de garder les chaloupes , qu'on envoya pour faire de l'eau en remontant dans une rivière, éloignée de deux lieues, tk on lui recommanda expreflément de fe tenir le plus près du rivage qu'il lui feroit poff-ble, mais il jetta l'ancre à plus d'une portée de canon de diffance. Le 29 la chaloupe de l'Amiral, 6k un canot furent envoyés à l'eau, on débarqua un détachement de gens d'équipage pour couper du bois, tk ils en apportèrent autant que leurs petits bâtiments en pouvoient contenir. On les renvoya trois heures après pour continuer d'en amener: mais ils furent obligés de demeurer toute la nuit fous une hutte, élevée pour les malades qu'on avoit transportés à terre. Quand ils revinrent à bord le matin, ils dirent que durant la nuit ils avoient entendu un grand nombre de voix, tk un grand bruit, cora- spiinercfn, me de gens • o • oifcaiw o une 1 Ifle Lounes ex le Continent, ck mi- grandeur ex-rent à terre quelques-uns de leurs traoltUnauc* prifonniers Efpagnols. Dans cette Ifle, ils prirent deux oifeaux d'une grof-feur excemVe, dont les ailes , les becs ck les talons reffembloient à ceux d'un aigle , le col prefque comme celui d'une brebis, avec des crêtes fur la tête comme les Coqs. U* avoient environ fept pieds de hauteur , oc" quand leurs ailes etoient étendues, il y avoit près de dix pieds Iiv 200 découvertes spilbcrgcn, de diltance d'une extrémité à l'autre, en.;', v . Le 8, les Hollandois jetterent l'ancre An. 1615. près cle Payta, tk après avoir battu la ville, ils firent débarquer un détachement le 10, mais ils trouvèrent la place abandonnée , tk que les habitants s'étoient retirés avec leurs effets. Le 21 , ils fe remirent en mer , tk ils fouffrirent exceffivement de la famine tk des maladies jufqu'au 11 d'Octobre, qu'ils entrèrent clans le port d'A-capulco, où ils arborèrent un pavillon de trêve ; deux Efpagnols vinrent à bord, tk ils convinrent d'échanger des prifonniers pour des brebis, des fruits tk d'autres pro valions. Le 18 , ils remirent à la voile , tk ils jetterent l'ancre le premier de Septembre devant le port Selagues, où ils trouvèrent tout ce qui leur étoit néceffaire après avoir eu un combat affés vif avec les Efpagnols. Le 11 , ils abordèrent au port de la Trinité d'où ils partirent le 20. Le 3 de Décembre, ils virent une nouvelle Ifle, avec cinq hauteurs qui paroifloient de loin former autant d'Ifles différentes , tk le lendemain ils remarquèrent un grand rocher à 19 dégrés de latitude Septentrionale o: à cinquante lieues du Continent. bf.s Européens. 101 _ Le 4 de Janvier 1616 , ils mirent Tj^^T* pied à terre dans une des Ifles des Ch*P v« Larons, ck ils arrivèrent aux Ma- An. iôkt. nilles le o de Février. Le 11, ils jet- „ . lia r rive J terent l'ancre à Capul, dont les ha- Mamiie. bitants trafiquèrent avec eux des cochons gras & des poules pour des bagatelles. Le 19, ils abordèrent à l'Ifle de Luconia, ou ell la ville de Manille. Ils y virent une efpèce de bâtiment élevé ftir des arbres , qui de loin paroiffoit comme un palais , mais ils ne purent découvrir qui en etoient les habitants. Le 5 de Mars, ils furent informés d'une flotte compofée de douze vaiffeaux tk. de quatre galères chargées de deux mille Efpagnols, outre les Indiens, les Chinois tk les Japonois. L'objet de ce puiîïant armement étoit de chaffer les Hollandois des Ifles Molucques. Le 29 1 ils mouillèrent à l'Ifle de Ternate,oit lesEtats Généraux poiïédoient une ville nommée Macia : ils y furent, très bien reçus par les habitants. Il ne leur arriva rien d'important icsHoïïan-jtifqu'au 12 de Mai, mais ils furentâois Bj?\?*' alors informés par M. Caf leçon , oui partiedeiNw* commandoit quatre vaiik-i : u A y.■.. lois-,.1'""^*** I v jpiibergcn , c|ue Ie Général Hollandois Jean Dirk-chap. v. ibn Lam , qui avoit mis à la voile An. im. au printemps de Banda , avec douze vaiffeaux de guerre, tk un corps de troupes, étoit débarqué le i o d'Avril à Pulo-Wai la plus riche de toutes les Ifles de ce pays , tk qu'il en avoit fait aifément la conquête. Après cette importante acquifition , il avoit lom-me les habitants des Ifles adjacentes, qui s'étoient aufli - tôt fournis , tk avoient fait avec lui un traité fort avantageux à la Compagnie, puisqu'il lui affuroit le commerce exclufif des meilleures noix-mufcades de toutes les Indes. Le 16, l'Amiral Hollandois retira fept matelots de fa nation des prifons tk des galères des Efpagnols, où ils etoient depuis quatre années. Peu de jours après, ils furent joints par un autre Hollandois , nommé Pierre de Vivere : il avoit été prifon-nier entre les Efpagnols pendant plufieurs années, tk ils l'avoient d'abord mis aux galères : mais comme il étoit très bon Orphévre, tk qu'il époufa une femme Efpagnole , il obtint la permifljon de travailler.de fon métier, ce qu'il fit avec fuccès, jufqu'à ce ■qu'il fe préfentât u»e occafion de des Européens. 203 sVchaper avec fa famille. Cet homme spÏÏb««I fut d'un grand fervice aux Hollandois, chaP- v étant très intelligent & bien inftruit Anj lM de la valeur & de la nature de toutes les denrées des Indes : il donna aux Gouverneurs des inftruclions qu'il leur auroit été prefque impoffible d'avoir par d'autres voyes. Le 30 de Mai , ils le mirent en Spilbew croifière, mais ils turent bien-tôt rap-fe r!;n'i » * pelles, & à leur retour ils trouvèrent douze gros vaiffeaux Holla n d ois d'Am-boine dans la rade de Malaga. On agita fi l'on attaqueroit Tidore , Ou quelqu'autre établiffement des ennemis , mais on ne mit aucun projet <\ exécution. Le 19 de Juin , le confeil procéda à l'élection d'un Gouverneur avec la qualité de Général pour les Indes , & le lendemain Laurence de Réal fut inflalié dans cette place. Peu de temps après, Spilbergen reçut ordre de faire voile avec deux vaiffeaux à Bantam , dans Fille de Java , & d'y établir un commercé fuivant les inffructions qui lui titrent données. Le 27 de Juin, il partit pour Batavia, où il arriva le 7 , & y radouba fes vaiffeaux. Pendant que les jHollaftdois faifoienr, tous ces rnou^ ypiiiicrçcn. vements, ils eurent la fatisfaclion de chap. v. voir augmenter confidérablement An. i<ïi6, leur commerce ; il y arriva quatre vaiffeaux des Molucques charges des épiceries les plus précieufes, quatre de Hollande avec plufieurs centaines de foldats pour renforcer les garni-fons, tk un autre richement chargé du Japon , avec une grande quantité de réaies, des pièces non frappées, ck d'autres effers de grande valeur. Son retour Le 14 de Décembre , l'Amiral mit «Europe, i la voije dg Bantam pour la Hollande , avec l'Amlterdam de quatorze cents tonneaux, & la Zélande de douze cents. Le premier de Janvier 1617,1'Amfterdam perdit fon confors. de vue : le 30 , ils arrivèrent à Sainte Hélène, après avoir été en route deux ans onze mois: ils y retrouvèrent le navire la Zélande qui y étoit arrivé quelques jours avant, & la Compagnie Holiandoife des Indes orientales peut en quelque forte dater de ce temps le commencement de fa réputation tk. de fa puiffance : le voyage de Spil-bergen autour du globe fut le fondement de la première , &l il contribua à la féconde en affiliant à la conquête des Molucques, dont il fut le premier mu apporta la nouvelle en Europe» des Européens. 105 "~ llMAIRE, CHAPITRE VI. Chap< VI' An. 161s* ScJwutcn & Lemaire entreprennent de trouver un nouveau pojfage : Ils arrivent à Sierra - Leona : Un de leurs vaiffeaux ejl brûlé : Ils etnbou-quent un nouveau détroit, auquel on donne le nom de Lemaire : Ils découvrent le Cap IJom : Ils font abordés par des Indiens de rifle Sans-terre : Ils J'ont exccffîvement incommodés par les mouches. Schonten Plusieurs riches marchands Hol-entreprend landois, mécontents de la chartre nent d",rou" ' . ( ver un nou- exclufive accordée par les Etats Gene- v§au r-flàge., raux à la Compagnie des Tndes Orientales par laquelle il étoit défendu à tous autres de commercer au-delà du Cap de Bonne-efpérance du côté de l'Orient, & par les détroits de Magellan du côté de l'Occident, réfolu-renr au printems de l'année 1615 d'équiper deux vaiffeaux, pour faire de nouvelles découvertes. Guillaume Corneîifon-Schouten futchoifi pour commander le plus gros, ôc on lu schoutïn' donna Jacques-le-Maire pour premier & fupercargo. Ce bâtiment fe nommoir ,., „. 1 Unité , il etoit du port de trois cents* loixante tonneaux, avecdix-neut pie- iU. itif. ces de canon êk dix fwivels. On ie mu* nit aufîi de toutes les proviiions nécef-faires pour un long voyage. L'autre vaiffeau fut nommé le Horn, de cent dix tonneaux, huit canons £k quatre fwivels, avec Jean Cornelifon pour Capitaine , êk Aris-Clawfon pourfu-percargo. Toutes chofes étant difpo-fées , ils mirent à la voile du Texel le 4 de Juin, ck le 17 , ils jetterent l'ancre aux Dunes, dans le deffein de louer un Canonier Anglois à Doit-vres. Le 27, ils gagnèrent Plymouth ck y engagèrent un charpentier : le 28 ils remirent à la voile, 6k le ij de Juillet ils pafferent entre l'ifle de Ténèriffe ck la grande Canarie : le 15 ils atteignirent le tropique du Cancer, ck le 20 ils gagnèrent la partie Septentrionale du Cap-verd, où ils pafferent la nuit à l'ancre. Le 2 5 PAlcaïde Morifque vint à bord, 6k ils firent leur accord avec lui pour avoir un fecours d'eau fraîche. Le premier d'Août ils partirent du Cap, 6k le 21 du même mois ils découvrirent des Européens. 207 la haute terre de Sierra-Leona. Le 30, vCiloL,.ri]sî ils arrivèrent dans le village, & jet- & ., r r . o \ > LllMAlRE , terent 1 ancre fur un fond iabloneux rrL , • Chap. VI. a une petite diltance du rivage. Ce village eft compote de huit ou An* ltïU neuf pauvres maifons couvertes de „ ... 1 , . , .... Ilsnrrivcntà paille. Les Mores qui les namtoient Sicrra-Lco»* confentirent à venir à bord, pourvu qu'on leur laiffât des gages à terre qui puffent répondre de leur retour, parce qu'un vaifieau François avoit enlevé depuis peu deux de leurs compatriotes. Cette demande parut rai-fonnable , Aris-Clawfon le marchand defcendir à terre & demeura avec eux à trafiquer des limons & des ananas , qu'ils échangèrent contre des grains de verre. Le 4 au matin les Hollandois quittèrent cet endroit, & le 5 ils fe trouvèrent à 4 degrés 27 minutes de latitude Méridionale. Le même jour vers midi ils furent tics étonnés d'un coup violent porté dans la partie la plus baffe d'un des vaiffeaux , fans qu'il parut aucun rocher ni aucun ennemi. Pendant qu'ils é-» toient occupés de ce Phoenomene ils remarquèrent que la mer autour d'eux paroifîbit teinte d'un rouge de fang : mais ils en ignoroient également la An. lôij. scHouYfcN caufe , jufqu'à leur arrivée au port & Défiré, où ils mirent le vaifTeau à Chap. vi terre mr *e Pour *e netoyer. Ils y trouvèrent alors une groffe corne femblable à une dent d'iîlephant, cjui avoit percé trois planches allez epaiffes, 6c razé une des côtes. Il en étoit entré dans le bois environ fix pouces, 6c l'on en trouva une pareille longueur au - dehors ; d'où ils conclurent que quelque monltre marin avoit frappé le vaiffeau, & que n'ayant pu retirer fa corne après le choc , elle y avoit été rompue, ce qui ^voit occafionné l'effufion de fan g dont ils avoient vu la mer teinte. Un de leurs II n'y avoit encore que le Com-foûlir"5 mandant qui fut pour quel endroit ils faifoient leur cours, mais il jugea qu'il devoit alors leur déclarer que ► le véritable objet de leur voyage étoit de découvrir un nouveau pailage pour entrer dans l'Océan pacifique. ' Le 20 de Novembre après midi ils virent l'ifle de l'Afcenfion qui eft ii-tuée à 20 degrés de latitude, 6c le 21 ils fe trouvèrent fous le parallèle de 38 degrés 23: minutes. Ils remarquèrent que la variation du compas de mer en cet endroit étoit de 17 I 1 maire, Chap. VI. des Européens. 109 degrés à l'Eft. Le 6 de Décembre ils SfHOU, t~ virent la terre , 6k reconnurent qu'ils r & etoient au Nord du port Défiré, cù ils entrèrent le 7, 6k dont la fituation eft à 47 degrés 4 minutes. Ils trruve- An« I l6l6j, poitrine ils fe tinrent plus éloignés. Ces hommes etoient robuftes tk bien proportionnés , excellents nageurs , habiles voleurs , & arrangeoient leurs cheveux d'une manière des plus bizarres. Le jour fuivant, ils revinrent avec leurs canots chargés de cocos, d'ananas, d'ubes, de cochons tk d'eau fraîche : mais ils eurent de vives dignités pour arriver les premiers au vaiffeau : ceux qui etoient derrière fe jetterent dans l'eau avec des paquets de cocos pendus à leur bouche, plongèrent par-delfous les canots, & grimpèrent au vaiffeau comme des rats, en fi grande quantité , qu'on fut forcé de les écarter avec des bâtons. Cependant on échangea avec eux environ douze cents cocos. Le Roi envoya au Commandant Usarrïventî un préfent d'un cochon noir, avec"ncl(Ut!u'ils di c r 1 ' '1 • nomment erenle au députe de recevoir rien Traîtres, en échange : peu de temps après, il vint lui-même dans un gros vaiffeau, accompagné de trente-cinq canots. K iv 224 DÉCOUVERTES schôuten Lorfqu'il approcha du vaiffeau Hol-& landois, il commença à crier forte-^ch/vîf.' ment, tk Ion exemple fut fuivi de An, i6i6. tous ceux de fa fuite , parce que c'eft de certe manière qu'ils font connoî-tre aux étrangers qu'ils font les bienvenus. Les Européens les reçurent avec des tambours tk des trompettes, dont le fon leur plût autant qu'il les étonna , tk pour marquer leur recon-noiffance de l'honneur qu'on leur falloir, iis fe courbèrent, joignirent les mains tk les élevèrent au-defTus de leurs têtes. Le Roi envoya un préfent aux Hollandois qui lui donnèrent de leur côté une vieille hache , quelques clous rouilles , des grains de verre , tk une pièce de toile, ce que Sa Àlajeffé reçut avec une profonde inclination, tk elle en parut très contente. On ne diftinguoit le Monarque de fes fujets que par le refpect qu'ils lui portoient, car il étoit aufîi nud que les autres, tk n'avoit aucune marque de dignité. On ne put l'engager a monter à bord, quoique fon fils y fur venu, tk y eut été très-bien traité. Le 13 à midi, le vaifTeau Hollandois fut environné par une flotte de des Européens. 225 vingt-trois vaiffeaux, & de quarante- schoute» cinq canots, oii il n'y avoit pas moins & e lept ou huit cents hommes. Le^ch. vu. Roi commandoit la flotte en perfon-ne. Ils feignirent de venir uniquement An* l6l5i dans le deffein de commercer, 6c s'efforcèrent par leurs fignes de per-fuader aux Européens de faire voile vers une autre Ifle, où ilstrouveroient des denrées qui pourroient mieux leur convenir; mais les Hollandois foup-çonnerent quelque fupercherie, & fe tinrent toujours fur leurs gardes. Cette précaution ne fut pas inutile : les Indiens entourèrent le vaiffeau de toutes parts, & en jettant un grand cri, ils commencèrent à les attaquer. Le vaiileau du Roi fut le premier à commencer l'action, & il fut pouffé avec tant de force contre le bâtiment Hollandois, que l'avant de deux canots qui fe trouvoient fur fon paffage fut biïfé en pièces, par la violence du coup, pendant que les autres firent tout ce qui fut en leur pouvoir, en lançant une grêle de pierres. Les Hollandois firent une décharge de leurs moufquets fur les canots, Ôc tirèrent auffi trois pièces de canon, chargées 2±6 D ÉCOU VERTES schoutcn de balles cle moufquets ck cle clous, & Tous ceux qui etoient à la portée lEMAlRE, t r r vil ch. vit. du feu fe trouvèrent très heureux de An. lais, pouvoir s'échaper en plongeant dans Peau, tk les autres fe retirèrent avec la plus grande précipitation. Cette trahifon des Indiens fit donner à leur pays, le nom cle l'ille des Traîtres. Us pnirent Le lendemain les Hollandois mirent irin-de a Ja voile, continuèrent leur cours a lOuelt, oc le 14, arrivèrent à une autre Ifle, diffame de trente lieues de la première. Ils la nommèrent l'ifle de l'Efpérance, parce qu'ils comp-toient y trouver quelques rafraîchifîè-ments. Cette Ifle étoit pleine de rochers noirs, dont le fommet étoit couvert de végétaux, tk d'une grande quantité de cocotiers. Il y avoit plufieurs maifons fur le rivage, tk un gros village fur le bord de la mer; mais ne trouvant aucun endroit propre à jetter l'ancre, M. Schouten ne s'y arrêta pas tk il fît voile au Sud-Oueft. ils changent U f& alors obferver aux Officiers leur cours qu'ils etoient au moins à fei ze cents cher dJ'&Z lieues à l'Oueft de la côte du Pérou , iope. qUe nc trouvant aucune partie des Européens. 227 de la terre méridionale , dont ils ScHo(Jlt^ avoient elpéré taire la découverte, il * n'étoit pas vraisemblable qu'ils en ren- cC*vi}" contrarient à l'avenir: qu'ils avoient An Vogue beaucoup plus loin à l'Oueft, qu'ils n'en avoient d'abord formé le projet; que s'ils continuoient le même cours, ils tomheroient i'urement au Sud de la nouvelle Guinée où ils ieroient immanquablement perdus s'ils ne trouvoient pas de paffage , parce qu'il leur feroit impolfible de revenir à l'Eft, à caufe des vents qui fouillent régulièrement de ce côté dans ces mers. En confequence, il leur propola de tourner au Nord , pour gagner la côte Septentrionale de la nouvelle Guinée. Ils confenti-rent volontiers à fa propofition, & ils commencèrent aulfi-tôt à diriger leur cours Nord-nord-oueft. Le 19 ils virent deux ides environ à huit lieues de diltance, qui paroif-foient nrêtre éloignées l'une de l'autre que d'une portée de canon. Le 2 r étant à une lieue de terre, ils furent vifités par deux canots, & quoiqu'on ne fit rien qui pût les irriter, quelques-uns de ceux qui les mon- K. vj scFouTfcN toient > infulterent les Hollandois par & de grands cris, tk menacèrent de lan-Ch. vu. cer contreux leurs javelots de bois : Au. 1616. m'us on tira du vaiileau un coup de canon, qui tua deux Indiens, tk les autres prirent la fuite avec la plus grande précipitation. Le 22 plufieurs Indiens vinrent au vaiffeau, & fe conduisirent amicalement & paisiblement : Ils y échangèrent des cocos, des racines tk. des cochons rôtis pour des couteaux, des grains de verre tk des clous. Ces peuples etoient aufîi habiles à nager & à plonger, que les habitants de l'ifle des Traitres. ;. ils avoient autant d'adreffe à, voler, tk ils en faifbient ufage toutes les fois qu'ils en trouvaient foc* cafion. Leurs maifons, frtuées fur le bord de la mer, etoient couvertes de feuilles , tk avoient une efpèce d'auvent de même nature pour rejetter l'eau. Ces édifices,, qui a'/oient dix ou douze pieds de hauteur, & vingt-cinq de tour, n'étoient garnis d'autres meubles que d'un lit d'herbes féches, d'un filet ou deux pour la. pêche, tk d'une groffe maffue : le Palais même du Roi ne contenoit aucun autre ammeublement, des Européens. 229 Le 24 M. Schouten envoya trois schouti» de fes principaux Officiers pour éta- & blir r 'amitié avec les Indiens : tk pour ch. vu.' demeurer furie rivage, afin cle fervir d'otages à la place de fix Indiens de An' i616' diflinclion qui vinrent à bord, tk y . „ „ r vi- 1 tt 1 LesHollan- ttirent très bien reçus. Ceux des Hol-doisfont très landois qui etoient à terre, furentbie"rcçu*pw auffi traites avec la plus grande dii-tinction par le Roi du Pays. Il leur fit préfent de quatre cochons, ôc fi quelqu'un de fes gens s'approchoit trop de la barque des Hollandois , ou les troubloit pendant qu'ils etoient occupés à faire de Feau, il avoit foin de les châtier lui-même , ou de les faire chaffer par quelques-uns de fes Officiers. Ses fujets avoient le plus grand refpeft pour fa Perfonne, & quand ils avoient commis quelques crimes, ils craignoient excefîîvement qu'il n'en eût connoifltnce, parce qu'il les faifoit punir févéremcnt. Le bruit des canons leur caufoitune telle épouvante, qu'ils prenoient la fuite précipitamment toutes les fois qu'on en droit quelqu'un. Cependant le Roi fouhaita d'en entendre tirer un des plus gros, tk pendant qu'on fe pré- ' * scHourtN paroit à lui donner cette fatisfaclion^ * il s'a dit fous un dais avec les favoris Lemaire, . . . , . , , ch. vu. autour de lui, ranges en bel ordre; An- i6i<$. mais aufii-tôt que ie coup partit, il fit un faut hors de fon Siège, & s'enfuit dans les bois avec fes çourtifans , malgré tous les lignes d'amitié que lui firent les Hollandois. Le 25 tk le 26 ils defcendirent encore à terre, pour avoir quelques cochons par échange, mais ils ne purent en obtenir, parce qu'il n'en ref-toit que très peu aux Indiens. Cependant le Roi continua â traiter les Hollandois avec la même amitié, tk avec les mêmes égards qu'auparavant : lui tk le premier de ceux qui l'accompa-gnoient, Ôterent leurs chapeaux de plumes, tk les mirent fur la tête de deux des Européens. Ces chapeaux ou bonnets font de plumes blanches, rouges tk vertes que leur fburniffent les perroquets tk les pigeons, dont les derniers font blancs ftir le dos, tk même par tout le refle du corps, à l'exception de l'eftomach. Chacun des membres du Confeil du Roi a un de ces pigeons auprès de foi, fur un .bâton. des Européens. 13i Le 28 quand on eut celle de faire sc houx tu' de l'eau, M. Schouten Se quelques- & 1 r^/i: • 1 r r \ LrMAIR» , uns des Officiers descendirent a terre ch. vu. avec les trompettes, dont la mufique An> l6l6m fit un grand plaifir au Roi. Quelques égards que ce Prince leur marquât, 11 ,e"r fai* .P .X . . , ,.. 'une viine à il paroilioit craindre qu ils ne vott- bor«. lufîènt tonner un établiffement dans fon pays , Se il leur dit que s'ils vou-loient partir deux jours après, il leur donneroit dix cochons, Se une grande quantité de cocos: mais malgré ces foupçons il leur fit une vifite à bord. Ses gens marquoient la plus profende foumifîion aux Hollandois, 6c entre autres témoignages de crainte Se de refpeèf, ils leur baifoient fouvent les pieds, Se les mettoient fur leurs cols. Le 30 le Roi fut vifité par le Souverain d'une autre ifle, qui vint avec une fuite de trois cents Indiens nuds,. à l'exception d'une ceinture d'herbes vertes qu'ils portoient : ils condui-foient devant eux feize cochons, pour s'affurer d'être bien reçus. Lorf-qtte ces deux Princes furent à la vue l'un de l'autre, ils commencèrent à s'incliner, en prononçant quelques mots qu'on ne pouvoit entendre. Ils schoutin profternerent l'un devant l'autre f & le vifage contre terre, firent diffé- j.emaire , o 1 1 • Ch. vu rents geftes des plus bizarres, mar-An, 1616. chererit enfemble vers les fiéges qu'on leur avoit préparés, recommencèrent leur efpèce de murmure , s'inclinèrent de nouveau, ck. s'afîlrent fous un dais. Le Prince de l'ifle, pour régaler l'étranger, envoya un meffa-ger prier les Hollandois de faire jouer leur mufique, tk ils dépendirent auf* fi-tôt avec leurs tambours tk leurs trompettes, ce qui caufa un plaifir extrême aux deux Princes. On fit en-fuite les préparatifs d'un repas, un nombre d'hommes vinrent avec une affés grande quantité de cana, qui eft une herbe d'où ils tirent leur boif-fon : chacun en prit une bouchée qu'il mâcha pendant quelque temps : tous la crachèrent dans une auge de bois, jetterent de l'eau defîùs, remuèrent tk prefferenr bien le tout, après quoi ils présentèrent cette fale liqueur à leurs Monarques dans des coupes, &c en offrirent très poliment aux Hollandois, qui s'excuferent de recevoir cet honneur. Le refle du repas confiftoit en racines grill ée.3, en cochons apprêtés d'une faco»; des Européens. 233 ailes Singulière. Après en avoir ou- ScHOUrt~ vert le ventre & ôté les inteftinS, & ils en avoient rempli la cavité cle ch^vîl.' pierres brûlantes , tk flambé la peau, „ 1 / ,r l ' An. 1616. préparatifs qui en taifoient un mets cligne cle la table du Roi. On préfenta auffi deux cle ces cochons aux Hollandois , avec tout le cérémonial qu'on obfervoit pour les Princes; ceux qui les apportoient les mirent fur leurs tètes, fléchirent les genoux avec la plus grande humilité , tk les laifîèrcnt aux pieds des Européens. Ils leur donnèrent aufîi onze de ces animaux vivants, pour lefquels ils reçurent des couteaux , de vieux clous, & des grains de verre. La couleur de ces peuples eft d'un jaune obfcur; ils font forts, bien proportionnés, tk de fi haute taille que le plus grand des Hollandois n'éga-loit pas le plus petit d'entr'eux. Quelques-uns portoient les cheveux bouclés , d'autres les avoient attachés par nœuds , tk d'autres les portoient épais & hennés. Le Roi tk quelques-uns de fes courtifans les avoient très longs tk pendants jufqu'à la ceinture , mais les femmes les portoient très courts. La figure de ces femmes 134 DÉCOUVERTES scHouïhN ^tolt des plus défagrëables, petites^ & mal falres, avec cle longues ma-Ch.*VH.' nielles pendantes, & les deux fexes . „, etoient nuds jufqu'à la ceinture. Ils vivotent de ce que la terre produit naturellement, fans fe donner aucuns foins pour la cultiver, &c fans apporter aucune attention à élever des troupeaux. Les Hollandois nommèrent cet endroit l'ifle de Horn , 6c" appelèrent Baye de l'Unité le port où ils jetterent l'ancre. Ils partent Le premier de Juin, ils remirent le cette Ifle. a ja vojie. m-d'ls [\s ne trouvèrent aucune terre jufqu'au 21, qu'ils arrivèrent dans une iile très baffe , à, 48 dégrés 47 minutes de latitude. Il y avoit aux environs plufieurs bancs de fable, 6c trois ou quatre Ifles plus petites, couvertes d'arbres. Ils y furent vifités par un canot , dont les hommes etoient plus noirs qu'aucun de ceux qu'ils eulfent encore vu. Ce furent auffi les premiers que les Hollandois trouvèrent armés d'arcs tk de flèches dans la mer du Sud. Ils leur firent entendre par fignes qu'il y avoit des terres plus étendues, tk plus cle productions propres aux vaiffeaux du côté de des Européens. 235 l'Oueft, où demeurent leur Souve- ïCii rain. Les Hollandois y dirigèrent leur , cours , oc le lendemain ils virent chap. vu. douze ou treize Ifles très proches les An. i6i r <. ■ n - Chap. vin. gne fort haute au Mid-Ouelt, ce An. fa*, penferent que ce pouvoit être le Geemenaffi dans le pays de Banda : mais quand, ils furent plus près ils en découvrirent trois autres du côté du Nord, à fix ou fept lieues de distance. Le lendemain ils virent que quelques-unes de ces montagnes jet-toient du feu, & ils donnèrent à cet endroit le nom d'ifle des Volcans. Il étoit très peuplé, & rempli de cocotiers, mais ils ne trouvèrent point d'endroit convenable pour jet-ter l'ancre. Les habitants etoient nuds, oc marquoient la plus grande crainte des Hollandois : leur langage étoit iî différent de celui des Ifles ■ voifmes, qu'aucun des Indiens que les Européens avoient à bord ne put les entendre. On vit encore un grand nombre d'Hles au Nord & au Nord-Oueft : mais les Hollandois firent voile vers une très baffe, qui étoit à l'Oueft, & ils y arrivèrent le foir. Le 8 de Juillet, il jetterent l'ancre devant une Ifle fituée à 3 degrés 40 minutes de latitude Méridionale; mais elle leur parut très pauvre, &c ne des Européens. 241 ne produisant rien de quelque va- 7CHC;U1.L^ leur, excepte un peu de Ginpem- & bre. Elle étoit habitée par lesTPa- ch^vfii, pous 7 nation dont l'ajutfement ridicule ajoute à leur difformité na- An* i6i6* turelle, & les fait paroître comme de petics monffres. La plus grande partie d'entr'eux ont quelque chofe de hideux & d'extraordinaire fox dans la groileur de leurs membres foit dans leur difpofition : ils le parent de dents de cochon dont ils fe font des colliers , & d'anneaux qu'ils portent aux narines, ce qui joint à des cheveux crêpés & à des viiages affreux les rend d'une laideur qu'on a peine à s'imaginer. Leurs maifon9 n'ont aucun ornement, & font conf» truites fur des poteaux élevés de fept à huit pieds au-deffus de terre. Quoique les Hollandois euffent ils arrivent fuivi une très grande étendue de ter- 11'l;vdIc re , ils ne purent déterminer fi c etoit la nouvelle Guinée ou non, parce que leurs cartes n'étoient point çj'ac-cord entr'elles, & ne reffemboient nullement au pays qu'ils voyoieht. Le 1 3 ck le 14 , ils fuivirent la côte , & le 15, en continuant le même cours ils trouvèrent deux Ifles peu Ton. IF. L 242 DÉCOUVERTES ïcHouTiN élevées, environ à une demi-lieue tïMAïup ^G ^a terre ^erme5 & à i degrés Chip. vm. 54 minutes de latitude Méridionale. An. i6i6. Voyant 5ue.le 1™ÏS «oit rempli de cocotiers ils envoyèrent la barque & la chaloupe bien munie pour une attaque , avec ordre de defcendre & d'en apporter au vaifTeau. Les Indiens, qui avoient obfervé leurs mouvements fe préparèrent à empêcher la defcente, 6c les reçurent avec leurs arcs tk leurs frondes plus vivement qu'aucuns de ceux qu'ils euffent encore trouvés : quoique les Européens fuffent armés de moufquets, les Indiens les forcèrent de fe retirer, après en avoir bletTé au moins lèize. Cependant ils jetterent l'ancre le lendemain matin entre deux Ifles, dépendirent dans la plus petite , brûlèrent quelques maifons d'Indiens, 6c emportèrent affez de cocos pour que chaque homme en eut trois : alors les naturels, voyant qu'ils ne pouvoient renfler à ces étrangers, leur apportèrent des cocos, des bananes 6c du gingembre : ils vinrent à bord du vaiffeau : U paix fut bien-tôt conclue, tk les Indiens parurent très des Européens. 145 contents du préfent qu'on leur fît bCHOVih^ de grains de verre oc de quelques * clous. Le lendemain on continua à chap. viii, trafiquer pour des cocos, des Ba- A„ l6l6 nanes, de la caifave & de la pa-pade. On en ralTembla une fi grande quantité que chaque homme eut pour fa part cinquante noix de coco , & deux paquets de bananes. Les habitants de cette Ifle la nom-moient Mo fa, celle qui en étoit voifi-ne s'appelloit Jufan, & une autre très élevée , environ à cinq ou fix lieues de la nouvelle Guinée avoit le nom d'Arimea. Il efl probable que ces insulaires avoient déjà reçu la vifite de quelques Européens , puisqu'on trouva chez eux des jarres tk des pots de fabrique Efpagnole. Ils ne parurent pas furpris comme les autres du bruit du canon, tk n'eurent pas autant de curiofité à examiner le vaiffeau, qu'ils auroient du naturellement en avoir fi c'eût été le premier qu'ils euffent vu. Le zi , les Hollandois fuivirent la côte de la terre ferme au Nord-Oueft, tk jetterent l'ancre au milieu d'un amas d'Ifles d'où ils partirent le matin du 23. Peu de temps après ils L ij 244 Découvertes schouïen mrenr joints par fix grands canots . * chargés de poiffon fec, de cocos, Chap. vm.de bananes, d'un petit mut qui rel-fembloit affez à des prunes, tk de An' 1616- tabac. D'une autre Me , les Indiens apportèrent aufîi quelques provifions tk des valès de porcelaines. Ces peuples, de même que tous les autres Sauvages etoient paiîionnés pour les grains de verre, & pour le fer: mais ils etoient différents de ceux des dernières Iiles par la groffeur de leur taille, & en ce que leur couleur approchoit plus de celle des oranges. Us avoient pour armes des arcs tk des flèches, oc pour ornement des pendants d'oreille de verre de diverfes couleurs, ce qui fît juger aux Hollandois que d'autres Européens avoient été avant eux dans ce pays. lis tentent Le 24, ils côtoyèrent une Ifle m tremble- fon Wable qu'ils nommèrent l'ifle mène Qc ter» , vm. querent pour de la volaille, des fruits, du riz , tk des tourrerelies. Plufieurs An' naturels vinrent à bord tk leur dirent qu'un vaiffeau Anglois tk un Hollandois avoient été depuis peu dans leur pays, & qu'ils y avoient raffemblé affez de provilions pour retourner en Europe. Ces nouvelles furent très agréables aux Hollandois, qui n'avoient prefque plus de munitions, oc il fe fit une efpéce de rejouif-fance publique dans l'équipage, compote' de vingt-cinq hommes , tous en bonne fanté tk vigoureux. Le 5 , ils jetterent l'ancre lui* la ih «tarifent côte deGilolo, tk quelques hom-àGjy^te mes descendirent à terre fans armes pour pécher ; mais quatre foldats de Ternate fortirent tout-à-coup hors des bois , l'épée à la main , dans l'intention de les tuer pendant qu'ils tiroient leurs fîlers. Le Chirurgien cria Oran Hollanda, les Indiens s'arrêtèrent, jetterent de l'eau par-deflus leur tête, ce qui eft un figne de paix en ce pays, s'approchèrent fort civilement, tk les affûtèrent que Liv icHot'-rtN ^a rniibn qu'ils avoient eue pour les & vouloir attaquer étoit qu'ils les Lemaire, . 1 c tv • Chap. vin. croyoïent hdpagnols. bur I invitation An. 1616. c^es §ens c^e Schouten , ils iè rendirent à bord : on leur donna des grains de verre , avec d'autres bagatelles ; ils promirent d'apporter des provisions , & des rafraîchiflèments, & ils tinrent exactement leur parole. Le 17 , ils jetterent l'ancre devant Malayla dans le Ternate : le Capitaine Schouten tk Jacques le Maire descendirent à terre, où ils furent bien reçus par le Général, par le Gouverneur d'Amboine , par l'Amiral Verhayen, tk par tout le Confeil des Indes. Le lendemain ils vendirent deux de leurs chaloupes, avec la plus grande partie de ce qu'ils avoient fauve du Horn , quand il avoit été brûlé à l'ifle du Roi. Ils reçurent de cette vente treize cents cinquante réaies dont ils employe-une partie à acheter deux lafr de riz, une tonne de vinaigre, autant de vin d'Efpagne, tk environ trois tonneaux de bifeuir. On raifit Le 27 ; ils mirent à la voile pour jfeïureéffefs"Bantam, tk le 28 ils jetterent l'an cre à Jacatra, où ils trouvèrent dan Ja rade trois vaiffeaux Hollandois des Européens. 249 tk autant d'Anglois. Le dernier jour SCHOUItN" d'Octobre , Jean Peterfon-Koen , & Préfident de la Compagnie des In- chap. viiï. des Orientales à Bantam, arriva en An l6l^\ cette Ville : le lcnd emam, il fit venir le Capitaine ck les deux Supercargos devant le Confeil desIndes, tk après quelques difcours il leur ordonna , en vertu de fa commifïion de la Compagnie , de lui faire remettre immédiatement leur vaifTeau tk fa car-gàifon. Le Capitaine & les Supercargos foutinrent que la faine étoit illégale , puifqu'ils n'étoient point entrés dans les Indes par aucun des palfages prohibés ; c'eft-à-dire ni par le Cap de Bone-Efpérance, ni par le détroit de Magellan : mais par un paffage qu'ils avoient eux-mêmes découvert, tk qui feroit très avantageux pour le commerce de leurs compatriotes, t>: pour tous les Négociants en général. Leurs raifons furent fans effet, tk le Préfident leur répondit qu'ils verroient à fe faire rendre juftice en Hollande. Cette faifie fut faite le premier de Novembre fuivant le journal de ceux qui avoient fait leur cours dans le navire l'Unité ? & le 2 fuivant celui Lv 2^0 DÉCOUVERTES scHOL-itN ^e leurs comparriotes , qui etoient * venus directement de Hollande. Cet-Chap. vin. te aifterence vint de ce que 1 Unité Au. lois, ^voit fait cours à l'Oueft, dans la même direction que le Soleil parcourt le Globe, ce qui lui avoit donné une nuit de moins qu'à ceux qui avoient fait voile à l'Eft. Mort ch Lorfcui'on les eut ainiî dépouillés de leur vaiileau , quelques-uns des hommes entrèrent au 1er vice de la Compagnie des Indes Orientales, & les autres furent mis dans deux bâtiments qui retournoient en Hollande M. Jacques ie Maire prit un tel chagrin de la conciufion facheufe d'un voyage qui juiqu'alors avoit ete fi heureux, qu'il mourut environ quinze jours après la perte du vaiffeau. Le refte de l'équipage fit un voyage fans accident jufqu'en Hollande , 6c arriva à Amfterdam le premier de Juillet. Ce voyage autour du monde fut termine en deux ans & dix-huit jours, ce qui eft très étonnant, en confiderant le grand nombre de difficultés qu'ils y éprouvèrent : mais ce qui eft encore plus furprenant, ils ne perdirent que quatre hommes dans le cours d'une expédition ii longue & £ dangereufe. HISTOIRE Z>£ L'AMBASSADE DE SIR THOMAS ROWE, -E^vcryt: auprès du Grand Mogolpar U Roi Jacques premier. * CHAPITRE PREMIER. Naijjance & commencement de Rowe : il ejl nommé À mb a fadeur pour les Indes : Son départ d'Europe : De-Jcription dis Ifl.s de Comorra : Di-fpotifme des Sultans : UJage du Bétel & de C Arec a : Manière de vivre des ïnfulaires : Leurs coûta-mes & produclions du pays; So-cotora , ter rein médiocre : UJage du caffé obftrvé pour la première fois ; Superjlition de ces peuples. (e) Les François écrivent Rhoe>, maïs nous avons cru devoir conferver le nom tel que les Anglois l'écrivent, puifqu'il s agit d'un de leurs Compatriotes. L vj *chapT f ' SlR Thomas Rowe nacquir cWand-flead, au Comté d'Effex, en l'année eeSnTdë" *568 : Ton Pere qui étoit Chevalier, & Rowe. cfLii occupa la place de Lord Maire de Londres l'envoya à Oxford, oii il fit fes études au Collège de la Magdelai-ne, ainfi que nous l'apprend \Vood dans fon Athma Oxonknjls. En 1604 le Roi Jacques lui donna la dignité de Chevalier à Greenwich, tk le Prince Henri qui connoiffoit fon habileté, l'employa en plufieurs découvertes aux Indes Occidentales. Il s'y acquit tant de réputation que le Roi le choi-fit pour fon Ambaffadeur auprès du Grand Mogol. 11 s'embar- j] s'embarqua au commencement de que pour les l ...... „ Indes. Mars 1615 & le 5 de Juin il jetta 1 ancre . " dansîabavedeSaldanhaoùîeterroireft. An. 1615. i r ./ , ,, . . , tres-tertile, quoiqu elle foit entourée d'une chaîne de montagnes de roches toujours couvertes de neige. Les habitants ne fe font aucune peine de manger les viandes les plus infectes , portent des boyaux au tour du col pour ornement : leurs cheveux font crépus comme ceux des Nègres, & ils fe frottent la tête de graiffe & de pouf? fière qui leur tiennent lieu de poudre des Européens. 253 6k de pomade. Ils fe couvrent de r0we"" peaux de bêtes , dont ils portent le chap. 1! poil cn-cledans pendant l'hiver 6c en- . dehors curant lete: ils lont entièrement brutes, lans aucune notion de la Divinité tk lans aucune forme de religion. L'air du pays eft très-fain tk l'eau excellente : on y trouve des vaches , des gazelles, des finges, des phaifans, des perdrix, des alouétes , des canards, tk des oycs fauvagcs :. on pêche quelquefois des veaux marins dans la baye, où il vient même quelques baleines. La montagne dit Cap nommée la Table, qui eft très connue a 1975 toifes de hauteur à la latitude de 34 degrés tk quelques minutes. Le 22 cle Juillet Rowe arriva aux M arrive ifles de Commorra, qui font au nom- e*meiwî. ât bre de cinq , fituées entre le dixième tk quatorzième degré de latitude méridionale : celle de Joanna , qui eft la principale a environ trente mille de long & quinze de large, tk une vieille femme qui étoit Sultane de toutes ces Iilcs, y faifoit fa réfidence. Rowt envoya quatre barques à l'ifle de Mola-lis pour demander la permifTion de commercer au Gouverneur, qui étoit 2^4 DÉCOUVERTES •« G w £ Fils & premier MiniûVe de la Sultane, chip, i.' avec une Puiffance fi abfolue que les An. 1615. habitants n'auroient olé trafiquer un feul Coco fans fa permifïion. Le Capitaine Neu-port. accompagne de qtiarante hommes, fut chargé de cette dépuration. Il trouva le Gouverneur affis fur une natte , dans une Junke où il faifoit fa dtmeure ; il por-toit un chapeau de pièces de rapport, avec un manteau de toile de coton rouge 8c bleu qui lui tomboit des épaules ju {qu'aux genoux : mais il a-voit les jambes tk les pieds nuds. Les Européens lui présentèrent un moui-quet tk une épée : il leur donna quatre vaches,& leur accorda la permif-fion de trafiquer. Il leur fît fervir dit Coco, tandis qu'il màckoiî du Bétel adouci avec de la poudre d'écaillés d'huîtres calcinées; il machoit auffi de l'Aréca, efpèce de noix d'un goût amer, qui excite à cracher, rafraîchit la tête, affermit les dents; elles deviennent rouges ainfi que la falive par l'ufage de ce fruit, ce que ces peuples regardent comme une grande beauté: cependant il caufe des vertiges à ceux qui n'y font pas habitués.- De la Junke du Gouverneur, les des Européens. 255-Anglois furent conduits à la maiion rgwe" d'un Charpentier, qui avoit une gran- chaP. 1/ deautorité dans la Ville. Elle était bâtie An. I63.T, de pierres liées avec un ciment d'une ef'pece de chaux blanche : le dehors etoit entouré de rofeaux, avec un toit de charpente couvert de feuilles de Cocotier. Au dîné on commença par préfenter à chacun de l'eau dans un coco, & on la verfa dans des plats de bois pour fe laver les mains , qui forent efiuyées avec des ferviettes d'é-corces du même arbre. On leur fervit enfuite du plantain grillé , du riz, du chevreau rôti, & des quartiers de poule : le pain étoit de moelle de coco cuite avec du miel, & la boiffon du lait de coco & du vin de palmier. Les maifbns des habitants font très Défection . , i 1 1 des hubuaru»., propres : mais iimplement meublées: ils font fort curieux de leurs jardins , qui pour la plus grande partie, ne font ornés que de tabac & de plantains avec des clôtures de rof eaux. Le plus grand nombre parle & écrit dans la langue Arabe, ck le Portugais leur efl allez familier ; ils font zélés Mahome-tans, & fi jaloux qu'ils renferment toutes les femmes quand il leur arrive des Etrangers. Les Anglois leur don- 1$6 DÉCOUVERTES R. o w e nerent des toiles de toutes fortes, des chap. i. lames d'épées ; des miroirs & des cou-Am teaux : ck: ils reçurent en échange des vaches très-grafTes, des bœufs, des poules, du coco, des moutons d'Arabie, & différentes gommes. Les habitants avoient de très-grandes Junkes conftruites de bois de cocotier, ÔC dont les cordages & la matière qui fervoit de caudron venoient du même arbre. Il arrive Le z£ d'Avril les Ançlois levèrent dans l Ifle dev . r -\ z 11 Socotora. 1 ancre oc rirent voile pour la baye de Delicia, dans fille de Socotora vers l'embouchure de la mer rouge, où ils arrivèrent le 24. Cette Ifle eft fi tuée fous le quatorzième degré de latitude feptentrionale : elle étoit alors gouvernée par Amar-Ben-Seid , fils du Roi cle Fortaque dans l'Arabie heu-reufe. Ce Prince étoit très-abfolu &c l'on ne pouvoir faire aucun trafic fans fa permifTion. Pour recevoir i'Ambaf-fadeur, il fe rendit à cheval fur le rivage , habillé à la manière des Arabes, les pieds-nuds & la tête couverte d'un très-beau turban. Il étoit accompagné de trois de fes principaux Officiers, montés l'un fur un chameau & es deux autres à cheval, avec une des Européens. 257 forte garde de foldats, tous armés d'é- ~Ro~^T" pées ; mais quelques-uns avoient auffi chap i." des piftolets, d'autres des moufquets, An. mu oc d'autres des arcs fcmblables à ceux des Turcs. La mufique militaire éroit compofée d'une trompette 6c de deux tambours : le Prince paroiiToit être très-aimé du peuple qui l'environnoit en faifant des acclamations, 6c lui donnant des bénédictions pendant toute fa route. Rowe remarqua que dans cette Premieru« lue on faifoit ufage d une liqueur rortcaffé. noire , qu'on buvoit très-chaude ; 6c il eft vraifèmblable qu'il veut parler du caflfé, alors inconnu en Europe. La Ville que le Roi habitoit étoit conftruite de pierre & de mortier, avec les toits en tcrraffes & le bas de la maifon ou il faifoit fa demeure eteit . partagé en rriagafins , 6c en gardero-bcs oii l'on confervoit différentes fortes d'habillements avec environ vingt-cinq volumes délivres de loix, dliif-roire, 6c de vie de leurs Saints. Ses Trois femmes demeuroient dans le haut de la maifon : mais il n'étoit permis à perfonne de les voir : celles du plus bas rang paroiffoient louvent en public avec des anneaux d'argent aux oreilles. 158 découvertes "r o v f ^e terr°ir de Socotora eft monta* chap- j. gneuxck: ftérile: il ne produit prefque An. autre cliofe que des dattes, du riz & des oranges. H y a des chèvres, des brebis Sv des bœufs, tk l'on y trouve quelques belles topazes : mais fa principale production eft l'alloès, plante farineufe dont on fait bouillir le jus jufquà ce qu'il ait affez de coniîfîance pour le faire fecher nuffitôt. On en fait un médicament bien connu dans la Pharmacie, 6i qui eft fia mer qu'on le nommée natures,, ou fiel de la nature. Il y a aufîi du rang de dragon, de l'indigo & de la civette : mais en petite quantité 6k: le Roi en eft le feul propriétaire. Les habitants profelfent la religion de Mahomet, tk fe mettent à genoux tous les foirs du côté du Soleil couchant pendant que leurs Prêtres jettent de l'eau fur leurs fronts. Ils ont une grande vénération pour leurs Saints, dont le plus iîlufbe eifc enterré dans leur Ville Capitale : ils difent qu'il paroît fouvent pour les avertir des dangers qui les menacent; tk quand il fouffle des vents furieux , ils en attribuent la caufe à fon abfen-ce. Il ya des habitants de quatre fortes ; les premiers 6c vraifembiable- des Européens. 259 ment les plus anciens, font d'un cara'c- RÔÂnT tère rrès-fauvage , ne vivent que de <~haP. 1.' racines : prennent des bœufs pour An. m*, leur monture : évitent toute conver-fation avec les autres dalles : portent de longs cheveux, font très-maigres , Ôt n'ont ni habits pour fe couvrir, ni maifons pour fe retirer: enfin leur intelligence ne paroît que très-peu fu-périetire à celle des brutes. La féconde claffe eft celle des chrétiens Jacobites qui vivent dans les montagnes, oti ils ont été chaffés par tes Arabes ; ceux-ci forment la rroifième claife, & fe font rendus maîtres du pays par droit de conquête : mais ils portent un ii grand refpect à leur Roi, qu'ils n'ofe-roientpas même parier en fa préfence fans en avoir la permit-ion, La quatrième claffe eil celle d'une efpèce d'efclaves qui font occupés à faire l'aloès & à tous les ouvrages les plus vils de cette Ifle. Row£,____ chap. ii. ——z-ma An. iSi>. CHAPITRE II. Thomas Rowe arrive, à Suratte : le Gouverneur fe conduit mal avec lui : il fe met en route pour gagner par terre la Cour du Mogol : il ejl en danger par la rencontre des voleurs : mauvaifes maifons de Bramvour : le Roi lui donne audience & Scnyvre : Rowe arrive à Cytor , où il voit de fuperbes Ruines : iled reçu très gracieufement du Grand Mogol ; ùjages de cette Cour ; description du Nouroux. Rowearrive T E 31 d'Août, les Anglois levèrent à suratte. l'Ancre de la baye de Délicia, & ils arrivèrent à Suratte le 26 du mois fuivant. L'Ambaifadeur y débarqua & demeura à terre pour fe rafraîchir jufqu'à u 30 d'Octobre. Le Gouverneur marqua beaucoup de dureté dans la recherche qu'il fit parmi les domef-tiques 6c le bagage, ck il leur déroba même plufieurs effets. Le 1 de Novembre R.owe continua fa route par terre, pour fe rendre à la Cour du Grand Mogol, ck il arriva le 6 à la ville de des Européens. 261 Nunderpar , dans le Royaume de —- Brampour, qui eft foumis à ce Monar- chlpTu.' que. Il y mangea de très- bon pain, 6c ce fut le premier endroit où il en trou- Ï51S' va après avoir quitté Suratte. Il y vit auffi de grands troupeaux, de jeunes boeufs, qui font très-communs dans ce pays, où les Bramines ne permettent pas de les tuer. Le 10 il campa près des murs de la II arrive 3 ville de Chapre, où il fut gardé par Br*mfoUf' un parti de Soldats du Roi de Brampour, afin de le garantir des voleurs qui defeendent des montagnes. Le 14 il arriva à Brathapore, village qui n'eft qu'à deux milles de Brampour, & il y fut reçu par un Officier de la maifon du Roi, qui le conduifxt au férail def-tiné pour le recevoir dans la Capitale. Ces quartiers qui etoient très mauvais, GOntenoient feulement quatre pièces fort petites, dont la forme reffembloit allez à celle d'un four, bâti de briques. L'Ambaffadeur préféra de demeurer dans fa tente, quoique la maifon qu'on lui avoit préparée fût une des plus belles cle la Ville; toutes les autres, excepté celles cle quelques Seigneurs n'étant conftruites que de terre. Le lendemain il eut une audience R o w e c^u ' c[l" ^t0ii an^S mr une e^rade chap. u. avec un très beau tapis fous les pieds, An. i6i$. & un riche dais au-defTus de fa te e. il arrive à La nobleffe étoit debout formant i n Ardfmère tk cercle , où chacun étoit placé félon cit admis a r a 1 . l'audience du ion rang, & tous avoient les ma n> c»rand Mo devant les yeux. Rove ne put obtenir la permifiion de s'affeoir en fa pre-fence : mais on lui dit de palfer dans une chambre voifine, oii le Roi lui en accorderoit la liberté , &z s'entretien-droit avec lui. Sa Majeilé oublia bientôt cette promeife, parce qu'elle s'eny-vra de quelques liqueurs que l'Ambaf-fadeur avoit jointes à d'autres préfents. Rowe tomba malade à Brampour ; cependant il en fortit le 27 de Novembre , Ôc arriva le 18 de Décembre dans une ancienne ville ruinée, qu'on nom-moit Cyrhor. Elle étoit totalement inhabitée : mais par la magnificence de fes reites , on voyoit qu'elle avoit été autrefois dans une grande fplen-deur. Le 23 de Décembre, il arriva à Ardfmère, réfidence du Grand Mogol , & fut admis à l'audience de ce Am. 1616. Monarque le 10 de Janvier 1616 dans l'endroit qu'on appelle le Durbal. On le conduifit j'ufqu'à une barrière , où il fît une profonde révérence , avant des Européens. 26*3 de la paner : la même cérémonie fut "7T~7-" répétée a une féconde barrière, après chap. u. laquelle il fe trouva au-deffous du All, l4kSt Grand Mogol, qui étoit affis dans une efpece de petite gallerie fous un riche dais,& magnifiquement habillé de velours & de foye. Immédiatement au-deffous du balcon dans l'intérieur de la féconde barrière, etoient les Am-baffadeurs tk la principale nobleffe : les nobles d'un rang inférieur fe te-noient entre les deux barrières, tk toute la foule du peuple étoit confondue hors de la première. Le Monarque reçut fAmbaffadeur très gracieufement ; le difpenfa de tout J^01" *» le cérémonial cle la Cour par égards °s° ' pour fon caractère, tk confèntit à recevoir fon falut à la manière des Anglois. Le Grand Mogol fe rend une fois par jour régulièrement dans le Durbal pour y donner fes ordres, recevoir les requêtes, donner des audiences, tk recevoir des préfents. Ses fujets font tellement habitués a cet ufa-ge que s'ils etoient un jour fans voir leur Prince, tk qu'on ne leur dit pas la caufe de fon abfence, il feroit à craindre qu'il n'arrivât quelque mutinerie. Il ne feroit pas poffible de les Row£~ amufef,oeiixjpurs par de faux prétex-èhap u tes : car dès le fécond, le Monarque A». eft obligé de recevoir quatre perfonnes , comme députés de tous fes peuples pour qu'ils voyent. par eux-mêmes les raifons qui l'empêchent de pa-'roître , tk qu'ils en puiilènt rendre compte aux autres fujcts. Il fe montre ordinairement le matin à une fenêtre , qui a vue fur une grande place d'où tout le monde le peut voir, tk il revient à midi pour être préient aux combats des bêtes féroces & aux exercices des Eléphants. Après cet a-mufement il fe retire avec les femmes qu'on tient exactement renfermées, tk il n'y a que les Eunuques chargés de les garder, qui ayent la permiflion de les voir. Après le fouper qu'il fait prefque toujours à huit heures du loir , il def-cend dans une cour Ipacieufe où il s'entretient librement avec ceux de la nobieffe qu'il a nommés pour cette foirée, tk aucun autre que ceux qui en ont reçu l'ordre n'auroit la hardief-fe de s'y prélenter. Aucune affaire publique, de quelle nature qu'elle foit n'eft traitée autre part que dans cet endroit & au Durbal, & tout eft porté fur un regiftre que tous les iujets ont le des Européens. 26$ le droit cle compulfer pour deux pié- g t) wE " ces d'argent qui reviennent à peu-près chap. 11! à quarante-huit fols de notre mon-noye, enforte que par ce moyen le moindre artifan peut être aufli-bien inftruit que le premier Miniflre des affaires de fon fouverain. Le 1 de Mars, I'AmbaiTadeur monta à cheval pour aller voir une maifon de plaifance du Mogol. Elle eft fmiée entre deux rochers, qui la garantiffent entièrement du Soleil, & qui répandent dans tous les environs une obscurité propre à faire gourer le plaifir le plus fenfible aux efprits mélancoliques. Les rochers font remplis de paons lauvages, de tourterelles, de plufieurs autres efpeces d'oifeaux tk de linges. Le 11 de Mars, on commença à célébrer une fête qu'on appelle des FPf; da T , . . ' . , ul 1 , Noio.e ou clix-huit jours, quoiquelle ne dure ordinairement que neuf, en l'honneur du nouvel an, parce que ce jour étoit celui de la première Lune. On lui donne le nom cle Norofe ou Nouroux, tk elle eft toujours accompagnée d'une grande magnificence, Le jour indiqué on éleva dans le Durbal un trône quarré de bois cle quatre pieds de hauteur , couvert de nacre , placé fous un Tom. IF. M R o w £ ddis ou P^ndoit un fuperbe rézeau de chip. ii. perles, avec des ornements de pom-An. lui*, mes 6c d'autres fruits en or, 6c loute-ntis par quatre pilliers de cane couverts de femblables richeiïes. Dans l'efpacedeftiné à recevoir la nobleffe, on avoit étendu des tapis de Perfe les plus fuperbes qu'on avoit trouvé à acheter. Versla droite du trône etoient quelques grands Seigneurs dans l'intérieur d'une balullrade, qui environ-noittoutle Durbal. Les principaux fit-jets des Etats du Grand Mogol avoient drefTé de petites tentes de velours, de damas,de taffetas,ou d'étoffes d'or,fous lefquelles etoient des richeffes immen-fes. Le Souverain avoit coutume d'aller d'une tente à l'autre : mais en cette occafion il demeura fur le trône, où il y avoit pour fiége un couffin couvert de perles & de diamants. Tous y apportèrent leurs préfents, qu'ils mirent à fes pieds, 6c qui réunis for-moient un tréfor d'une valeur prefque incroyable. Le 11 de Mars, I'AmbaiTadeur eut une féconde audience, 6c fît quelques préfents au Monarque. En même temps le fils de Nama, Prince devenu Tributaire depuis peu , fut intro- des Européens. 267 duiten fa préfence, ck lui marqua fes JOWE"* refpects enfeprollernant le frontcon- Chap. il* tre terre. Le t 3 Rowe eut une nouvelle An. ut«, audience pour la ratification de la paix avec l'Angleterre, 6k pour cnregiïtrer les articles dutraitéde commerce. Lei 5 il affilia audivertiffementdu Nouroux fur l'élévation où étoit le trône 6k à la droite de l'Empereur; le jeune Prince 6k le nouveau Tributaire furent placés de l'autre côté, d'oii ils virent également tous les plaiiîrs de la fête. Le 23 le Mogol fit préfent à l'Am-baffadeur d'unEfclave, qui étoit un jeune homme très-bien fait accule cle félonie : mais qui n'étoit pas convaincu. Rowe l'accepta 6k dit qu'il s'en fer-viroit fuivant l'ufage des Anglois feulement en qualité de domeftique, parce que les loix de fon pays ne permet-toient pas aux hommes de fe tenir l'un 6c l'autre dans l'efclavage. Le 26 cle Mars, Afaph-Chan, fa- Traité 9e vori du Roi 6k premier Miniftre, eut entre le m©-ordre d'examiner les articles du traité .a"l"e & lc» de commerce, que Rove avoit pré- as°^ fentes cle la part des Anglois. Les principaux portoient: que les fujets d'Angleterre auroient le commerce libre dans tous les ports du Mogol, tant Mij l6S DÉCOUVERTES ^ Q w E pour l'importation» que pour l'expor-chap. n. tation ; tk que fi quelques Anglois mouroient clans les Indes, fes biens ne leroient pas iujets à confilcation ; il y avoit plufieurs autres articles qui fervoicnt à éclaircir 6c à étendre ces deux premiers. Le même jour, I'AmbaiTadeur, qui étoit allé à Guzalcan fut averti de la part d'Afaph-Chan de prendre place avec la nobleife à l'avenir , 6c de ne plus fe mettre à la droite du trône, où il fe faifoit d'autant plus remarquer qu'il y étoit feul. Il fe fournit après quelque difpute, 6c à la première audience il le mit du même côté que le Prince, qui par le confeil d'Afaph-Chan s'en plaignit au Grand Mogol : mais le Monarque a-prèsavoir examinéles raifons de I'AmbaiTadeur approuva fa conduite , 6c lui dit de garder cette place, comme étant convenable à fon rang ôc à fa qualité. Le 3 i de Mars, Afaph-Chan donna à l'Empereur une fête qui lui coûta plus de quinze cent mille livres : tout le chemin par lequel il paiTa fut couvert de riches tapis, confus enfemble l'ef-pace de plus d'un mille anglois. Le 18 de Juillet un des neveux duMonarque des Européens. 269 fut envoyé en prifon, pour avoir ré- ~R 0 w E fufé de flatter un lion de la main, ce chap. il." qu'un de fes fils fit aulîi-tôt. On fe fer- a*i..i«iw vitde ce prétexte pour arrêter ce jeune Prince : mais beaucoup de perfonnes penferent que le véritable iiijetde fa prifon fut d'avoir profeffé leChriftia-nifme , à quoi il fut engagé par quelques gens qui avoient leurs raifons pour l'éloigner de la préfence de l'Empereur. Le 25 de Juin,Moereb-Chan homme très puifiant & chef de la faction oppofée à Afaph-Chan follicita l'amitié de rAmbafTadeur. Rowe répondit en politique à fes avances: mais il évita tout ce qui pouvoit marquer une liaifon particulière. Moereb-Ghari avoit beaucoup de jugement oc entendoit très bien la partie du commerce : il confeilla aux Anglois d'apporter dans le Mogol de petites curiofités cle la Chine 6c du Japon , ainfi que des draps & des tapif-feries tkTues d'or , plutôt que des étoffes 6c des épées ordinaires, qui etoient des marchanclifes communes. L'Amballadeur fe lia enfuite avec Àbdalla-Haffan, Tréforier de l'armée & Commandant en chef des gardes de l'Empereur. Cet Officier ouoi- 27o Découvertes £0 WE que très poli faifoit peu cle complï-chap. ni. ments : il parloit avec beaucoup de An hsu. juÛeffe fur tout ce qui concernoit la guerre, ck dans une vifite qtie lui fit Rowe, il lui donna le fpctfacle de l'exercice de l'arc tk. du mouf-qtiet qu'il fit faire aux Gardes, qui etoient tous gens diltingués. CHAPITRE III. Habileté des peintres Mogols : Amour de VEmpereur pour le vin , & coutume fmguliere de cette Cour : Châtiment d'un Eunuque & d'une Dame furprife dans une intrigue amou-reufe ; On promet aux Amglois un établiffement dans le royaume- de Brampour : Caractère de celui qui en fait Coffre : Punition de plufieurs voleurs : Grands revenus du Vice-Roi de Catan : E Ambaffadeur lui fait une vifite. Habileté T A plus grande partie du mois Mogol?1""6 de Juillet fut employée à folli-citer le règlement des articles du commerce : le 13, l'Ambaffadeur (e des Européens. 271 rendit auprès du Mogol, qui le re- 'Rowfw eut avec bonté dans le Durbal : mais chap. m' étant informé qu'il y avoit un pein- An if1* tre Anglois à la fuite de Rowe, il défira de le voir. Il le nommoit M. Hughes, étoit très bon deffinateur , mais avec des talents médiocres pour la peinture. Il fe rendit auprès de Sa Majeïté, qui l'entretint familié- . rement un temps allez long. Peu de jours après I'AmbaiTadeur fit préfenr à l'Empereur d'une très belle peinture , 6c il en parut très flatté : elle fut montrée à un des meilleurs peintres du pays, lequel affura qu'il en feroit une copie'qu'on ne pourroit diftinguer de l'original. Afaph-Chan voulut gager un cheval avec PArn-baffadeur pour foutenir l'habileté du peintre : Rowe accepta le pari : mais le MinifTre ne voulut pas le foutenir. Cependant après quelques jours , le Grand Mogol préfenta à la lumière fix peintures , dont cinq etoient des copies faites avec tant d'exaèfitude que TAmbarladeur eut beaucoup de peine à les diftinguer d'avec l'original. L'Empereur parut très content de ce que fes artiifes avoient fi bien réufïi ; 6c il promit M iv DÉCOUVERTES R o w e ^0n Portrait à f°n Excellence. Il chap. in.' buvoit alors du vin d'Alicant, & il An. i6iû. fit donner des verres à plufieurs de fes courtifans, en difant qVil étoit trop bon pour le garder, ck qu'il craignoit que ce vinv«e s'aigrit fi on ne le buvoit promptement. Il continua à boire 6c h caufer jufqu'à ce • qu'il tomba dans l'ivreffe , 6c qu'il s'endormit. Alors fans aucun égard pour perfonne , on éteignit tout-à-coup les lumières, 6c PAmbaffadeur fut obligé de chercher fon chemin dans l'obfcurité. Punirlon Le même jour on trouva un Eu* aw ,n"I-nilqlie couché avec une des femmes Ut de la iultane tavonte, 6c il fut iur le champ poignardé par un de fes confrères, ce qui rendit cette intrigue publique. Son corps fut jette aux éle-phans, 6c la Dame fut condamnée à demeurer trois jours 6c deux nuits enterrée jufqu'aux aifleles, fans aucune nourriture 6c expofée à toute l'ardeur du Soleil : mais avec la condition que fi elle n'en mouroit pas,fa faute feroit pardonnée. L'auteur ne nous dit point quel en fut l'événement, mais il nous apprend qu'elle étoit riche d'un million fix cents mille roupies. dés Européens. ij% Le ïi de Juillet, I'AmbaiTadeur re- R Q w E ' çut des lettres de Mahomet-Chan chap. m! qui commandoit à Brampour , avec , , la plus grande dilhnction, par lesquelles il lui marquoit qu'il donne- mfT^i roit aux Anglois un Comptoir à Ba-un Comptoir roch avec la pleine liberté du com-a Barodu merce, fans qu'ils puifent y être troublés. Mahomet étoit un homme intègre, bien au-deffus des petits moyens d'ex-tortion qu'employoient les autres Gouverneurs. Non feulement le Mogol le chériifoit, mais il étoit auffi aimé 6c révéré de tous ceux qui avoient quelques affaires à traiter avec lui. Rien ne pouvoit être plus avantageux aux Anglois que d'avoir un établiffement dans fon Gouvernement, ce qui leur affuroit une bonne retraite , s'il arrivoit que par quelque événement ils fuffent chaffés de Surate. Le 9 d'Août on amena cent vo- Punition dfe leurs enchaînés devant le Mogol :ccnt vok«t:* il lut leurs aceufations; donna ordre de faire déchirer leurs chefs en pièces par les chiens, & de mettre les autres à mort. La Sentence fut aulii-tôr exécutée ; on les partage» M y An, 1616". "iTôwT" en plufieurs bandes , qu'on diltribita clup. ai. en différentes rues de la Ville, tk pendant que les chiens déchiroient les chefs, on attacha les autres par les pieds tk par les mains. Enfuite on leur coupa la tête, &: on lai (la leurs corps pour fervir d'exemple dans les places publiques où ils demeurèrent, fpecfacle auffi infuportable par Pin-fecfion, qu'il ctoit horrible à la vue* Grande for- Le 1.0 , le I I , tk le II, l'Am- \ue102, baffadeur fit fes efforts pour exciter la jalouhe de l'Empereur contre les Hollandois, qui avoient envoyé un vaiileau dans ces mers. Il étoit à la hauteur de Surate tk attendoit une flotte , qui devait arriver de jour en jour. Le 12 fur l'invitation qui fut faiteàRowe ilvilita Gemaldin Ufîîn, Viceroi de Pan tan âgé d'environ foixante-dix ans. C'étoit un homme très habile , affable tk poli, qui avoit beaucoup de refpecf pour le divin Légillateur des chrétiens, tk. qui connoiffoit parfaitement les intérêts politiques de fon Maitre. Il avoit compofé une hiftoire des événements arrivés de fon temps, tk i'Abafiadeur dit qu'il lui en offrit une copiemais il ne nous apprend pas des Européens. 17^ s'il l'accepta. Le Grand Mogol lui ~5--* tailoit une peniion de nulle roupies chap, ni. par jour, tk lui donnoit la paye de ■ .11 . , An. 1616* cinq mille cavaliers : quoiqu il n entretint que quinze cents hommes de pied. Ce revenu étoit très coniidé-rable , cependant on trouve dans l'Empire du Mogol des Gouverneurs qui en ont le double , tk même plufieurs font auffi riches que le Monarque. Quelques jours après, ce Seigneur n traite traita 1 Ambailaaeur a fiavar-Ge- gni£4Uci»«n< mel, maifon de plaifance tk jardin qui appartenoit à l'Empereur, tk qu'il emprunta en cette occafion. Il reçut Rowe dans une tente, qu'on avoit drefTée auprès d'un très bel étang : il étoit accompagné de deux de fes fils, qui etoient au nombre de trente, tk fuivi de cent domef* tiques. Il lui fit voir dans les cabinets de l'Empereur, ck dans quelques chambres particulières plufieurs antiques tk dirlérentes peintures „ qui etoient des préfents des Monar^ ques François tk des autres Princes-de l'Europe. Gemaldin-Ulfin dit qu'il efpéroit que Son Excellence recevroit avec M vj 176 DÉCOUVERTES w£ bonté le léger repas qu'un homme Cna; iii. pauvre étoit en état de lui donner: An. i6io. qu'il défiroit Ion amitié : qu'il Tavoit invite à manger du pain 8c du ièl avec lui pour être le fceau de celle qu'ils contracteraient enfemble ; 6c qu'il comptoit qu'elle lui feroit agréable. Il conseilla à l'Ambalfadeur de faire apprendre la langue Perfienne à un de fes gens, qui put lui fervir d'interprète , parce que ceux qui en fai-foient leur métier etoient en général des fourbes 6c des trompeurs, qui faifoient beaucoup de tort à ceux qui les empîoyoient : qu'ils étoien? ordinairement aux gages de quelque grand Seigneur de la Cour, 6c qu'ils expliquoient conformément a fes ordres tout ce qu'on difoit au Prince , ce qui cauioit fou vent des retards très confidérables aux affaires étrangères. Il faillira que s'il fui-voit fes confeils il obtiendrait bientôt ce qu'il demandoit du Grand Mogol, qui avoit beaucoup d'amitié pour lui , ce qui ne pouvoit man-Cftier de lui attirer fellime de toute la nobleffe : que Sa Majeflé le foi* précédent avoir choifi entre autres, curiofités fon portrait qui étoit très des Européens. 177 bien peint, Se qu'il Tavoit remis à Row£"~ Afaph-Chan pour qu'il en fit prélent CKap. in. de la part à fon Excellence. An< l6l(t Après ce difcours, on apporta le dîner, dent on fit deux différents fer-vices: on en mit un devant PAmbaffadeur tk fa fuite, tk l'autre devant Gemaldin tk fes gens , parce que leur religion ne leur permettent pas de manger avec des Chrétiens. Cependant Rowe lui ayant rappelle qu'il lui avoit promis de manger du pain tk du fei avec lui, il vint s'af-feoir à fes côtés, tk mangea des rai-fins , des amendes , des piffaches , & d'autres fruits. Après le dîné, ils jouèrent aux échecs; mais brique I'AmbaiTadeur voulut fe retirer, il fut prévenu par fon hôte, qui lui dit-qu'il n'avoit fait qu'une légère col-latioH, tk qu'il farretoit à fouper, parce que c'etoit particulièrement-pour ce repas qu'il Tavoit invité. En même-temps on introduisît l'Ambaf-fadeur du Roi du Dékan, mais Gemaldin lui marqua pas à beaucoup près autant d'attention. Peu de temps après on apporta le fouper, compofé de différentes fortes de mets, bouillis, firjcaûes, ck 278 DÉCOUVERTES ri Q w E rôtis : de riz préparé de plufieurs fâcha?, m.' çons, tk de falades excellentes. Ge-An. i$ir„ maldin foupa de même avec fes autres conviés feparément de F Ambaffadeur. Rowe fut très content de ce repas, ck quand il partit on lui fit prêtent de cinq boettes de lucre candi, préparé avec du mule, tk d'un pjin de fiicre , le plus beau, tk le plus blanc, pefan-t cinquante livres. Son Excellence refufa d'abord de 1 fer : mais Gemaîdin inlîlta pou .1, en lui difant qu'il en avoit cent autres pains à lui donner, tk pour qu'il n'en fit pas de difficulté , il l'aura qu'il les ree. voit par forme cie inbut de fon gouvernement, fans que cela lui occanennat aucune depenfe. T.'Empa:ur Le 17 PvOwe eut une audience rfor.ne ton l'Empereur, qui donna ordre à portrait a ri ■ r kowe Afaph-C ban de lui remettre Ion portrait. Quelques ÇOiirtifans demandèrent qu'il en marquât fa recennoif-fance fuivant leurs u Cages, ce qu'il refui ■ -dûment de faire. L'Empe reur cria qu'il fufîifoit qu'il lui lit fon remerciment à la manière de s Anglois : alors Rove mit le poi trait a fgn col, ôta ion chapeau, avun- des Européens. 279 ça debout devant le trône, fit une g "—- * r i ' ' or ■ Kowe profonde révérence, tk le retira, chap. m. Ce portrait étoit attaché à une chaî- . ne d or très légère, avec une perle de peu de valeur ; tk quoique le tout ne valut pas trente louis , c'é-toit un des plus magnifiques préfents que l'Empereur eût faits depuis longtemps. C'eit une marque de grande diilinciion, & perfonne ne peut porter le portrait du Monarque, que ceux à qui il le donne. 11 eft rare qu'il foit plus grand qu'une pièce de vingt-quatre fols, on n'y met aucun ornement; tk ceux qui le reçoivent y peuvent ajouter tous ceux qu'il leur plaît d'y joindre. Le 19 Gemaldin Uffn ayant été nommé Gouverneur de Syndes, fit une vilîte à l'Ambanadeur, accompagné de deux de fes fils, tk de deux Gentilshommes, avec une fuite de cent domeftiques.. Il y relia à dîner,. tk mangea de plufieurs mets qu'on lui avoit fait préparer par un cui-finnier du pays : mais il demanda en particulier que fon Excellence, lui envoyât quatre ou cinq fortes de plats apprêtés à la façon des Chrétiens, tk qui avoient attiré fon at- R.o'WE tention. Ils lui furent envoyés, &C chap. 111T il les mangea dans fa maifon , fans An. 1616. témoins. A fon départ il invita Rowe à l'aller voir à Syndes, l'afïïira qu'il étoit difpofé à lui rendre tous les fervices qui dépendroient de lui, 6c fuivant la coutume il accepta quelques préfents de bagatelles. Température Le 20 comme on étoit dans la fai-ficheufe de jfon pluvieufe, nommée FEiéshant, se climat. r ' i la pluye tomba en plus grande abondance , qu'on ne l'avoir vue depuis plulieurs années, Se l'on craignit que toute la Ville ne fut emportée par les eaux. Les habitants s'enfuirent fur les hauteurs: un étang voi-fin de la maifon de l'Ambaffadeur fe déborda & rompit fes chauffées , & cette maifon, qui n'avoit que des murs de terre , 5c qui étoit conffrui-te dans un fonds, fur un très mauvais terrein, auroit furement été ren-verfée, avec la perte de tous les effets qu'elle contenoit, fi l'on n'eût par ordre du Grand Mogol creufé promptement un canal pour faire prendre un autre cours à l'eau. Rowe alfure que durant tout le temps qu'il demeura fous ce climat, il vit à peine un beau jour, ôt qu'il ne s'e» DES E U R O P É F. NS. iSl pafla prefque aucun fans avoir ou r 0 we~"~ du tonnere, ou de la pluye, ou des chip il orages, ou une chaleur, ou un froid A„. l6lS% exceffif, l'air n'y étant jamais tempère, &c chacun de ces météores étant toujours à l'extrême. Les Hollandois obtinrent alors la permifîîon de commercer à Suratte , mais pour très peu de temps, & avec la condition qu'ils feroient prêts à partir au premier ordre. Le 29 le Mopol fît une cbaffe au fanglier: il en tua un d'une groflèur extraordinaire de fa propre main , & l'envoya en pré-fent à PAmbaffadeur. Il lui fit dire qu'il le prioit d'en manger, & de lui en renvoyer feulement les défenfes, à caufe de leur groflèur étonnante. Quelque temps après Rowe apprit que l'Empereur avoit deffein de fe rendre à Mandoa, Château voiftn de Brampour, afin d'être à portée de foutenir fon fils le Sultan Coro-ne, Prince très peu aimé, auquel il avoit donné depuis peu le principal commandement du Dékan , fans le contentement, & contre l'inclination de la plus grande partie de la Nobleffc. Rowz , Chaj». IV. An. i6it. CHAPITRE IV. Grande folemnité pour célébrer la naif-fance de F Empereur du Alogol. On pejè ce Prince dans des ballances : Eléphants di/ïingués par le rang, & par la qualité : U Ambaffadeur ejl mandé à la Cour pendant qu'il étoit encore au lit : L'Empereur boit avec lui , & lui f ut un riche préjent : Bajfejfé de la Noblefe : Le Gouverneur d'Amadabat Je rend à la Cour en habit de Pèlerin, & ejl très bien reçu : Le Prince Corone. ejl nommé Général contre ceux dit Dékan, qui envoyent un Ambajjk* deur pour détourner l'orage. Fête de la T E 2 de Septembre, qui étoit le jaWancc du L, jour de la naiïlance du Grand Mogol, fut célébré avec grande magnificence. Il eft d'ufage de le peler le même jour dans des ballances, où l'on met fur l'autre plateau quelques joyaux, de l'or, de l'argent, de riches étoffes, du beurre , du riz, des fruits, & d'autres denrées, qu'on dès Européens. 183 dîftribue enfuite entre les Prêtres ou n „ " -Grammes. L Empereur avoit donne chap. iv. des ordres particuliers pour que l'A m- -'^inadeur lut invite a cette cérémonie; mais par une erreur dumeflager d'Afaph-Chan il ne s'y rendit que lorsqu'elle fut finie, ce qui fâcha beaucoup Sa Majefté , oc le Miniftre en reçut une vive réprimande. On y voit une grande quantité d'Eléphants , partagés en différentes claf-fes : quelques-uns nommés Seigneurs Eléphants, font richement caparaçonnés en or &C en argent : mais le de tous, qui eft d'une grof-etonnante, porte un plaftron & une efpèce de cafque d'or, magnifiquement orné de rubis & d'é-meraudes. Chacun de ces Seigneurs a plufieurs drapeaux avec diverfes banderolles qui voltigent autour de lui, oc il eft accompagné de huit ou dix autres Eléphants, couverts de drap d'or 6c d'argent. Tous fié-chifîènt le genou quand ils paffent devant le Monarque, &c le conducteur de chacun reçoit quelques préfents , ce qui fait la plus grande partie des divertifTements cle ce jour. Vers dix heures du foir, l'Ambaf- Rovvc eft nianii.cau.p^ principal feur etor 2^4 DÉCOUVERTES c ~1 ,.r " fadeur étant déjà couché , reçut un chap iv. meilage de 1Empereur, qui linvi-Ao, jûi6. toit à fe rendre auprès de lui, tk à lui apporter les plus belles peintures qu'il eût, parce que Sa Majefté avoit intention de les faire copier. L'Arn-balfadeur ie leva 6c fuivit le mcffager à la Cour, où il trouva le Grand Mogol aûTs, les jambes croifées fur un Trône, richement garni de toutes fortes de joyaux. Le Monarque étoit magnifiquement habillé , tk avoit devant lui une petite table d'or, fur laquelle etoient différentes curiofités de grand prix en or tk en argent, ornées des pierreries les plus éclatantes. Il avoit aufîi près de lui plufieurs flacons de vin de diverfes fortes, & il en donnoit à fes Cour-tifans, qui etoient fuperbement vêtus , tk buvoient avec la plus grande familiarité. L'Ambaffadeur avoit apporté deux peintures, dont Tune qui repréfen-toit une très belle femme, & qui étoit bien finie, plût beaucoup au Mogol, qui marqua une grande ardeur pour l'avoir. Rowe , qui l'effi-moit infiniment à caufe de la Dame, dont elle étoit le portrait, avoit beau- des Européens. 2S5 coup cle peine à s'en défaire: mais R w ■ -enfin voyant tour Je déiîr que l'Em- chap. iv.' pcreur faifoit paroître pour en être Ani 16lCi poffefleur, il confentit à la lui donner. Le Monarque lui en marqua la plus forte rcconnoiffance , & lui dit qu'il avoit bien de la peine à croire que ce portrait eût été fait fur une perfonne vivante ; mais qu'il penfoit que c'étoit l'ouvrage de quelque imagination brillante, d'autant qu'il n'a-voit jamais vu de femmes qui pût lui être comparée. L'Ambalfadeur l'avant affuré fur fon honneur, que c'etoit celui d'une perfonne de fes amies qu'il effimoit beaucoup, le Monarque répondit qu'il en feroit faire cinq copies, tk que fi Rove pou-voit reconnoître l'original, il promettait de le lui rendre. Après ce difcours l'Empereur dit i ^"oi"* à Rowe, que ce jour étoit celui deavce îuwe. fa naiffance, que tous fes amis tk fes fujets paffoient dans la joye, tk il lui demanda s'il vouloit boire avec lui. L'Ambalfadeur, qui fe prêtoit en toutes chofes à fes défirs, y confentit avec rcconnoiffance , tk l'Empereur après avoir bu le premier, lia envoya la coupe qui étoit d'or, du l86 DÉCOUVERTES R o vr e~ P°^s d'environ vingt onces, riche-ciwp. iv. ment ornée de rubis 6c de turquoi-An. i6i6 fes> avec fon couvercle ck fa fou-coupe, le tout d'un très beau travail. Elle étoit remplie d'un vin extrêmement fort qui monta au nez de fon Excellence, tk le fit éternuer. Le Mogol ne put s'empêcher d'en rire : mais il dit à Rowc qu'il étoit le maître de n'en boire que la quantité qu'il voudrait. Il lui ordonna de faire porter chez lui la coupe, le couvercle 6c la foucoupe, comme une marque de fon efïirne. L'Ambalfadeur le remercia à la manière Angloife, 6c refufa toujours de pofer fa tête fur le plancher , quoiqu'Alaph - Chan voulut encore l'y engager. On lui préfenta des raifins, des amandes, Se des limons coupés par tranches dans un bafîîn d'or, 6c l'Empereur lui demanda s'il avoit été content du fanglier, comment il l'avoit fait accommoder, ck ce qu'il avoit bu en le mangeant. Le Monarque fît jetter au peuple une affés grande quantité de roupies neuves, & il jetta auffi autour du trône quelques pièces d'or tk d'argent, qui avoient la forme d'amande. Tous les Seigneurs fe précipite- des Européens. 2S7 rent demis pour en ramaffer, à l'ex- Row£ J ception de celui qui avoit été Roi de tlup. iv. Candahar, d'Afaph-Chan, du fils de Afl l'Empereur, de deux autres vieux-Seigneurs , tk de PAmbalfadeur.Après ce divertifïèmcnt il fit distribuer des ceintures travaillées en or, à fes Secrétaires tk à fes Muhciens: tk ayant ainfi pafie le temps à boire tk à s'a-mufer, il s'endormit d'ivreffe : chacun fe retira, tk la fête hit terminée. Pendant fix ou fept mois Rove fut continuellement occupe à folli-citer, pour qu'on donnât la fanèfion du grand fceau aux Articles qu'il avoit dreffés tk préfentés pouf l'éta-bliifemcnt du commerce. Voyant que toutes fes peines etoient inrrudueu-fes , & qu'Alaph - Chan , fur qui il avoit particulièrement compté , ne penfoit qu'à l'amufer; il s'adrefla directement au Prince , dont le Secrétaire reçut un ordre très favorable aux affaires de la Compagnie. Quelques-uns des Articles pouvoient fouf-frir une interprétation ua peu ambiguë : mais ils furent expliqués très clairement dans une lettre adreffée au Gouverneur de Surate. Vers le même-temps Abdala-Chan, Auivéc d'** R o w k ~ Gouverneur d'Amadabat vint à la Chip, iv! Cour, fur quelques acculàtions por-tées contre lui, d'avoir méprifé en plufieurs occaiions l'autorité du Roi. eî'iSde ^ ^t0" 1111 aes P'us grands Seigneurs Pcifjin. de route l'Inde, tk l'on crovoit d'abord qu'il négligerait de repondre : mais le Sultan Corone l'y détermina en lui promettant de le foutenir. Il lui tint fa parole, tk fut très fatisfait d'acquérir l'amitié d'un homme auffi important dans l'Etat. Il avoit fait foixante milles à pied, en habit de Pèlerin, pour marquer plus d'humilité : mais il avoit deux mille Cavaliers qui le fuivcient à une journée de diltance. Le 10 d'Octobre il fut conduit dans les fers au Jarnar, qui eft le lieu où le Grand Mogol écoute les plaintes, & d'où il voit Jes divertiifements publics. Les yeux d'Abdala etoient couverts de fon turban, pour que l'Empereur fut le premier qu'il put voir en arrivant à la Cour. Il fit les révérences ordinaires de la manière la plus foumife, aufîî-tôt qu'il parut en préfence de Sa Majefté, tk après un léger examen il reçut le pardon du Monarque. Alors on lui ôta fes fers, des Européens. 2S9 fers , & on lui donna une nouvelle Ro "—< Vefle de drap d'or, avec un turban Chap. fv! & une ceinture auffi riche. Le Grand Général Chan-Channa, A"' ,616* n ayant pas réulîi dans la guerre du Le Prince Dékan, le Prince Corone penfa qu'il J*, pourroit lui-même y acquérir beau- commandée coup d'honneur. Il Sollicita le corn- arm mandement, tk il lui fut accordé : mais le Général refufa de le lui remettre , ce qui fut très feniîble à ce Prince ambitieux. Le Mogol, qui ne Vouloit pas mécontenter Chan-Chan-na, dillimula fon refus, le confirma dans le commandement, & déclara à une de fes parentes qui étoit dans le ferail, qu'il avoit deffein de lui écrire, tk de lui envoyer une veife pour marque de réconciliation. Cette femme lui répondit qu'elle étoit perfuadée que le Général ne vou-droit recevoir ni la lettre, ni le pré-fent, crainte de quelque trahifon, parce qu'il fa voit que Sa Majefté avoit voulu deux fois fe défaire de lui par le poifon. Cette réponfe irrita tellement l'Empereur, qu'il changea encore de fentiment, oc fe détermina à envoyer le Prince Corone pour commander à fa place, tk me- Tom. 1F, N • Rowe me ^ "e l°utemr en perfonne avec chap. îv! une armée. Ab i6i6 Cette réfolution caufa quelque inquiétude à Chan-Channa, qui en fut informé. Pour détourner l'orage, il engagea ceux du Dékan qui avoient pour lui une grande efKme , à envoyer des Amballadeurs à la Cour, afin de demander la paix avant que le Grand Mogol & le Prince fe mif-fent en campagne. Ils y arrivèrent avec quelques beaux chevaux, richement caparaçonnés par forme de pré-fent: mais l'Empereur, qui étoit très irrité, refufa de les entendre, & les renvoya à fon fils, auquel il laiffa la liberté de faire la paix, ou de continuer la guerre. L'orgueilleux Prince , entête de fon pouvoir, & dont l'ambition avoit paffé en proverbe , refufa toutes les conditions, quoiqu'ils en offriffent de très avanta-geufes, oc déclara qu'il ne vouloir traiter qu'en pleine campagne. Quelque partialité que marquât le Grand Mogol en faveur du Prince Corone, il déiigna toujours pour fon fucceffeur le Prince Corforone, fon fils aîné, qu'il tenoit cependant en prifon par le crédit d'un parti qui- des Européens, 191 lui étoit oppofé. Ce Prince étoit en "jt""— gênerai très aime, au heu que Co- chaP. îv, rone n'avoit que très peu de gens qui lui fufTent Sincèrement attachés. A*' 1 li% CHAPITRE V. Caufes de Vemprifonnement du Sultan Corforone : Sa vie ejl en grand danger , mais elle ejl confervèe par la fidélité de fon garde, qui ejl enfin forcé de l'abandonner : Différents attentats contre fa perfonne : Il ejt fecrettement protégé de fon Père : Arrivée de quatre vaiffeaux Anglois à Surate, La paix ejl propofée aux Portugais à Goa: VAmbaffadeur de Perfe fait une fuperbe entrée À Ardfmère. IL y a peu d'hifloires qui présentent Divifions des événements auSîi intéreiTants,™tr* ue ceux du régne d'Ezbarfçha , père ~ u Grand Mogol, qui étoit fur le trône dans le temps de l'AmbaSfade de Sir Thomas Rowe. Le Lecteur trouveroit auifi dans le régne du fils de quoi piquer fa curiofité : mais le Nij Z91 DÉCOUVERT El zzr~ I"" récit de routes ces circonstances fe-k o w e , . , -. Chap. v. roit étranger a norre iujet, ex nous An, i6i6. nous bornons uniquement à rapporter quelques particularités dignes de remarque, pour faire voir que la trop grande douceur du Souverain encourage toujours les factions , ck ne les laiffé que trop fouvent monter à un degré d'infolence, qui devient intolérable. Corforone s'étoit trouvé engagé malgré lui, dans un foulévement contre la perfonne de fon père , ck il étoit toujours très aimé , comme nous venons de le dire, quoiqu'il fut retenu en prifon par les intrigues de Coroj-e, de Normahal, d'Afaph-Chan , ck d'E.timan Dowlet, père de la favorite. Ils agiSfoient tous d'accord pour fe foutenir mutuellement, ck la vie du Prince fut çxpofée aux plus grands dangers par les artifices de Normahal, qui employa toutes les rufès qui lui etoient familières , pour obtenir qu'il fut rer mis aux foins cle fon frère Corone. Elle affuroit que lui étant attaché par les liens de la plus étroite amitié , le Sultan auroit les plus grandes attentions pour fa perfonne : mais des Européens. 293 leur delTein réel étoit de le faire pé- R Q w~ rir par le poifon. S'ils y avoient efaap. v' réufîi, ils fe feraient défait d'un en- An • \ • m » ioif>. nemi très puifiant, dont ils dévoient redouter la juife vengeance à l'avenir, 6c ils auraient ouvert le chemin à Corone pour le faire monter fur le trône des Indes à la mort de fon père. Toute la fubtilité de leurs rai-fons fut inutile, 6c le Mogol y fit frès peu d'attention , jufqu'à ce qu'un jour étant prefque yvre, 6c ennuyé de leurs importunités , il leur dit, qu'ils fiffent ce qu'ils voudraient de Corforone, 6c il s'endormit aufîi-tôt. . Sur cette permilïïon Âfaph-Chan On remet r i- 1 a r • 1 aïnéon' Ardfmère, où il arriva un fâcheux accident par la faute dé quelques per- j02 DÉCOUVERTES RowE fonnes, qui eurent l'imprudence de chap. vi.' s'entretenir de plufieurs extravagan- 1 ' précédent après ce repas. Ils parlèrent entre autres de quelques Nobles qui avoient bu du vin fort librement, ce qui eft un crime quand on n'en a pas la permifïion du Monarque; de même que c'en eft un de relufer cette permiffion quand il la donne. AulTi chacun eft foigneux d'écrire le nom de l'Officier qui lui délivre le vin, a£a de pouvoir le produire pour témoin , s'il eft néceffaire. Le Grand Mogol , qui s'étoit enivré , avoit oublié les ordres du jour précédent, & il demanda à l'Officier, s'il avoit donné du vin par fon ordre. Cet homme, foit par animofité contre quelques particuliers, foit par crainte, répondit fauffement par la négative : on fit une lifte d%tous ceux qui avoient été compris dans cette débauche: quelques-uns furent condamnés à des amendes de mille, deux mille, & trois mille roupies, fuivant leurs richeffes: d'autres furent fouettés avec des vergeScde fer fi rigoureufement, que plufieurs moururent fur la place ; les bâtons qui des Européens. 303 etoient les marques d'honneur, fu- rowe ' rent rompus fur ceux qui furvêcu- chap. vi* . rent à ce châtiment, & après avoir ^ été ainfi maltraités 6c deshonorés, 1 ils furent chaffés de la préfence du Monarque. Quelques - uns avoient Voulu rejetter leur faute fur I'AmbaiTadeur de Perfe : mais le Grand Mogol ne voulut pas recevoir cette exeufe : il dit qu'il avoit bien permis de lui donner deux gobelets de vin ; mais qu'il n'en avoit ordonné aucun pour eux. Quoique ce Prince fut très fujet à s'enivrer, il faifoit obferver rigoureufement les Loix du pays, & perfonne qui fentit le vin *f étoit admis en fa préfence, ce que les portiers examinoient foigneufe-ment. La févérité étoit fi grande y que fi quelqu'un de fes Courtifans % appelles à la Cour pour y remplir les fonctions, fe trouvoit avoir bu du vin, il étoit très rare qu'il ne fut pas fuftigé. Le temps du départ de l'Empe- Rowe reur approchoit, Ôc Rowe s,adrefTaa'h.eie dfu* a Alapn-Chan pour les équipages. Le leur donnes Monarque l'avoir fait inferire pourla vingt chameaux, quatre chariots , & deux efpèces de car-offes > ce qui 304 DÉCOUVERTES Vwl fat fourni aux Anglois, qui autre* Chap. vi. ment n auraient pu faire tranlpor-A», isiô. ter leurs effets n Agra, quelque prix qu'ils eulTent payé. Le 28 quelques fripons furent condamnés à être vendus comme efclaves, & on en offrit deux à FAmbaffadeur qui les acheta dix livres fterlings. Il dit dans fa relation qu'il le fit pour donner bonne opinion de lui au Grand Mogol ; mais il ne paroît pas que ce Monarque ait jamais eu connoiffance de cette libéralité. Cependant Rowe les mit en liberté, & déclara que les Chrétiens ne rendoient jamais efclaves des hommes femblables à eux, mais qu'ils contribuoient à leur bonheur autant qu'il leur éteit- pofîible. 11 feit des Le ntême jour Rowe fit faire des KSSbL compliments à l'Ambaffadeur de Perçut dcP«fe. fe par fon Secrétaire, & offrit de lui faire une vifite, pourvu que ce Mi-mitre la lui rendit. L'Ambalfadeur répondit qu'il ne pouvoit prendre Cet engagement fans la permïflion de fon maître : mais qu'il atloit la fol-liciîer, &C qu'il agirait conformément à fes inftriicfions. Il ajouta que rien ne lui feroit plus agréable que de fe lier avec Sir Thomas Rove, oc qu'il Des Européens. 305 etoit perfiiadé que ion Maître lui R 0 w jj permettroit de cultiver ion amitié. Chap. \ f. Le premier de Novembre , l'Em- An. k>k, pereur étant dans le Durbal, le Sultan Corone fe rendit auprès de lui pour prendre congé. Son habit étoit de drap d'argent, couvert de perles orientales & de brillants, ce qui le rendoit éclatant comme un Soleil. H avoit à fa fuite fix cents éléphants richement caparaçonnés, & mille chevaux auiîi fuperbement équipés. Le Mogol l'embraifa & le baifa avec beaucoup de tendrefle : il lui donna une épée dont le fourreau étoit d'or, garni de diamants, ôc eifime trois cents mille roupies , un poignard de même, qui en pouvoir valoir quarante mille, un éléphant & deux chevaux dont les caparaçons etoient couverts d'or Ôc de pierreries. Il lui lit auiîi préfent d'un nouveau caroife femblable à ceux qu'on avoit amenés d'Angleterre, & le Prince s'en fervit pour aller à fes tentes , qu'on avoit dreîfées environ à quatre mille d'Ardîmère, La principale nobleffe marchoit ù pied de chaque côté, & il fut mené par un cocher Anglois, dans le chapeau duquel il 3o6 DÉCOUVERTES r-JT* mit une poignée d'environ cent roû- ChapTvi! pies- Il fut fuivi d'une grande mul- - titude de peuple & lui jetta auiîi An. 1616. , r .r . v J, quelques petites pièces d argent. Le i, jour indiqué pour le départ du Mogol, il parut le matin à la fenêtre du Jarnac accompagné de deux Eunuques, qui faifoient mouvoir des évantails attachés à de longs bâtons. Il accorda quelques grâces & reçut beaucoup de préfents. Ce qu'il donnoit étoit attaché à un petit bâton qu'on defcendoit par un cordon de foye, &i les préfents qu'on lui faifoit etoient montés de même par le miniftere d'une vieille femme toute couverte de rides, ÔC ornée de bagatelles qui la faifoient reifem-bler à une pagode. Deux des principales femmes de l'Empereur rirent une ouverture à leur jaloufie, pour mieux voir I'AmbaiTadeur d'Angleterre , & montrèrent une partie de leur vifage : il remarqua quelles a-voient la peau blanche , les cheveux très noirs, & quelles etoient ornées de riches joyaux. Le Grand Mogol après être reiîé quelque temps au Jarnac difparut tout-à-coup , il for-tit du Palais après quelques inftants bes Européens. 307 & fut arrêté par un homme qui r0we portoit une groffe carpe , & par un chap. Vu autre, qui avoit un plat rempli de An. quelque chofe de blanc. L'Empereur y mit le doigt : toucha le poiffon , & porta enfuite fa main à l'on front, ce qui fît juger à Rowe que c'étoit quelque cérémonie fuperftitieufe pour avoir un heureux fuccès, Au pied de l'efcalier un de fes Départ Officiers lui attacha fon ceinturon gor£nt °"-& fon bouclier, & lui mit fon épée : nn autre lui donna un arc & un carquois de trente flèches, des préfents de PAmbaffadeur de Perfe, tk. l'Empereur entra dans fon caroffe , qui étoit parfaitement femblable à celui que lui avoit donné Thomas Rowe, excepté qu'il avoit une Impériale de velours de Perfe brodé d'or. C'étoit la première voiture de cette ef-péce qu'on eût vue dans le pays, tk il monta avec lui deux Eunuques dont l'office étoit de chaffer les mouches d'autour de Sa Majefté avec des queues de cheval attachées à des ba-Çuetres d'or garnies de rubis. U étoit précédé de tambours , de trompettes tk d'autres inftruments avec plufieurs attributs de la Majeffé In> 308 DÉCOUVERTES H Q w E périale, qui font particuliers au pays," Chap. vj' & qu'on portoit fous des paraibls An. itfi*. des plus fomptueux & des plus brillants. Enfuite venoient neuf chevaux de main , dont les harnois etoient couverts de rubis, de diamants, de perles & d'émeraudes : ils etoient fuivis de trois palanquins que des hommes portoient fur leurs épaules : les bâtons & les pieds du plus magnifique etoient garnis de plaques d'or, couvertes de pierres précieu-fes : il étoit doublé de velours cra-moifi brodé de perles avec des bordures de rubis & d'émeraudes, & une frange d'un pied de longueur toute de perles. Un domeftique portoit lin marchepied d'or garni de pierreries. Les deux autres palanquins etoient couverts & doublés d'étoffes d'or. La Reine Normahal étoit clans le caroffe Anglois que le Mogol lut avoit donné : après elle venoit un autre caroffe avec quelques-uns des jeunes Princes: vingt éléphants pour l'ufage de l'Empereur fplendidement caparaçonnés : fes femmes fuivoient à un demi mille de diltance, chacune montée fur fon éléphant, dans dés Européens. 309 une tourelle garnie d'une jalonne r 0 w e ~ d'or, & avec un dais d'étoffe d'ar- ciwp. vi. gent : il y en avoit cinquante en An. ifiitf. tout, ce qui formoit le coup d'œil le plus furprcnant. L'Empereur portoit un habillement d'étoffe d'or fans manches, avec une riche ceinture, où on lui avoit paffé une paire degands d'Angleterre. Il avoit les mains nues, avec un anneau de grand prix à chactm de les doigts, tk depuis fes poignets juf-qu'au haut du bras il avoit tant de bracelets de diamants qu'un aigle en auroit été ébloui. Ses botines brodées d'un deffein courant de perles avoient le pied en pointe aiguë. Son turban etoit garni de longues plumes de hé-Kpn : d'un côté il y avoit un rtibi de la groflèur d'une noix, 6c de l'autre un diamant mal taillé de pareille groflèur :"au-deffus de fon front il portoit une très belle émeraude formée en cœur. Il avoit autour du col trois coliers de perles d'une 2rof-leur extraordinaire, tk fon bâton de commandement étoit entouré de perles, de diamants tk de rubis , arrangés avec le gout le plus élégant. jLorfqu'il paffa devant la porte de 310 DÉCOUVERTES •"r-la maifon où fon fils aîné étoit re- Rowe, -r ' -i c a i chap. vj. tenu priionmer , il ht arrêter le caroffe, &C ordonna de le mettre en liberté. LePrince ^a J°ye ^u peuple fut univerfelle Cerforone quand on vit paroître le Sultan Cor-jttVniScnii-foronei n portoit une épée & un bouclier : mais fa barbe defcendoit jufqu'à fa ceinture pour marquer qu'il avoit été difgracié. Le Monarque lui ordonna de monter fur un des éléphants, & de mar:her près de lui, ce qu'il fit aux cris de joye & aux acclamations de toute la multitude : il jetta des poignées d'argent de toutes parts, fon Pere lui ayant fait donner mille roupies pour cet ufage. Tout le chemin jufqu'aux tentes du Mogol étoit bordé d'éléphants , au nombre de trois cents. Chacun portoit une tourelle, fur laquelle étoit une pente pièce de canon, avec le canonier qui tenoit un boulet de la groffeur d'une balle de paume, &C à chaque coin de la tour pendoit une banderolle de taffetas jaune. Des valets de pied arrofoient tout le chemin avec desfceaux de cuir pour abattre la poufuere. Il étoit défendu à des Européens. 311 toure perfonne foir à pied , foit à ^ 0 w E J cheval d'approcher du carolfe du chap. vi\ Grand Mogol plus près qu'à deux ^n. i6i$# ftades, c'cft-à-dire environ à un quart de mille, excepté à ceux qui etoient nommés pour l'accompagner. Quand le Mogol entra dans fa tente, il donna des marques d'attention particulière à Sir Thomas Rowe. Il vit fon Excellence au milieu de la noblelfe dans une ligne par où il paffoit, mit la main fur fa poitrine , & plia le corps, au lieu que pour f Ambaffadeur dq Perfe, il ne fît qu'un figne de tête. Lorfque le Monarque eut fait publiquement l'ablution , il fe retira dans fa tente, &c chaque Seigneur fe retira pareillement dans la fienne. Elles etoient de diverfes couleurs, ce qui formoit tin coup d'œil magnifique, & elles couvroient toute une vallée, avec l'arrangement le plus régulier. Le bagage étoit aufîi difpofé de manière à ne caufer aucune conriifion. La tente Impériale occupoit un vieCciipùo^ efpace d'environ un demi-mille An- camP de glois : on lui avoit donné la figure Erop"Cttr*1 d'un fort, avec des angles, des remparts, Ôc des courtines de tapifferie? 3 11 DÉCOUVERTES ■r-rouges. Les portes etoient lbutenues R OW E , o. .... r . . ~ diap vi. par des pilhers de bronze. Un avoit élevé au-dedans fur deux hauteurs An. îâiâ- ^e terre un trone Je nacre de perle , avec de riches tapis au-deffous ; un dais d'étoffe d'or furmontoit ce trône, & par-deffus tout étoit une tente très élevée, avec une boule dorée au fommet. . La tente du Prince Corone étoit ii cinq milles de celle du Monarque : Sir Thomas Rowe s'y rendit pour lui faire une vifite, ck pour régler quelques affaires relatives à des femmes d'argent dues aux Anglois. Ce Prince étoit afîis fur un trône couvert de plaques d'argent, tk orné de fleurs d'or, avec un dais quarré foutenu par quatre pilliers qui fem-bloient aufîi d'argent, tk il avoit fur une table à fa portée , fon épée , fon bouclier, fa lance, fon arc tk fes flèches. Il paroiflbit fort tranquille, fans marquer d'attention particulière pour aucun de ceux qui l'en-vironnoient : .mais on voyoit aife-ment qu'il avoit pour tous un égal mépris, fondé fur l'orgueil de fon caractère. Il lut debout, d'eux lettres qu'on lui avoit données, & fon peu d'attention des Européens. 313 d'attention à ce qu'on lui difoit, joint C) ~ ~ a quelquesreponfes qui marquoient jchap. vi. la plus grande diltraction, firent foup- An. 1616, çonner qu'il étoit amoureux. Nor-mahal lui avoit fait la veille une vifite, dans ie caroffe Anglois, tk lui avoit donné une montre, garnie de rubis , de perles 6V: de diamants : peut-être s'étoit-elle alors rendue maîtreffe de fon cœur. Le 9 comme on étoit prêt de lever le camp : ce Prince nicinda i'Ambaffadeur d'Angleterre ; le Meffager éleva exceffi-Vement fes bontés pour Rowe, tk les grandes faveurs qu'il devoit lui faire , ce qui lui fiit aufîi confirmé par un Hollandois qui étoit fon joaillier. Leurs difcours engagèrent I'AmbaiTadeur a monter auffi-tôt à cheval, 5c à fe rendre à fa tente : mais après avoir attendu jufqu'au foir, le Prince fans lui parler , lui fit dire par un do-mefTique qu'il s'entretiendroit avec lui dans une demi-heure. Malgré cette promette R.o\ve attendit encore une heure : enfin perdant patience , il dit quelques mots , qui marquoient fon mécontentement aux gens de la lui-te du Prince, tk fe difpofa à remonter à cheval : mais avant qu'il par- Tom. IV* 6 314 DÉCOUVERTES *—-tit, il reçut un meiTase pour être thap. vi. introduit. An i6é &xfà tôt que le Prince Corone vit I'AmbaiTadeur, il le reçut avec la plus Rowc eft m-ande cordialité, s'excufa de l'avoir bien reçu du 0 , ,. , v , j /• rr ' Pnncc. oublie, 6c réprimanda les omciers. Il jouoit alors aux cartes, & après les premiers compliments, il montra jfon jeu à Rowe pour lui demander conièil. Quelque temps après, il lui fit donner une robe éclatante d'étoffe d'or, qu'il avoit porté lui-même. Il femblè que des habits de rebut font un préfent indigne d'un Ambaffadeur : mais dans ce pays , un don de cette nature eft regardé comme une faveur particulière. Après qu'on lui eut mis cette robe, 6c qu'on eut parlé allez légèrement d'affaires, l'AmbafTadeur fut congédié par une profonde falutation. Il fe plaint dans fon journal de ce qu'il fut obligé de donner plus du double delà valeur du préfent aux gens du Prince, qui battement s'empreffoient autour de lui pour le recevoir. La chaleur avec laquelle Pv.owe parle de ce fcandaleux ufage , nous fait juger qu'il ne s'étoit pas encore introduit en Angleterre, com- des Européens. 315 me il l'a été depuis, à la honte deTT"-* 1.-.. 1\0 W .E a pohtelTe angloife. Si les perfon- chap. vu'. nés de marque aboliffcnt cet ufage , indécent, non ieulement elles le feront honneur à elles-mêmes, mais encore à la nation en général. CHAPITRE Vil. Sir Thomas Rowc fe met en marche à la fuite du camp : Defcription de la façon de camper du Mogol 1 Embarras de ce Prince en route : Sa charité pour les pauvres & fon humilité : Roweperdfon bagage : Etat fâcheux auquel on fe trouve réduit par la difficulté des chemins. LE 16 on mit le feu à toutes les L'armés cabanes , nommées Léskars^ qu'on avoit conffruites près Ardfmère , afin d'obliger le peuple à fuivre la Cour, qui étoit alors en route, mais les Ambaifadeurs de Perfe & d'Angleterre , quoiqu'ils euffent ~ des ordres pour qu'on leur donnât des chameaux ou des chars qui fer-viffent au tranfport de leurs équipa- Oij Ro wE^^es ne Pouvo',ent en obtenir, ce ciaP'Vn! qui les expofoit beaucoup au danger An. i6i4. ^es v°leurs °ilu fourmilloient autour du camp. Le 20 Rowe voyant que fur le mandat de l'Empereur, il ne pouvoir, obtenir que huit chameaux, en fi mauvais état qu'ils n'étoient prefque d'aucun fervice , fut forcé d'en acheter d'autres. En continuant leur marche, ils parlèrent le premier Décembre par un endroit nommé Ramior, ou ils virent les corps ex-pofés nuds fur le grand chemin, de plufieurs voleurs qu'on avoit exécutés. Le 6 & le 7 le Grand Mogol arrêta à Todah, ville bien bâtie, qui avoit anciennement appartenu au Raja Rasboot. Elle étoit fituée au pied d'un rocher, 6c avoit quelques bonnes fortifications en pierre de taille. Près de cette Ville étoit un bois , coupé de promenades & d'allées de mangottiers , de tamarins , tk de plufieurs autres fortes d'arbres ■fruitiers, avec des fontaines, desgrottes, des maifons de plaifance , des berceaux, tk des petits temples de Payens très joliment décorés. U paroiiioit cependant qu'on i'avoit un des Européens. 317 peu négligé : mais en y faifant quel- R -ques arrangements convenables, on chap, vu! auroit pu rendre cet endroit l'un des An. l6lfc plus délicieux féjours qu'il y eut dans l'univers. Le camp, qui en général étoit dreffé en quatre heures, étoit auffi remarquable par Ion étendue que par le bel ordre qui y étoit obfervé. Il avoit vingt milles Anglois de circuit, 6c chacun depuis le premier Rajajufqu'au plus pauvre artifan fça-Voit dans quelle fituation & à quelle diltance du quartier de l'Empereur Jl devoit placer fa tente. On y voyoit .des rues régulières tk des boutiques pour toutes fortes de marchandifes : «lais les plus proches etoient hors de la portée du moufquet de la tente du Mogol, & il étoit défendu également à toute perfonne d'en approcher de plus près, à moins qu'on ny fût appelle. On paffoit foùvent les foirées à la chaffe foit dans les bois, foit fur les étangs quand on en trouvoit à deux ou trois milles du camp, dans de petites barques, qu'on portoit fur des chariots pour cet ufage. Le Grand Mogol paroif-foit tous les matins comme au Jar- Oiij 3 18 DÉCOUVERTES rr-nao : mais on ne traitoit d'aucune chap. vu. afrarre que le loir au Guzefcan, qui en. i6i6. tenoit lieu de Durbal, oc alors il étoit très rare que Sa Majefté ne fut pas ivre, comme il arriva un jour que Rove avoit à lui parler fur quelque matière importante : aufîi pa-roiffoit-il en route que c'étoit les affaires à quoi l'on faifoit le moins d'attention. Uonjé dm Le i8 de Décembre, FAmbaflà-h^uvxcî.^deur fe rendit auprès du Monarque, tk le trouva qui revenoit de la chaf-fe, avec une grande quantité de gibier , qu'on avoit mis devant lui. Le premier choix qu'il en rît fut deiti-né pour Thomas Rowe, tk il distribua le reif e à la nobleffe qui l'en-vironnoit. Près de lui, aux pieds du trône étoit afîîs un vieux mendiant, liberté que l'héritier préfomptif de la Couronne auroit à peine ofé prendre : Sa Majefté lui parla familièrement pendant près d'une heure, quoique l'ordure dont il étoit couvert , tk la faleté de fes haillons euffent pu faire fo vile ver un eftomac délicat : mais la charité eft fortement recommandée dans la religion que le Mogol profeffoit alors. Il re- des Européens. 319 Çut de cet homme un gâteau, en- R w"ÏT Veloppé dans une guenille, pétri de chap. vu* fes mains laies , ev tout couvert des cendres du feu ou il avoit plutôt été 1 1 brûlé que cuit : l'Empereur le rompit , & en mangea un morceau : enfuite il enveloppa le relie dans le même chifon , 6c le mit dans le fein du pauvre. Il lui jetta cent roupies dans le devant de fa robe, 6c quelques-unes étant tombées à terre , il fe bailla lui-même pour les lui ra-maller. On fervit une collation que l'Empereur partagea .avec le mendiant, 6c quand il fut prêt de le quitter, il l'embraifa & le ferra entre fes bras ; malgré fa figure hideufe, le nommant fon pere , & mettant trois fois la main fur fon cœur. Le vieux pauvre en avoit un jeune qui l'accom-pagnoit 6c qui partageoit fes profits. Le 23 , le Mogol tourna du côte de Mandoa , au lieu d'aller comme on le croyoit à la ville de Ron-tepoor. On penfa qu'il avoit pris cette route pour éviter la pcffe qu'on foup-Çonnoit être de l'autre côté. Le 26 ©n trouva le chemin très cmbaraf- O iv 320 DÉCOUVERTES ■S * le , fatiguant & rude : parce qu'on chap. vu. rlit oblige de palier entre des bois . par des défilés très étroits, & fur des montagnes elcarpees, ce qui laffoit exceffivemcnt la fuite de l'Empereur. On y perdit quelques chameaux , la marche de l'armée en fouffritbeaucoup de retard, & I'AmbaiTadeur d'Angleterre perdit fon bagage , ainfi que quelques autres ; mais il le retrouva le loir même. Sa Majefté fut obligée cle s'arrêter deux jours , parce qu'un grand nombre de chameaux & de chariots , ainfi que fes femmes & fes équipages etoient reliés en route , à caufe cle la fatigue & du manque d'eau. Le Grand Mogol lui-même fut obligé de grimper des rochers que perfonne n'auroit prefque ofépaffer fansfon exemple , monté fur un petit éléphant, qui avoit le pied très fur , comme il cil ordinaire à tous ces animaux , & qui marchoit fort légèrement. Rowe de. Le premier de Janvier 1617 l'Am-n»an l6,7# au fujet des affaires de fa nation. Il ajouta qu'elle feroit aufîi bonne de Mandoa oit il étoit évident que le Monarque alloit fe rendre , pour l'envoyer à Brampour, lieu de la réudence du Prince, d'autant qu'il n'y avoit que huit journées de chemin de l'une à l'autre Ville, fans qu'il fut néceffaire de l'envoyer de plus loin. Le même jour à midi Sir Thomas n vifite ÏWe fit une vifite à PAmbatfàdeui: ïâSdSrfc de Perfe, qui le reçut avec de grandes marques d'amitié, & l'alfura qu'il feroit tous fes efforts pour établir le commerce entre les Etats de fon Maître oc l'Angleterre. L'Excellence •Angloife fut régalée d'affez mauvais fruits : mais les manières du Perfan etoient fî agréables qu'il fit peu d'attention à la médiocrité de la collation. Cet Ambaffadeur étoit très facétieux 6c railloit librement fur toute la Cour du Mogol, 6c fur la conduite artificieufe de fes fujets. Il offrit à Rowe de lui rendre tous les fervices qui feroient en fon pou*- O V 3*2 DÉCOUVERTES Ro w £ voir & le preffa d'accepter un che-ciup. vu. val richement caparaçonné, que An i5i7 Rowe refufa abfolument de recevoir : il vouloit auffi lui donner neuf pièces de très-belle étoffe de foye de fon pays, avec neuf bouteilles du vin le plus excellent, en figne d'amitié : mais Rove fut également confiant à les refufer. De fon côté il offrit au Perfan Pépéé qu'il portoit qui étoit très belle, & qui avoit attiré les regards de ce Miniftre, lequel la refufa dabord: mais il changea de fentiment & la reçut quelques heures après. Le foir Rove fe rendit auprès du Mogol ; il le trouva dans une con ver fanon ié-riçufe, après avoir lu quelques lettres, avec un vieux noble cftropié, que l'Empereur en le quittant em-braffa tendrement ck renvoya avec un préfent de cinq mille roupies, te utogol Depuis ce jour jufqu'au 18 , il ne *bâciÛ1u«* pafîa rien d'important, & le camp J»Uk. fut toujours en mouvement ; mais ils fe trouvèrent alors dans un paffage très étroit, 6z très difficile, coupé entre deux montagnes, où l'on fut obligé de biffer le bagage &: les troupeaux dans un. grand t% des Européens. 323 barras. Rowe parla la nuit fous un R Q w E -arbre, à attendre que fa tente fût Chap. VU* arrivée. Ce pays étoit rempli de vo- ^ ^ leurs, tk les habitants etoient peu *' 1 * affectionnés au Grand Mogol , n'étant fournis que depuis peu à fon obéiffance. Ilss'enfuirent dans les montagnes : mais on en ramena plufieurs, enchaînés deux à deux par le col. Le Roi donna ordre en partant de brûler leur principale Ville : mais il Iaiffa dans le pays un Seigneur avec Quelque cavalerie pour la faire re-hâtir mieux qu'elle ne l'étoit avant fa deftrucrion. Il penfoït que ce mélange de févèrité tk de générofité , les porteroit à tenir une meilleure conduite à l'avenir. Cependant quelques-uns des fugitifs fuivirent le camp pourfe venger, tuant tk pillant tout ce qu'ils trou voient d'écarté. Le il le Grand Mogol, qui n'a-voit alors avec lui ûu'Etam Doulet fon beau-frere & Afaph-Chan, vit I'AmbaiTadeur de fa chambre , tk le-fit inviter à y entrer. Le Monarque étoit très gai : il lui ordonna de s'approcher, tk de lui parler fans interprête ; ce que Rove eflaya de faire -, en affez mauvais Perfan. Cependant Ovj, $±4 DÉCOUVERTES R o w e ^ réuifit à ie faire entendre, ce qui cha]>. vjiî.rit rire plufieurs fois l'Empereur : An. KÎ17. mais ^eur difcours ne roula fur rien de folide ni d'intéreffant. Ces fortes de faveurs faifoient refpecter I'AmbaiTadeur par tous les grands de la Cour. CHAPITRE VIII. Les peuples du Dehan paroiffent dè-' terminés à combattre : Le parti dominant à la Cour fait de vains ef forts pour diffuader le Mogol de marcher contre eux : Hifoire [inguîiere du Roi de Calleada : Le fultan Corone arrête les préfents des Anglois r lls font, rendus par les ordres du* Mogol, qui parle de religion en buvant :. Affront fait à l'Ambaffadeur. I« peuples TT 'Armée du Dekan ne fe retira pas Ai Dekan J[_j aux approches du Grand Mo-fims leur ré goi ? comme on 1 avoit eipere , & TtQhs. y on apprit qu'elle étoit fur la frontière , déterminée aie combatrc avec cinquame mille chevaux . après avoir renvoyé le bagage pour qu'il des Européens. 32? rie caiifat aucun embarras. Le fultan "TT~-' corone ne s etoit encore avance que chap. Viil jufqu'à Mandofa , Se il paroifibit An. mr. craindre également Chan - Channa cV les ennemis,ce qui engagea Afaph-Çhan 6c Normahal à faire leurs efforts pour pcrliiader à l'Empereur de changer cette expédition en une partie de chaffe , d'autant que les Monarques Orientaux fe mettent fouvent en marche pour chaffer avec autant de forces, de grandeur Se de dépenfe que lorfqu'ils vont à la guerre. Le Mogol méprifa ce fiib-terfuge : déclara qu'il perfiftoit dans fa première réfolution , Se renforça Pannée de fon fils de nouvelles troupes. L'eau Se les provilions commencèrent à devenir très rares dans le Camp , Se cette difette tomba fur les étrangers , les foldats 6c les pauvres,, parce que le Mogol en étoit exempt,, Se que chacun des Chans étoit fuf~ fifamment fourni par les peuples de fa domination. Le 3 de Février , Sir Thomas Rove, 6c le fultan Corforone fe trouvèrent par hazard fous un grand arbre, ou l'un 6c l'autre s'étoient xetirés. pour éviter la chaleur, Se. 'R o w e Pour jouir de l'ombre. Le Prince pa-chap. vin.rut très gai, très ouvert ck: très affable : il s'entretint librement, ck parut très iurpris quand il entendit parler de la nation Angloile, ck de fon Ambalfadeur, dont il n'avoit eu jnfqu'alors aucune connoilTance , ce qui prouve qu'il ètoit fort peu instruit de ce qui fe palToit à la Cour. Jade puni- Le £ \\s campèrent dans un lieu .cruauté d'un tort agréable, nomme Calleada , qui Roj des in- étoit anciennement la réfidence des Rois de Mandoa. On rapporte d'un de ces Princes qu'il étoit accoutumé k boire avec excès, 6k qu'un jour qu'il étoit ivre, il tomba dans la rivière voifine, où il auroit été noyé fans la fidélité d'un efclave, qui fe jetta dans l'eau , le prit par les cheveux lorfque fes forces etoient épuifées , ck le tira fur le rivage. Quand il fut revenu à lui, il s'informa à qui il devoit la vie : fit venir l'efclave, 6k lui fit couper les mains en fa préfence , difant que ce châtiment étoit encore trop doux pour un miféra-ble, qui avoir eu l'audace de les porter fur la tête de fon Souverain. Quelaue temps après il fe retrouvai au même endroit ck dans le mêmç des Européens. 327 ctat, n'étàm accompagné que d'une — j r r m ' 1 K O W E » oe les femmes : il tomba encore chap. viuj clans l'eau : mais il fut réellement An< ï6lJi noyé, quoiqu'elle eût pu le fauver aifement, tk elle dit pour fon excu-fe qu'elle n'avoit oie le retirer de l'eau , crainte qu'il ne lui fit aufîi couper les mains. Le 11 le Grand Mogol fe ren- 0.1 arrdet dit à Ugan, pour s'entretenir avecjgj^* «n Dervis, qui demeuroit fur une hauteur près de cette place, ck. qu'on ûifoit qui avoit trois cents ans. Le même jour, Sir Thomas Rowe re* çut avis de Surate que les préfents qui avoient été apportés par les vaiffeaux tk qu'il attendoit depuis fi long-temps, avoient été arrêtés en route par le fultan Corone, qui avoit voulu forcer les conducteurs à les ouvrir : mais que fur leur réfifïance il avoit fait favoir à fon pere , qu'il avoit arrêté quelques marchandées , fans dire que c'étoit les préfents, tk qu'il lui demandoit lapermifïion d'en choifir ce qu'il lui plairoit.' Cette perfidie irrita beaucoup l'Ambaffa»-deur , quoiqu'il eût quelque crainte de fâcher Afàph-Chan, avec qui il; *e vouloitpas avoir de difpute : ce^ $1$ DEC OU VERTES T~7 "T~ pendant fans avoir recours à fa mé-Chap. vili. dianon pour erre introduit, il ie de-An. i Tous les Gouvernements de ce pays font autant de Fermes, & on ne peut imaginer jufqu'à quel point ceux qui les pofîèdent , portent leurs exactions. Le 30 d'Avril, I'AmbaiTadeur de M&ontd| Perfe quitta la Cour très mécontent'JJ™^. avec beaucoup de raifon. Il avoit deurdeP«f$| donné trente beaux chevaux à l'Empereur , qui lui fit remettre trois mille écus , & il s'en trouva très Offenfé, parce qu'il fembloit qu'on le regardoit comme un Marchand, & même en cette qualité on lui don-Hoit beaucoup au-deffous de la valeur de fon préfent. On dit fon mécontentement au Grand Mogol, qui donna ordre de dreffer un compte , par débit êc par crédit: on porta d'un côté les préfents cle I'AmbaiTadeur, eftimés beaucoup au-deffous de leur prix, & de l'autre ceux que l'Empereur lui avoit faits, prifés ex-cefïïvement, fans y omettre la moindre bagatelle, comme un melon , 0* une pomme de pin. On préfenta ce Compte au Perfan, ck on offrit de Tom. IK V 3 3 S DÉCOUVERTES "lui en payer la balance, qui étoit de fon côté. Indigné de cette conduite, il regarda le compte avec mépris, feignit d'être malade pour éviter le cérémonial de prendre congé d'une Cour, ou il avoit été traité avec h peu d'égards , & obtint la permiffioii de partir incognito. Il envoya fecrettement à Thomas Rowe un récit de tout ce qui s'étoit palfé, en le priant de l'excufer s'il partoit fans prendre congé de lui, parce qu'il ne pott-voit le faire fans être vu par Afaph-Chan , ôc par quelques autres, qui auroient exigé la même marque d'attention. Il le fît en même-temps af-furer par le meffager, qu'il pouvoir compter, & tous les Anglois, fur les bons offices qu'il feroit en état de leur rendre, quand il feroit à la Cour de fon Maître. Le 12 de Mai I'AmbaiTadeur d'Angleterre obtint la permiffion de chaf-fèr un Lion, qui s'étoit jette avec un Loup dans le parc ou il tenoit fes Moutons , &c en avoit tués quelques-uns. Il n'auroit pas ofé repouffer cet ennemi fans la permiffion de l'Empereur , parce que dans ce pays c'eft un crime capital de chafier le des Européens. 339 Lion, qui eft un animal réfervé pour r 0 w n ? le Souverain. chap.îx. Le 14 de Juin, on apporta à la An. i«i7, Cour une boetre de médicaments, 6c une lettre qui appartenoient aux Jéfuites de Cambrai, 6c qu'on avoit arrêté en route. L'Empereur eut la balle curiofité de fe faire lire la lettre, 6c après avoir examiné la boette , où il ne trouva rien qui lui convint , il lit remettre le tout aux Jé-fuites. Le ^o cle Juillet on apprit que deux Perte <î« • tt 11 1 • 1 1 v ' deux vnil- vailleaux Hollandois, charges depi-fcMlx Hol-J ceries , de porcellaines, cle foies, hndois.4 6c d'autres marchandifes précieufes pour la mer rouge, avoient été jet-tés par le fort temps fur la côte de L)amam , après avoir fait des efforts inutiles pour gagner Socotora, ou quelqu'un des ports d'Arabie ; qu'après avoir perdu leurs mats , ils avoient été brifés fur un banc de lable : mais que les hommes d'équipage du plus gros avoient été fauves avec quelques marchandifes. Le 21 d'Août Marre Rufhn , Roi de Candahar fît une vifite à Sir Thomas Rowe, 6c quoiqu'il eût été très bien traité, il demanda avant fon Pij 34° ' DÉCOUVERTES ^OWE départ un tonneau de vin, qui lui chap. jx. fut envoyé. An. isi7. Le bruit courut alors qu'Afaph-Chan tk Normahal avoient formé le defîèin de s'unir d'intérêts avec le Sultan Corforone, qui avoit pris une maifon près de celle de l'Ambaf-fadeur d'Angleterre. Le Sultan Corone étoit tombé d'ans quelque dif-grace, parce qu'il avoit époufé à Brampour, une femme qui déplai-foit à fon Père. Peu de temps après il fut mandé à la Cour , pour fe défendre fur une accufation portée contre lui, d'avoir formé quelques projets contre la vie de fon frère Corforone. on perde Le premier de Septembre, qui ugSiFiétok le iour d,e Ia"alliance du Grand jiaiûânce. Mogol, on éleva un pavillon près d'une pièce d'eau quarrèe 6c entourée d'arbres. Sous ce pavillon on fufpendit de grandes balances d'or forgé, attachées avec des cordons de foie ôc des chaînes d'or, curieu-fement travaillées avec de petits rubis, 6c des turquoifes. Le Grand Moçol s'afîir les jambes croifées fur un des plateaux , couvert de joyaux depuis les pieds jufqu'à la tête, en- d e s Européens. 341 tre lefquels il y avoit quelques ru- rg we~ bis, auffi gros que des noix, & des chap. jx. perles encore plus groifes. Dans le An. 1617, plateau oppofe on mit pour contrepoids lix ballots, qu'on dit qui con-tenoient de l'or, de la foye, des étoffes de coton, des épiceries, tk d'autres marchandifes de prix. On y ajouta du miel, du bled tk du beurre. On prétend que les ballots furent diflribués au profit des pauvres, tk que le refle fut donné aux Banian es. Pendant que l'Empereur étoit dans la balance , il regarda en riant Sir Thomas Rowe, tk parut vouloir lui parler : mais il ne le put faire faute d'un interprète. On dit que ce jour il pefoit neuf mille roupies. Après cette cérémonie, il monta Amofcmewi fur fon trône, entouré de la No-( * blelfe qui étoit fur des tapis , ÔC il jetta à l'ordinaire plufieurs bafîins de noix d'argent, d'amandes, tk d'autres fruits artificiels, qu'ils ramaffe-rent en fe jettant les uns fur les autres. Voyant que l'Ambafladcur ju-geoit au-deffous de fon caractère de fe baiffer pour les imiter, le Mogol jetta un baffm plein d'amandes d'argent fur fon manteau. Aufli-tôt tous P iij 34i DÉCOUVERTES Kowe courtiians tombèrent fur l'Excel-ebap. û! lence Angloife, ëc furent près de An. i • r ,[eur, fit une courte pour prendre 1 air fur les bords du Darbadat. Il paffa par la maifon de l'Ambafladeur, qui lui préiènta un Atlas très bien relié, ôc .lui dit qu'il otfroit à Sa Majefté une repréfentation de tout le monde, dont elle poffédoit une portion fi confidérable. Le Grand Mogol le reçut très gracieufement, & le remercia en mettant fa main fur fa poitrine , ck en lui difant plufieurs pa- foies agréables. Il lui demanda s'il aimoit le fanglier de Goa, parce cju'il en avoit reçu plufieurs , tk que s'il vouloit il lui en envoyeroit. Rowe répondit que tout ce qui lui vien-droit de Sa Majefté, lui feroit toujours infiniment agréable. Le Mo- des Européens. 343 R O W E , Chap. 1^. An. 161J. gol remonta fur fon Eléphant, après avoir examiné les quartiers de l'Àm-baffacleur, dont il parut fort fatis-fait. Il ne voulut pas lui permettre de le fuivre, parce que les chemins etoient très mauvais ; tk il lui défendit de fortir de fa maifon. Le 16 Thomas Rowe alla pour faire une vifite au Roi de Candahar, qui refufa cle le recevoir fans la per-miiîion d'Afaph-Chan, ou d'Etman Doulet, tk il lui fit dire qu'il la de-manderoit au Durbal : mais l'Am-baffadeur répondit qu'il pouvoit s'épargner cette peine, tk qu'il ne s'ex-polcroit jamais au rifque de l'incommoder. L'ufage des Négociants de Perfe, Le Mogol quand ils arrivent clans les Etats duqu?SSaux Mogol, efl de préfenter leurs mar- Angloù, chandiiès à l'Empereur, qui choifit ce qu'il lui plaît, & le refle efl vendu à fes Sujets. On dreffe un bordereau Piv 344 DÉCOUVERTES Jj, 0 vy.£ de ce qui convient à chacun : un 05 chap. ix! hcier chargé de cette partie y met fefe i(5J7i un prix : on donne une copie du bordereau au Négociant, qui envoyé recevoir fes payements à la maifon de fes débiteurs , & s'ils manquent à le fatisfaire, on les fait payer par l'autorité du Prince. Les Anglois ne s'étoient pas affujettis à cet ulàge dans leur commerce, ce qui rendit très difficile le recouvrement des dettes que plufieurs perlonnes avoient contractées avec eux : mais Sir Thomas Rowe s'adreffa au Grand Mogol , en le fuppliant de lui pardonner cette faute , occafionnée par fon ignorance, & non par aucun manque de refpect. L'Empereur fit agir fon autorité en faveur de la Compagnie , pour obliger les débiteurs à s'acquitter immédiatement: mais il convint avec I'AmbaiTadeur qu'à l'avenir il verroit le premier l'inventaire des marchandifes qui feroient apportées dans fes Etats par les vaiffeaux Anglois. Il lui promit qu'à cette condition il feroit payer exactement tout ce qui feroit dû, oc que dans le cas oii ils auroient contracté avec quelque débiteur infolvable, le, des Européens. 345 jpay ement feroit fait aux propres clé- r 0 w r pens cle l'Empereur. Chap. i-x* Afaph-Chan fit au Mogol la lec- m?» ture d'une lifte, contenant les noms de ceux qui dévoient à la Compagnie , tk les caufes de leur créance : l'Empereur donna ordre à Aradeth-Chan, Grand-Maître de fa maifon, tk au Cutv/al ou Maréchal, de prendre les mefures nécelfaires pour faire acquitter ces dettes. Cet ordre fut négligé, tk Sir Thomas Rowe avoit préparé une requête pour en porter fes plaintes. Il devoit la préfenter quelques jours après clans une audience du Mogol, qui auroit fait repentir fes Officiers de leur retard: mais Afaph-Chan foupçonna fon.def-fein, le prévint avant qu'il l'exécutât , tk le pria de ne pas le fuivre, en l'affurant qu'il lui feroit rendu juflice avant le lendemain matin. II remplit exactement fa parole; dès le même foir le Cutwal & Aradeth-Chan firent la recherche des débiteurs de la Compagnie, & l'on eut aufîi-tôt fatisfacrion de tous ceux qu'ils purent trouver. Pv Rowe, Chap. x. An. i«i7. CHAPITRE X, Le Prince Corone arrive à la Cour : il refufe la vifite de Rowe. Un vaiffeau Indien nêchape qu'avec peine à des Pirates Anglois. Afaph-Chan ef engage par des préfents à javo-rifer cette nation : Il introduit l'Ambaffadeur auprès de Corone, ce qui ejl très avantageux pour les affaires de la Compagnie. Querelle d'Ajaph-Chan avec le Prince: Quelques envoyés Hollandois font reçus froidement par U Mogol.. Fin du récit de Cambaffade de Rowe. Arrivée cTn T E. 2 d'Octobre, le Prince Co-PrinceCoro- |^ rone le rendit à la Cour, avec une fuite nombreufe de Seigneurs, & il fut reçu de fon Père , avec autant de tendreffe que s'il eût été fils unique. Tous les Grands qui accom-pagnoient le Mogol, allèrent au devant recevoir le Prince fur la route : mais Thomas Rowe ne put fe joindre à eux, parce que fa ianté étoit alors fort dérangée,. des Européens. 347 Le 6 l'Ambaffadeur alla pour faire Ro *■ line vifite à Corone: mais on lui dit Chap X. qu'il falloir venir plus matin, ou An, 1617. qu'il refteroit à la porte jufqu'à ce que le Prince forrit pour fe rendre a la Cour. Il prit cette réponfe pour un affront, en marqua fon indignation à celui qui en croit le porteur, & fe retira auffi-tôt. Le foir il eut une audience du Grand Mogol, qui le reçut avec fes bontés ordinaires : mais le Prince feignit de ne le pas voir , & ne lui rendit pas fa révérence. Sa Majefté demanda l'inventaire de toutes les marchandifes apportées par les vaiffeaux de la Compagnie , quels etoient les Privilèges que l'AmbafTadeur défiroit obtenir,, & Faffura qu'il pouvoit compter fur" fa protection. Le Grand Mogol dit à Rowe que la Reine mère avoit obligation à ces-vaiffeaux, parce qu'ils avoient dé--livré dans la mer rouge, un bâtiment appartenant à cette Province ,, que des Pirates Anglois avoient attaqué. Les gens d'équipage, & les; paffagers firent les plus grands éloges des politeffes, &C des fecours qu'ils avoient reçus de leurs libéra-- 34^ DÉCOUVERTES' JRow£ teurs. Cependant Sa Majefté parut Chap. X. furprife, avec raifon, de ce que des ii, „ Sujets d'Angleterre défobéifToient gn, 1617, > o ( , auffi ouvertement à leur Roi: mais elle fut fatisfaite quand l'Ambaffadeur lui eut répondu, que ces gens etoient des fcélérats, fujets quand ils etoient pris à tous les châtiments qu'on in-fligeoit pour crime de vol dans les Etats de Sa Majefté. Rowe ga- L'Empereur lui demanda , fi les 5'Afaph? vaiffeaux avoient apporté des per-♦ me ferai aufh-tôt Chrétien. » Le Jéfuite ne crut pas devoir accepter cette condition , & il dit à l'Empereur que Dieu ne s'étoit pas engagé d'obéir à la voix de fa créature : que des européens. 369. c'étoit un crime de le tenter , tk que \ ~ w E ~ les miracles s'opéroient fuivant fa Chap.xu? Divine volonté : mais que lî l'Empe- An. 101*. rcur vouloit, il offroit de fe jetter lui-même dans le feu pour témoignage de fa foi, ce que le Grand Mogol ne voulut pas permettre. Le Prince Corone préfent à cette P'fP"*'*' 1>r , . „/,, , / rcbçmn en- difpute, etoit un zele Mahometan , tre Jebanguif tk ennemi cle tous les Chrétiens en * fo" w$r général. Il foutint que l'épreuve pro-pofée pour convaincre de la vérité de la religion Chrétienne étoit juffe, tk que le Jéhiite devoit être obligé de prendre le turban fi le Crucifix bruloit. Il rapporta plufieurs hiffoires des miracles opérés en des occafions moins importantes que celle de la converfion d'un fi puiffant Monarque, tk mêla dans fon difcours des> termes injurieux contre le Divin Sauveur du monde. Jehanguir en fut irrité : fit une comparaifon de plufieurs des actions du Létnflateur des Chrétiens , avec celles des prétendus: faints du Mahométifme : tk prouva que la préférence devoit être donnée au Dieu que nous adorons , quoiqu'il ne lui accordât que la qualité d'un très grand prophète. Il dît qu'au*-' IJO DÉCOUVERTES ^7""!~T cun cles miracles qu'on prétendoit Chap. xii. avoir ete opères par Mahomet, ou An. i6i8. par les plus iiluftres cle fes fecfateurs, n'étoit comparable à celui de rap-pelier un mort à la vie, comme Jefus-Chrift l'avoit fait fur le Lazare: mais le Prince répondit que donner la vue h un homme aveugle de naif-fance étoit un grand prodige. Lui des courtilans décida la queftion en difant, que le Prince tk l'Empereur fon pere ^ugeoient également avec jufteflè : que le plus grand miracle étoit certainement de donner la vie à un mort; mais qu'un œil naturellement aveugle étoit un corps mort, puifque la vue eif la vie de l'œil : qu'ainli celui qui donnoit la vue à un œil aveugle cle fa nature animoit réellement un mort, d'où il conclut que celui qui avoit refliifcité le mort n'avoit pas fait un plus grand prodige que celui qui avoit donné la vue à l'aveugle. Cette décifion termina la conteftation du pere tk du fils, tk l'on ceffa de difputer. Avant de terminer ce que nous avons à dire fur l'Indouftan, nous . allons rapporter une hiftoire dont [a vérité eft fortement atteftée i ce- des Européens. 371 pendant nous ne prétendons pas la R QwE—1 garantir, mais nous laiftbns au Lec- Chap. xiî. teur la liberté d'en porter fon juge- A ï6l% ment. K., . . Adrcfk d un y a peu d endroits ou 1 on trou- charlatan. ve autant de Charlatans que dans le Ï3engale ; un homme de ce pays amena à la cour de Jehanguir-Scha un finge très curieux , difant qu'il étoit un excellent devin , qualité que les Indiens en général attribuent à ce fingulier animal. Sa Majefté s'amula long-temps de fes tours d'adrelfe , & entr'autres foupîeffes, l'anneau de l'Empereur ayant été donné fecrettement à. un des courtilans, le finge le découvrit aulîi-tôt , quoiqu'il y en eût plufieurs autres de prélents. Enfuite on écrivit en langue Perfanne fur différents morceaux de papier les noms de douze législateurs ; on confondit le nom facré du Chrift avec ceux dé" Moïfe , de Mahomet, d'Ali, &c. & on les mêla bien erifemble dans un fac. Il fut ordonné au linge de deviner lequel étoit celui qui en-feignoit la vérité, & il tira le nom du légiilateur des Chrétiens. Cette diftincfion furprit d'abord un peu le grand Mogol : mais penfant que 37* Découvertes' R o we~ ^ maître du finge pouvoit favoïf €h2i>. XII. lire la langue Peri'anne, &: qu'il gui-An., lois, doit l'animal par quelque moyen caché, il fît écrire le même nom dans la langue de la Cour, tk le fmge ht encore le même choix , avec cette circonffance qu'il baifa refpectueufe-ment le papier qu'il tira du fac. Un Oificier qui étoit préfent, pria l'Empereur de lui permettre de prenr dre les noms, tk qu'il lui promet-toit de découvrir la fupercherie , parce qu'il étoit pleinement perfuadé qu'il y en avoit. Le Grand Mogol lui en ayant donné la permiifion ,. il mit feulement onze* noms dans le fac, tk garda le douzième dans (a main. Le Singe examina avec un air d'attention tous les papiers, qu'il re-jetta également, & le Monarque ltd ayant commandé d'en apporter un:, il marqua fon refus en les déchirant tous en pièces. Enfuite il fauta fur l'Officier, tk lui prit la main, où il avoit caché le nom de Jefus-Chrifl.. On prétend que cette avanture fe palfa en préfence de beaucoup de monde : qu'elle rendit le Grand Mogol penfif : qu'il acheta le Singe , et le tint en grande eftime». des Européens. 373 Les marchandifes qu'on vend avec £ 0 w E 1 le plus d'avantage dans l'Indoirftan , Cfiap. xïl» font les armes à feu, les épees, les An> |iJti couteaux , les tapiflèries , les draps d'or ou d'argent, les étoffes brilïaà-.de$JS3? tes, les foyeries, les vins de liqueur, tan. les riches houffes de chevaux, les chiens de chaffe de toute efpèce,les plumes d'oifeaux, les elfampes, les peintures qui ont diverfes figures bien exécutées, les montres, les chaînes' de montres, les verres ardents, les. lunettes d'approche, les verres à boi<-re, les pierres précieufes bien montées , les cachets bien gravés, les car-binets, toutes fortes de bijoux curieux , les cifelures délicates, 6c particulièrement les ouvrages de la Chine. Les naturels du pays- font ingénieux 6c affables : ils apprennent facilement à imiter ce qu'on leur montre, font excellents aitiftes 6c bons peintres, comme ils le prouvèrent en imitant fi bien les peintures pré-fentées par Thomas Rowe au Grand Mogol, ainfi qu'en faifant de très-hons caroffes fur le modèle de celui que cet Ambaffadeur avoit fait apporter d'Angleterre.. Suivant le fen^ • 374 Découvertes *- ——riment de ce Miniflre , les affaires'fe chap. xu reroient beaucoup mieux par un agent particulier, né dans le pays, An. mt. conmi £ ta Cour, j^ien inftruit du commerce, auquel on donneroit mille roupies par an, que par dix Am-baffadeurs. Quand Sir Thomas Rowe fut prêt à partir pour l'Angleterre, le Grand Lettre «j«. Mogol le chargea d'une lettre adref-jaques î. iee au Roi Jacques Premier. L intitule en eft affés fingulier pour mériter de trouver ici fa place : » Au Roi defeendu légitimement » de fes Ancêtres, habile dans l'art » militaire, & revêtu de l'honneur » & de la juftice. Au Chef qui mé-» rite tout commandement, pour fa » force & fa perfévérance dans la » Religion, enfeigné? par le Grand » Prophète Chrift: au Roi Jacques, » dont l'amitié à fait fur mes pen-» fées, une imprefîion qui ne fera » jamais détruite, Comme l'odeur y> de l'ambre, ou comme un jardin » rempli de fleurs, dont la beauté « ôc l'odeur va toujours en augmen-» tant; ainfi mon amitié envers vous » s'accroîtra &t augmentera ton-» jours, etc >r des Européens. 375 Cette lettre contenoit des affu- rowe|" rances d'amitié pour les Sujets d'An- chap. xii! gleterre, ck des promettes de pro- An. xâig» teger les Marchands qui viendraient de ce Royaume. Quand elle fut finie, le Grand Mogol fut très embaraffé à chôifir l'endroit où il placeroit le fceau , de façon à ne fe pas avilir, tk à ne pas offenfer le Monarque auquel elle étoit adreffée. Il penfoir que s'il le mettoit au bas, ce feroit s'abaiffcr lui - même , tk que s'il le mettoit au commencement, le Roi Jacques pourroit le regarder comme un manque d'égards. Après y avoir bien réfléchi, l'Empereur fe détermina à donner la lettre ouverte à l'Ambaffadeur, tk à lui donner en même-temps le fceau, qui étoit d'argent , tk portoit pour gravure la Gé- . néalogie de Tamerlan, dont il étoit ' le neuvième defcendant. Il lui dit de donner l'un & l'autre à fon Souverain , afin qu'il mit lui-même le fceau à l'endroit de la lettre qu'il croiroit le plus convenable. On peut juger du peu de dépenfe qu'on fait en ce pays par le récit de M. Thomas Coriar : il affure qu'il n?- dépenfa que trois livres fterling 37^ Découverte S jio we en dix mois, qu'il employa à voya* chap. xir. ger à pied d'Àlep à Ardfmère, où A», iôis. le Mogol rélîdoir. alors, & fur ces trois livres il dit, que quelques Chré* tiens Arméniens le fraudèrent de dix fchellings, enforte que fa dépenfe réelle ne fut que de cinquante fchellings , & qu'en quelques endroits il fut très bien traité pour un fol d'Angleterre par jour , c'elf- à-dire pour deux fols de notre monnoye." DESCRIPTION DE L'EMPIRE DU JAPON isr mœurs des Habitants, extrait du nouveau fyflême de Géographie de M. FENNING & COLLYER. CHAPITRE PREMIER. De la fitua tion , & de t étendue du Japon. Rocs & Gouffres fur les côtes: Des Volcans : Des Bains- chauds y & des fréquents Tremblements dt terre dans ce pays. Après avoir rapportéTAmbafïade de Sir Thomas Rowe au Mogol, l'ordre des matières tk celui de la Chronologie auroient exigé que l'Auteur Anglois, dont je donne la Traduction , eut parlé .des AmbaiTades des Hollandois à la Chine tk au Japon. Les relations en font également "jx-fcription intéreffantes, & auroient fait con-du Japon, noître à fond, en les dépouillant de Chap.j. deur prolixité, les productions du pays, & les mœurs des habitants. Si les bornes que je me fuis prefcri-tes dans le petit nombre de Suppléments que je joints à ma Traduction ne m'avoient arrêté , je me ferois étendu , avec une égale Satisfaction , iur l'un ôi fur l'autre : mais comme on trouvera une defcription allez détaillée de la Chine dans l'Extrait du voyage de Gemelli, je me fuis contenté de donner un lîmple coup d'œil fur le Japon , tiré de la nouvelle Géographie Angloife , ouvrage nouveau qui mérite d'être bien accueilli, tant par l'exactitude qui y règne, que parce qu'il eft exempt cle la féché-reffe prefque inféparable des traités Géographiques. J'ai retranché à regret une partie de cette defcription intérelfante ; mais j'efpere que le Public en fera dédommagé par la Traduction entière de cette Géographie, quand j'aurai fatisfait à d'autres engagements, situation & Le riche Empire du Japon efl nom-iivifîoa du m£ par les naturels Niphon , qui li-japon. avùHz la fondation du foleil : les Chi- des Européens. 379 nois lui donnent le nom de Zippon Defcrirtior ou Siphon. Les ifles qui le compo- .!cnp:ioH gliiiè fous terre : cependant les chocs du J->po«. en font quelquefois fi violents , ckils cl,aF> «lurent fi long-temps, que des villes entières en font renverlécs, & oue des milliers d'habitants font enlëve-lis lotis les ruines. Il y en eut un particulièrement en 1703., accompagné d'un -.feu très vif qui fortit en même temps , & confomma la plus grande partie de Jedo, avec le Palais du Roi , & deux cents mille habitants. Cependant quelques endroits ne font jamais expoles à cette calar mile : plufeurs Japonois croyent qu'ils ont leurs fondements fur le centre immobile de la terre ; mais d'autres attribuent ce privilège à la fainteté des lieux, & à la puiflante protection de leurs dieux tutélaires. Tom. IF. R l%6 Découvertes Defcription du Japor». ■■■^■■■■■■iw——»—— —***** Chap. u. CHAPITRE II. Defcription générale du climat , dàt terroir , des productions , & des rivières du Japon : Des minéraux & des pierres prècieufes : des arbres 9 des arbrijfeaiiXfdes plantes,dcs fleurs & des différentes efpeces de bled. Température T E Japon eft fous un climat très ia Japon. faJn . jQuu. ç»e tQUS \QS avan- tages des pays tempérés. Cependant le temps y eft fujet à de fréquentes variations, des neiges & de la gelée affez vive en Hiver, des tonnerres furieux en Eté. Il y tombe fouvent des pluies , particulièrement en Juin &c Juillet; mais elles n'y font pas régulières comme dans les Indes Orientales, productions Quoique le pays foit naturellement 3" pays- montagneux & ftérile, l'induftrie des habitants lui fait produire tout ce qui leur eft néceffaire , & ils ont de plus beaucoup de poiffon de mer « pîewes Dans une montagne de la Pro-IKtieufes. v^nce a*Qsju on trouve de très belles agathes affezfemblablesà des faphirs, gles cornalines & du jafpe, Les. fcfcj des Européens. 391 ponois faifoient autrefois peu cle cas Defcription des perles qui font affez communes du Japon, Vers l'ifle de Saikokf, mais depuis Chap. II. qu'ils ont vu que les Chinois les achetaient très cher, ils les ont recherchées avec plus de foin. Ils ont , aufîi une efpéce de naphte de couleur rouge, qu'ils brûlent dans les lampes où elle tient lieu d'huile, tk l'on trouve fouvent de l'ambre-gris fur les côtes, particulièrement dans les inteflins des veaux marins qu'on y darde. Les plantes marines , les cham- . p" nrIbr" 1 , / -il 1 « dis arbiu- pignons, les éventails de mer , le fcailI, corail tk les coquillages de toutes ef-péces font en quantité dans les mers d"u Japon, tk auffi beaux que ceux de fifle d'Amboyne , mais les naturels n'en font aucun cas. L'arbre du vernis produit un fuc laiteux d'où vient la plus belle lacque qu'on trouve dans tout l'univers : elle y efl fi eflimée que fur la table de l'Empereur on en préfère les vafes à ceux d'or tk d'argent. Les mûriers y font très communs, 6c font fubfifler un grand nombre de Villes tk de villages par le produit qu'ils tirent des manufactures de foye. Le Kadri, ou Riv 39* DÉCOUVERTES [J^pTioT arbre a papier efl de l'efpéce des mu-jn Japon. riers : nous en parlerons plus au ctop. il. long au Chapitre où nous traiterons des manufactures. Le fancio efl orné de pointes, l'écorce 6k les cofTes tiennent lieu de poivre 6k de gim-gembre. L'arbre dont on tire le camphre porte des bayes noires ck pourpre : on en fait infufer la racine 6k le bois coupé en petits morceaux pour «voir le camphre, qui ell de beaucoup inférieur à celui de Bornéo , qu'on tire par des incilions faites à. l'arbre. Dulhc, Quoique le thé foit l'arbriffeau le plus eflimé du Japon, il n'occupe d'autre place que les bordures des champs de riz ek les terreins qui ne peuvent produire autre choie. On en plante les graines à quelque dif-tance les unes des autres ck les cultivateurs foigrtcux mettent au pied de la fiente humaine mêlée avec de la terre pour fumier. Les feuilles font propres à être cueillies après trois ans, 6k à fept ans cet arbrif-feau efl de la hauteur d'un homme , mais il ne s'élève jamais plus haut. Des fruits. Les pêches , les abricots 6k les [mines, dont il y a de deux efpéces, des Européens. 393 pourpre tk blanche différentes des D^cri[,rMn nôtres font très communes au Japon, li 1 Mt°w niais on y plante peu de vignes , ciup. h. parce que le railin n'y parvient pas a une maturité complette. On n'y eftimeles ceriiiers que pour les fleurs, dont on orne les temples, tk qui plaifènt dans les jardins ; il y a des citrons, des oranges, tk des limons de la forme des pêches : il y en a une autre efpéce qui ne font pas plus gros qu'une mufcade, tk dont le goût eft très aigre : ils croif-fent fur un arbriftèau tk l'on s'en fert beaucoup pour la cuifine.. Les figues font de trois {orres, dont celle d'Europe eft la plus rare : il n'y a pas de pommiers y mais feulement des poires d'hyver : on y trouve beaucoup de marons plus gros tk meilleurs que les nôtres. Les noix viennent particulièrement dans les Provinces Septentrionales , tk l'on en-tire une huile qui reifemble beaucoup * l'huile d'amendes douces. Une autre efpéce de noix qu'on nomme ginan donne aufîi de l'huile excellente. Il y a deux {ortes^ de chênes-qui font très différents des* nôtres y R v tfektifùoa îçs cyprès 6k les fapins font très «lu Japon., communs dans les forêts :. on en .Ciuj. il plante le long des routes, 6k dans les endroits où il ne peut venir autre chofe, mais pour enconferver l'ef-péce, on ne peut en abattre que par la permiflion du Magiflrat, &. il faut en planter d'autres à la place,. Le fînoki 6k le fungi font deux ef-péees de cyprès, dont le bois ne s'imbibe jamais d'eau, 6k il efl défendu par l'Empereur d'en couper fous quelque prétexte que ce foit.. Le bois de fer efl ainfi nommé à caufe de fa dureté : de deux fortes, d'érable l'un devient de couleur de pourpre au printems ck l'autre en-automne ; c'efl aufîi la couleur du fafi dans cette dernière faifon. T5« phmtes II n'y a peut-être pas de pays au fc de»fleura. j \ if . f L u monde ou 1 on voye autant de belles plantes & de bellesfleurs qnàu Japon;. & la nature les* y a: répandues avec profufion dans lès campagnes, fur les hauteurs, 6k dans lesforêts. Celles, qu'on tranfplante dans, les jardins, acquièrent de nouvelles beautés parla culture. Les» principales font le tsubacki T. gros arbriffeau. dont les, Jèuis, teûêînbiwit: à nos. rç>fe3 ; Le? »es Européens. 395 Éatsuki qui a des fleurs pareilles au Derniptic» lis, mais couleur de pourpre , tk du j*p©« une autre efpéce couleur de chair: Chap, & le fakanandfio dont les fleurs font plus grandes & de même forme. Nos lis, nos matricaires, nos giroflées, nos narcifîès, tk plufieurs autres fleurs de l'Europe, y font très commîmes : mais ce qu'elles gagnent fur les nôtres par la beauté & par la vivacité des couleurs, elles le perdent en grof feur & en odeur. On doit faire la marne remarque fur les fruits, dont le goût efl beaucoup moins agréa* He que celui des mêmes efpéce* qu'on trouve à la Chine ou aux Indes. Les principales productions de la Des pémi campagne, qui fervent particulièrement à la nourriture de l'homme v font celles que les Japonois nomment les cinq fruits; le riz qui efl très blanc, très nourrifïant, &c dont ils font aufîi une efpéce de bierre i l'orge qui fert à nourrir les trou* peaux tk.à faire des gâteaux. Le fro-*-ment qui eil à très bas prix. Les fè'-*-Ves y groifes comme les pois d't? Turquie tk le iobean qui reffemhfe beaucoup £ nos lentilles, Ils ont aufijf 29<5 découvertes ■ { • „n du bled d'Inde, du millet, cle tou- Dcfcripnon .'loi j' du Japon, tes iortes de pois 6c beaucoup d au-t,ChaP. n. très légumes. Les navets y font d'une groflèur exceffive , 6c ils les mangent cruds 6c cuits. Les raves, les carottes , les gourdes, les melons, les concombres y viennent en abondance avec plufieurs fortes de laitues ; mais outre ce qui doit fon accroilfement à la culture, les endroits les moins cultivés, les montagnes 6c les côtes pro-duifent naturellement des racines , des fleurs 6c des fruits, qui méritent non feulement de nourrir le commun peuple, mais encore de paroî-tre fur la table des Grands. CHAPITRE III. Des bêtes à quatre pieds, des Oi-Jeaux , des Infectes & des Reptiles» 'Desqna^u- T L y a peu d'animaux à quatre P*d«' Jl pieds au Japon en comparaifon de l'étendue de cet Empire. Les bêtes fauvages n'y trouvent pas.de lieux déferts pour multiplier * ck les ani- des Européens. 397 maux domefliques n'y font élevés Defcriptio» que pour l'agriculture &t le tirage, {Kl JaPon-tant parce que la doctrine de la tranf- Chap. 111, migration des aines empêche les habitants de s'en nourrir , que parce qu'ils préfèrent d'appliquer le produit des terres à l'entretien des hommes plutôt qu'aux pâturages. Les chevaux font petits, mais il. y en a qui valent ceux de Perfe r quoiqu'il y ait des bœufs & des vaches , les habitants ignorent Pillage du lait, du beurre & du fromage» Les buffles font très gros , avec une bofiè comme les chameaux, & ils fervent aux voitures dans les Villes» Ils n'ont ni éléphants, ni chameaux % ni ânes, ni mulets, ni brebis, ni chèvres , 61 très peu de porcs, qui leurs ont été apportés de la Chine., II y a beaucoup de chiens, mais d'une efpéce commune ; il n'en efl pas de même des chars : on. en voit d'argentés d'une grande beauté avec des taches jaunes & noires 6c la queue très courte : ils font l'amu-fement des dames. On ne trouve au Japon ni lions, ni tigres , ni léopards, les bêtes fait- Des b*»» fauvagcj. 39& DÉCOUVERTES ^PrfrHptlon vages font quelques finges affez dodu Japon cileSy des ours d'une petite efpéce, çïitp.m. des cerfs, des lièvres, & des fan-gliers j mais peu nombreux : quelques fecles en peuvent manger en certain temps de l'année. Les renards qui y font communs parlent pour être animés d'un efprit malin. L'Itutz qui eft petit oc de couleur rouge, ckle Tin qui eft un peu plus gros vivent fous les toits, où ils font la chaffe aux oifeaux, mais ils font fi doux qu'on les regarde comme animaux domeftiques. 11 y a beaucoup de fouris & de rats qu'on ap-■privoife & auxquels on fait faire des tours à Ofacca, ville qui abonde en charlatans & en farceurs. P«oifeaux. Les gens du peuple vendent de* poulets Ôc des canards pour ceux qui font au-deffus du fcrupule, mais dans l'année de la mort de l'Empereur, ou quand il plaît au Monarque , il eft défendu de tuer ou ven* dre aucune bête au marché dans tout FEmpire. Les coqs font en plus grau*-de vénération que les poules parce qu'ils fervent à mefnrer Je temps.9 & qu'on prétend qu'ils en prëdifent les changements^ En général le pays^ des Européens. 399 eft fi peuplé qu'il n'y a prefque point D({cri.ti^ d'oifeaux fauvages. La grue a le pri- quand ils ont la voix forte : les be-caffines, les pies, les mouettes, les> cormorans,, les hirondelles, & les. moineaux font aufîi communs qu*; ilans nos cc-ntries*. 'Defcription Japonois ont des abeilles, Sè du Japon, par conséquent du miel & de la cire, Chap. m. mais en petite quantité : ils ont auffi _ , des guêpes, des frelons, des coufins , Des mouches ■ 0 r . • , r „ . & des papii- des mouches, des laurerelles, des ions. cerfs - volants , ck un grand nombre d'autres infecfes comme en Europe. Ceux particuliers au ciimat font les papillons de montagne, entièrement noirs, ou diverlifiés de noir, de blanc & d'autres couleurs : le kamuri, efpéce de mouche de nuit très belle, groffe , & marquetée. Le febi, de felpéce des çfcarbots, qui parle par diverfes transformations , & rend un cri perçant qu'on entend à un mille de diltance, il y en a de trois fortes. Les cantharides qui font très belles, mais dont ils ignorent l'ufage : des mouches de nuit longues comme le doigt, avec quatre ailes &c d'une fi grande beauté que les dames les conlèrvent par curiofité : &• plufieurs autres efpé-ces , dont il feroit trop long de feire l'énumération. Besuifeâes Les fourmis blanches que les Jamais! fCf" pon°i-s nomment perceurs font très nuifibles , en ce qu'elles percent les coffres, les ballots, les armoires y Ô£ des Européens. 40r font en peu de temps un très grand nefaipiiotl dégât aux endroits où elles s'atta- d" JaP°". client. Les lézards font pareils à chap. Ill, ceux d'Europe. Il y a peu de fer-pents : la piqûre des vcrds eft. fui-vie d'une mort prompte , cependant les foldats en mangent la chair , parce qu'ils croyent qu'elle les rend courageux. On en trouve d'autres d'une groffeur & d'une figure monf-rrueufe dans les eaux & fur les montagnes. CHAPITRE IV. Defcription des Japonois : De leurs habillements tant en Ville quen voy' :SC •" Leurs mariages , leurs funérailles , leur caractère : leur habileté dans les arts & pour les manufactures : Comme ils font le papier , & le jet : Préparation du thé ; Comment ils le boivent. LA diverfité entre les habitants Fie"llre d«fl des différentes Provinces du Ta-Japonûls* pon efl fi grande qu'il femble qu'ils ne foyent pas de la même nation ; Defcription en général ils font de ligure très dé-du Japon fagrréable, petits, de couleur tan- chap. iv nee> ^e nez P^at ? ^es paupières petites oc épaifîes; les jambes grolfes & courtes : mais les defeendants des familles nobles approchent plus de la figure des Européens. Les plus forts, les plus braves, & les plus polis, font ceux des Provinces de Satzuma &C de Finga : on trouve auffi beaucoup de politeffe dans les habitants de 1 nie de Saikokft, dont la figure efl moins défagréable que dans celle de Niphon. Leur habille- Les Japonois s'habillent de foye mental nlle. o , ^, oc de coton ; ils portent une vefte courte fur la peau, une longue robe , éc ont par-deffus un manteau dans leurs maifons, mais ils le quittent quand ils fortent, au contraire des autres peuples. Ils font rafés à laréferve d'une couronne, vont ordinairement tête nue , 6c portent ou font porter par leurs domeftiques un parafol. Les pauvres ck les riches ont une épée, ou au moins un poignard au coté & un éventail à la main. La nobleffe oc les fol-' dats ont le privilège de porter deux cpées. Les rangs font diltingués par des Européens. 403 la couleur & la richene des étoffes, D"rctirii(>* niais ils portent tous le noir dans 'lu Japon, les fêtes & les réjouirfances, 6c le chap. iv, blanc dans les temps de deuil. On trouve la même fmgularité dans plufieurs de leurs ufages. Leur habillement ert totalement celui âc u différent quand ils font à cheval, ou quand ils voyagent. Us portent alors un grand chapeau de bam-houcs fendus , ou de paille , attaché autour du col avec une bande de foye ou de coton. Ce chapeau ert tranfparent, léger, & très bon contre la pluye : les femmes en portent en tout temps dans les villes 6c dans les villages. Les voyageurs pour fe garantir de la pluye ont un grand manteau doublé de papier huilé, qui couvre l'homme , le bagage & la croupe du cheval. Us ont de grands caleçons qui leur couvrent les jambes, & qui font fendus pour recevoir le bout de leurs longues robes , oui autrement leurs feroient très embararfantes tant k pied qu'à cheval. Quelques-uns ont un court manteau par-deffus le caleçon , d'autres au lieu de bas s'envellopent les jambes de larges rubans. Les de* 404 DÉCOUVERTE» Defcription meffiques ne portent point ordinal* du Japon, rement de culottes : ils attachent Chap iv ^eurs r°bes autour de leurs ceintures pour être plus agiles , ck n'ont aucune idée de la pudeur. Les deux fexes ne vont jamais fans éventail : ceux qu'ils portent dans les voyages repréfentent ordinairement les chemins, indiquent les diftances, les auberges, 6k le prix des pro virions* D'autres au lieu d'éventail portent eri route le livre de voyage que de pauvres enfants vendent toujours fur les chemins. Rien n'efr. fi ridicule que la figure d'un Japonois ainfi troufle pour voyager : gros, court, afiis à cheval les jambes croifées avec fon grand chapeau , fes larges culottes ôk fon manteau , il paroît beaucoup plus large qu'il n'ert haut. Le cavalier ne tient jamais la bride : c'ert un valet qui marche à côté de la tête du cheval, 6k qui s'amufe avec fes camarades, s'ils font plufieurs, à chanter des chanfons gayes , tant pour fe défennuyer que pour animer la monture du maître. Les Grands font portés par leurs gens dans une efpéce de chaife, quelque long que foit le voyage. ses Européens. 405 Les mariages font célébrés devant DefLrJpl!oa les Bonzes, ou Prêtres, aux pieds d" Ja, on. d'une idole : les accordés tiennent ciup. iv. chacun un cierge, ou plutôt une lampe à la main, pendant que ce Desmana-Miniftre prononce quelques paro-2"' les; enfuite la mariée bride les babioles qui ont fervi A amufer Ton enfance, & les parents lui font des préfents convenables à fon nouvel état : on fait quelques prières à l'idole & on conduit enfuite la mariée chez fon mari où l'on paffe une femaine dans les divertiffements de danfe , de mufique , & de feftins où les liqueurs fortes ne font pas épargnées. Les funérailles fe font avec beau- Des Funtâ coup de pompe, & l'on y boit am-railes* plement, pour écarter l'efpéce d'horreur qui fuit des chants funèbres , des difcours funéraires & des a étions des prêtres : qui par des charmes, des paffeports , & des billets prétendent écarter les efprits-malins 6c procurer une place honorable à l'ame du défunt. Les Japonois font curieux, & en cmRerê général très polis entre eux, "iaisj^'^dc$ encore plus avec les étrangers. Leur amour ou leur haine, leur effime 406* DÉCOUVERTES Defcri i"pn ou leur mépris paffe des pères aux au Japon, enfants jufqiui la poftérité la plus Chap IV recu^c > il elf rare que l'inimitié réciproque de deux familles ceffe autrement que par l'extinflion totale de l'une ou de l'autre. On tourne l'éducation des enfants particulièrement à la bravoure, tk dès le plus bas âge on appaife leurs cris par des chan-fons guerrières : on leur apprend à lire dans les hiftoires de leurs Héros; tk dans les compagnies la con-verfation roule prefque toujours fur les exploits de leurs ancêtres- Auiîi quand on allume des feux la nuit fur le fommet des montagnes, ce qu'on fait dans les dangers imminents, ou quand le Prince a befoin de troupes, le peuple court en foule s'enroller, chacun portant fes armes avec foi. Ils font animés d'une telle ardeur martiale que dans les conn bats, ils fe précipitent volontairement aux endroits les plus dangereux. Ils combattent de loin avec des flèches tk des armes à feu, tk de près ils fe fervent de piques, tk de fibres fi tranchants tk d'une fi bonne trempe qu'ils coupent quelque fois un homme par le milieu, du. corps. ©es Européens." 407 Les Japonois font induftrieux & o^c^iom endurcis à la fatigue : les végétaux fi» Japon. & les coquillages font leur nourri- chap. iv. ture, & Peau ert leur boiffon ordinaire : ils ne portent point de che-J;curfobri*! mifes; n'ont pour lit qu'une natte, & pour oreiller qu'une pièce de -bois : mais ils entretiennent leurs habits & leurs maifons dans la plus grande propreté. Il ert vraifemblable que les Japonois font une nation originale, & qu'ils ne riennent des Chinois que Quelques ufages dans les fciences &: ans les arts, comme les Romains en ont tiré des Grecs. On voit par leurs hiftoires qu'ils n'ont jamais été conquis : autaatle Chinois eft avare, fourbe, & trompeur, autant le Japonois eft rempli de droiture , de probité & de générofité. Il n'y a peut-être pas de peuple au monde plus attentif à inftruire les enfants dans ces vertus fociales, pour lef-quelles ils ont un grand nombre d'Académies, dont la principale eft celle de Frenajans ou Frenoxama à huit ou dix milles de Méaco. La langue Japon oife, qui n'a pref- L«iria»çt«e gué aucune affinité avec la Chinoi- * lc« "i>cfcription ^e > ent tr^s abondante 6c a beau-du Japon, coup de fynonimes. Ib écrivent en Cfaap. IV. général de haut en bas , 6c ont différents caractères qui ne reffem-blent en rien à ceux de la Chine. L'écriture diffère fuivant les états , & il y en a qui écrivent comme nous de gauche à droite 6c reviennent enfuite alternativement de droite à gauche. »euefaUre d" ^es Peupks font particulièrement adonnés à l'agriculture, tant parce que le pays efl excefïivement peuplé-, que parce qu'ils ne font aucun commerce, 6c font obligés de tirer leur néceffaire de leurs propres fonds, 6c de leur induferie. Non feulement les terreins unis font mieux cultivés qu'en aucun autre pays du monde , mais les montagnes même prefque inaccessibles aux animaux pro-duifent des grains jufqu'au fommet. Le plat pays efl labouré avec les bœufs, 6c les bras des hommes y fuppléent fur les hauteurs : Les excréments même ne leur font pas inutiles Se fervent à fumer leurs terres. Le riz qui fait leur principale nourriture efffemé dans les cantons bas, €>it ils le peuvent arrofer au moyen des des Européens. 409 des canots qui amènent l'eau *des :I)t.Ii;nj( tioaJ rivières. Il y a des infpecteurs de 'Au Japoo. terres qui font deux vîntes par an cliap> iV, 6k eftiment le rapport au temps de la moiffon , parce que le propriétaire en prend fix parts fur dix ék le fermier en a quatre pour fon travail : mais dans les terres de l'Empereur , ce Monarque n'a que quatre parts. Quand il fe trouve quelque terrein inculte, celui qui le défriche en a feul le produit pendant plufieurs années. Les loix fur l'agriculture font très fages & il y en a une conformément à laquelle celui qui manque à cultiver fon champ une année en perd la propriété. Dans les arts mécaniques ils ne Lear ïn porter les hommes tk les mar* " çhandifes, d'une Iile, ou d'une Pro- Siv Defcription vinCe cs maifons. sufvant les Loix de l'Empire, les maifons des particuliers ne peuvent être élevées de plus de fix braffes, ck il efl rare même qu'elles ayent cette hauteur, à moins qu'elles ne foient deftinées à faire des magafins : elles ont cependant deux étages, des Européens. 417 mais le fécond fert de grenier, ou Derriip(ioi de garde-meuble. On fait les maifons du Japon, fi baffes à caufe des tremblements chap. V, de terre, qui renverferoient des édifices plus majefhieux. Elles font remarquables pour la propreté , 6c pour les décorations dont elles font embellies. Il efl très rare qu'elles foient partagées par des murs de re*-fan, ils font feulement de légères cloifons de papier doré ou coloré, foutenu par des tringles de bois, ce qui leur donne la facilité de changer à volonté la difpofition de leurs appartements. Les planchers font au-dcffus du niveau des rues, 6c ils y étendent des nattes, fur lefquelles ils s'affoient les jambes croifées. Les portes, les fenêtres, les poteaux, 6c les paffages font peints 6c vernis, mais les plafonts font couverts de papier doré ou argenté , orné de fleurs. Les maifons des Grands font partagées en deux parties , l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes , avec une grande cour, d'oti l'on monte dans les appartements, 6c derrière font de beaux jardins , ornés d'allées, de terraffes, de monticules ? Se bien earnis de fleurs. Cefi Dtfcrintion particulièrement dans les maifons de du Japon. Campagne qu'ils font paroître le plus Chap. v. ae luxe, par des plafonds de cèdre, ornés d'ouvrages en or 6c en argent,, d'un très beau 6c très riche travail.. Le peu de hauteur des bâtiments qui font prefque tous de bois, les rend très fujets aux incendies, mais les gens riches ont ordinairement un appartement ifolé en pierre, où ils fe fauvent avec ce qu'ils ontde plus précieux. Palais de Le Palais impérial de Jedo, Ca— l'Empereur pitale de l'Empire, qui a été détruit 1 Jcûo. r 11 1 en 1703 par un tremblement de terre, a été rebâti depuis avec une magnificence furprenante. Il eft entouré de murs élevés, 6c de foffés profonds, avec une large efplanade entre les deux. Ces murs ont huit ou neuf portes, difpofées de façon qu'il faut tourner à droite 6c à gauche avant d'entrer dans la Cour intérieure : d'une porte à l'autre ou, trouve une place fpacieufe, on monte enfuite aux appartements, entourés de murs fort hauts, 6c ces places font alfés grandes pour ranger . mille hommes en bataille dans chacune.. Le Palais Impérial eif au mi- des Européens. 419 fieu, forme de trois corps de bâti- oucn;coà ments, qui ont chacun neuf étages, du Japon. tk fe terminent en pyramides par chap. y, de gros dauphins, couverts de plaques d'or. Le nombre des appartements eft confidérable : ils font très fpacicux, tk fervent à loger l'Empereur, fes femmes, fes principaux Officiers, tk toute fa fuite. Les plafonts couverts d'ornements en or tk en argent,font encore embellis de pierres précieufes, & les murs font couverts de riches tapiïferics de foie, brodées en argent, en or, tk en perles. Le trône de l'Empereur eft d'or maftif, enrichi de pierreries d'tm prix ineftimable. Le plafond de ce trône eft orné de très belles figures, tk de payfages, où l'or eft répandu avec prokifion, 6k foutenu par quatre beaux piiiiers très bien dorés. Devant le palais eâun magnifique théâtre, où l'on reprélème des pièces peur l'amu-fement de la famille Impériale. Le tout forme une étendue de cinq milles de tour, qui paroît comme une grande ville , habitée par des Rois tk des Princes , chacun faifant fes efforts pour marquer par fa magnificence fon refpecA envers l'Empereur;: D.fcription ^es enfants des Princes & des Grands du Japon. ae l'Empire y font élevés, tk fervent $hap. v. 4'otagés de la fidélité de leurs Pères. Outre ce palais, F Empereur en a plufieurs autres en différentes villes, mais nous ne nous arrêterons pas à en donner la defcription , nous remettrons aufîi à parler des Temples, en traitant de la Religion du pays. L'Empire étant excefîivement peuplé , ainli que nous l'avons déjà dit, doit avoir un grand nombre de villes : elles font toutes bien bâties, avec des rues régulières , qui fe coupent à angles droits. Elles n'ont ni murs , ni foffés, mais feulement des portes, qui n'ont guéres plus d'apparence que celles qui font à l'extrémité cle chaque rue, tk qu'on ferme tous les loirs. Dans les villes oti il réfide quelque Prince , elles font un peu plus ornées, & l'on y monte la garde , mais les autres font entièrement ouvertes fur la campagne. jBefrriptfoi* Jedo, Capitale de l'Empire, eft e Jedo. £tu^ ^ .je, dégrés, 54 minutes de lar ritude feptentrionale , & à i 57 dégrés de longitude, dans une plaine fpacieufe au fond d'une baye, où Peau eft fi baffe que les bâtiments ne » e s Européens. 4*11 peuvent arriver jufqu'à la ville, 6k Dcfcripcioa qu'on eft obligé de les décharger une dtl Japon, lieue au-deffous. On prétend que Je- cha?t y. do a vingt ck un railles de longueur, quinze de large , 6k foixante de tour: il a la forme d'un croiffant, fuivant celle de la baye. Il n'y a point de murailles, mais en quelques endroits on a élevé des remparts très hauts, plantés d'arbres, plutôt pour empêcher les incendies de s'étendre d'une partie à l'autre de la ville, que pour les défendre contre aucun ennemi. La rivière qui paffe au travers , fe partage en différentes branches avec des ponts fur chacune, 6k du principal qu'on appelle le pont de Ni-phon, l'on compte les diftances à tous les atitres endroits de l'Empire. Au-deffous du toit de prefque toutes les maifons, on a conûruit un refer-voir pour éteindre le feu , auiîi - tôt qu'il commence àparoître, mais il étend quelquefois fi fubitement fes ravages , que l'unique remède pour en arrêter les progrès, efl de couper les maifons avant que l'incendie les ait atteintes. Il y a dans Jedo beaucoup de Temples, de Monaf-teres, 6k d'autres bâtiments publics 411 découvertes Wct» . pour les perfonnes d'un rang diftin-d<> Japon, mié , avec de grandes cours, tk des chap. v. portes rupcrbes : cette ville fourmille de Marchands tk d'Artifans : le concours prodigieux des Courtilans,des Bonzes, tk des Moines du pays, qui parlent leur vie dans une molle oifi-veté, y rend les vivres, tk toutes les denrées d'un plus haut prix qu'en tout autre endroit de l'Empire. Pc M<5aco. Kio ou Mééico, rélidence du Dairi ou Empereur Eccléliaifique, a environ trois milles de long , tk un mille de large. Elle eft environnée de collines agréables, dont les coteaux font couverts de Temples, de Chapelles tk d'autres bâtimens religieux. Le Dairi demeure dans la partie Septentrionale , avec fa famille tk fa-Cour : il y occupe un efpace coupé par douze ou treize rues, tk fé-paré du refte de la ville, par des murailles tk des folfés. A l'Oueft eft un fort château , que l'Empereur habite quand il va vifkej? le Dairi. CYft particulièrement dans cette ville ou'on fait les plus beaux ouvrages de l'Empire; on y rafîne le cuivre, on y tàbrique les riches étoiles de ibye avec des- .fleurs d'or tk d'ar-- des Européens. 423 gent? on y bar la monnoie, on y Dfrc,;rtioniJ imprime les livres, & Ton y tra- de leur*; Pefcription enfants, tk de leurs domefriquesi d« japon. Dans les grands crimes, tels que de Cbap vi manrfl,er d'obéir aux Ordonnances de l'Empereur , de frauder fes droits & fes revenus, de faire de la fauffe monnoie , de mettre le. feu à une maifon, de voler, cle débaucher une femme mariée, d'enlever une fille , de commettre des injùfHees dans l'ad-miniflration des affaires publiques, le châtiment n'eil pas borné atix feuls criminels, & on l'étend fur leurs pères , leurs frères, leurs enfants , 6k même fur des parents plus éloignés, fuivant l'atrocité du délit. On les fait mourir tous en même-temps, quoiqu'ils fôient en différentes Provinces, parce qu'on diffère l'exécution jufqu'à ce que les ordres ayent pu être portés dans les plus éloignées. 'La peine de mort prononcée contre les parents, eft ordinairement bornée aux hommes, mais on vend les femmes pour efclaves, excepté dans les crimes de haute trahifon, où les femmes 6c les filles du coupable font mifes à mort. Pour les vois on crucifie les criminels la tête en bas, 6c fuivant l'atrocité du crime on les îaiffe plus ou moins long-temps lan- des Européens. 4.17 guir clans ce cruel fupplice. Dans 0efcriptionf tous les cas on accorde la s;race à tlu Japon, celui des parents qui dénonce le cri- chap. Vl^ minci, ce qui le fait découvrir prom-ptement, mais la plupart fe poignardent eux-mêmes quand ils fe voyent découverts , pour éviter l'horreur des tortures qu'on leur fait fouffrir. Les Princes condamnés ont aufîi le privilège cle fe poignarder, ou de s'ouvrir le ventre, pour ne pas périr par la main des exécuteurs. Les Portugais qtii avoient décou- P««cutio« , , ° 1 • contre le» vert le Japon en 1543, y avoient chrétien* formé des ctabliffements confidéra-bles. La Religion Chrétienne y fal-foit le plus grand progrès, 6c près du tiers de l'Empire étoit foiunis à la Foi Catholique : mais ïaico craignant qtie ces étrangers ne fe ren-dillènt enfin maîtres de tout le pays, réfolut de chaffer tous les Chrétiens du Japon. 11 découvrit, ou feignit d'avoir découvert une compilation contre l'Etat , 6c excité par L s Prêtres des Idoles, qui voyoient de jour en jour diminuer leur crédit: il forma le projet de les écarter tous de fon Empire. La mort l'arrêta dans lexécution, il fut mis au nombre des 4*8 DÉCOUVERTES pefcriptî»n Dieux , & fes fucceffeurs fuivirenf du Japon, les mômes vues. On donna ordre aux Chap. VI. Portugais, au Clergé Catholique, &C aux Japonois qui avoient contracté des mariages avec eux, de fortir de l'Empire, fous peine d'être crucifiés, & à tous les autres qui avoient em-braffé la Foi Chrétienne, d'y renoncer , dans un temps limité, fous pei* ne du même fuppïïce. Les ténèbres etoient difîipées , & la ràifon perfectionnée par les lumières de l'Evangile , ne lailToiî plus d'entrée aux abfurdités de l'Idolâtrie : la perfécu-tion devint furieufe, & faute d'autres arguments, pour convaincre les nouveaux convertis on employa les épées, les haches, les croix oc les flammes. Animés par l'exemple des M'ifîionaires , ils fcellerent leur foi par l'effufion de leur fang, &c donnèrent des preuves fi éclatantes de courage &c de confiance, que leurs barbares ennemis ne purent leur re-fufer leur admiration. Cette cruelle perfécution, plus longue qu'aucune autre, dont l'hiftoire faffe mention , dura près de quarante ans. Enfin trente - fept milles Chrétiens fe retirèrent dans le Château de Sima- Des Européens. 429 para, non clans le deflèin d'attaquer Dcctri!,!iertr leurs perfécuteurs, mais uniquement du Japon, pour y défendre leur vie : ils y fu- cbap. vj, rent afîiegés, ce Château fut emporté le 12 d'Avril 1638, & ceux qui reftoient périrent tous par le fer ou par le feu ; c'efl ainfi que la Religion Chrétienne fut détruite au Japon , après y avoir fleuri depuis qu'elle y avoit été portée par Saint François Xavier. Les Empereurs actuels font aufïï Puîranw fret defpotiques que l'ont jamais été les «"^w" Dairis. Entre leurs principaux Sujets, vingt & un portent le titre de Rois, fix celui de Princes, outre quatre Ducs, dix-fcpt Comtes, & quarante & un Seigneurs, autant qu'on peut comparer leurs titres avec ceux d'Europe. Les forces toujours fub-iiflantes, en y comprenant les gar-nifons, font de cent mille hommes d'Infanterie, & cle vingt mille Cavaliers ; mais en temps de guerre, les contingents des Provinces y font joints, ce qui monte à trois cents foixante & huit mille hommes d'Infanterie , & à trente-huit mille de ^Cavalerie. Quoique le Dairi n'ait d'autre au- DuDaifi «■ EmpercurEc» cléiiaftiçjuc, 43° découvertes m——.— torité que dans les affaires EccléfiafK-du Japon, ques, il elt rraite avec plus de rei- Cbap. VI Pe<^ clu'on n'en rena peut-être à l'Empereur. Jamais fes pieds ne po-fent fur la terre , tk il eft toujours poiré fur les épaules de fes Officiers, ïl eff dans une fi grande retraite qu'il femble que le foleil ne foit pas digne de l'éclairer , tk que l'air extérieur ne foit pas allez pur pour le toucher. Il ne porte jamais deux jours les mêmes habits, tk on le fert dans des plats de terre vernifiee qu'on brife enfuite, parce qu'on croit que fi quelque profane avoit l'audace d'en faire lifage après lui, fa bouche " enfleroit auifi-tôt, tk le feu s'éten-droit jufqu'au fond de fon çolicr. Les titres qu'on lui donne font ii pompeux qu'ils n'appartiennent qu'à la Divinité : tout le monde fc profter-ne devant lui, excepté l'Empereur, tout ce qu'il touche efl regardé comme facre, tk il laiffé croître fa barbe , fes cheveux & fes ongles. Il a douze femmes qu'il tient très renfermées : quand il meurt le premier Minière de la Cour Eccléfiauique , proclame pour fucceffeur fon plus proche parent, fans avoir égard à l'âge D E S * E U R O P É F. N S. 43 I ou au fexe; & l'on a vu quelquefois Dclcnpno,; une des femmes , ou une jeune fille da Japon, fuccéder à cette dignité fuprême. ,rT Si les revenus du Dairi repondotent à l'éminence de fes titres, Y Empire Revenu & féculier feroit en danger d'en être four clc cet , , . ° r , Empereur* ébranle ; mais par une lage précaution , c'eff l'Empereur qui eft ie maître de fes revenus, 6c la plus grande partie de fes Officiers font obligés de gagner leur fubfiflance par le travail de leurs mains; auiîi de vains honneurs font peu redoutables. L'habillement de cette Cour ell entièrement différent cle celui des Officiers cle l'Empereur. Ils ont des caleçons d'une largeur énorme , avec de grandes robes tramantes 6c des chapeaux , dont là forme fert à connoître leur rang 6c leurs emplois, il en cil de même des femmes , particulièrement les douze du Dairi, qui font enveloppées de tant de larges robes de foie couvertes de fleurs d'or &c d'argent , qu'à peine peuvent - elles faire un pas quand elles font dans toute leur parure. Quand le Dairi jouiffoit de l'autorité fuprême , il choififfoit à fa volonté la ville oii il vouloit rélider, ncmcnc. . ■—mais depuis que les Empereurs Se- Defcnpnon 1 *i C - du Japon, culiers ont envahi tout le Gouver-Chap. vi. nement, il eft obligé de demeurer à Méaco. Il a une garde nombreufe, qui dépend de l'Empereur, & qui fous les apparences du refpedt, le tient dans une efpéce de prifon honorable , toujours prête à s'aifurer de fa perfonne , s'il forrnoit quelque entreprife contre le Monarque. Du Couver- H y a deux Gouverneurs dans chaque ville, & trois dans celle de Nan-gafacki, dont les femmes & les enfants relient en otage à la Cour : on les change tous les deux ans. Ils ont fous eux quatre Magiftrats, dont l'emploi dure une année, & ils font obligés tous les jours de communiquer au Gouverneur toutes les affaires qui paffent devant eux. Dans celles qui font d'une difeuffion difficile, ils les remettent à la Cour de jufti-ce, ou elles font décidées par le Gouverneur, avec le confentement de cette Cour, dont les jugements font fans appel, en matière civile ; mais pour le criminel, perfonne ne peut être exécuté fans un ordre figné du Confeil d'Etat de Jeddo. Nous n'entrerons pas dans le détail des autres emplois ? des européens. 433 Emplois, ni des différents états : le I)jfc[[Ft.;0^ plus méprifé de tous eft celui des du japon. Tanneurs , & on les oblige d'être les chap. VJ» exécuteurs de toutes les fentences de mort. Pour exercer la Police, il y a dans Police d<* chaque rue un principal Officier nom-rlKS" mé Ottona, qui en a plufieurs inférieurs , tk tous enfembie entretiennent ie plus bel ordre. Ils ont un re-giflre où l'on inferit les naiffances , les mariages , les morts, qui arrivent dans leur rue, ainfi que les noms de tous les habitants, U lifte cle ceux qui font en voyage, tk tous les changements qui y arrivent. L'Ottona efl refponfable de tous les défordres qui peuvent arriver clans fa rue ; quand quelqu'un veut changer de logement, il ne peut être admis dans une autre , qu'après avoir préfenté requête au chef de la rue, où il choifit fon nouveau domicile, & il n'y peut être admis qu'après une information, ck avec le confentement de tous les habitants. Chacun à fon tour efl obligé de monter la garde , tk de faire fentinelle la nuit clans fa rue ; s'il arrive quelque trouble on double les ièntinelles, tk on les fait monter de Tom. IV T Defcriptio.i j°ur : c^es f°nt n refpeèlées, que la 4a Japon. plus légère infiilte contre elles, ell Chap. vi. punie de mort. Il y a une cérémonie très remar-au cn"cinxC curable qu'on ne fait qu'à Nangafaki, f°iè\és aux ou ^a rengi°n Chrétienne avoit fait le plus de progrès. Au commencement de l'année tous les habitants foulent aux pieds le Crucifix, tk une image de la Sainte Vierge, ou de quelque autre Saint, pour marque qu'ils ont renoncé à la religion Chrétienne. Ceux qui font chargés de ce foin, vont de maifon en maifon par toute la ville, 8c perfonne n'en efl exempt : les enfants mômes, qui ne peuvent marcher, n'en font pas dif-penfés, tk leurs mères les tiennent fous les bras, en leur faifant pofer le pied fur le Crucifix. Serment des Tout homme qui fait un ferment lappnois. au Japon, invoque la vengeance des Dieux du Ciel, tk des Magiflrats de la terre , fur lui-même , fur fa famille , fur fes domefliques, fur fes amis, tk fur fes parents , s'il ne remplit pas exactement les articles qu'il jure d'accomplir. Il écrit enfuite les paroles du ferment, tk les articles, gu'il fçelle de fon cachet trempé dans des Européens. 437 Pencre, après quoi il fe pique le Deft.riptl0n doigt, 6c fait tomber quelques goû- du Japon, tes de fang fur le papier, comme cbap.vu, pour donner plus de force au ferment. CHAPITRE VII. Des religions du Japon, particulier ment du Sinto, du Budfo , & d& la religion des Philofophes. LA religion des Japonois en gé- Rdigiwrj nésal eft le Paganifme le plus ** groftier : mais femblable aux Hollandois il leur eft permis de fuivre celle qu'ils veulent choifir, pourvu qu'elle n'intérefle en rien le gouvernement , & ne trouble ni la paix , ni la tranquillité dtt royaume, aufti les religions étrangères s'y font introduites avec alfez de fuccès. Entre celles qui font particulières au pays il y en a trois principales qu'on nomme le Sinto, le Budfo, 6c la religion des Philofophes. La religion nommée Sinto doit dusùm#j être regarder comme la première, Ti, 436 découvertes m r — à caulè de fon antiquité plutôt que Defcription i i i du Ja,on. pour le nombre de ceux qui la pro-chip.vu. felfent. Ils ont quelques idées obf cures tk imparfaites de l'immortalité de l'ame tk d'un état futur de châtiments ôc de récompenfes : ils n'adorent que les Dieux qui prennent un foin fpécial des affaires du monde, & quoiqu'ils reconnoiffent un Etre fuprême qui habite au plus haut des cieux, tk quelques Dieux inférieurs qu'ils placent entre les étoiles , ils ne leur rendent aucun culte, tk n'ont aucun jour qui leur foit V confacré, parce qu'ils ne pcnfent pas que des Dieux fi éloignés prennent connoiffance de ce qui nous concerne. Ils jurent cependant par ces Dieux fupérieurs , mais ils n'invoquent & n'adorent que ceux qu'ils croyent avoir le fouverain gouvernement de leur pays,la fuprême direction des éléments , des productions tk des animaux du Japon.IIs croyent que ces Dieux non-feulement peuvent les rendre heureux en cette vie, mais encore que ce font eux qui à la mort leur procurent des récompenfes proportionnées à la conduite qu'ils ont tenue. jDe cette opinion vient leur profon- des Européens. 437 de vénération pour le Dairi qu'ils Dc.fcrirt:0IÎ croyent defcendre en droite ligne du Japon, de la branche aînée de ces Dieux, Chap.vil. & qu'ils regardent par cette raifon comme l'image vivante de la Divinité , dont aucun mortel n eft digne d'approcher. Leurs temples ont très peu d'ornements , l'intérieur n'eft tendu que de papier blanc , pour marquer la pureté de cœur qu'on doit y apporter : il y a fouvent un grand miroir au milieu pour faire fouvenir aux hommes que de même qu'ils; voyent dans la glace leurs moindres défauts coporels , les Dieux immortels connoiffent les taches les plus légères de leurs conf-ciences. Les idoles ne font pas ordinairement expofées à la vue, mais renfermées dans un fancfuaire devant lequel le peuple fe profterne. Ces temples n'ont pas cle Prêtres , & ils font deffervis par des féculiers, qui ignorent fouvent l'hiftoire de leurs Divinités, ck les principes cle la religion dont ils font les Miniftres. Ils portent par-deffus leurs habits féculiers de grandes robes ; ordinairement blanches, ou jaunes, & quel- 43 8 Découvertes pefcnption quefois d'auîres couleurs : fe rafent «u Japon. la barbe , mais laiffent croître leurs Chap. vu. cheveux, 8c portent un bonnet qui a la forme d'un vaiffeau. Il efl attaché avec deux cordons de foye, terminés par -une frange 8c plus ou moins longs fuivant la dignité de celui qui les porte. Ils ont le privilège de ne jamais fe courber plus bas devant quelque perfonne que ce foit que pour faire toucher cette frange à terre. Ils font pour le fpi-rituel fous la direction du Dairi, mais pour le temporel tous les Miniftres Eccléfiaffiques de l'Empire font fournis à deux Juges nommés par l'Empereur. Ces Miniftres font d'un orgueil excefïïf, portent deux fabres comme les nobles, 8c croyent au-deffous de leur dignité de communiquer avec le commun peuple. Les Sintoiftes ne croyent point Icnrcroyan- . , r . . , J 1 h,, a la tranf migration des ames, mais ils ne tuent ni ne mangent les bêtes de fervice , parce qu'ils croiroient commetre une ingratitude envers elles. Ils croyent que les ames fé-parées des corps montent dans les champs celeftes, fitués précifément au-deilbus de trente trois cieux où les Dieux habitent j que celles dqn^ des Européens. 4^9 la vie a été pure y font auflî-tôt sloimwy teurs de Siaca , 6c les Bonzes qui en font les principaux Miniftres, mènent une vie délicieufe , ainfi que la plupart des autres Prêtres Payens. Ils ont des Temples fuperbement ornés , des Couvents 6c d'autres édifices d'une beauté furprenante , toujours agréablement finies, parce qu'ils difent que les Dieux fe plaifent à voir' des objets gracieux, opinion très favorable aux plailirs de leurs Miniftres. L'intérieur des Temples efl orné de colomncs, de laques, 6c d'images éclatantes. On'y voit ordinairement une grande Idole d'orée , d une figure monflrueufe, avec des lumie- T vj, 444 DÉCOUVERTE? Defcription rcs odoriférantes qui brûlent contï-du Japon, nuellement autour. Celui de Méaco , chap vu. ^e Pms fomptueux de tout l'Empire, eft bâti de belles pierres, 6k le toît en eff très élevé. Il eft fitué fur une hauteur, oii l'on monte par des ef-caliers de pierre, avec de hauts piliers de même, a dix pas l'un de l'autre ; au fommet du Temple efl une grande lanterne, qui fait un très bel effet dans la nuit. II efl foutenu par beaucoup de piliers, ck l'intérieur contient un grand nombre d'Idoles, dont la principale eft de cui-Vi e doré , affile fur un fiége de quatre-vingt pieds de hauteur. Quinze hommes peuvent tenir dans la tête de ce Coloffc, dont le pouce à quinze pieds de circonférence, 6k les autres membres, A proportion. Tout le pays fourmille d'Idoles , non-feulement dans l'es Temples, mais auffi dans les places publiques, dans les marchés, 6k jufques fur les grands chemins. Religion La religion des Philofophes eff: «ft*&faUo(o-{rê& différente des deux autres , ck ils n'admettent aucun des Cuites reçus dans le payai Us. difent que le bonis ur fuprême confiée dans le plaifir- des Européens. 44^ qu'on goûte à pratiquer .exactement D,fcri|>lio~ *a vertu, & que les hommes lont du Japon* obligés d'être vertueux, parce que Chap. y il* la Nature leur a donné la raifon, qui doit leur fervir de guide, pour faire voir leur fupériorité fur les autres Etres qui habitent la terre. Ils ne croient point à la tranf migration des ames ; mais ils penfent qu'il y a- un efprit univerfel répandu dans route la Nature, qui anime toutes» chofes, & qui reçoit dans fon fein toutes les ames particulières , comme la mer reçoit les rivières-, & ils confondent cet efprit univerfel avec l'Etre Suprême. Ces Philofophes regardent le fuicide comme un moyen honorable d'éviter une mort bon-teufe , ou de tomber entre les mains de fes ennemis. Ils fc conforment à la Coutume générale du pays, pour célébrer la mémoire de leurs parents, tk de leurs amis défunts, en mettant fur une table toutes fortes de mets en leur honneur, crus & cuits. Ils font aufîi des-repas d'anniverfaire , où la famille du defuaf eft invitée ; chacun y vient avec les habits les plus fomptueux :; on fe prépare à y affilier, en fe bai- 446 DEC. des E u r o P. r-"-gnant trois jours de fuite , en s'abf- «lu Japon, tenant du mariage, ex de tout ce qui Chap. VII. Peut ^re contracter quelque impureté. Les Philofophes ne célèbrent au-* cune autre fête, ck ne rendent aucun Culte aux Dieux du pays. Comme on les a foupçonnés de favori-fer la religion Chrétienne, ils font obligés, pour fe garantir de ce foup-çon, d'avoir dans leurs maifons une Idole , ou au moins le nom d'une des divinités du pays, dans une place honorable , avec un pot de fleurs devant : mais dans les Ecoles ils ont le portrait de Confucius. Cette Secte étoit autrefois très nombreufe : ils cultlvoient les arts 6k les feiences y êc les plus fages de la nation adop-« toient leurs principes ; mais depuis l'horrible perfécution élevée contre les Chrétiens, on craint de lire leurs livres, qui etoient autrefois aufîi ef-timés au Japon , que les écrits de Socrate ck de Platon le font en Et* rope. Fin du Tome quatrUnu^ TABLE MATIERES Contenues clans ce quatrième Volume; A Afin as ( Philippe ) -*3 cil envoyé par Raleigh pour faire des découvertes avec Barlow, 36. Ils vont à l'ifle de Wokokcn, Ibid. Us découvrent la Virginie , 39. Drake Je ramené en Europe, 45. Arwaycas , peuples de la Guyane , découverts par Raleigh , 78. Ajiipk- Chan , premier Minière du Mogol > veut taire périr le Prince Cor-iorone,2^2. Il devient ami de Rowe, 348, B JBârlow { Arthur) e& envoyé avec Amida pour faire des découvertes , 36. Mlrrlo (Dom Anto- nio Je) Gouverneur de Saint Jofeph , fon caractère , 66. Il efl fuit prisonnier par Raleigh 9 6j. Il veut le détourner d'aller à la Guyane , 70. JBerry, Capitaine envoyé à la Guyane pas Raleigh , 104. Succès de fon voyage, 105. 11 ne peut trouver la ville de Manoa, 106. Son retour en Europe, 107» Bornéo , force & fagefïe des femmes de cette ifle, 19.1j, Callejda, cruantér du Roi de ce pays. S3 mort, 32.tr.. Cavendifh (Thomas ) fes comaxeucements x 146^ 44* , T A U part pour faire des découvertes , 148. Il donne le nom au port défiré, 149. II pafle le détroit de Magellan, 150. Il combat les Efpagnols , i<;3. Il brûle deux vaiffeaux , 154. Il prend & brûle Païta , 155. Il ravage Puna, 157. Il prend plufieurs vaiffeaux, 158. 6k 162. il perd un des fien-s, 164. Il aborde à l'ifle de Guam, 164. Il mouille à Tava, 168, Son retour en Angleterre, 172. 'Chili, cruauté des habitants envers les Efpagnols, 184. Comorra, Ifle où aborde Rowe, 253, Defcription des habitants , 25 f. Corone, fécond fils du Mogol , peu aimé, 28r. Il eft nommé pour commander l'armée de fon pere , 285». Il le met en inarche, 305. Il arrête es préfents de Rowe, 527. Il refufe de le recevoir , ^ 547\ 'Corforone , fils aîné du Mog o l , eft retenu en prifon , 290. Sa vie eft en grand danger, 29;. 11 eft livre à fes enne-.roi*, 294. Il eft foute- BLE nu par fon pere, 19^ Il eft remis en liberté ? Dairi, Empereur Ec-clcfiaflique du Japon , 424. Vénération qu'on a pour ce Prince , 42.9. Drake ( François ) arrive aux Molucques, 2. VU fite que lui fait le Roi de Ternate, 4. Il mouille à Java, 11. Son retour en Angleterre, 13» Il reçoit la vifite de la Reine Elifabeth à fon» vaifTeau , 17. Il fait une nouvelle expédition,!8.' Brûle Saint Jago, 19.' Rançonne S. Domingue & Carthagène , 20, Son retour , ai. Il détruit une flotte Efpagnole y 22. Défait une armée navale, 23. Ses derniers exploits, 25. Sa mort , 27. Durbal, lieu où le Grand Mogol donne audience, 26$! E Elisabeth, Reine d'Angleterre viftte Drake dans fon vaifTeau,, tf. Elle encourage Raleigh-, 33. Elle donne-"le DES MA . .nom à la Virginie , 39. Elle fait mettre Raleigh en prifon , 63. Sa mort, 120. Effex ( le Comte cT) commando une flotte contre les Efpagnols, 102. Il commet pluficuts fautes, 111. Sa flotte eft détruite par une tempête , 116. Sa mort ,119. G Greenvjlle (Richard) . eft envoyé par Raleigh pour faire des découvertes, 40. Il laifTe une Colonie à la Virginie, 41. U en établit une féconde, qui eft également détruite, 47. Guam, Ifle où aborde Cavendish , 164. AdrefTe des habitants à voler, 188. Guyane, pays d'Amérique, ou Raleigh veut . faire une expédition , 64. Cataractes dans ce pays, 83. Richeffes imaginaires, 84. Gui/nc ( Nouvelle ) eft découverte par Schou-ten, 240. H Horn , Cap découvert T I E R E S. 449 par Schouten dans la mer du Sud, 213. Horn, Ifle découverte par le même : Maurs lîngu-liéres des habitants, 230, I \ Japon , defcription de cet Empire, 377. Ifle» qui le ccmpofent, 375?. Sa divifion , 380. Des Volcans , 3 s2. Tremblements de terre , 384. Pcrfécuticn contre les Chrétiens, 427. Gouvernement, 432. Police des rues, 433. Cérémonie du Crucifix , 434. Japonois, leur opinion fuç les Trombes, 382. Sur les tremblements de terre, 384. Leur induftrie , 409. Comment ils recueillent le Thé, 412. Leurs barques , 41^. Leurs maifons, 416. Sévérité de leurs Loix , 425. Leurs religions , 435. Leurs Temples, 437. & 443. Leurs Moines, 441. Des Bonzes, _ 445-Java, mœurs des habitants de cette Ifle , 1 t. Leurs coutumes fingu-liéres, 169. Jedo, Capitale du Japon 1 45° fa defcripton, K T A B 4". iK F. i M i s , ^Capitaine, eft envoyé par Raleigh pour faire des découvertes , 98. Il eft bien Teçu des Indiens, too. Son retour en Angleterre , 101. Il monte fur la flotte de Raleigh, 125. 11 va chercher une mine d'or, 134, Il brûle une ville Efpagnole,i 36. Il fe tue , 137. Xemaixe , Navigateur Hollandois, fe met en voyage avec Schouten, 206. Voyez Schouten. On donne fon nom aux détroits qu'ils découvrent, 213. Il meurt de chagrin, i\o. Loubis , Ifles de la mer du Sud , où Spilbcrgcn trouve des oifeaux d'une grandeur extraordinaire, 199- M ]A a y O a , ville Indienne cherchée inutilement par Berry , 106. Jdcacoy ville du Japon: L Ê Sa defcription , 41^ Mocha, Ifle de la mer du Sud : Mœurs des habitants, 183.' Mo^ol (le Grand Mogol) Jehanguir: Dcfcriptioit de fa Cour, 263. 11 eft fujet à s'enivrer , zji» Il fait déchirer des criminels par les chiens 173. Température du pays,. 281. Fête pour la nailTance de l'Empereur , 282. Il fait punir févéremenr l'i vrognerie, 302. Il part pour l'armée, 307. Son habillement,'309. Son camp, 311, & 317. Il fe met en marche, 315. Ses fentiments fur la Religion, 329. 11 s'empare des préfents de Rowe, 330. Il lui fa.it une vifite, 342. Comment les Européens fonr le commerce dans fes Etats, 343. Defcription de fon Empire, 355. Ses revenus , 356 Loi.* & Religion, 3^8. Origine du nom de Mogol, 359. Le Chriftianifme y eft introduit, 361. Portrait de Jehanguir, 363. Ses neveux font baptifés , 364. Ils abandonnent la religion Chrétienne,^*, DES MATIERES. 451 Commerce de I'Indouf- couverts par Schouten , tan , 373. Lettres du Mogol au Roi d'Angleterre, 374. Molucques, Ifles dont une • partie eft conquife par les Hollandois, 202. Morequito , pays découvert par Raleigh , 89. Le Roi fe plaint de n'avoir que trolls ou quatre femmes, 91. N '/(lO M B R E DE DlOS , eft brfdé par Drake, 26. Normahal, une des femmes du Mogol, veut faire périr le Prince Corone , 292. Elle favori-fe les Anglois, 3^1. Norofe ou Nouroux, fête du Mogol, 265. O Orenoque, fleuve, dont l'embouchure eft découverte par Raleigh, 79- Oficea , ville du Japon : Sa defcription , 413. Papous, peuples dé- Puna, Ifle Sud , 241. de la mer du » 5 5- R raleigh (Walter) fes commencements , 32. Galanterie qu'il fait à la Reine Elifabeth, 33. Il fe deftine au fervice de mer, 34. Il obtient des Lettres - patentes pour faire des découvertes, 35. Il y envoyé Ami-das & Barlow, 36. Il y envoyé M. Greenville, 40. On fonde une ville de fon nom, 48. Il renoncé à cette entrepri-fe, ç 1. Il envoyé des vaiffeaux aux Açores, 52. 11 part avec une flotte pour les Indes, On Iwi ôte le commandement , ç6. Son retour en Angleterre, 61. Ses amours : 11 eft mis en prifon, 63. H projette une expédition a la Guiane , 64. Il met à la voile, 65. Il attaque les Efpagnols, 67. Difficulté qu'il trouve pour aborder à la Guiane, 73.11 entre clans une rivière , 75. Il trouve^ 45| T A B l'embouchure de l'Oré-noque,7o. Son difcours au Roi d'Arowaia, 80. Il revient à Morequito , 88. On lui montre une mine d'or qu'il ne peut exploiter, 92. Il rega- ?ne fes vaiffeaux, 94. I brûle Cum.ina , 95. Son retour en Angleterre , 96.11 envoyé le Capitaine Keymis, 98. 11 commande une Efca-dre , 102. Il apporte en Angleterre la Bibliothèque d'Oforio, 103. Il envoyé le Capitaine Berry à la Guiane, 104. 11 eft nommé Contre-amiral fous le Comte cVEiïex, ïo9- w **it une defccnte , 110. Il eft traverfé par le Comte, 114. Son retour en Angleterre , 117. Il y eft comblé d'honneurs, 119. Sa difgrace , 120. Il eft condamné à mort, 111. Il fort de prifon, 122. U part pour la Guiane , 123. Il eft bien reçu à Goméra, 127- B tombe, malade, 129. Il arrive à Caliana , 13 1. Il envoyé fon fils chercher une mine d'or, 134. Le jeune Raleigk eft tué, 135. Le pere eft forcé L E de revenir en Angleterre , 138. Il eft arrêté 139. On lui tranche la tête, r42. Son portrait & critique de fa conduite, 143. Rqwî (Thomas) fes commencements. Il eft nom. mé Ambaffadeur auprès du Mogol, 252. Il arrive aux Ifles de Co-morra , 2^3. Il aborde à rifle de Socotora, 256. Il arrive à Surate, 260. Il paffe à Brampour, 261. Il le rend à Ardfirière , 262. Sa première audience du Mogol , 263, Il obtient un comptoir à Brampour, 273. Il eft bien traité par le Viceroi de Pan-tan, 27^. L'Empereur lui donne fo.i portrait, 278. Il le fait boire avec lui, 284. Il a une audience du Prince Corone , 314. 11 fuit le camp du Mogol, 316-II reçoit une vifite de l'Empereur , 342. Il devient ami d'Afaph -Chan , 34s. Conclufion de fon ambaffade, 354. S Sans-terre , Ifle de- DES MATIERES. 4^ couverte par Schouten, de la mer rouge, 257. 21^. Mœurs des habitants , 216. fSchouten, Navigateur Hollandois. Objet de fon voyage avec Lemaire, 205. Ils mettent à la voile , 206. Ils arrivent à Sierra Leone, 207. Un des vaiffeaux eft percé d'une corne de poilTon , 208. Un autre eft briilé , 210 Ils paflent un nouveau détroit, 211. Ils donnent le nom aux Ifles de Brirnevelt , & au Cap Horn , m. Ils découvrent l'Ifle Sans-terre, 21$. Ils arrivent à l'Ifle des Mouches, 218. Ils en découvrent plufieurs autres, 221. Ils arrivent à celle des traîtres, 224. Ils reprennent leur cours vers l'Europe , 127. Mœurs fiiiguîiéres d'une ifle où ils mouillent, 230. Ils découvrent les Ifles vertes, 23^. Ils arrivent à celle des Volcans , 240. Ils abordent à Gilolo, Û47. Us arrivent à Ban fcm , 248. On faifit leur vaiffeau , 249. Conclu-lion de leur voyage , 250. Socotora f Ifle à l'entrée Sa defcription, 158. Spiibergcn , Navigateur Hollandois, entreprend un voyage autour du monde, 194. Il met à la voile , i<^. Il perd plufieurs de fes gens, 196. Il palle le détroit de Magellan , 197. Il fait plufieurs prifes, 198. II eft attaqué par une flotte Efpagnole , 199. Il arrive à Manille, 201-II revient à Batavia, 203. Son retour en Europe, 204. Stuckeley, eft charge d'arrêter Raleigh, 139. Sa perfidie envers fon ami, 141. Sa mort funefte, 142. Tabac apporté en Europe par Drake, 2r. Ternate, le Roi de cette Ifle empêche Drake d'aller à Tydore, 2. Il lui fait une vifite en mer, 4. Il donne audience aux Anglois, 6. Tiv'd'ivas, peuples de la Guiane qui paflent une partie de l'année dans des arbres , 76. Traîtres ( ifles des ) décou- 454 TABLE DES vertes par Schouten , Vj y-No ort , Navigateur Hollandois , commande une efcadre pour faire des découvertes , 174. Mauvaife conduite de tonVice~Amtral,i7Ç. Il eft attaqué par les Portugais & brûle leurs Sucreries, 176. ïllaiffefon Vice-Amiral à la merci des Sauvages, i8ï. Il arrive à la Mocha & en-fuite à Guam, 188. Il fait plufieurs prifes, 189. 11 coule à fond l'Amiral' Efpagnol, 190 II aborde à Bornéo, 191. Son retour à Rotterdam , ... ' j Z94' Virginie, nom donne au MATIERES. pays découvert par Amî-das, 39. Première Colonie Angloife dans ce pays, 41. Drake la ramené en Europe , 4c. Une féconde Colonie eil détruite par les habitants, 47. Les Anglois font forcés d'en abandonner une troiueme504 W TVhite eft nommé par* Raleigh Gouverneur de la Virginie, 47. Il y établit la ville de Raleigh,' 48. Il repafle en Angleterre , 49; Wokoken ifle découverte par Amidas, 3^6. Wonerotuna Prince Indien qui vifite Raleigh, 82^ Fin de la. Table du quatrième Volume; ERRATA. P Age 17. ligne 2. 0/z ajoutera cette Noft oubliée dans CImprejjion. * Ce n'eiî pas ici le lieu de combattre ou de jurtifie* les prétentions des différentes nations» Je me contente cle rendre les penfées de mon Auteur fans entreprendre fil en attaquer les préjugés, mais aufîi fans les adopter. 1 4