Vladimir Pogačnik Ljubljana CDU 804. 0-541. 2 LES UNITES SEMANTIQUES DE L' ANAPHORIQUE FRANQAIS en DANS LA REPRESENTATION ELLIPTIQUE - En fait partie des anaphoriques, c' est-a-dire des mots qui ne se realisent pour la plupart des cas que dans un discours, dans un contexte. sur ce plan, la d8- finition de Tesniere parlant des "mots vides sur le plan statique" et des "mots pleins sur le plan dynamique", ou encore des "mots pleins virtuels", nous pa- raft tres juste et satisfaisante.1 Car il s' agit generalement des mots (pronoms et adjectifs - personnels; possessifs, d8monstratifs, relatifs; verbe faire; ad- verbes ainsi, aussi, comme 9a, la etc.) qui reprennent les antecedents auxquels ils se referent et par rapport auxquels ils sont "anaphoriques". La question de la frequente anticipation des anaphoriques n' est qu' un probleme secondaire (p. ex.: Elle nous embete, la bonne femme. Q' est inoui, cette histoire. Il a vite fait de se barrer). Un vrai probleme appara!t lorsque le mot ou le concept auxquels se substitue l' anaphore ne figure pas dans le contexte, ce qui entra1ne une complexification de la source semantique de certains anaphoriques. La non-realisation contextuelle de ces mots pleins virtuels peut etre voulue pour des raisons d' ambiguite appa- rente et plus ou moins transparente dans les cas des euphemismes de toute sorte (cf. slovene: zagosti ~. na zob ~dati; serbocroate: Eno ti ga, na!; italien de Brescia: piparsela2 pour piparsene; anglais: to give it hot to him, to lord it; allemand: ~ gut-;,arm haben3). - - Le fran9ais est particulierement riche dans cet art de suggerer l'innommable, c' est-a-dire ce que l' on n' a pas le droit de preciser pour des raisons de d8- cence et d' autres prejuges sociaux: le mettre (= accomplir l' acte venerien)' le perdre (se. le pucelage); l'avoir dure, l'avoir en l'air; l'avoir (se. la verole); ne baiser plus que d'une {še. couille); On les a eus en 1944 (se. les Allemands); les avoir a zero (se; les couilles, = avoir peur), les brouter a qn (se. les COuiUes, = importuner qn); en avoir une belle paire{sc. de couilles, = ~tre courageux), en faire (= se prostituer), en etre un(une) (se. homosexuel, mouchard, prostituee etč!."")' en avoir dans l' aile pour qn (= oosirer qn)' en mettre a gauche (se. de l'argent);""""i passer (= ceder aux charmes de qn), ~ avoir l'os (= oosi- rer; conna:ttre bien une chose), ~ regarder (se. au prix); Il n'y a tout de meme pas que 9a dans la vie (se. l' amour); Elle est mieux la ou elle est (se. dans sa tombeh Mon Dieu, gu' est-ce-qu' il va prendre (se. comme coups) ! Ces expressions qui relevent surtout de la langue non-normative (le langage fa- milier, le langage populaire, les argots) sont en fin de compte parfaitement claires a la plupart des Fran9ais, et le deviennent, une fois la reference du substitut enigmatique d8voilee, aussi aux yeux des no~-francophones. 137 Cependant, il e:xiste des structures plus opaques dans lesquelles les anaphoriques le, la, ~. y et autres n' ont pas une structure semantique immediatement evi- dente (cf. slovene: polomiti 1E· pihniti 1E· ucvreti E). Comment expliquer leur sens exact dans les cliches suivants: Je vous le donne en mille (b Vous n' avez qu' une chance sur mille de gagner le pari). Il va se la faire un jour (= 11 finira bien par s'enfuir}. 11 ~ ecrase (= 11 dort profonooment). Tu n'j'. es pas (= Tu ne comprends pas ce dont il s' agit). C' est toujours 9a (= C' est tout de m~me un pas en avant. ). 11 se pose un peu la (= C' est sa specialite. ). Dans son analyse du pronom en, Darmesteter precise qu' il s' agit dans certaines expressions (n' ~ pouvoir mais, c' ~ est fait, etc.) d' un "rapport vague". 4 De fa9on analogue, Brunot dit au sujet de en, ;y_, le qu'ils "ont souvent un sens tre s vague, et ne renvoient a proprement parler a-aucun antecedent". 5 · Iooe plus ou moins reprise par Tesniere: "Souvent, la source semantique de l'anaphore n'est pas exprimee explicitement. On a alors affaire a une anaphore vague, ~ une sorte de devinette dont seuls ceux qui connaissent bien la Jangue en question ont la cle, et ce n' est souvent que par hypothese que l' on peut retablir le mot auquel l'anaphore renvoie dans l'esprit du sujet parlant". 6 Wagner et Pinchon estiment que le pronom qui perd sa valeur du representant ne peut plus ~tre analyse. 7 On aboutit avec Dubois au "role de cohesion syntagmatique" assume par ~ et ;y_, qui selon lui "indiquent l' existence de ce que l' on appelle des lo- cutions verbales". 8 C' est ainsi que le cercle des diverses refle:xions a ce sujet finit par se fermer, car Darmesteter dej~ eut recours au terme de "locutions". 9 Il est evident que ces esquisses de oofinition avec les quelques rares exemples, bien precieux d' ailleurs, ne puissent pas satisfaire notre oosir d' en savoir plus long sur le probleme. Un phenom'ene d' une pareille dimension ne saurait ~tre structure par les termes qu.i viennent d' ~tre exposes ci-dessus et auxquels on pourrait ajouter encore celui de 11gallicismes11 • Nous restons ici au niveau de la description pure et simple. Avec l' apport des linguistes qui par lent de la valeur affectivelO - une iooe que l' on rejoint en quelque sorte dans le recent manuel de grammaire .slo- venell - il y a un nouvel element qui appara!t: celui de la valeur. stylistique de ces expressions; mais ceci ne nous oolivre pas pour autant d' une recherche precise: celle de la "cle" qui va oomystifier la "devinette" d'une maniere plus systematique. Nous sommes amenes ainsi a apporter une oofinition du phenomene. linguistique ebauche ci-dessus. Pour limiter le champ de travail, nous nous contenterons dorenavant de l' anaphorique ~· On constate que dans un nombre assez consioorable d' expressions plus ou moins longues qui representent une unite semantique, ~. tout en ne reprenant et n' an- ticipant aucun element ou ensemble syntaxi~ues concrets, appara!t ou est cense d' apparartre en tant que porteur de sens. 1 Dans certains exemples, la source semantique de en ne represente pas un inter- dit, car il peut souvent ~tre interprete comme de oola, avec cela, quant ~ cela, 138 a ce sujet (cf. ~ faire a sa tf!te). Sa valeur de representant est par consequent encore assez palpable. Mais elle l'est evidemment beaucoup moins, tout au moins pour quelqu'un qui, a priori, n' est pas familiarise avec les gallicismes, dans des exemples tels que: s' en donner jusque la (= se vautrer dans la oobauche). Ici, une interpreta- tion semantique immedi.ate de l' anaphore s' avere impossible, nulle. Un troisieme point de vue, a mi-chemin des deux precedents, est a reperer dans les euphemismes que nous avons deja mentionnes au prealable. Ut, l' anaphore se pr~te parfaitement a une interpretation; mais celle-ci reste interdite, et devient par consequent ooviee, transposee, "metaphorisee". Prenons un exemple: Il en a une belle paire, signifie a proprement(!) parler: 11 a une belle paire de testi- cules (ou plus exactement - de couilles, compte tenu de la structure mentale et sociale, dans laquelle s' inscrit cette expression). Mais en definitive, la locution correspond a un concept tres precis: 11 a du courage. Une transposition interme- diaire est traduite par: 11 a du poil au bras. Ce qui attire davantage notre inte- r~t. c' est le fait que cette m~me locution soit tres souvent reduite a: 11 en a. Au besoin d' expressivite vient s' ajouter c8te a cote le besoin de brievete. Il n'y a aucun doute qu'il s'agisse dans tous ces exemples-la, m~me dans le plus transparent des trois, d' une interference plus ou moins synchronisee de ces deux besoins linguistiques fondamentaux. On peut done consioorer que l' anapho- rique ~ traduit, entre autre' une figure semantique bien precise - l' ellipse. Ce qui importe alors' C' est un lien memoriel' si imprecis et imparfait qu' il puisse para!tre, existant entre l' element suggere (anaphore) et la comprehension. Les lacunes semantiques de ces expressions elliptiques sont comblees en derniere instance par le mecanisme de la memoire (du "sentiment" linguistique). C' est le Heu ou se rencontrent, en se combinant, la representation discursive et l' ellipse memorielle. Pour employer un terme contracte et plus maniable, nous parlerons de la representation elliptique dans les cas ou l' anaphorique en, a l~ interieur des locutions toutes faites possede ou semble posseder un sens impre- cis, vague. La principale question a resoudre est done celle qui consiste }i_ oovoiler et a savoir interpreter !'element semantique manquant. 11 s'avere que celui-ci releve tres souvent des aires semantiques d' un nombre assez restreint dans le cas de en. Mais avant de proceder a un regroupement systematique des exemples ou ce representant elliptique est present, il faut au moins effleurer le probleme des correspondances semantique et syntaxique a l' interieur de ce phenomene linguis- tique. Lorsqu' on arrive }i_ identifier semantiquement le representant elliptique, a trou- ver son correspondant non-anaphorique adequat, on s' aper9oit que l' anaphore ne represente aucun probleme au niveau structural. Et vice versa: si l' on arrive a determiner, a analyser la fonction syntaxique du representant elliptique, celui-ci pourra ~tre interprete, du moins approximativement, au point de vue semantique. 139 Les struetures les plus frequentes et les plus evidentes de en dans la represen- tation elliptique sont essentiellement deux: l. En a la fonetion adverbiale d' un eomplement eireonstaneiel de eause, de mo- yen, de lieu. - ne pas ~ mener large (= avoir peur ~ eause d'un situation eritique) - en prendre (= s' enriehir & l' aide d' une aetivite malhonn~te) - s' en tirer a son honneur (= venir a bout d' une situation penible) 2. En eorrespond a un pronom rempla9ant un partitif dont la fonetion en fran9ai.s "illi>derne est eelle d' un eomplement d' objet direet. - en avoir de reste (se. de l' argent) - s' en raeonter (se. de belles histoires) - en _souhaiter a qn (se. des malheurs) Dans eertains eas de representation elliptique, ~ peut presenter la double strue- ture du partitif et du eireonstaneiel. - en voir (= voir, eonnaitre des malheurs; = eonnaitre des malheurs a eause d' une situation penible dans laquelle on s' est trouve) L' interpretation eausale est justifiee par une unite phraseologique plus 1.on- gue, synonyme de la preeedente: en voir trente-six ehandelles. - en toueher (= toueher de l' argent; = toueher de l' argent a l' aide d' une aetivite malhonnete.) Dans un nombre de eas plus limite, en apparait eomme eomplement des adverbes et des loeutions adverbiales qui determinent la quantite, le degre: - en avoir marre - en avoir plein les bottes Quand l' insertion syntaxique du representant elliptique demeure impreeise et flottante, nous sommes souvent ineites a penser a une dimension aspeetuelle, dans un sens tres large, ou la categorie de l' aspeet verbal ne se borne pas uniquement a distinguer le perfeetif de l' imperfeetif' mais ooeele les etape s oofinies d' une aetion, etant en quelque sorte l' angle sous lequel on. devisage le ooroulement d' une aetion. - s'en retourner (aspect accompli renforee par rapport au verbe non-prono- minal - retourner) - s' en tenir a ce qui a ete decide (aspect definitif) - On ne sait pas ou on en est. (point d' aboutissement) 140 n convient de remarquer sur ce point que la dimension aspectuelle de en est generalement l' unique element qui puisse gtre rendu dans la traduction;en faire a sa tete sera traduit en slovene par "ukreniti, ukrepati po svoji glavi". et non pas par "delati po svoji glavi". La petite nuance aspectuelle est la seule trace du representant elliptique dans la traduction. Au cours de l' analyse semantique d' un nombre assez important d' exemples qui nous semblent faire partie de ce que nous avons appele la representation ellipti- que, i1 s' est revele tre s vite que I' on arrivait tres facilement a les regrouper dans quelques aires semantiques a I' interieur desquelles i1 pouvait y avoir des series synonymiques ou encore "plusieurs unites phraseologiques metaphoriques synonymes les unes des autres", rlefinition donnee par O. Duchaček. 13 Or il est curieux de constater que la plupart de ces unites semantiques rentrent dans des ensembles ou se font sentir certains themes euphemiques - prostitution, vol, virilite, erotisme, malheurs, erreurs, betise, mensonge, argent etc. La repre- sentation elliptique des unites semantiques neutres ou en se rapporte a la situa- tion entiere - fait releve par Spitzer pour I' explicationde certains vers de la Chanson de Roland14 - est un phenomene beaucoup plus rare que 1' on n' ait pu le croire. Si arbitraire que puisse parattre au premier abord 1' interpretation aspectuelle de en, elle s'applique cependant, ou peut s'appliquer, a un nombre assez con- sirlerable d' unites phraseologiques. I. En comme euphemisme masguant une unite semantigue explicite ou meta- phorigue 1. prostitution, proxenetisme, vol - en faire faire du trottoir (l' emploi partitif est admis par Esnault)15 faire du pese ~ - en ecraser - en moudre faire du travail en faire, en supprimer, en avaler Voir aussi: "J' ecrase dix clients" = "J' expedie faire, expedier du travail ecraser de la graine dans son moulin faire, expedier du travail " - en ecraser, en moudre (sens plus ancien et plus general) = dormir profon- dement (a rapprocher ce dernier peut-etre du ronronnement de chat) - en moudre = pedaler; liquider du travail en kilometres L' anaphorique en figure en tant que constituant d' une serie synonymique phraseo- logique concern~t les activites "du milieu", c' est-Š.-dire le proxenetisme, le vol, la denonciation. 141 - en manger (se. du pain secret; proxenetisme, vol) - en bouffer (se. de ce pa.in-la; proxenetisme, denonciation) - en vivre - en toucher - en prendre - en etre (se. homosexuel, denonciateur, athee etc.) Dans ce cadre, en est dote d'une dimension supplementaire, mise evidemment en ellipse, qui suggere quelque chose de negatif, de trivial que l' on ne peut et ne doit pas nommer, ou encore ne veut pas nommer intentionnellement - ce qui est le cas frequent dans le langage populaire et dans l' argot. On parvient de cette fafOn a une ambiguite voulue qui rend possible un eventail d' interpretations semantiques, de la plus neutre a la plus grossiere. 2. virilite, suffisance - en avoir (se. des couilles - du poil au bras - du courage) - en avoir une belle paire - en avoir dans le bide, dans le moulin, dans le buffet - en mettre plein la vue (= bluffer) - en imposer (se. une illusion = tromper) - en faire accroire - en mettre (se. du zele, de l'huile de bras, du "jus" = travailler avec ar de ur) - en jeter (= avoir belle apparence, faire impression) - en jeter un jus (= faire impression avec son elegance) - en avoir un jus - en faire un jus - en prendre a son aise (= ne pas se gener' craner' faire le dur) 3. erotisme, sensualite - s' en ressentir pour qn = se sentir en bonnes tlispositions pour qn, desirer qn, aimer qli (physiquement) - en avoir dans l' aile pour qn = desirer, ~tre amoureux - en avoir dans l' aine pour qn - en avoir dans le flanc pour qn - en avoir dans le dos pour qn 142 Ces locutions qui mettent en valeur certaines zones erotiques sont peut-€!tre ~ rapprocher de en avoir (== avoir du plomb dans l' aile, etre touche, atteint, en parlant d' un oiseau). - Si le coeur vous en dit. (expression plus euphemique: Si cela vous dit.) - en vouloir ~ qn (vieilli) = eprouver de l' amour pour qn - en mouiller pour qn = oosirer qn; au fig. aimer une chose' s' y interesser' etre expert - en pincer pour qn s' en donner a coeur joie = temoigner d' une grande ardeur au plaisir - s' en donner jusque la = se vautrer dans la oobauche - s' en donner jusqu' aux garde s - en avoir (en vouloir) pour son argent "" ~tre recompense en proportion de ce qu' on a donne (en argent ou autrement) 4. malheurs, difficultes, problemes - en baver = baver a cause de tous les malheurs possibles et imaginables dont on est accable - en voir trente-Six chan:delles = . . . a cause d' une situation penible - en voir - en venir a = recourir a une extremite ~ cause des malheurs - en arriver a - en arriver la = aboutir au malheur ~ cause d' une situation racheuse prealable - en passer par la - en etre reduit a - en ~tre aux expedients - en ~tre a se demander = ~tre oblige de supposer des choses qu' on a du mal a admettre' a cause d' une situation penible - Je ne sais plus ou j' en suis. - en venir aux mains = avoir recours aux actes de violence a partir d' une situation penible - en venir aux extremites - en venir aux voies de fait - en oocoudre = engager la lutte' se battre en portant des blessures feroces (cf. cerf qui oocoud un chien) 143 - en avoir a qn = avoir des griefs contre qn, a cause d' une situation intenable - en avoir contre qn - en avoir apres qn - s' en prendre a qn = s' attaquer a qn a cause d' une chose negative dont il est, ou dont on le croit responsable - en vouloir a la vie de qn - en appeler a qn = se fier a un arbitre dans une situation :ffi.cheuse - en appeler au temoignage - s' en remettre - s' en rapporter long = avoir une perspective limitee \ cause d'un mauvais - ne pas en mener a ciepart pas' large = avoir \ cause d' une situation critique - ne en mener peur a - ne pas en avoir un (poil) de sec - ne pas en revenir = ~tre tres surpris - en avoir les bras qui tombent - s' en tirer = venir a bout d' une situation penible (voir: se demerder) - s'en tirer a son honneur - s' en sortir, ne plus en sortir - avoir du mal a en revenir - en ~tre quitte pour la peur = s' en sortir avec peu de consequences - en ~tre quitte pour un rhume - en ~tre quitte pour une egratignure - s' en remettre de = se consoler, guerir d' un mal en finir avec = mettre un terme definitif a une affaire qui a trop dure surtout parce qu' elle n' etait pas positive - s' en aller de ce monde (cf. l' iciee de resignation) - en avoir assez (se. de se trouver .dans une situation intenable) - en avoir epais - en avoir mar (marre) - en avoir plein les jupes - en avoir plein les bottes - en avoir plein le cul 144 - en avoir ras-l'bol - en avoir par-dessus les oreilles - en avoir par-dessus la t€te - C'en est. trop. - en avoir gros sur le eoeur (avoir du ehagrin a eause des malheurs .•. ) - en avoir gros sur la patate A rapproeher peut-etre: en avoir pour ~tre "eoinee" avoir a payer beaueoup d' argent, A rapproeher aussi: en avoir plein la main = t!tre eondamne a einq ans de prison en avoir plein les mains = '13tre eondamne a dix ans de prison - en souhaiter a qn (se. des malheurs) - en avoir vu bien d' autres - en voiei bien d' une autre - en faire voir de dures - en faire voir de vertes et de pas mU.res - en faire voir de toutes les eouleurs 5. erreur, b@tise, mensonge - s' en mordre les doigts (se repentir a eause d' une erreur) - s'en faire (se. de la bile, du mauvais sang - a eause d'une erreur) - s'en reproeher de (se. ~ eause d'une erreur) - s' en vouloir de - en prendre un eoup sur la pipe reeevoir des eoups sur le visage a eause d'une erreur - en prendre pour son grade reeevoir un eM.timent qu' on a merite a eause d'une erreur - en avoir l' endosse = supporter un eliatiment a eause de l' erreur d' une autre personne - en avoir le eoeur net = arriver ~ la eertitude au sujet d' une erreur que l' on soup9onnait - ne plus en jeter (se. de betises, de paroles flatteuses = se taire) 145 - n' en faire jamais d' autres = commettre toujours les memes betises - ne pas en faire d' autres - ne pas en rater une - ne pas en demordre = s' enteter dans son erreur, betise; opinion - en faire de belles - en dire de belles - en apprendre de belles - en faire avaler (se. des mensonges, des histoires) - en donner a garder - en laisser conter - en dire pis que pendre 6. argent - n en faut. - en mettre a gauche - en mettre de c3te - en avoir de reste - en prendre = en voler, s' enrichir II. En - representant elliptique des unites semantiques neutres, signifiant: de cela, avec cela, guant a cela, a ce sujet - s' en douter - en mentir (vieilli) - en connattre un rayon - en connattre un bout - en savoir le fonds et le trefonds - en savoir long - en dire long - en apprendre long - en croire = s' en rapporter 'l:i. - en tomber d' accord - en demeurer d'accord 146 - en faire a sa tl~te - en faire autant - ne pas en faire lourd - n' en tourner pas la main - en rester la - en rester pour ce qu' on a dit - n en est de meme. - n n' en est rien. - n s' en faut de peu' de beaucoup ..• - en donner sa ~te a couper = affirmer avec conviction - en mettre sa main au feu Autant en emporte le vent. = Tout sera emporte par le vent; rien ne restera. III. La valeur aspectuelle de en Ce phenomene s' explique par la valeur adverbiale que en possedait a ses or1gmes. n sign.ifiait .le point de oopart, et plus tard, en tant que marque aspectuelle ega- lement le caractere definitlf d' une action li. son point de oopart, ainsi qu' a son point d' aboutissement. l. L' aspect pur - s' en aller (le redoublement populaire: Il s' en est en alle) - s'en venir - s' en retourner - s' envoler - s' enfuir Etymologiquement on peut y ajouter aussi: emporter, emmener etc. 2. La valeur aspectuelle plus ou moins presente - s' en tenir a = ne pas outrepasser la limite oofinitive - en vouloir a = s'interesser en fin de compte (On en veut a sa signature.) - s' en aller a la oorive = se perdre oofinitivement - s' en aller a vau l' eau = oogenerer et aboutir au neant - s' en aller en fumee = ne pas se realiser 147 - s' en aller en eau de boudin - en arriver a ses fins = arriver a son mauvais but - en avoir pour (se. longtemps, des milliers d' annees) = ~tre arrive certain point qui n' est que le oobut d' une longue periode ' a un - Bien (Mal) m' en a pris. = Cette oocision suppose de bonnes (mauvaises) consequences. On peut y ajouter les unites phraseologiques ooja mentionnees: - en rester pour ce qu' on a dit - en arriver, en arriver li s' en prendre a; en avoir a, apr~s. contre; en vouloir; s' en vouloir - en venir aux mains, aux extremites, aux voies de fait - en finir avec - en appeler a, s' en remettre' s' en rapporter - ne pas en revenir - en prendre; en prendre un coup dans sa pipe 3. En - suivi du verbe etre dans les .gallicismes aspectuels marquant le point d' aboutissement en -etre a la moitie du chemin = -etre arrive - ne pas savoir ou on en est - Ou en est-il dans ses recherches? - J' en etais la, de mes ooductions. en -etre a son coup d' essai = faire une premiere et maladroite tentative - n' en plus etre a faire ses preuves = avoir ooja montre ses capacites' ses merite s - en etre a son coup de maitre Tours plus elliptiques: en etre pour sa peine avoir perdu sa peine, s' efforcer en vain en @tre pour ses peines - en ~tre pour ses avances - en ~tre pour son argent 148 Deja mentionnes: - C' en est trop. - en ~tre aux expedients; en ~tre reduit :l - en etre a se demander en ~tre quitte pour la peur Gallicisme: C'en est fait de moi. IV. En - terme pleonastigue de l' ellipse du