: 'AiiA to LA FORMATION HISTORIQUE DES LIMITES LINGUISTIQUES ITALO - SLOVENES. % PAR MILKO KOS DOCTEUR £S LETTRES. LIOUBLIANA 1919. LA FORMATION HISTORIQUE DES LIMITES LINGUISTIQUES = ITALO-SLOVENES. = PAR MILKO KOS, DOCTEUR ES LETTRES. LA FORMATION HISTORIQUE DES LIMITES L1NGUISTIQUES ITALO-SLOVENES. Par MILKO KOS, docteur es lettres. Des la fin du 4 e siecle et jusqu’au milieu du 6 e apres J.C., le bassin de notre Isonzo fut le seuil de la porte par laquelle les peuples barbares de T Europe centrale et orientale entrerent dans les provinces italiques. Beaucoup de ces peuplades — mentionnons les Goths et les Lom¬ bards — furent assimilees grace a la civilisation romaine qui a cette epoque etait d’une superiorite incomparable. La branche Slovene de la nation yougoslave, s’ avangant vers 1’ ouest, n’ aurait pas echappe a la meme destinee, si elle avait reussi a s’etablir parmi les habitants romans de la Venetie. Par bonheur, les Lombards qui venaient de creer un corps politique capable de resistance a l’extremite est de la plaine de T Italie superieure, s’ opposerent aux assauts des Slovenes, qui renouveierent souvent leurs entreprises militaires avec des efforts remarquables. Si les Slovenes avaient reussi a conquerir les centres lombards, tels que Cividale ou Cormons, s’ils avaient penetre par gran des masses jusqu’au Tagliamento ou a la Livenza, ils n’auraient pas tarde a succomber sous T action du milieu roman qui, a cette epoque la, leur etait si superieur. Le sort des Lombards suffit a le prouver. Ce peuple germanique, a peu d’exceptions pres, n’existe plus, tandis que le peuple Slovene habite toujours les montagnes et les coteaux qui descendent en pente vers la plaine frioulienne ou il a livre tant de combats pendant les 7 e et 8 e siecles. La force offensive du peuple Slovene dirigee vers 1’ ouest etait si con¬ siderable aux 7 e et 8 e siecles qu’ elle causa bien des soucis aux habitants de 1’ Italie. En l’an 600 deja, le pape Gregoire I er ecrivait que les attaques du peuple slave s’ avangant vers 1’ Italie 1’ inquietaient beaucoup. * 1 Ces in- 1 Fr. Kos. Gradivo za zgodovino Slovencev (Materiaux pour 1’histoire des Slovenes 1, No. 131, p. 171. 1 vasioas slaves en Istrie et dans le Frioul tie cessereat pas pendant les annees suivantes. 2 Vers Van 664 les Slovenes assaillirent Cividale, mais ils durent battre en retraite -pres du village de Brisce. 3 Au cours de ces combats entre Lombards et Slovenes au 7 e siecle et pendant la premiere moitie du 8 e , les limites linguistiques entre les deux nations allerent se consolidant. Les villes et les lieux qui en ce temps-la etaient lombards, ou friouliens, le sont generalement restes jusqu’a aujourd’ hui, p. e. Aquilee, Cormons, Ipplis (entre Cividale et Cormons), Cividale, Neme (Nimis), Rtin (Artegna) et Humin (Gemona). Vers 610, Cormons, Ipplis, Cividale, Nimis, Artegna, Gemona et Oseppe localites situees toutes au pied des montagnes et des coteaux habites encore aujourd’hui par les Slovenes, formaient des „points d’appui“ contre la ligne d’offensive avaro-slave. 4 Vers 737, les patriarches d’Aquilee residaient a Cormons, ce qui prouve que les habitants de la ville etaient catholiques et romans, car les Slovenes en ce temps-la etaient encore pai'ens. 5 Pourtant, en face des murailles de Cormons, nos „Coteaux“ (Coglio) etaient cultives par les Slovenes. On peut conclure de ces faits que les Slovenes n’ont pas perdu beaucoup du domaine national sur les con- fins entre Cormons et Gemone. Les Slovenes habitent depuis treize siecles en masse compacte les confins de la plaine frioulienne jusqu’ a la ligne qu’on peut tracer le long des montagnes de la Slovenie veni- tienne, des „Coteaux" (Coglio) et de notre Carse (Karst). La plaine qui s’etend sous ces hauteurs a forme le „territoire de colonisation" Slovene, qui au cours des siecles alia se romanisant (se frioulanisant) grace a la preponderante influence civilisatrice et politique etrangere. Ce territoire de colonisation s’ etendi de 1’ Isonzo jusqu’ au Taglia- mento, ga et la meme au dela de la riviere. Ces colonies Slovenes etaient dispersees et furent d’ autant plus facilement romanisees, Les Slovenes ne s’y etablirent pas tous de leur propre mouvement, beau- coup d’ eux furent appeles ou amenes par des seigneurs, nous ne citerons que les comtes de Gorice et les patriarches d’Aquilee. Les invasions magyares, aux 9 e e 10 e siecles surtout, causerent de grands ravages entre 1’ Isonzo et le Tagliamento — les patriarches d’Aquilee,, et d’autres seigneurs appelerent pour cela des montagnards 2 Materiaux 1, No. 138, 148. 8 Materiaux 1, No. 179, p. 220. — a) Pour les indications topograpliiques voir la carte! 4 Materiaux 1, No. 145. 5 Materiaux 1, No. 213. 2 Slovenes dans ces provinces saccagees et depeuplees. Les colons y batirent leurs maisons et donnerent a leurs villages des noras Slovenes qui nous rappellent toujours 1’ oeuvre de civilisation entreprise par nos ancetres... La plus grande des colonies Slovenes se forma sur la rive gauche du Tagliamento au sud-ouest d’Udine, autour du village de Belgrado. Les colons en furent probablement appeles par les comtes de Gorice, ils etaient d’origine Slovenes, paysans comtaux de Gorice. Ceci eut lieu au ll e ou au 12 e siecle. A cette epoque, les comtes de Gorice apparaissent dans 1’ hi- stoire et le centre du „comte de Belgrado" sur le Tagliamento est men- tionne pour la premiere fois, dans des chartes, en l’an 1139.° Le district de Belgrado appartenait primitivement aux comtes de Gorice, a partir du 15 e siecle il passa d'un seigneur a 1’autre. Les noms Slovenes des villages autour de Belgrado par leur similitude ont une parente evidente avec les noms des villages comtaux environnant Gorice, fait qui in- diquerait la patrie originaire des-colons. Rappelons quelques-uns de ces noms: Gradisce (Gradisca), Goricica (Goricizza), Gorica (Gorizza), Virk (Virco), Plavce (Blauzo), Velikonja (Velicogna), Gradiskuta (Gradis- cutta), Strazice (Straccia), Selo (Sella), Loka (Lonca), Glavnik (Glau- nicco), Slavnik (Selaunicco) etc. Ces noms se rencontrent dans des chartes et les documents a travers tous les siecles jusqu’aux derniers temps du moven-age. De meme les denominations des champs et dies bois sont Slovenes. Dans une charte de l’an 1357, un vignoble du village de Bertiolo est appele „Dobrava“. 6 7 Jusqu’a une epoque tres avancee du moyen-age, les noms des habi¬ tants de ces villages denotent leur origine Slovene. En 1367, dans le village de S. Maria di Selaunicco, il y avait un paysan nomme Svobodin (Sabodin) et un autre du nom de Beli demeurait a Lestizza. 8 Les noms des lieux memes prouvent qu’il y a des siecles, les habitants de ces villages etaient Slovenes et parlaient Slovene. Les friouliens romans appelerent ces villages, par opposition aux leurs, „slovenes“. Ceci donna naissance a des noms de lieux, tels que Pasian Schiavonesco. Dans les villages de Morteghiano et Talmassons (ent’re Codroipo et Palmanuova) un quartier du village s’appelle encore aujourd’hui Borg dei Schiavons et nous rencontrons aux environs une serie de noms de localites parfaitement slaves. 9 6 V. Joppi, Documenti Goriziani. Archeografo Triestino, Nuova serie, II, 381. 7 Code R 80, fol. 18, Archives de 1’ Etat a Vienne. * Charte datee du 9 juillet 1367 — Gorice, Archives de Vienne. * C. Podrecca, Slavia Italiana. I, 20. 3 Une large zone de colonies Slovenes s’etend depuis Codroipo et Bel- grado sur le Tagliamento vers l’est, longeant la route par laquelle deja a 1’ epoque romaine les provinces de 1’ Italic superieure communi- quaient avec les pays des Alpes, et qui au 10 e siecle servit aux grandes invasions magyares vers 1’ Italie et fut pour cela appelee „strata Hunga- rorum“. Le territoire Slovene autour de Palmanuova au-dessus d’Aqui¬ lee, de Gradisca et de Cormons confinait a 1’ ouest avec le groupe des villages du comte de Belgrado, communiquant avec lui par la route hongroise. Au nord de Palmanuova, il y a un village qui s’ appelle aujourd’hui Meretto di Capitolo. En l’an 1031, ce village et un autre, Slovenes tous deux, echurent a l’eglise d’Aquilee. 10 Le nom de Meretto, apparemment roman, ne doit pas nous etonner. II y avait sans doute nombre de villages qui, comme celui de Meretto, malgre leurs noms friouliens (romans) etaient absolument Slovenes, Une charte du 12 e siecle dans laquelle l’abbesse Hermelinde cite les villages appartenant au monastere de S te Marie d’Aquilee, et qui porte aussi le nom des colons en est la preuve. Ces villages situes entre Palmanuova et Aquilee portent en majeure partie des noms romans, tels que Perteole, Altur, Mortesino, Terzo, S. Martino, Chiasiellis, Cervignano, Muscoli, Zompicchia, Beano, Pantianicco, Meretto. Cependant les habitants de ces localites ont des noms tout a fait Slovenes, p. e. Ivan, Mestibor, Svemir, Radul, Stojan, Dragovid, Belisa, Preslav, Stane, Zdegoj, Stanislav, Bislav, Dragoslav, Vitigoj, Lastigoj etc. * 11 L’ ancien Frioul autrichien entre 1’ Isonzo pres de Gradisca et Cor¬ mons avait aussi une population Slovene tres dense. Les documents du moyen-age donnent toujours les villages de Versa et de Medea, pour Slovenes (Versa, Medea Sclabonica, Sclabonice). Le bourg voisin de San Vito al Torre etait situe au milieu des Slovenes (Sanctum Vitum de Scla- bonibus 12 ). On nomme Medea des le 12 e siecle aussi du nom Slovene de „Predegoj“, un quartier du village a conserve ce nom jusqu’aujourd’hui. ls Les colonies Slovenes depuis 1’ Isonzo et depuis les coteaux de Coglio jusqu’au Tagliamento ne formerent pas un territoire homogene. Au milieu des villages Slovenes, des nobles germaniques batirent leurs chateaux, auxquels ils donnerent des noms germains. Le nom du lieu Slovene a souvent servi de base a la denomination germanique. C’est ainsi que Weiden et Peuchelsdorf, allemands, doivent leur origine aux noms slo- 10 Kandler, Codice diplomatico Istriano, charte de 1’an 1031. 11 Trinko et Jusic, charte de 1’an 1170—90, Udine, 1890. 18 Code R 80, fol. 22, 30, 62, 79, 107, 128, 154, 158, aux Archives de 1’Etat a Vienne; Odonci, Thesaurus ecclesiae Aquileiensis, edite par Bianchi, 182, 378. 13 De Rubeis, Monumenta ecclesiae Aquileiensis 604. 4 venes de Videm (Udine) et „Pusja vas“ (Venzone). Les allemands ger- manisaient aussi les noms romans, tels que Glemann (Gemona), Naum (Naone), Naunzel (Noncello); lorsqu’ils donnerent a leurs chateaux des noms allemands ceux-ci furent romanises par les Romans p. e. Urus- pergo (Auersberg, en Slovene Volovnjak nad Cedadom), Soffumbergo (Scharfenberg), Partistagno (Perchtenstein), Cronumbergo (Griinen- berg), Spilimbergo (Spielberg) etc. 14 A cote des Allemands, les Friouliens (Romans) etaient 1’element pre¬ ponderant dans le systeme ethnographique du territoire entre 1’ Isonzo et le Tagliamento. Aquilee, le centre du regime ecclesiastique dans la premiere moitie du moyen-age, Cividale, foyer politique et intellectuel des Lombards, Gemona, ville de commerce renommee, situee sur 'la grande route conduisant des Alpes en Italie, la florissante commune d’Udine et d’ autres lieux eurent toujours des habitants romans en nombre pre¬ dominant : c’ etait des centres de riche bourgeoisie et d’ aristocratie admini¬ strative romaines. A partir du 13 e siecle, de nouveaux venus, particuliere- ment des banquiers et des commer?ants toscans, renforcerent 1’element roman dans ces villes. Hors des villes et des chateaux, les Slovenes formerent un contingent considerable parmi les villageois friouliens, «en particular — nous en avons deja fait mention — aux environs de Belgrado sur le Tagliamento, le long de la route qu’ on est convenu d’ appeler hon- groise et dans 1’ ancienne province autrichienne du Frioul. Lorsque les Romans s’etaient etablis en grande quantite au milieu des Slovenes, ils avaient appeles leurs domiciles du nom caracteristique de „Romans" (pluriel frioulien pour Romain). Nous rencontrons ces „ Romans" pres de Medea et pres de Versa a l’ouest de Gradisca, au milieu du territoire Slovene autour de Belgrado et pres du village au nom significatif de „Sclavons“, bien loin a l’ouest dans le voisinage de Pordenone. Dans le Frioul, la contree italienne par excellence au- jourd’hui est celle qui confine aux bords occidentaux du Carse (Karst) Slovene, c’ est le pays borne par le Carse, par la mer et par 1’ Isonzo. Les noms de lieux prouvent qu’autrefois les Slovenes habiterent la. 15 Un village pres de Monfalcone s’appelle Schiavetti: Brodiz (Brodic) est le nom d’une localite pres de S. Canziano. Bregi et Staravassi (Stara Vas) sont situes la aussi. „Dobje" est entre S. Canziano et Ronchi. Une ferme pres de la rive droite de 1’Isonzo s’appelle Studenz. Turiacco (Turjak) est un grand village pres de l’lsonzo. 14 Pour l’ element allemand au Frioul voir J. v. Zahn, Friaulische Studien, dans Archiv fiir Osterreichische Oeschichte, 57,- 328, ss. 15 S. Rutar, Les colonies Slovenes dans le Frioul, dans „Ljubljanski Zvon“ 3, 1883, 125, 83. La 1 forme latine medievale „Novum Forum“ (allem. Neuer Markt) a donne naissance a la forme Slovene d’ aujourd’ hui „Trzic“ pour l’italienne „Monfalcone“ — Sagrado (Zagraj) est d’origine Slovene, et de meme Sdraussina (Zdravseina). Entre Monfalcone et S. Canziano, il y a un village qui s’appelle Bistrigna. II va sans dire que le nom de la capitale, Gorice, est Slovene. Le lieu doit son nom a la hauteur surmontee d’ un chateau. Nous rencontrons ce nom pour la premiere fois dans un document historique qui cite la forme Slovene avec F indication formelle que les habitants de cette ville F ap- pellent Gorica (Goriza) dans leur langue Slovene. Si des Romans ou bien des Germains y avaient habite, le document aurait souligne sans doute la forme romane ou germanique plus sonore pour Foreille etrangere. Mais justement, ici, c’ est le cas contraire. Ottpn III, empereur romano-allemand, donna a Feglise d’Aquilee le 28 avril 1001, au chef de celle-ci, le patriarche Jean, la moitie d’un village, „appele dans la langue des Slovenes Qoritsa“ (medietatem unius ville que Sclavorum lingua vocatur Goriza). 10 Nous trouvons la forme Slovene de „Goritza“ aussi dans d’autres documents du ll e siecle. 17 La forme italienne de Gorizia est mentionnee pour la premiere fois en 1102. 18 Les premiers habitants de Gorica et des environs etaient sans doute Slovenes. Ceux-ci donnerent le nom Slovene au village qui allait se de- veloppant sur la butte du chateau. Lorsque les comtes allemands de Gorice eurent bati leur chateau sur cette butte, les etrangers commen- cerent a affluer dans ce lieu dont F importance alia sans cesse croissant. 11 faut mentionner que la plupart des etrangers qui, au moyen-age, s’etablirent a Gorice, etaient d’origine allemande. Les fonctionnaires allemands et les gens de la suite des comtes prirent domicile dans le voisinage du chateau de leurs seigneurs. Des le com¬ mencement du 14 e siecle, lorsque Gorice eut obtenu les droits de commerce, des elements romans affluerent dans la ville pour raisons commerciales mais leur fiombre ne F emportait pas sur celui des auto- chtones Slovenes et des colons allemands. Le nombre des romans n’ est devenue plus considerable que dans les temps nodernes. Les noms des habitants de Gorice au moyen age, puises a des docu¬ ments du 14*’ et du 15 e siecles, prouvent leur origine Slovene, comme par exemple Wodapiutz (Vodopivec), Zlatolassetz (Zlatolasec), Buodigoj 16 Materiaux pour 1’ histoire des Slovenes, 3, No. 1. 17 Materiaux pour i’histoire des Slovenes, 3, No. 2, 260, 393. 18 Kandler, Codice diplomatico istriano, pour 1’an 1102. 6 (Budigoj), Aniza, Bergignecz (Breginjec), Beryecz (Brjec), Jarneczicz (J-arnejcic), Hanczicz (Ivancic). 19 II faut ajouter au territoire qui a change de nationality sur les confins italo-slovenes quelques districts des Alpes Juliennes-Carniques. Parti- culierement la vallee de Dogna (Dunja) et celle de Raccolana (Reklanice) ainsi qu’une partie de la vallee du fleuve de Fella (Bela). Mais ces res- sauts montagneux n’ etaient pas habites par une masse compacte et les Slovenes disperses dans ces lieux sauvages ne purent pas resister a la romanisation. Cependant les noms des lieux et des cours d’ eau dans ces districts prouvent incontestablement l’origine des colonies Slovenes. 20 Dans la vallee de Raccolanico, nous rencontrons p.e. Cragnedul (Krnji dol), un cours d’eau et une locality du nom de Patoc (Potok) la montagne de „Jovet (en frioulien ,sommet‘) di Patoc“ etc. La montagne de Samdogna dans la vallee de Dogna 1’ appelait originairement Rudni vrh. Les geants alpestres connus aux touristes sous des denominations friouliennes portent aussi des noms Slovenes, tels que Montaggio-Spik au-dessus de Police ou bien Bojec, Monte Cimone-Strma pec, Monte Jovet-Mali Javor etc. Dans la vallee de Fella, il y a Studena, Patocco, Raunis (Ravne), Dol, Ravni etc. Ces villages ne furent romanises qu’au cours des 17 e et 18 e siecles. 2 ' Au moyen-age, on rattacha le territoire montagneux de la Slovenie veni- tienne au domaine Slovene. D’ apres les documents, les villages de Klap, St. Peter et St. Lenart sont situes „in Sclabonio“ ou bien ils s’ appellent „de Sclabons“. 22 Ce n’est qu’au 19 e siecle que le gouvernement italien changea le nom de St-Pierre Slovene (St. Peter Slovenov) en St-Pierre al Natisone. Le monastere de Rozac situe a l’ouest des coteaux de Coglio dans un territoire aujourd’hui completement romanise, se trouvait a la fin du ll e siecle encore en Slovenie (in Sclabonia). 23 Grace a 1’amour ardent pour leur langue originaire, a l’autonomie de leur vie publique aussi bien qu’ a la politique de la Republique de Venise qui tirait des Slovenes tout le profit possible contre l’Autriche, oeux-ci ont conserve leur langue jusqu’a aujourd’hui. Au dela des limites; linguistiques romano-slovenes si nettement marquees par la frontiere geographique, entre la basse contree et les montagnes, 1’element roman — fait bien naturel — ne resta pas sans 19 Comptes rendus de 1’ Association du Musee de la Carniole, 12 (1902). 20 Baudouin de Courtenay, La. 21 Tuma, Planinski Vestnik 14 (1908), 58: Die nationale Grenze zwisclien Slovenen und Italienern, Der Kampf, 11 (1918), 398. 22 Code R 80, fol. Ill, 128, 129, 135, 137 aux Archives de 1’ Etat a Vienne. 23 Tri themii Annales Hirsanquiennes (edites par Mabillon, Annales Hirs. I, 270)> Materiaux pour 1’ histoire des Slovenes, 3, No. 380. 7 influence sur le domaine Slovene. Nous ne nous sommes pas impose le devoir d’ etudier ici — en les examinant a tous les points de vue — faction romane sur la vie privee et publique des Slovenes durant les 13 siecles, pendant lesquels ils confinerent aux Italiens. II faudrait pour cela etudier les professions les plus diverses de nos ancetres. Cette influence se mani- feste dans le droit, dans les arts, dans la fagon de batir etc. Toutefois 1’ influence de la civilisation romane ne s’ exerqa nulle part au detriment de 1’ integrity linguistique Slovene sur les confins ouest de notre domaine. Les propagateurs de la civilisation etrangere ne formerent qu’ un con¬ tingent faible et peu nombreux dans les villes et les chateaux. Telle fut la situation a Gorice, a Tolmin aussi bien qu’a Vipava (Vi- pacco), ou les seigneurs romans envoyaient leurs chatelains; la situation etait partout analogue. La pretendue frontiere historique ne tint jamais compte de la distribu¬ tion geographique des Slovenes et des Romans. II serait vraiment ridicule de se baser sur elle pour decider des limites futures entre les deux nations. Le territoire s’ etendant bien avant dans la province de Venetie, depuis les Alpes et le Carse, forma les confins entre le nord et le sud au moyen- age. Les Slovenes aussi bien que les Romans habitant ce pays furent pousses comme de simples pieces d’ echiquier d’ un etat dans 1’ autre par leurs seigneurs qui se souciaient bien peu de 1’ homogeneite de la langue. La frontiere de 1’ etat lombard traversa d’ abord notre territoire national, plus tard le Frioul ainsi qu’une partie de notre domaine national ap¬ parent a la Marche de Verone et passa avec celle-ci, en 952 a la Baviere et a la Carinthie unifiees formant de cette maniere la liaison politique du nord avec le sud. En ce qui concerne l’Eglise, la reunion des Slovenes de Gorice et de Venetie avec les pays Slovenes plus recules au nord et a 1’ est eut lieu en 811 lorsque Charlemagne donna au patriarche d’Aquilee tous les territoires au sud de la Drave. A partir de 1077, quand les patriarches d’Aquilee devinrent aussi seigneurs seculiers du Frioul, de 1’ Istrie et de la Carniole, cette reunion — a quelques interruptions pres — existait aussi au point de vue politique Le pouvoir temporel du patriarcat en Istrie et en Carniole ne dura que jusqu’au milieu du 13 e siecle. En Carniole, les Habsbourg devinrent des rivaux dangereux des patriarches, dans la contree de T Isonzo le pouvoir toujours croissant des comtes de Gorice s’opposa a Finfluence des princes de l’Eglise d’Aquilee. Le pouvoir territorial des comtes de Gorice prit naissance dans la contree bordee par le plateau de Trnovo, par 1’ Isonzo et par le fleuve de Vipava (Vipacco). Les comtes, particulierement en leur qualite de tuteurs des patriarches d’Aquilee, acquirent des territoires considerables entre le Tagliamento, les Alpes et le Carse. Cependant ces possessions 8 etaient morceiees et ii est hors cioute qu’ une delimitation nationale y ait ete pour rien. Les parties isoiees de ces possessions comtales lurent reunies par des hasards ou par des traites les unes aux autres. Apres 1’ extinction des comtes de Gorice en 1500, elles echurent aux Habsbourg et formerent 1’ ancienne province autrichienne de Gorice et Gradisca. Sous Maximilien I er , cet heritage fut divise en 16 capitanats qui se trouvaient dissemines par tout le territoire, depuis Pordenone et le Tagliamento jusqu’a Postojna (Adelsberg). A partir de cette epoque, l’hentage de Gorice fut l’objet d’echange et de partage continus entre les Habsbourg et leurs adversaires. Pour ces transactions jamais on ne consulta le peuple, personne ne s’ interessa a 1’ unification politique d’ une nationality En ce temps la, le probleme national n’etait pas connu. Avec le traite de Worms, en 1521, fut precisee l’etendue du Frioul autrichien qui resta la meme jusqu’au 18 e siecle. Au cours des siecles passes, des pays voisins s’avancerent dans le territoire de 1’ ancienne province autrichienne de Gorice et Gradisca. En 1527, Devin, Vipava (Vipacco), Senozece, Prem et Postojna (Adelsberg) furent detaches de Gorice et reunis a la Carniole — Devin ne fut reincor- pore dans la province de Gorice qu' en 1814 sous la restauration du regime autrichien qui succeda a la domination fran?aise. Idria a ap- partenu jusqu’en 1783 au capitanat de Tolmin. Le territoire de xVlonfalcone situe entre 1’ Isonzo, la mer et le Car'se jusqu’a la paix de Campoformio, en 1797, se trouvait sous la souve- rainete de la republique de St. Marc. Apres la guerre de 1803, les anciennes parties venitiennes de la province, le Frioul autrichien (Gra¬ disca et Tolmino) et les Coteaux (Coglio) furent d’abord soumis au gouvernement provisoire du Frioul; en vertu de la paix de Pressbourg (1805), la province de Gorice (Monfalcone, la rive droite de 1’Isonzo et les Coteaux [Coglio] exceptes) echurent a l’Autriche. Par la conven¬ tion de Fontainebleau (1807), Monfalcone aussi fut reuni a l’Autriche. Pendant l’interregne frangais, une partie de la province de Gorice fut jointe aux provinces illyriennes (en 1812) et organisee comme „province d’ Istrie“, aivisee en districts, cantons et arrondissements. Le district de Gorice fut divise en cantons de Gorice, de Santa Croce, de Vipava, de Tomaj, de Canale et de Tolmin. Ce n’est qu’avec la paix de Paris en 1814 et par 1’organisation definitive de 1816 aussi bien que par la fon- dation du royaume d’ Illyrie autrichien (Carinthie, Carniole, Littoral) que furent traces les contours generaux de 1’ ancien systeme territorial d’Autriche. 11 resulte de ces faits que des puissances etrangeres formerent et tracerent les limites sans tenir compte du peuple indigene, sans avoir 9 COBISS *042*00 egard a la frontiere nationale. Mais malgre toutes les revolutions poli- tiques, malgre tous les traites relatifs aux frontieres les limites lingui- stiques n ■ ont pas eprouve de dommage. Dans la province de 1’ Isonzo, la langue Slovene disparait a la frontiere naturelle, marquee par la limite extreme entre la contree montagneuse d’ une part et la plaine de 1’ autre, la oil cette plaine rejoint le Carse, les Coteaux (Coglio) et les cretes de la Slovenie venitienne. C’est la notre frontiere geographique et naturelle: elle existe depuis treize siecles, depuis le temps ou cette partie occiden- tale de la nation yougoslave en marche vers 1’ ouest et vers le sud s’ est arretee a la porte de 1’ Italie entre les hautes Alpes et la mer. Cette nation y est restee jusqu’a aujourd’hui. / NfiROONA IN UNIUERZITETNfi KNJI2NICA 00000438770 10