145 Traduire la diversité culturelle dans le roman de guerre postcolonial Allah n’est pas obligé d’Ahmadou Kourouma Florence Gacoin-Marks Résumé L’article traite de la traduction du roman de guerre africain Allah n’est pas obligé d’Ahma- dou Kourouma. De manière générale, le style de l’écrivain est connu pour les nombreux africanismes qui le colorent et l’enrichissent. Dans le roman mentionné, le narrateur veut s’adresser à tous les lecteurs possibles des romans francophones, c’est pourquoi sa narration entremêle des éléments linguistiques provenant de différentes aires culturelles (français littéraire, africanismes et anglicismes) et de différents registres (langue enfantine, langue familière, définitions du dictionnaire). Cette diversité linguistique oblige le traducteur du roman vers une langue étrangère (par exemple vers le slovène) à développer une stratégie cohérente basée sur l’analyse, dans laquelle la fonction de divers éléments dans la structure du récit sera d’abord déterminée (crédibilité psycho-linguistique, distance ironique pour souligner l’insupportabilité de la réalité décrite...) et ensuite le niveau de traduisibilité de ces éléments. En parallèle, nous examinerons comment la traductrice slovène du roman a résolu les problèmes et dans quelle mesure elle a réussi à transférer dans sa langue la diversité linguistique du roman d’Ahmadou Kourouma. Mots-clés : littératures postcoloniales, littératures francophones, littératures africaines, plurilinguisme dans le roman, Ahmadou Kourouma, Allah n’est pas obligé ACTA NEOPHILOLOGICA UDK: 81'255.4:821.133.1(666.8)-31Kourouma A. DOI: 10.4312/an.56.1-2.145-160 Acta_Neophilologica_2023_FINAL.indd 145 4. 12. 2023 12:36:05 146 Florence Gacoin-Marks INTRODUCTION La confrontation à l’altérité, à l’Autre, est dans la nature même des littératures postcoloniales, notamment africaines, où coexistent deux cultures éloignées l’une de l’autre. D’une part, l’écrivain africain parle de lui-même et de son environne- ment dans la langue qu’il a héritée de son colonisateur, et d’autre part, le lecteur européen d’aujourd’hui, originaire de France, découvre un monde inconnu dans sa langue maternelle à travers une fiction originale, et non une traduction d’un livre étranger.1 Dans les années 1960, les littératures africaines sont des littératures jeunes, en cours de formation.2 Après la colonisation et, plus encore, après les indépendances, les écrivains africains s’exprimant en français ont cherché à ouvrir une nouvelle voie à la littérature africaine en africanisant la langue française. Comme nous le lisons dans un article du spécialiste des africanismes, Chukwunonso Hyacinth Muotoo : [L]es écrivains africains d’expression française se sont donnés la tâche de créer un nouveau cheminement de la littérature négro-africaine dont l’une de ses caractéristiques est l’africanisation de la langue française. L’africanisme en lit- térature africaine peut alors signifier une stratégie artistique qui permet à l’au- teur de parler sa langue maternelle dans une langue européenne, en particulier, le français. (205) L’écrivain Ahmadou Kourouma est parmi les écrivains francophones ayant œuvré le plus longtemps à la création d’un français littéraire africanisé, depuis l’inclusion d’africanismes syntaxiques et lexicaux caractéristiques de la Côte d’Ivoire dans Les Soleils des indépendances (Iloh) jusqu’à l’écriture en français africain familier, syn- taxiquement non standard, dans la nouvelle « Allah n’est pas obligé de faire juste toutes ses choses » (Kourouma).3 La spécificité de la stratégie d’Ahmadou Kourouma dans son roman de guerre et de formation parodique Allah n’est pas obligé réside dans le fait que l’écrivain a pris en compte les différentes catégories de lecteurs et a inclus dans le récit lui-même les explications sémantiques des mots qui pourraient déranger l’un ou 1 Le présent article a été élaboré dans le cadre du programme de recherche no P6-0265 cofinancé à partir de fonds publics par l’Agence nationale pour la recherche scientifique de la République de Slovénie. 2 Sur les littératures « jeunes », lire Grassin. 3 Comme l’a écrit Katja Zakrajšek, «  Kourouma a été parmi les premiers écrivains africains eu- rophones à avoir conscience du fait que parler d’une manière nouvelle, de sujets nouveaux exige nécessairement d’avoir recours à un nouveau mode d’expression littéraire  » (Poetika Ahmadouja Kouroume 123). Acta_Neophilologica_2023_FINAL.indd 146 4. 12. 2023 12:36:05 147Traduire la diversité culturelle dans le roman de guerre postcolonial ... l’autre de ses lecteurs : « C’est alors qu’a germé dans ma caboche (ma tête) cette idée mirifique de raconter mes aventures de A à Z. De les conter avec les mots savants français de français, toubab, colon, colonialiste et raciste, les gros mots d’africain noir, nègre, sauvage, et les mots de nègre de salopard de pidgin. » (Kou- rouma, Allah n’est pas obligé 221-222). Ainsi, certains mots et expressions issus du «  français de France » et des langues africaines sont en quelque sorte en usage métalinguistique et sont donc accompagnés de commentaires explicatifs entre parenthèses (définitions de dictionnaires, périphrases, synonymes ou commen- taires plus personnels).4 Pour justifier ce procédé, qui est donc un véritable stylème,5 l’écrivain invente une explication totalement invraisemblable. Le narrateur – l’enfant soldat Birahi- ma – utilise quatre dictionnaires pour rédiger le récit de sa vie : Pour raconter ma vie de merde, de bordel de vie dans un parler approximatif, un français passable, pour ne pas mélanger les pédales dans les gros mots, je possède quatre dictionnaires. Primo le dictionnaire Larousse et le Petit Robert, secundo l’inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire et tertio le dictionnaire Harrap’s. Ces dictionnaires me servent à chercher les gros mots, à vérifier les gros mots et surtout à les expliquer. (Kourouma, Allah n’est pas obligé 9) L’image d’un jeune garçon marchant de champ de bataille en champ de bataille avec des dictionnaires de cinq kilos dans son sac à dos est peu vraisemblable, mais originale et romantique, tout comme la conscience qu’a le héros de la diversité linguistique caractérisant ses lecteurs : « Il faut expliquer parce que mon blablabla est à lire par toute sorte de gens : des toubabs (toubab signifie blanc) colons, des noirs indigènes sauvages d’Afrique et des francophones de tout gabarit (gabarit signifie genre) » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 9). Chaque dictionnaire – qui existe réellement – l’aide à interpréter une partie de son vocabulaire. Dans une société décomposée, où les mots ne veulent plus rien dire, rien ne va de soi ; la seule liberté du héros est de se réapproprier la langue, les mots, et de les utiliser pour façonner le récit. Dans cet effort constant, le héros littéraire n’est – du moins à première vue – pas tout à fait cohérent : il explique de nombreux mots français courants sans ex- pliquer, par exemple, l’expression latine « manu militari », très certainement dérou- tante pour un lecteur africain (Kourouma, Allah n’est pas obligé 55). En outre, il 4 Sur le roman Allah n’est pas obligé, lire : Egueh ; Gbanou ; Kobenan. 5 Au sens où Molinié et Viala entendent ce concept sémiostylistique. On pourrait le définir briè- vement comme un procédé stylistique si récurrent qu’il en devient un marqueur incontournable d’un auteur ou/et d’un texte. Il ne s’agit donc pas d’un « universal linguistique », mais d’un « code » établissant des relations signifiantes à l’intérieur d’un texte. Acta_Neophilologica_2023_FINAL.indd 147 4. 12. 2023 12:36:05 148 Florence Gacoin-Marks explique certains mots plusieurs fois, tandis que d’autres ne sont pas expliqués lors de leur première occurrence.6 Parfois le jeune garçon ne sait même pas d’où vien- nent les mots qu’il emploie, tant son français est composite : « ([L]e mec faisait le faro avec sa kalachnikov derrière la moto. Le mot faro n’existe pas dans le Petit Robert, mais ça se trouve dans Inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire. Ça veut dire faire le malin.) » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 51). Certaines définitions sont de vraies définitions de dictionnaire (ou du moins écrites dans le style correspondant) : « (Enclave signifie terrain ou territoire en- touré par un autre.) » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 207). Mais d’autres sont rédigées dans un style familier, voire très familier, et expriment déjà l’opinion, la vision du monde du narrateur : Et la CDEAO a demandé au Nigeria de faire application de l’ingérence hu- manitaire au Liberia. (Ingérence humanitaire, c’est le droit qu’on donne à des États d’envoyer des soldats dans un autre État pour aller tuer des pauvres inno- cents chez eux, dans leur propre pays, dans leur propre village, dans leur propre case, sur leur propre natte.) (Kourouma, Allah n’est pas obligé 129). Ce stylème, fondé sur un jeu avec le multilinguisme à l’intérieur du français dans le contexte de la société africaine subsaharienne, a eu des conséquences sur la traduction du roman en langues étrangères. C’est particulièrement le cas de la traduction slovène, véritable travail de pionnier, puisque le nombre d’œuvres tra- duites des langues africaines dans cette langue était jusqu’au début du XXIe siècle (et encore aujourd’hui) assez faible. Les pages qui suivent seront consacrées à ces conséquences : les explications entre parenthèses seront d’abord regroupées en trois catégories selon l’origine des mots expliqués, afin de faciliter l’examen des avantages et des difficultés qu’ils présentent pour le processus de traduction. Mais, avant de commencer l’analyse, il convient de préciser que le roman Allah n’est pas obligé a été traduit en 2003 par la spécialiste des littératures africaines et comparatiste littéraire Katja Zakrajšek alors qu’elle rédigeait encore son mémoire de maîtrise (actuel mémoire de fin de second cycle ou Master). Achevé en 2005, ce dernier était précisément consacré à la poétique d’Ahmadou Kourouma. Le chapitre sur le roman Allah n’est pas obligé et les articles de 2004 et 2009 montrent que la traductrice-chercheuse était très consciente de la multiplicité poétique de la langue de l’écrivain et qu’elle a soigneusement réfléchi à chaque solution au moment de traduire. Le principe fondamental adopté par Katja Zakrajšek est le suivant : 6 C’est le cas du mot « paillote » (cabane africaine) qui n’est expliqué que lors de sa troisième occur- rence dans le récit (Kourouma, Allah n’est pas obligé 194). Acta_Neophilologica_2023_FINAL.indd 148 4. 12. 2023 12:36:05 149Traduire la diversité culturelle dans le roman de guerre postcolonial ... Que la « base » serait le lecteur français, qui a un bagage civilisationnel similaire à celui du lecteur slovène, et qu’en slovène, en règle générale, les éléments de l’itinérance seraient présents là où ils seraient perçus par le lecteur français ; ou, en d’autres termes, là où le texte s’écarte de quelque manière que ce soit du slovène « normal ». (« Kaj pa, ko pisatelj zapiše » 345) Dans les pages suivantes, nous adopterons donc cette stratégie et commenterons les difficultés qu’elle a pu posées tout au long du processus de traduction. LES ÉLÉMENTS LINGUISTIQUES RELEVANT DU FRANÇAIS DE FRANCE Comme nous l’avons déjà écrit, le personnage explique un grand nombre de mots français des registres soutenu ou familier (plusieurs mots par page, parfois même plusieurs mots dans la même phrase). À première vue, beaucoup de ces mots sem- blent clairs pour tous les lecteurs. Les mots rares et techniques Certains mots sont difficiles à comprendre non seulement pour les jeunes Afri- cains, mais plus généralement pour les jeunes lecteurs francophones : a) « (Dans mon Larousse, œcuménique signifie une messe dans laquelle ça parle de Jésus-Christ, de Mahomet et de Bouddha.) » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 53). « (V mojem Laroussu ekumenski pomeni, da se pri maši govori o Jezusu Kristusu, o Mohamedu in o Budi.) » (Kourouma, Alahu ni treba 42). b) « Moi je faisais le coadjuteur. (Coadjuteur signifie adjoint à un féticheur.) » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 194). «  Jaz sem bil za koadjutorja. (Koadjutor pomeni pomočnik pri vraču.)  » (Kourouma, Alahu ni treba 149). c) « Les preuves étaient faites par ordalie. (Ordalie est un gros mot, ça si- gnifie épreuve barbare, moyenâgeuse, de justice. » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 74). «  Do dokazov se je prišlo z božjo sodbo. Božja sodba je fina beseda, to pomeni barbarski, srednjeveški preizkus nedolžnosti. » (Kourouma, Alahu ni treba 58). Acta_Neophilologica_2023_FINAL.indd 149 4. 12. 2023 12:36:05 150 Florence Gacoin-Marks Souvent, des mots similaires existent comme emprunts à des langues étrangères («  tujke ») (exemples a et b) et, parfois, il arrive qu’un mot français savant soit traduit par une expression plus « traditionnelle » qui peut être tout aussi peu fa- milière aux lecteurs d’aujourd’hui et est de ce fait tout à fait appropriée (même si, dans l’exemple c, la traductrice aurait parfaitement pu choisir d’utiliser l’emprunt correspondant – « ordal »). Parfois, la raison qui a conduit à la nécessité d’une explication entre parenthèses se perd en slovène. C’est le cas lorsque, dans la traduction, un mot supposé difficile à comprendre et son interprétation sont basés sur la même racine, alors que le mot français de l’original ne peut être compris à partir de sa seule racine, essentielle- ment latine : d) « (Puceaux signifie des garçons vierges. Des garçons qui n’ont jamais fait l’amour, comme moi.) » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 69). « (Devičniki pomeni deviški fantje. Fantje, ki niso še nikoli spali z žensko, tako kot jaz.) » (Kourouma, Alahu ni treba 54). e) « Ils se firent discrets jusqu’à la date fatidique (fatidique signifie marqué par le destin) » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 102). « V skrivališču so ostali do tistega usodnega [dne] (usoden pomeni tak, ki je zaznamovan od usode) […] » (Kourouma, Alahu ni treba 79). f ) «  [T]ellement elle était virago. (Virago signifie femme d’allure et de manières masculines.) » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 138) « [T]aka možača je bila. (Možača pomeni ženska z moškimi telesnimi in duševnimi lastnostmi.) » (Kourouma, Alahu ni treba 106). Ici, l’interprétation est redondante, presque tautologique, et donc inutile en slovène, mais la traductrice aurait du mal à trouver un synonyme qui changerait la situation sans affecter le sens de la phrase. En réalité, dans ces cas (comme dans beaucoup d’autres), il faudrait, pour la cohérence du texte, purement et simplement supprimer l’explication, ce qui est indéniablement une décision difficile. Acta_Neophilologica_2023_FINAL.indd 150 4. 12. 2023 12:36:05 151Traduire la diversité culturelle dans le roman de guerre postcolonial ... Les mots et expressions relevant du registre familier De manière générale, le récit de Birahima est empreint de langage parlé, voire très familier, ce que la traductrice slovène a généralement respecté, mais pas systématiquement7 : a) «  (Dégueulasse signifie dégoûtant.)  » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 103). « (Nagravžen pomeni ostuden.) » (Kourouma, Alahu ni treba 80). b) « (Bourlinguer, d’après Larousse, signifie mener une vie d’aventures.) » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 175). « (Križariti, kot pravi Larousse, pomeni klatiti se.) » (Kourouma, Alahu ni treba 134). Dans les deux exemples, le personnage traduit en langue « standard » un mot familier, voir ordurier. Dans l’exemple (a) la traductrice s’en est tenue à ce principe (« nagravžen » est expliqué par l’adjectif standard plus neutre « ostuden »). Mais dans l’exemple (b), l’ordre est inversé et c’est l’expression triviale qui est utilisée pour expliquer le mot standard non connoté. Cependant, le plus souvent, il s’agit d’expressions figées, choisies pour leur ca- ractère non seulement familier mais surtout imagé : c) « À un moment, la blague et la discussion ont tourné au vinaigre. (Tour- ner au vinaigre, c’est prendre une tournure fâcheuse.) » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 84). « V nekem hipu pa sta se zezanje in pogovor sfižila. (Sfižiti se pomeni iti narobe.) » (Kourouma, Alahu ni treba 66). d) « (Avoir vent de quelque chose, c’est être informé de la chose. Petit Ro- bert) » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 78). 7 Dès la première page, nous lisons dans l’original « M’appelle Birahima. Suis p’tit nègre » (Kourou- ma, Allah n’est pas obligé 7) au lieu de « Je m’appelle Birahima. Je suis un petit nègre/Je suis un enfant noir », phrases traduites en slovène de la façon suivante : « Jaz sem Birahima. Jaz sem zamorček. » (Kourouma, Alahu ni treba 9). L’utilisation de la forme accentuée du pronom personnel est, certes, inhabituelle, mais n’est pas particulièrement orale ou familière. Notons qu’il s’agit d’un cas extrême rappelant certains textes antérieurs de l’écrivain. Dans la suite du roman, la langue est souvent fa- milière, mais toujours correcte sur le plan grammatical. Acta_Neophilologica_2023_FINAL.indd 151 4. 12. 2023 12:36:05 152 Florence Gacoin-Marks «  (Če ti kaj pride na ušesa, to pomeni, da si slišal za to. Petit Robert.)  » (Kourouma, Alahu ni treba 61). e) «  (À la cantonade, c’est crier sans s’adresser à une personne précise.) » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 188). « (Nikomur naslovljen, to je tak, ki ni nikomur namenjen.) » (Kourouma, Alahu ni treba 145). Dans l’exemple (c), nous voyons que la traductrice a généralement trouvé une expression slovène familière ayant le même sens que l’original français. Dans l’ex- emple (d), la traduction est moins réussie, car l’expression slovène, contrairement à l’expression française, est claire au premier coup d’œil et ne nécessite pas d’être expliquée. Il en est de même dans le cas (e), la traductrice n’a pas trouvé de col- location slovène appropriée, elle a donc créé un terme descriptif qui, bien sûr, ne nécessite pas d’explication supplémentaire. Il serait donc logique dans les deux cas de la supprimer. En lisant de nombreux exemples similaires, on constate que le principe selon lequel tous les mots commentés sont traduits est sans conséquences dommagea- bles et permet même une lecture plus « fluide » du texte ainsi dépourvu de mots étrangers cités entre guillemets. Seule la référence constante aux dictionnaires rap- pelle au lecteur qu’il lit une traduction, ce à quoi il finit par s’habituer. Il y a cepen- dant des cas où le narrateur met particulièrement l’accent sur les mots français, ce qui semble illogique dans la traduction. C’est le cas dans l’exemple suivant : f ) « Balla et maman ont fait un mariage en blanc. / Même si la femme et l’homme mariés sont noirs et habillés en noir, quand ils ne font jamais l’amour on dit qu’ils ont fait un mariage en blanc » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 28). « Bala in moja mama sta sklenila navidezen zakon, ki se mu po francosko reče bel zakon. Tudi če sta ženska in moški, ki se poročita, črnca in oblečena v črno, če nikoli ne spita skupaj, se reče, da sta sklenila bel zakon » (Kou- rouma, Alahu ni treba 24). L’expression « mariage (en) blanc », qui intrigue tant le narrateur quand il désigne un mariage entre deux Africains noirs, n’existant pas en slovène, la traductrice a ajouté un commentaire autonymique, « po francosko » (« en français »), ce qui est une solution tout à fait adéquate.8 8 Notons en passant que, dans cette phrase, le personnage confond deux expressions françaises : « mariage blanc » (mariage de façade) et « mariage en blanc » (mariage où la mariée porte une robe blanche). Acta_Neophilologica_2023_FINAL.indd 152 4. 12. 2023 12:36:05 153Traduire la diversité culturelle dans le roman de guerre postcolonial ... De manière générale, la traduction de tous ces éléments provenant du français standard (de France) – c’est-à-dire la plupart des éléments qui sont accompagnés d’explications entre parenthèses – est beaucoup plus problématique qu’il n’y paraît. Le narrateur mentionne la plupart du temps le dictionnaire dans lequel il doit chercher, même si son interprétation est par ailleurs très personnelle. Ces éléments sont donc au moins partiellement en usage métalinguistique ou doivent être in- terprétés comme des connotations autonymiques, pour reprendre la terminologie des sémioticiennes françaises Josette Rey-Debove et Jacqueline Authier-Revuz.9 En effet, les mots slovènes employés utilisés par la traductrice ne se trouvent pas réellement dans les dictionnaires utilisés par le narrateur ; ce sont les mots français du texte original qui y sont expliqués. Tel est le cas dans l’exemple suivant : g) « On dit en français que Yacouba était complètement ruiné, totalement ruiné » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 38). « Po francosko se reče, da je bil Jakuba uničen, popolnoma uničen » (Kou- rouma, Alahu ni treba 32). Non, en français, on ne dit pas « Jakuba je uničen ». Plaisanterie mise à part, en voulant faciliter la lecture, on fait perdre au texte sa cohérence. Dans de tels exem- ples, il serait préférable de supprimer le commentaire autonyme (« en français »). Plus logique encore serait la stratégie consistant à conserver le mot français entre guillemets avant son explication entre parenthèses. Mais serait-elle acceptée de l’éditeur ? LES ÉLÉMENTS LINGUISTIQUES ISSUS DE L’ENVIRONNEMENT CULTUREL AFRICAIN On trouve dans le récit du narrateur d’autres éléments relevant du milieu culturel et linguistique africain. Les interprétations qui les accompagnent sont donc des- tinées aux Blancs et aux autres francophones dont la langue maternelle n’est pas le malinké.10 9 Voir la bibliographie. Les mots sont utilisés pour eux-mêmes autant que pour leur signification. Ils servent à introduire dans le récit la parole de l’Autre et sont commentés comme tels. 10 Il est possible d’interpréter de manières différentes la fonction des emprunts étrangers dans les romans francophones d’Afrique subsaharienne. Dans son article de 2009, Katja Zakrajšek la définit ainsi  : « Ces expressions non traduites sont considérées par beaucoup comme une sorte de représentation symbolique de la culture sous-jacente, un concentré de ses aspects les plus importants. Mais il est plus fructueux de les lire comme des métonymies, comme des rappels occasionnels de la différence culturelle qui structure un texte souvent écrit dans le registre standard, voire élevé, d’une autre langue » (163). Acta_Neophilologica_2023_FINAL.indd 153 4. 12. 2023 12:36:05 154 Florence Gacoin-Marks Les emprunts aux langues africaines (plus particulièrement au malinké) Parfois le narrateur inclut des mots africains, des mots de sa langue maternelle, qu’il explique entre parenthèses, comme tous les mots et expressions supposés obscurs : a) «  Bangala et gnoussou-gnoussou sont les noms des parties honteuses d’après Inventaire des particularités lexicales en Afrique noire » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 55). « (Bangala in njusu-njusu sta imeni za moški in ženski sram, pravi Inventar leksikalnih posebnosti v črni Afriki) » (Kourouma, Alahu ni treba 43). b) « Il envoyait de l’argent au village de Togobala, à ses parents, aux griots et à l’almany (d’après Inventaire des particularités, chef religieux) » (Kourou- ma, Allah n’est pas obligé 73). « V Togobalo je pošiljal denar svojim sorodnikom, griotom in almamiju (po Inventarju posebnosti verski voditelj) » (Kourouma, Alahu ni treba 57). c) « Il nous fallait partir vite, partir gona-gona. (Ce qui signifie, d’après In- ventaire, dare-dare.) » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 94). « Morali smo stran, hitro, njona, njona. (Kar pomeni, kot pravi Inventar, brž, brž.) » (Kourouma, Alahu ni treba 73). d) «  Que faisait Sekou dans ce pays de kasaya-kasaya ? (Kasaya-kasaya signifie dingues.) » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 206). « Kaj neki je Seku počel v tej deleži samih kasaja-kasajev ? (Kasaja-kasaja pomeni prismuknjenci.) » (Kourouma, Alahu ni treba 157). En réalité, l’utilisation d’emprunts étrangers accompagnés de leur traduction ou explication placée entre parenthèses a de multiples avantages pour la traductrice qui se contente de conserver le mot africain (en l’adaptant juste à l’orthographe et à la phonétique slovènes) et de traduire le commentaire explicatif en slovène. Dans ce cas, la traduction est exactement équivalente à l’original. On peut se demander s’il n’aurait pas été judicieux d’ajouter une explication sur le sens du mot « griot » (exemple b) qui est certainement moins familier aux lecteurs slovènes qu’aux slecteurs français. Acta_Neophilologica_2023_FINAL.indd 154 4. 12. 2023 12:36:05 155Traduire la diversité culturelle dans le roman de guerre postcolonial ... Les africanismes (expressions africaines traduites littéralement en français et autres calques) Bien plus difficile est la question de la traduction des expressions africaines déjà traduites littéralement en français dans le texte original. Nous pouvons distinguer deux sous-catégories d’éléments : les africanismes lexico-syntaxiques (essentiellement des proverbes) et les locutions figées prove- nant de locutions africaines, donc se distinguant de la langue du récit par la for- mulation et la vision du monde qui les caractérisent, inhabituelles pour un lecteur à qui l’environnement culturel africain est étranger. Lorsqu’elles peuvent être traduites littéralement sans être inintelligibles en slovène, ces expressions ne posent pas de problème particulier : a) « (Chez les nègres africains noirs, quand quelqu’un est très méchant, on dit qu’il peut mettre une abeille vivante dans un œil ouvert.) » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 52). « (Pri afriških zamorskih črncih se, če je nekdo zelo zloben, reče, da ti je sposoben poriniti živo čebelo v odprto oko.) » (Kourouma, Alahu ni treba 41). b) « (Au village, quand quelque chose n’a pas d’importance, on dit qu’il ne vaut pas le pet d’une vieille grand-mère.) » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 61). « (V naši vasi, če je kakšna stvar čisto nepomembna, se reče, da ni vredna niti toliko kot prdec ene stare mame.) » (Kourouma, Alahu ni treba 48). c) « [O]n suit l’éléphant dans la brousse pour ne pas être mouillé par la rosée (ce qui signifie qu’on est protégé lorsqu’on est proche d’un grand) » (Kou- rouma, Allah n’est pas obligé 163). « [Č]lovek bo v savani pač hodil za slonom, da ne bi bil moker od rose (kar pomeni, da imaš dobro zaščito, če si blizu kakšnega mogočnika.) » (Kou- rouma, Alahu ni treba 125). Les expressions sont aussi «  exotiques  » que compréhensibles dans les deux langues. Mais, dans d’autres cas, la traductrice a décidé d’atténuer ou de supprimer l’expression africaine pour faciliter la compréhension : Acta_Neophilologica_2023_FINAL.indd 155 4. 12. 2023 12:36:05 156 Florence Gacoin-Marks d) « Par mouillage des barbes (signifie bakchich). Par mouillage des barbes ou bakchich des douaniers, les paniers de cola embarquaient au port d’Abi- djan, arrivaient et sortaient au port de Dakar sans payer un sou de taxes ou de droits » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 37). « S podmazovanjem (to pomeni bakšiš). S podmazovanjem ali bakšišem za carinike so se košare kole vkrcavale v abidžanski luki, prihajale in odhajale v dakarski luki, ne da bi šel en sam fičnik za pristojbine in carino » (Kou- rouma, Alahu ni treba 31). Dans l’exemple (d), la traductrice a remplacé l’expression africaine – imagée, tru- culente et surtout inhabituelle – par le verbe slovène « podmaz(ov)ati koga », défini par le dictionnaire unilingue slovène SSKJ comme étant synonyme de « podkupi- ti » (« soudoyer »), c’est-à-dire une expression figée tout à fait habituelle. L’africa- nisme s’est donc totalement perdu. L’expression «  pied la route  » est un exemple représentatif d’africanisme lexico-syntaxique : e) « Et nous avons continué notre bon pied la route (pied la route signifie, d’après Inventaire, marcher) » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 43). «  In sva šla hitro naprej noga pot (noga pot pomeni, kot pravi Inventar, hoditi) » (Kourouma, Alahu ni treba 36). La traductrice a opté pour une expression tout aussi inhabituelle sur le plan syn- taxique, « iti noga pot ». Son objectif est de faire sentir au lecteur slovène l’écart grammatical par rapport à la langue standard de l’original (Zakrajšek, « Kaj pa, ko pisatelj zapiše » 355). Le problème est que cette expression n’existe pas en dehors de la traduction. Un lecteur slovène pourrait penser que les Africains parlent un français incorrect, alors que, hors de France, un nouvel usage – future norme ? – a émergé et s’est partiellement établi. Lorsque nous lisons dans l’article de 2009 à quel point la traductrice prend en compte la dimension éthique de la traduction des littératures postcoloniales, préconisant même une « traduction responsable » des textes africains (une traduction qui ne disparaît pas en tant que traduction) (Zakrajšek 170), nous pouvons affirmer que cette solution pourrait avoir sur le lecteur slovène l’effet inverse de l’effet recherché. LE « PIDGIN » ET AUTRES ANGLICISMES Les éléments provenant de l’anglais ou du « pidgin » traduits ou expliqués entre parenthèses sont rares, car ils caractérisent la langue des habitants des anciennes Acta_Neophilologica_2023_FINAL.indd 156 4. 12. 2023 12:36:05 157Traduire la diversité culturelle dans le roman de guerre postcolonial ... colonies britanniques. En réalité, il s’agit d’éléments que tout le monde com- prend, de sorte que le style, dans ce cas, ne fait que souligner qu’il s’agit d’éléments étrangers. Comme en témoignent les exemples suivants, ces éléments ne posent aucunes difficultés lors du processus de traduction : a) « Là-bas, les enfants de la rue comme moi devenaient des enfants-soldats qu’on appelle en pidgin américain d’après mon Harrap’s small-soldiers. » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 41). « Tam doli otroci ceste kot jaz postanejo otroci vojaki, ki se jim v ameriškem pidžinu reče small-soldiers, pravi moj Harrap’s » (Kourouma, Alahu ni treba 34). b) « C’était une Malinké, dans le pidgin afro-américain mandingo. » (Kou- rouma, Allah n’est pas obligé 107). « Ona je bila Malinke, v afroameriškem pidžinu Mandigo. » (Kourouma, Alahu ni treba 82). c) « Le quartier des paillotes des natives (les natives, c’est les indigènes du pays d’après Harrap’s) et le quartier des réfugiés. » (Kourouma, Allah n’est pas obligé 68). « Četrt slamnatih koč od nativesov (nativesi, to je domače prebivalstvo, pra- vi Harrap’s) in begunska četrt. » (Kourouma, Alahu ni treba 53). Comme les mots africains, les emprunts à l’anglais sont tout simplement inclus tels quels dans le texte slovène. Les explications, qui participent déjà du récit dans l’original, remplacent les éventuelles notes de bas de page ou le glossaire final. CONCLUSION À l’issu de l’analyse détaillée dans le présent article, il apparaît clairement que le stylème consistant à mettre en valeur certains éléments (mots et expressions français, mots africains, africanismes et anglicismes) doit être sérieusement pris en compte lors du processus de traduction et donner lieu à l’élaboration d’une stratégie spécifique. D’une part, il permet d’intégrer des éléments d’origine africaine et anglaise dans le texte slovène, mais d’autre part, il remet en question Acta_Neophilologica_2023_FINAL.indd 157 4. 12. 2023 12:36:05 158 Florence Gacoin-Marks le statut des mots et expressions français ainsi mis en exergue. Ceux-ci ont, au moins en partie, une fonction métalinguistique et sont donc difficilement tra- duisibles dans une autre langue sans que cela nuise à la cohérence du texte. S’il est vrai que ces mots dans l’original appartiennent à la même langue que le corps du récit, il est tout aussi indéniable qu’ils dérivent explicitement du français. La référence constante à divers dictionnaires le rappelle. Certes, ce besoin affiché de préciser le vocabulaire employé est aussi un prétexte, un moyen de mettre à distance le récit  ; les mots concernés ont donc une fonction au moins aussi poétique que métalinguistique, ce qui semble signifier qu’ils peuvent être tra- duits. Il y a donc un parti-pris à prendre, une stratégie cohérente à adopter. En dépit des difficultés qui en découlent, Katja Zakrajšek a choisi de faire primer la dimension poétique et la fluidité de la lecture en traduisant en slovène les mots français expliqués par le narrateur. Il aurait pu être judicieux de suivre l’idée énoncée par Kourouma, née d’un effort pour rendre tous les lecteurs franco- phones égaux et surtout dignes de se voir expliquer des mots et des phrases qui leur sont étrangers. Certes, cette stratégie soulèverait d’autres difficultés, mais elle aurait l’avantage de permettre une (re)présentation plus claire de la réalité linguistique complexe de l’Afrique subsaharienne francophone.11 BIBLIOGRAPHIE Authier-Revuz, Jacqueline. « Remarques sur la catégorie de l’îlot textuel. » Cahiers du français contemporain, vol. 3, 1996, pp. 91-115. Authier-Revuz, Jacqueline. «  Le fait autonymique : langage, langue, discours. Quelques repères.  » Parler des mots. Le fait autonymique en discours, édité par Jacqueline Authier-Revuz et al., Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2011, pp. 293-303. Egueh, Hayat Omar. Le français populaire ivoirien dans Allah n’est pas obligé d’Ah- madou Kourouma. 2014. 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Grassin, Jean-Marie. « The Problems of Émergence in Comparative Literary His- tory. » Emerging Literatures, édité par Jean-Marie Grassin, Berne, Peter Lang, 1996, pp. 5-16. Iloh, Ngozi Obiajulum. «  Innovations linguistiques dans Les Soleils des in- dépendances d’Ahmadou Kourouma. » Revue de l ’Association nigériane des ensei- gnants universitaires de français, 2017 (cité d’après : Muotoo). Kobenan, Kouakou Léon. «  La parenthèse, fonctions et enjeux dans Al- lah n’est pas obligé d’Ahmadou Kourouma.  » Corela, vol. 13, no. 1, 2015, http://journals.openedition.org/corela/3855. Consulté le 13 septembre 2023. Kourouma, Ahmadou. « Allah n’est pas obligé de faire juste toutes ses choses. » Les chaînes de l ’esclavage : Archipel de fictions, Paris, Florent-Massot/Association euro-africaine, 1998, pp. 245-257. Kourouma, Ahmadou. Allah n’est pas obligé. Paris, Seuil, 2000. Kourouma, Ahmadou. Alahu ni treba. Ljubljana, Sanje, 2003. 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Florence Gacoin-Marks Faculté des Lettres de l’Université de Ljubljana florence.gacoin-marks@guest.arnes.si Acta_Neophilologica_2023_FINAL.indd 159 4. 12. 2023 12:36:05 160 Florence Gacoin-Marks Prevajanje večjezičnosti v postkolonialnem vojnem romanu Allahu ni treba Ahmadouja Kouroume Prispevek se ukvarja s prevajanjem afriškega vojnega romana Allah n’est pas obligé (Allahu ni treba) Ahmadouja Kouroume. Na splošno je pisateljev slog znan po številnih afrikaniz- mih, ki ga obarvajo in obogatijo. V omenjenem romanu želi pripovedovalec nagovarjati vse možne bralce frankofonskih romanov, zato se v njegovem pripovedovanju prepletajo jezikovni elementi z različnih kulturnih območij (knjižna francoščina, afrikanizmi in an- glicizmi) in iz različnih registrov (otroški jezik, pogovorni jezik, slovarske definicije). Ta jezikovna raznolikost zahteva od prevajalca romana v tuji jezik (npr. v slovenščino) izobli- kovanje dosledne strategije na podlagi analize, pri kateri se bosta določili najprej funkcija različnih elementov v strukturi pripovedi (psihološko-jezikovna verodostojnost, ironična distanca za poudarjanje neznosnosti opisane realnosti …) in potem stopnja prevedljivosti teh elementov. Vzporedno bomo preučili, kako je slovenska prevajalka romana rešila te- žave in v kolikšni meri ji je uspelo jezikovno raznolikost romana Ahmadouja Kouroume prenesti v slovenski jezik. Ključne besede: postkolonialne književnosti, frankofonske književnosti, afriške književ- nosti, večjezičnost v romanu, Ahmadou Kourouma, Allahu ni treba Acta_Neophilologica_2023_FINAL.indd 160 4. 12. 2023 12:36:05